Archives mensuelles : mars 2012

La rose internelle

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/rainer_maria_rilke/dis_moi_rose_d_ou_vient.html

Dis-moi, rose, d’où vient
qu’en toi-même enclose,
ta lente essence impose
à cet espace en prose
tous ces transports aériens ?

Combien de fois cet air
prétend que les choses le trouent,
ou, avec une moue,
il se montre amer.
Tandis qu’autour de ta chair,
rose, il fait la roue.

Les Anciens pensaient que la perfection en fait de mouvement ou de figure est le cercle, la roue, la sphère, et qu’une telle perfection appartenait aux cieux « supra-lunaires », tandis que la contingence entachait notre monde sub-lunaire.

comment ne pas voir qu’ici le ciel est jeté en terre, au coeur de la rose et de sa lente essence, qui s’impose à l’espace « troué », l’espace en prose?

ou, ce qui est équivalent, que le terre monte au ciel ?

comment ne pas voir la dualité entre le « rond » et ce qui se meut en ligne droite et en flèche, le rayon , la « chose », qui troue l’air ?

peut être que la rose n’existe pas ?

peut être est elle le Livre qui est le destin du monde ?

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/rainer_maria_rilke/je_te_vois_rose_livre_entrebaille.html

Je te vois, rose, livre entrebâillé,
qui contient tant de pages
de bonheur détaillé
qu’on ne lira jamais. Livre-mage,

qui s’ouvre au vent et qui peut être lu
les yeux fermés …,
dont les papillons sortent confus
d’avoir eu les mêmes idées.

reste que Rilke invente une nouvelle multiplicité qui « ajoute » la singularité à l’ensemble :

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/rainer_maria_rilke/une_rose_seule_c_est_toutes_les_roses.html

Une rose seule, c’est toutes les roses
et celle-ci : l’irremplaçable,
le parfait, le souple vocable
encadré par le texte des choses.

Comment jamais dire sans elle
ce que furent nos espérances,
et les tendres intermittences
dans la partance continuelle

la partance continuelle est l’instant qui crée du nouveau

Descartes et Spinoza : les principes de la philosophie

l’ une des meilleures méthodes pour démontrer l’unité profonde du cartésianisme est de lire en parallèle les Principes de la philosophie de Descartes, qui sont sur Wikisource :

http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Principes_de_la_philosophie

et la « version » axiomatisée (sur le modèle de l’Ethique) qu’en a composée Spinoza, et qui est ici :

http://hyperspinoza.caute.lautre.net/spip.php?rubrique317

La préface de Louis Meyer explique la nature de l’axiomatisation mathématique et son importance pour la philosophie :

« C’est le sentiment unanime de tous ceux qui veulent s’élever au-dessus du vulgaire par la clarté de la pensée, que la Méthode d’investigation et d’exposition scientifique des Mathématiciens (c’est-à-dire celle qui consiste à démontrer des Conclusions à l’aide de Définitions, de Postulats et d’Axiomes) est la voie la meilleure et la plus sûre pour chercher et enseigner la vérité…

Malgré cela on ne trouve cependant à peu près aucune science, les Mathématiques mises à part, où cette Méthode ait été suivie ; ou en suit une autre presque diamétralement opposée, où tout se fait par le moyen de définitions et de divisions constamment enchaînées entre elles et entremêlées çà et là de questions et d’explications. On a jugé en effet presque universellement (et beaucoup qui s’appliquent à constituer les sciences ou en traitent dans leurs écrits jugent encore) que cette méthode est particulière aux Mathématiques et que toutes les autres disciplines y sont opposées et la rejettent… »

et l’Introduction offre une « relecture » du texte de Descartes (avant de passer à l’axiomatisation) qui permet de comprendre en quoi les apporches des deux philosophes sont différentes et en quoi cependant ces différences n’altèrent pas l’unité profonde du cartésianisme, et donc de la philosophie et de la religion des « idées claires » :

http://hyperspinoza.caute.lautre.net/spip.php?article1719

« Doute universel. – En premier lieu, il considère toutes les choses perçues par les sens, savoir le ciel, la terre et autres semblables, et jusqu’à son propre corps ; toutes choses que jusqu’alors il avait cru qui existaient dans la Nature. Et il doute de leur certitude parce qu’il avait observé que ses sens le trompaient quelquefois et s’était souvent persuadé pendant ses rêves de l’existence réelle de beaucoup de choses, pour reconnaître ensuite son illusion ; enfin parce qu’il avait entendu affirmer par d’autres hommes, même pendant l’état de veille, qu’ils sentaient une douleur dans des membres perdus depuis longtemps. Il put donc, non sans raison, douter de l’existence même de son corps. Et tout cela lui permit de conclure avec vérité que ses sens ne sont pas (puisqu’on peut les révoquer en doute) le fondement le plus solide sur lequel toute la science doive être édifiée, et que la certitude doit dépendre d’autres principes plus certains. Pour poursuivre sa recherche de ces principes il considère en second lieu toutes les choses universelles telles que la nature corporelle en général et son étendue, la figure, la quantité, etc., comme aussi toutes les vérités mathématiques. Bien que ces notions lui parussent plus certaines que toutes celles qu’il avait eues par les sens, il trouva cependant une raison d’en douter : parce qu’il était arrivé à d’autres de se tromper à leur sujet, et surtout parce qu’il avait fixée dans l’esprit, une opinion ancienne suivant laquelle il existerait un Dieu pouvant tout ; un Dieu l’ayant créé lui-même tel qu’il était et ayant pu faire qu’il fût trompé même dans les choses lui paraissant les plus claires. Par ce moyen donc il révoqua tout en doute. »

http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Principes_de_la_philosophie

1. Que pour examiner la vérité il est besoin, une fois en sa vie, de mettre toutes choses en doute autant qu’il se peut.

Comme nous avons été enfants avant que d’être hommes et que nous avons jugé tantôt bien et tantôt mal des choses qui se sont présentées à nos sens lorsque nous n’avions pas encore l’usage entier de notre raison, plusieurs jugements ainsi précipités nous empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité, et nous préviennent de telle sorte qu’il n’y a point d’apparence que nous puissions nous en délivrer, si nous n’entreprenons de douter une fois en notre vie de toutes les choses où nous trouverons le moindre soupçon d’incertitude.

2. Qu’il est utile aussi de considérer comme fausses toutes les choses dont on peut douter.

Il sera même fort utile que nous fausses toutes celles où nous pourrons imaginer le moindre doute, afin que si nous en découvrons quelques-unes qui, nonobstant cette précaution, nous semblent manifestement vraies, nous fassions état qu’elles sont aussi très certaines et les plus aisées qu’il est possible de connaître…

4. Pourquoi on peut douter de la vérité des choses sensibles.

Mais, parce que nous n’avons point d’autre dessein maintenant que de vaquer à la recherche de la vérité, nous douterons en premier lieu si, de toutes les choses qui sont tombées sous nos sens ou que nous avons jamais imaginées, il y en a quelques-unes qui soient véritablement dans le monde, tant à cause que nous savons par expérience que nos sens nous ont trompés en plusieurs rencontres, et qu’il y aurait de l’imprudence de nous trop fier à ceux qui nous ont trompés, quand même ce n’aurait été qu’une fois, comme aussi à cause que nous songeons presque toujours en dormant, et que pour lors il nous semble que nous sentons vivement et que nous imaginons clairement une infinité de choses qui ne sont point ailleurs, et que lorsqu’on est ainsi résolu à douter de tout, il ne reste plus de marque par où on puisse savoir si les pensées qui viennent en songe sont plutôt fausses que les autres.

5. Pourquoi on peut aussi douter des démonstrations de mathématique.

Nous douterons aussi de toutes les autres choses qui nous ont semblé autrefois très certaines, même des démonstrations de mathématique et de ses principes, encore que d’eux-mêmes ils soient assez manifestes, (27) parce qu’il y a des hommes qui se sont mépris en raisonnant sur de telles matières ; mais principalement parce que nous avons ouï dire que Dieu, qui nous a créés, peut faire tout ce qui lui plaît, et que nous ne savons pas encore s’il a voulu nous faire tels que nous soyons toujours trompés, même aux choses que nous pensons mieux connaître ; car, puisqu’il a bien permis que nous nous soyons trompés quelquefois, ainsi qu’il a été déjà remarqué, pourquoi ne pourrait-il pas permettre que nous nous trompions toujours ? Et si nous voulons feindre qu’un Dieu tout-puissant n’est point auteur de notre être, et que nous subsistons par nous-mêmes ou par quelque autre moyen, de ce que nous supposerons cet auteur moins puissant, nous aurons toujours d’autant plus de sujet de croire que nous ne sommes pas si parfaits que nous ne puissions être continuellement abusés.

Au nom de DIEU , la Raison, la Vérité

Le livre passionnant et érudit de Pierre Antoine Bernheim (hélas prématurément décédé en 2011) « Jacques frère de Jésus » , donne à la fin un bref éclairage sur l’origine de l’Islam.

http://www.erudit.org/revue/LTP/2000/v56/n3/401321ar.pdf

disons pour résumer très brièvement ce qui demanderait des centaines voire des milliers de pages ceci :

les premiers chrétiens sont comme chacun sait issus du judaïsme dont ils représentent un sous-groupe à tendance « homilétique », s’attachant à l’interprétation des textes et des mythes. L’émergence de ce courant entraîne des situations conflictuelles, notamment à travers les doctrines de Saül de Tarse (Saint Paul) qui se traduisent au bout de plusieurs siècles par un éclatement, un schisme entre ce que Pierre Antoine Bernheim appelle les « pagano-chrétiens » , pauliniens, qui ont finalement vaincu (en Occident du moins) et sont devenus les chrétiens, et judéo-chrétiens, s’opposant aux thèses de Saint Paul, et désireux de conserver la validité des aspects légalistes et « talmudiques » du judaïsme.

En clair : les pagano-chrétiens estiment que les païens peuvent devenir chrétiens sans avoir à adopter le particularisme juif (la circoncision notamment), les judéo-chrétiens refusent ces conversions, car ils ne veulent pas risquer de dissocier le christianisme de sa matrice juive…. ce qui est effectivement arrivé !

Si les pagano-chrétiens sont devenus les chrétiens, les judéo-chrétiens sont devenus… les musulmans.

Ce sont un ou des prédicateurs ébionites (= judéo-chrétiens) qui ont écrit le Coran, qui est une sorte de « cahier de cours », de polycopié, de « pot-pourri » simplifié composé de passages de la Torah et du Talmud, et s’en sont servi pour enseigner le monothéisme aux communautés bédouines à travers leur premier élève Mohamed, qui est devenu le Prophète de l’Islam.

Et les juifs dans tout ça ?

ils se sont trouvés pris au milieu de l’affrontement entre pagano-chrétiens et judéo-chrétiens, qui est devenu la guerre (qui dure depuis 14 siècles) entre Europe chrétienne et les « terres d’Islam ».

Et l’on sait que ce n’est jamais très plaisant, d’être pris au milieu d’une guerre.

Disons que jusqu’ au 19 ème siècle et à l’émancipation des juifs d’Europe, les communautés juives étaient, par nature, plutôt du côté des judéo-chrétiens, et donc de l’Islam, pour une raison bien simple : le pagano-christianisme , devenu le christianisme, tend à diluer l’identité juive puisqu’ il élimine le caractère universel de la loi mosaïque remplacée en Occident chrétien par le droit Romain.

C’est cela le fondement de ce qui est maintenant appelé laïcité : « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », cela veut dire rendre l’espace public aux lois humaines, contingentes, et réserver le « sacré », le « saint », les religieux, à l’espace de l’intimité des consciences.

Les communautés juives étaient au début plutôt du côté de l’Islam aussi à cause du sort terrible qui leur était réservé en « terre chrétienne »…seulement côté musulman les choses n’étaient guère meilleures !

Les Juifs d’Arabie vivaient en bonne entente au milieu des bédouins polythéistes , les choses se sont gâtées avec l’avènement de l’Islam parce que les musulmans croyaient que ces juifs dont certains (qui étaient en fait ébionites, à la lisière du judaïsme et du christianisme, mais c’était le cas d’un grand nombre de « juifs ») leur avaient enseigné le monothéisme allaient se fondre avec eux en une seule communauté universelle, une seule « oumma », notamment par le biais de mariages entre tribus et par l’adoption du nouveau culte l’Islam par tous, juifs ou musulmans.

Seulement les juifs n’étaient pas de cet avis, ce qui est bien leur droit, et  il en est très vite résulté une guerre, qui a vu l’élimination des tribus juives de Médine, puis le Pacte d’Omar qui a règlementé sur le mode de l’apartheid le statut des « non-musulmans » en terre d’Islam , appelé statut de dhimmis.

Nous avons donc deux processus inverses à l’oeuvre dans cette période de l’Histoire : un processus d’universalisation pagano-chrétien puis chrétien, un processus de retour au particularisme (la loi mosaïque, devenue sous une forme très simplifiée  la Shari’a islamique) judéo-chrétien puis musulman, qui est le cause d’une rupture, d’un schisme qui résulte en un dualisme , opposant « croyants » (musulmans) à « mécréants » ou « infidèles » (avec le statut spécial réservé au « gens du Livre »).

Pourquoi le processus (pagano-)chrétien est il « meilleur », supérieur au processus judéo-chrétien, islamique ?

parce que l’universalisme, tendant à l’unité de l’humanité, est supérieur aux particularismes, tendant à l’éclatement et à la guerre, si du moins ils n’en restent pas à leur niveau et veulent s’imposer à toute l’humanité sous le visage d’un « faux universel ».

« Faux universel » dont nous connaissons le visage hideux actuel , qui est celui du totalitarisme islamique, cherchant à imposer à toute l’humanité la shari’a, dans ses aspects les plus horribles (lapidations, mises à mort des apostats, etc..).

http://www.fdesouche.com/286582-le-para-abel-chenouf-abattu-a-montauban-etait-catholique-pratiquant-sa-famille-representee-par-gilbert-collard

http://jssnews.com/2012/03/21/tuerie-de-toulouse-mohamed-merah-navait-pas-choisi-le-19-mars-au-hasard/

Mais on doit reconnaître que le christianisme n’a pas tenu ses promesses universalistes, et est simplement devenu un autre particularisme qui a éclaté en une multitude de courants (ou « sectes » diront certains) et s’est rendu coupable sous sa forme catholique du génocide des Cathares.

Mais  après la ligne de partage des Temps, qui est le cartésianisme et l’émergence de la science moderne, mathématisée, en Europe :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/la-ligne-de-partage-des-temps/

la vocation de l’universalisme est reprise par la philosophie et la science, unies par Descartes sous le nom de « Mathesis universalis », et pourvues par lui d’une méthode d’intelligence .

Ce passage en revue très court et sommaire, certes, de l’Histoire, nous permet de répondre à la question :

pourquoi attaquer le Coran et pas la Bible ?

parce que la Bible, en ses deux « composantes » dites Ancien et Nouveau Testament, est associée au processus d’universalisation , tendant à la spiritualité absolument pure qui éclate en certains (pas tous) passages de l’Evangile, processus qui a été poussé à son terme par Spinoza.

Le Coran, par contre, est le texte qui fonde l’autre processus, obscurantiste et régressif, travaillant contre l’universalisme et donc contre l’humanité.

Et contre Dieu, si celui ci est le nom donné à l’effort infini de la Raison pour se donner des normes de vérité et de moralité de plus en plus parfaites.

Dans son article sur la spiritualité brunschvicgienne :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113603/f27.image.langFR

Georges Bastide donne (page 23) une image saisissante, qui remonte à Platon, de ces deux processus que nous venons de repérer dans l’Histoire : la vraie conversion, à la spiritualité absolument pure de l’intériorité , qui est progression de l’ombre à la lumière, et la fausse conversion qui est régression de la lumière à l’ombre.

Le Coran est tout simplement cette régression (de la lumière à l’ombre) mise à l’oeuvre, au travil de destruction de l’humanité.

En tant qu’humain, je n’ai pas le droit de laisser s’accomplir cette « oeuvre » sans résister.

C’est ma liberté de citoyen, ni meilleur ni pire que n’importe qui d’autre, mais c’est mon devoir, devoir envers Dieu qui est la Raison radicalement immanente à toute conscience humaine:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/une-demonstration-irrefutable-de-lexistence-de-dieu/

d’où ce blog :

http://horreurislamique.wordpress.com/

David Fink vs Coran

Un nouveau blog de combat , destiné à examiner le Coran à la loupe, verset par verset, en toute liberté de conscience, et à la lumière de la seule Raison (qui est la Raison philosophique -scientifique cartésienne occidentale) , voit le jour :

http://horreurislamique.wordpress.com/

Le Dieu des philosophes et des savants, qui est l’intériorité radicalement immanente de la Raison réflexive, y supplante l’Idole des multiples religions aux « dieus à noms propres ».

L’esprit se refuse au Dieu du mystère comme aux dieux des armées.

si l’idéal est la vérité, il est la vie même de l’esprit. L’idéal, c’est d’être géomètre, et de fournir d’une proposition une démonstration rigoureuse qui enlève tout soupçon d’ erreur; l’idéal c’est d’être juste, et de conformer son action à la pureté de l’amour rationnel qui enlève tout soupçon d’égoïsme et de partialité.

Le géomètre et le juste n’ont rien à désirer que de comprendre plus ou de faire plus, de la même façon qu’ils ont compris ou qu’ils ont agi, et ils vivent leur idéal.

Le philosophe n’est pas autre chose que la conscience du géomètre et du juste; mais il est cela, il a pour mission de dissiper tout préjugé qui leur cacherait la valeur exacte de leur oeuvre, qui leur ferait attendre, au delà des vérités démontrées ou des efforts accomplis, la révélation mystérieuse de je ne sais quoi qui serait le vrai en soi ou le bien en soi; le philosophe ouvre l’esprit de l’homme à la possession et à la conquête de l’idéal, en lui faisant voir que l’idéal est la réalité spirituelle, et que notre raison de vivre est de créer cet idéal.

La création n’est pas derrière nous, elle est devant nous; car l’idée est le principe de l’activité spirituelle…

C’est donc à une alternative que nous conduit l’étude de l’idéalisme contemporain

Ou nous nous détachons des idées qui sont en nous pour chercher dans les apparences extérieures de la matière la constitution stable et nécessaire de l’être, nous nous résignons à la destinée inflexible de notre individu, et nous nous consolons avec le rêve dun idéal que nous reléguons dans la sphère de l’imagination ou dans le mystère de l’au delà

ou bien nous rendons à nos idées mortes leur vie et leur fécondité, nous comprenons qu’elles se purifient et se développent grâce au labeur perpétuel de l’humanité dans le double progrès de la science et de la moralité, que chaque individu se transforme, à mesure  qu’il participe davantage à ce double progrès. Les idées, qui définissent les conditions du vrai et du juste, font à celui qui les recueille et s’abandonne à elles, une âme de vérité et de justice; la philosophie, qui est la science des idées, doit au monde de telles âmes, et il dépend de nous qu’elle les lui donne »

« en définitive, les trois propositions génératrices du scepticisme, de l’immoralisme, de l’athéisme, sont : le vrai est, le bien est, Dieu est »

L’évidence du MAL

http://christinetasin.over-blog.fr/article-a-propos-des-epouvantables-fusillades-de-toulouse-et-montauban-101886387.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Soif_du_mal

http://en.wikipedia.org/wiki/Touch_of_Evil

Notre pays est attaqué par le terrorisme qui a frappé des militaires et

une école juive à Toulouse et Montauban !

et comme je l’ai dit ici :

http://philosophiecontresuperstition.wordpress.com/2012/03/19/la-france-est-attaquee/

on peut penser à plusieurs pistes, sans aucune certitude encore.

Mais quelles que soient les motivations du Monstre qui a perpétré cette, ou ces tueries , nous devons ici, en ce blog qui se veut un Temple de la Raison, où ne doit entrer aucune des divinités étrangères (à la Raison)  et non universelles (celles de religions particulières), rechercher quelle est la CAUSE de l’ irruption maintenant évidente du MAL sur notre territoire, et cette cause est évidente : c’est l’éclipse de la Raison au profit des idolâtries que sont , par exemple, les différents matérialismes, ou les nombreux mysticismes, souvent d’origine orientale, sans oublier bien sûr le nihilisme qui gagne chaque jour du terrain dans les consciences fatiguées des « modernes ».

Je ne peux mieux faire pour caractériser cette éclipse que de citer encore les premières lignes d’un livre de Brunschvicg, évoquant les sombres prédictions de son maître Darlu en 1893, prédictions qui se sont réalisées en 1914.

Ce livre est :

« De la vraie et de la fausse conversion »

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/vraie_et_fausse_conversion/vraie_et_fausse_conversion.html

« En tête du premier numéro de la Revue de Métaphysique et de Morale, Darlu, à qui Xavier Léon avait naturellement confié la charge de définir l’inspiration de son entreprise, écrivait : « Le sol de la société paraît près de se soulever sous l’action de forces aveugles et terribles. Au milieu de ces inquiétudes, entre le positivisme courant qui s’arrête aux faits, et le mysticisme qui conduit aux superstitions, la lumière de la raison est aussi faible, aussi vacillante que jamais . »

Ces lignes avaient suscité la raillerie que l’on pouvait prévoir : comment, pour le redressement moral dont notre troisième République avait alors besoin, et qu’aussi bien, aujourd’hui même, ses dirigeants la condamnent à espérer encore, faire fond sur une lumière dont on commençait par avouer qu’il « est probablement impossible qu’elle éclaire le travail de la foule humaine » ?

Les choses, à les prendre du dehors, ne paraissent guère avoir changé depuis 1893. Le sol de l’Europe s’est, en effet, soulevé dans une convulsion qui a porté le drame au paroxysme, du point de vue d’une philosophie de la vie, attentive à l’avenir de l’animal humain. Mais, pour une philosophie de l’esprit, qui considère avant tout l’être spécifiquement raisonnable, le centre de l’intérêt est ailleurs, non dans le spectacle d’une humanité envisagée en extension, mais dans l’idée de l’homme en compréhension. Or, entre le spectacle et l’idée, jamais le contraste n’a été plus frappant qu’à l’heure actuelle. La complexité du savoir, croissant en même temps que la restriction du loisir pour la réflexion, fait qu’un Cantor ou un Einstein a sans doute moins de contemporains que jadis un Descartes ou un Newton. »

Et mon premier devoir, à moi qui me soucie, en paroles du moins, de la pensée à vocation universelle qui se nomme « philosophique », doit être de prendre conscience de mes propres manquements à « cette petite flamme plus vacillante que jamais : la Raison ».
Pendant un an et demi, sur mon ancien blog maintenant détruit « La recherche de la Vérité« , je me suis rendu hélas complice du MAL, de ceux qui veulent souffler sur cette petite flamme vacillante pour l’éteindre.
 
Et cela bien plus sûrement que si j’avais diffusé des slogans nazis ou islamiques, ou bien de la pornographie.
 
J’ai en effet publié  des recherches et des « découvertes » que j’appelais « arithmosophiques » , d’ordre mystique donc, inspirées du pythagorisme.
 
Or il ne faut jamais oublier cette mise en garde solennelle de Brunschvicg :
 
 
« La civilisation d’Occident affleure, dans l’histoire, avec l’arithmétique de Pythagore, avec la maïeutique de Socrate. Et certes, à travers les siècles de la décadence hellénistique, Pythagore et Socrate retomberont au niveau où les légendes orientales laissent leurs héros : ils deviendront maîtres de divination ou faiseurs de miracles. Cependant il suffit de savoir qu’un schisme s’est produit effectivement à l’intérieur de l’école pythagoricienne, entre acousmatiques et mathématiciens, c’est-à-dire entre traditionalistes de la fides ex auditu et rationalistes de la veritas ex intellectu, pour avoir l’assurance que, bien avant l’ère chrétienne, l’Europe a conçu l’alternative de la théosophie et de la philosophie sous une forme équivalente à celle qui se pose devant la pensée contemporaine. « 
 
les terribles exigences de l’époque exigent de nous que nous fassions preuve d’une fidélité héroïque (cet héroïsme de la Raison dont parlait Husserl en 1936 dans la Krisis) à notre mère chérie l’Europe !
 
ce qui signifie : que nous prenions place au delà de la ligne cartésienne de partage des Temps, et non pas en deçà :
 
 
et donc du côté de la Veritas ex intellectu, de la philosophie, plutôt que de la théosophie, et de la fides ex auditu .
 
Que nous soyions rationalistes et mathématiciens, avec les exigences ascétiques de rigueur et de renoncement que cela implique, plutôt que « acousmatiques » et traditionnalistes.
 
Sur le blog « Recherche de la Vérité« , j’ai manqué à ce devoir !
 
Je pourrais chercher des explications qui seraient des « excuses », dire que je voyais tous les soirs mon père dont je m’occupais décliner et s’acheminer vers la mort qui l’a finalement frappé sous mes yeux épouvantés…
 
je ne le ferai pas, ce serait trop facile : dans le domaine de la pensée, c’est à dire de l’immanence radicale, on n’a jamais aucune excuse puisque l’on est, par définition, absolument libre !
 
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts : à la suite de la mort de mon père j’ai traversé une période de dépression terrible.
 
Mais je ne me suis pas tué, et je suis donc de nouveau vivant.
 

Me revoici, et je veux désormais consacrer ma vie à la Raison !

 

et cachez ce sein que je ne saurais voir, et supprimez ce vilain mot de « race » ….

Je me suis promis de ne pas recommencer ici les erreurs du blog « Recherche de la vérité », erreurs consistant à mélanger le niveau particulier  des questions politiques et le niveau universel des problèmes philosophiques et scientifiques.

Erreurs qui ont entraîné des tensions telles que j’ai décidé un beau jour de bousiller le blog, perdant ainsi un an et demi de travail !

bonne nouvelle en tout cas : ce geste que nous pouvons qualifier d’un peu brutal fut accompli alors que j’avais, comme c’est le cas depuis fort longtemps , un taux d’alcoolémie de zéro gramme/litre de sang.

Reste donc que je me garderai bien d’évoquer ici tout aspect de la politique actuelle, nationale et internationale, tout en gardant bien sûr mes opinions personnelles, qui sont celles qui sous-tendaient l’ancien blog.

Reste aussi que je maintiens et maintiendrai, même devant le peloton d’exécution, que la politique, actuellement et depuis fort longtemps là aussi, est impuissante à s’élever au niveau de l’universel qui est celui de l’unification de l’humanité.

Ce qui se traduit en un langage un peu moins correct en :

l’idéologie des « droits de l’homme », de la mondialisation et des lendemains qui chantent, qui prétend viser à l’universalisme et à une telle unification, est une imposture.

J’en resterai là…

par contre j’ai fait ce préambule pour expliquer une « entorse » apparente à ce programme , qui est de faire allusion à la dernière bourde du candidat Hollande (enfin je dis « dernière » je ne dis rien, car il les multiplie tellement vite que je ne sais même pas s’il n’y en a pas eu une floppée d’autres encore pires depuis…), bourde consistant à annoncer que s’il est élu il fera supprimer le mot « race » de la Constitution.

Et je donne même un lien vers ce débat entre la belle, troublante et intelligente Elisabeth Lévy et…. le footballeur Lilian Thuram que je m’abstiendrai de qualifier :

http://www.fdesouche.com/285630-le-mot-race-elisabeth-levy-vs-lilian-thuram-csoj-france3

discussion au cours de laquelle la belle  Elisabeth suggère de supprimer aussi le mot sexe pour lutter contre le sexisme et, ajouterai je sans choquer j’espère la troublante Elisabeth, toutes les horreurs apparentées (comme le viol, la pédophilie, la prostitution forcée, Lady Gaga, etc…).

Bon sang mais c’est bien sûr !

et pendant qu’on y est supprimons le mot « guerre » parce que deux guerres mondiales ça suffit non ?

et au fait… si on supprimait le mot « mort » ? comme ça nos scientifiques n’auraient plus à chercher des remèdes miracles censés assurer une longévité de plus en plus grande, avec comme idée derrière la tête de parvenir un jour à l’immortalité, et pourquoi pas au paradis pour tous (et toutes, bien sûr, chère Elisabeth)…

ça leur ferait enfin des vacances (aux scientifiques, pas au futurs immortels qui par définition « passeraient leur mort en vacances ») !

mais redevenons sérieux !

je n’ai fait cette allusion au triste Hollande et à ses « hollandais » que parce que nous touchons là un problème philosophique très important, dont Brunschvicg parle souvent, et qui consiste à confondre langage et pensée, logos endiathetos et logos propherikos, Verbe intérieur et verbe extérieur.

J’ai à peu près tout dit là dessus ici, dans cet article sur un autre blog à propos d’un autre triste sire, le sieur Ralph1344 alias Guy Boussens alias Raoul Sabas alias Sylvain Saint-Martory alias erictoulouse :

http://philosophiecontresuperstition.wordpress.com/2012/03/14/raoul-sabas-contre-les-philosopheurs-ca-vaut-son-pesant-dor/

Confondre langage et pensée équivaut, comme le précise adéquatement Brunschvicg, à rester au niveau des « peuples enfants », ou encore au vieux stade archaïque de la « magie », où les hommes croyaient que chaque être avait son « nom secret » et que si l’on inscriviat ce « nom » sur un papier que l’on faisait brûler on pouvait tuer ansi l’être correspondant !

croire qu’en supprimant le mot « race » on supprimera le racisme est d’un stupidité confondante…

aussi suis je sûr que le brave Hollande n’est pas sincère, car il ne peut quand même pas être aussi bête !

non !

il a fait l’ENA quand même…

(à moins que…l’on puisse faire l’ENA, ou Normale Sup ,  comme l’estimable BHL, et être con comme une brêle ?? cette pensée m’ouvre des abîmes tellement apocalyptiques que je préfère passer à autre chose)

Non, je ne pense pas que Hollande croit qu’on supprimera le racisme en supprimant le mot « race » (quant aux races, c’est à dire la chose, non le mot, je croyais que les scientifiques avaient démontré qu’elles n’existent pas ?).

Mais il s’inscrit ainsi, lui et les autres, dans une « ligne » déplorable qui est celle de notre époque « politiquement correcte », notre temps débile où l’on parle de « techniciens de surface » pour « balayeurs », et pourquoi pas de « techniciennes des muqueuses internes » pour parler des putes ?

Voilà, terminé, maintenant quittons ce cloaque infâme de la « post-modernité » pour retourner à la philosophie, à la science, et à la pensée plutôt qu’au langage, même formel, , aux idées plutôt qu’aux mots…..

La philosophie est la science des idées

Brunschvicg parle souvent du début du troisième livre de la Géométrie de Descartes comme livrant le secret de l’analyse et du rationalisme moderne , par exemple dans les Ecrits philosophiques tome I, pages 24-25 :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1.html

 » Il sera donc loisible à l’analyste de prendre pour point de départ, de « supposer », selon l’expression même de Descartes (ibid., p. 444), x = 2 ou x = 3. De là, par la multiplication de ces deux équations ramenées à la forme canonique x — 2 = 0 et x — 3 = 0, on obtiendra, dit Descartes, x2 — 5x + 6 = 0, ou encore, x2 = 5x — 6, « qui est une équation en laquelle la quantité x vaut 2 et tout ensemble vaut 3 ». Le secret du rationalisme moderne est tout entier dans ce début du IIIe Livre de la Géométrie, étrangement ignoré ou méconnu par tant d’historiens et de philosophes. C’est là, en effet, que se caractérise, par opposition à la déduction logique où la pensée se dégrade inévitablement à mesure qu’elle se poursuit, un processus de pensée ascendante qui est un enrichissement continu de vérité. »

La Géométrie de Descartes est sur wikisource :

http://fr.wikisource.org/wiki/Livre:Descartes_La_G%C3%A9om%C3%A9trie.djvu

le passage cité par Brunschvicg est là :

http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Descartes_La_G%C3%A9om%C3%A9trie.djvu/83

Combien il peut y avoir de racines en chaque équation.

« Sachez donc qu’en chaque équation, autant que la quantité inconnue a de dimensions, autant peut-il y avoir de diverses racines, c’est-à-dire de valeurs de cette quantité ; car, par exemple, si on suppose x égale à 2, ou chaque bien x – 2 égal à rien ; et derechef x = 3, ou bien x – 3 = 0 ; en multipliant ces deux équations

x – 2 = 0, et x – 3 = 0,

l’une par l’autre, on aura

x2 – 5x + 6 = 0,

ou bien

x2 = 5x – 6,

qui est une équation en laquelle la quantité x vaut 2 et tout ensemble vaut 3. Que si derechef on fait

x – 4 = 0,

et qu’on multiplie cette somme par

x2 – 5x + 6 = 0,

on aura

x3 – 9x2 + 26x – 24 = 0,

qui est une autre équation en laquelle x, ayant trois dimensions, a aussi trois valeurs, qui sont 2, 3 et 4. »

Seulement nous avons ici le début d’une « piste » qui si elle est suivie jusqu’au bout nous mène jusqu’ à la mathématique la plus moderne, c’est à dire la théorie des catégories.

Le passage opéré par Descartes à la théorie des équations est aussi celui des nombres simples (entiers) aux variables décrivant un domaine complet de variation ; le nombre concret 2, par exemple, cède la place à la variable x dont le domaine sera en droit N.

De là naîtra la notion de monoïde, puisque l’opération d’addition sur N a comme élément neutre 0; puis lorsque la multiplication rentre en jeu, et que les entiers négatifs puis rationnels sont créés, on obtiendra les groupes, anneaux, corps, en faisant varier l’opération cette fois, comme on avait fait varier le nombre pour obtenir la variable x.

Ce n’est rien d’autre que « l’enrichissement continu de vérité » célébré par Brunschvicg qui se poursuit.

Ensuite en faisant varier la structure on obtiendra les « espèces de structures » et les catégories, il aura fallu attendre pour cela 1945.

La Mathesis universalis cartésienne et leibnizienne , qui est la science universelle ou la sagesse humaine une dont parle Descartes dans la Regula I, n’est autre que la philosophie lorsqu’elle prend conscience d’être la « conscience du géomètre et du juste », la « science des idées (claires) ».

Attention : nous ne voulons pas là réduire la philosophie à la mathématique.

Mais nous sommes persuadés que la philosophie peut se servir de la mathématique comme échelle pour s’élever à la science des idées absolument claires, transparentes et évidentes, dont un exemple réel nous est donné par les mathématiques et leurs « mathemata », par opposition aux logoi qui n’atteignent jamais à ce stade de clarté absolue qui est le propre de l’esprit entièrement pur.

Le premier degré de cette échelle est, comme le dit Brunschvicg, dans le début du 3 ème livre de la Géométrie de Descartes .

Bastide et la notion de conversion chez Brunschvicg

http://marianus.blog.lemonde.fr/2010/10/01/georges-bastide-une-philosophie-de-lesprit/

l’exposé de Georges Bastide sur la spiritualité brunschvicgienne en janvier 1945 est ici, à partir de la page 21 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113603/f25.image.langFR

et il explique page 23 que la clef de la doctrine de Brunschvicg est la notion de « conversion », qui est le thème du livre « Vraie et fausse conversion » :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/vraie_et_fausse_conversion/vraie_et_fausse_conversion.html

et qui fait aussi l’objet du livre important de Marie-Anne Cochet :

« La conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg »

dont j’ai transcrit un passage significatif ici :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/la-conversion-spirituelle/

La philosophie de Brunschvicg est difficile, quoiqu’exposée en termes clairs :

« le contact intime avec l’esprit de la doctrine est subtil et souvent fuyant : il risque à chaque instant de se perdre dans la finesse et la complexité de la trame historique sur laquelle est tissée la pensée, et par laquelle se glissent tous les préjugés de culture qu’apporte l’esprit du lecteur »

mais l’idée de conversion permet un accès direct au centre de cette pensée en éclairant du dedans les trois dimensions de la conscience philosophique, et en traçant ainsi la ligne de démarcation entre vrai et faux rationalisme, vrai et faux idéalisme, vrai et faux spiritualisme.

Vraie et fausse conversion correspondent aux deux mouvements que distingue Platon au livre VII de la République :

« les yeux sont troublés de deux façons et par deux causes opposées : par le passage de la lumière à l’obscurité et par celui de l’obscurité à la lumière »

la vraie conversion est progrès de l’ombre à la clarté, la fausse est régression de la clarté à l’ombre.

La vraie conversion est celle qui nous situe dans l’intériorité réflexive authentique, en saisissant le cogito dans l’unité de la cogitatio, et nous fait coïncider avec l’acte de pensée dans toute sa fécondité , « produisant de lui même la vérité ».

la fausse conversion au contraire « cherche la vérité dans la mise en relation d’un Ego  supposé donné dans sa subjectivité pure, et de cogitata supposées données elles aussi, dans une extériorité radicale.

peut on donner un exemple de cela ? il me semble que l’on ne peut pas trouver mieux , comme exemple de « fausse conversion », que ces élucubrations islamistes à propos du nombre 19, supposé omniprésent dans le Coran , et supposé ayant un statut spécial et unique comme Nombre.

Voir par exemple :

The secret code of GOD (code secret supposé être bien sûr dans le Coran) :

http://www.ali-pi.com/pdf/19%20-%20The%20Secret%20Code%20of%20God.pdf

Ultimate mathematics :

http://journal_of_submission.homestead.com/files/Ultimath.pdf

bien entendu tout ceci n’a rien à voir avec les mathématiques, « ultimes » ou ante-pénultièmes !

Il vaut la peine, ne fût ce que pour se divertir, de feuilleter ces « recueils » de faits surprenants sur les nombres, et surtout sur le nombre 19, dont on donne (dans le premier de ces articles, le plus dingue et de loin) une liste des « proriétés » qu’il est le seul à avoir.

Oui mais ce que l’on ne dit pas c’est que l’on peut dresser une telle liste pour tous les nombres entiers.

Donnons un exemple de ce que Bastide entend par l’extériorité radicale des cogitata , et que l’on trouve dans les deux articles:

le nombre de sourates du Coran, 114, est un multiple de 19 :

114 = 6 x 19

jusque là ça va !

mais nos professeurs Diafoirus sont pris d’une sorte de transe (non alcoolique bien sûr) quand ils constatent que le 114 ème nombre premier est :

619

C’est exact, et cela peut être vérifié sur la liste des nombres premiers donnée ici :

http://oeis.org/A000040

http://oeis.org/A000040/b000040.txt

oui, sauf que ceci n’est valable que si l’ on prend comme nombre premier de début de liste le nombre 2

si l’on débute avec 1, considéré comme un nombre premier (ce qui a longtemps été le cas, jusqu’au 20 ème siècle) alors 619 n ‘est plus le 114 ème nombre premier, mais le 115 ème !

cet article par exemple donne des arguments (non pas mathématiques, mais « divins ») pour considérer 1 comme le « premier » nombre premier :

http://www.fivedoves.com/revdrnatch/Does_God_think_1_is_prime.htm

mais laissons cela : tous ces « faits » ou « arguments », ce sont des cogitata (car il faut bien que le lecteur les « pense » pour les comprendre), seulement ils ne résultent pas du dynamimse créateur de la pensée mathématicienne, mais ce sont des « faits de pensée » qui s’imposent à l’esprit, depuis une extériorité radicale donc supposée (de façon obscurantiste) être celle de Dieu.

Donnons maintenant un exemple du mouvement opposé, qui situe l’esprit du lecteur (faisant l’effort de suivre la pensée mathématicienne) dans l’unité du Cogito sans séparation entre un Ego supposé « pur » et des cogitata supposées extérieures.

Cet exemple est celui de la conjecture de Catalan, qui est restée longtemps une conjecture mais a été démontrée en 2002 par Mihailescu :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9or%C3%A8me_de_Catalan

et vous avez ici une démonstration :

http://www.math.polytechnique.fr/xups/xups05-01.pdf

Ici le fait que les deux seules puissances de nombres entiers qui soient successives (leur différence est 1) sont 8 et 9, le cube de 2 et le carré de 3, ce fait ne s’impose pas comme un cogitatum extérieur, transcendant et pour tout dire divin.

Il résulte de la démonstration, en fait assez difficile, résumée par Henri Cohen, et nos islamistes seraient bien en peine sans doute de la retrouver dans le Coran , cette preuve !

Nous avons là un nouvel exemple de la ligne de partage des temps :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/la-ligne-de-partage-des-temps/

avant la ligne (qui est celle de la révolution cartésienne  et de la science moderne) , nous avons l’obscurantisme de la pensée théosophique archaïque, résultant d’une « décomposition régressive » du pythagorisme. Pensée divine et pensée humaine se situent dans une extériorité radicale, dans la perspective d’une transcendance absolue

après la ligne nous rencontrons la science mathématique (révolutionnée par Descartes) et ses démonstrations « qui sont les yeux de l’âme » (selon Spinoza)

avant la ligne nous avons le « Dieu » de l’homo faber; après la ligne nous avons le Dieu véritable, Dieu des philosophes et des savants, centre de pensée pure radicalement immanent à la conscience « du géomètre et du juste » qu’est la philosophie.

Comme le précisent admirablement ces citations de Brusnchvicg :

« …ainsi, par-delà toutes les circonstances de détail, toutes les vicissitudes contingentes, qui tendent à diviser les hommes, à diviser l’homme lui-même, le progrès de notre  réflexion découvre dans notre propre intimité un foyer où l’intelligence et l’amour se présentent dans la pureté radicale de leur lumière. Notre âme est là ; et nous l’atteindrons à condition que nous ne nous laissions pas vaincre par notre conquête, que nous sachions résister à la tentation qui ferait de cette âme, à l’image de la matière, une substance détachée du cours de la durée, qui nous porterait à nous abîmer dans une sorte de contemplation muette et morte. La chose nécessaire est de ne pas nous relâcher dans l’effort généreux, indivisiblement spéculatif et pratique, qui rapproche l’humanité de l’idée qu’elle s’est formée d’elle-même….

 

…si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon.

….Le drame de la conscience religieuse depuis trois siècles est défini avec précision par les termes du Mémorial du 23 novembre 1654 : entre le Dieu qui est celui d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et le Dieu qui est celui des philosophes et des savants, les essais de synthèse, les espérances de compromis, demeurent illusoires.

 Le fait décisif de l’histoire, ce serait donc, à nos yeux, le déplacement dans l’axe de la vie religieuse au XVIIe siècle, lorsque la physique mathématique, susceptible d’une vérification sans cesse plus scrupuleuse et plus heureuse, a remplacé une physique métaphysique qui était un tissu de dissertations abstraites et chimériques autour des croyances primitives.L’intelligence du spirituel à laquelle la discipline probe et stricte de l’analyse élève la philosophie, ne permet plus, désormais, l’imagination du surnaturel qui soutenait les dogmes formulés à partir d’un réalisme de la matière ou de la vie. L’hypothèse d’une transcendance spirituelle est manifestement contradictoire dans les termes ; le Dieu des êtres raisonnables ne saurait être, quelque part au delà de l’espace terrestre ou visible, quelque chose qui se représente par analogie avec l’artisan humain ou le père de famille. Étranger à toute forme d’extériorité, c’est dans la conscience seulement qu’il se découvre comme la racine des valeurs que toutes les consciences reconnaissent également. »

 

Lamartine : l’Homme

http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme

comme souvent chez Lamartine on trouve ici de très beaux vers, exemple :

L’aigle, roi des déserts, dédaigne ainsi la plaine;Il ne veut, comme toi, que des rocs escarpésQue l’hiver a blanchis, que la foudre a frappés;Des rivages couverts des débris du naufrage,Ou des champs tout noircis des restes du carnage.Et, tandis que l’oiseau qui chante ses douleursBâtit au bord des eaux son nid parmi les fleurs,Lui, des sommets d’Athos franchit l’horrible cime,Suspend aux flancs des monts son aire sur l’abîme,Et là, seul, entouré de membres palpitants,De rochers d’un sang noir sans cesse dégouttants,Trouvant sa volupté dans les cris de sa proie,Bercé par la tempête, il s’endort dans sa joie.

et le célèbre :

Ici-bas, la douleur à la douleur s’enchaîne.Le jour succède au jour, et la peine à la peine.Borné dans sa nature, infini dans ses vœux,L’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux;Soit que déshérité de son antique gloire,De ses destins perdus il garde la mémoire;Soit que de ses désirs l’immense profondeurLui présage de loin sa future grandeur :Imparfait ou déchu, l’homme est le grand mystère.Dans la prison des sens enchaîné sur la terre,Esclave, il sent un cœur né pour la liberté;Malheureux, il aspire à la félicité;Il veut aimer toujours, ce qu’il aime est fragile !Tout mortel est semblable à l’exilé d’Eden ….

seulement la beauté entraîne t’elle la vérité ?

« C’est pour la vérité que Dieu fit le génie. »

mais ces vers :

Notre crime est d’être homme et de vouloir connaître :Ignorer et servir, c’est la loi de notre être.Byron, ce mot est dur : longtemps j’en ai douté;Mais pourquoi reculer devant la vérité ?Ton titre devant Dieu c’est d’être son ouvrage !De sentir, d’adorer ton divin esclavage…

appellent le commentaire, qui est de Brunschvicg là encore, et se trouve en préface aux « Esquisses de philosophie critique » :

quiconque pourra dire Warheit und Dichtung (poésie ET vérité) sera tout ce que l’on voudra en marge de la philosophie, et même, si l’on insiste, au dessus de la philosophie.

Le philosophe, lui, s’il se départit de sa devise

Warheit oder Dichtung

abandonne sa raison d’être qui est, à dire vrai, la raison elle même, le centre de pensée pure qui est indépendant de l’avenir comme du présent

Et Brunschvicg ajoute :

In principio erat Verbum

« un tel mot ne saurait trouver sa pleine signification que par un appel courageux et incessant du langage à la pensée, du commencement qui serait dans le temps au principe qui est éternel, de l’orthodoxie de la lettre à la vérité de l’esprit »

Savoir (vérité) et liberté (d’aimer) c’est la loi de notre être : ainsi reformulerais je le vers de Lamartine

Descartes : Regulae ad directionem ingenii, I

Le samedi 27 janvier 1945, lorsque tant de nobles esprits se sont réunis (pour la première fois depuis juin 1939) pour commémorer le souvenir des morts à travers celui de Léon Brunschvicg  :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/07/nous-tacherons-demain-darmer-la-sagesse/

tout était encore possible !

La France, l’Europe , étaient en grande partie détruites, il fallait reconstruire, et ce fut fait, en quelques années qui signèrent le début de ce que l’on a coutume d’appeler « les trente glorieuses ».

Seulement on oublia le principal :

armer la sagesse

ce qui signifie peut être (plutôt que mettre les avions de l’OTAN sous les ordres des pitoyables « intellectuels » du 5 ème arrondissement) : faire en sorte que « de notre rapport à l’esprit l’ on ne puisse plus douter » et donc garantir l’impossibilité future de tout « triomphe brutal de l’extériorité », comme le fut indubitablement l’invasion de Mai 1940 (précédée de tant d’horreurs déjà) qui chassa tant de malheureux de chez eux, et parmi eux : Brunschvicg.

C’est cela, l’idéalisme brunschvigcien, la « spiritualité brunschvicgienne », à laquelle est consacré un article de Bastide dans le numéro de la revue de métaphysique et de morale de 1945 déjà cité (à partir de la page 21) :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113603/f25.image.langFR

reconstruire ? oui ! mais ne pas mettre la charrue avant les boeufs, le confort matériel retrouvé dès les années 60 (avec aussi les concerts de rock  qui évoquaient à je ne sais plus qui les discours d’Hitler au Reichstag) avant la pureté et la liberté de l’esprit.

C’est donc exactement le contraire de la sagesse pratique de Brunschvicg, Lachelier ou Lagneau qui fut fait, et les conséquences sont visibles aujourd’hui, et depuis longtemps… plus longtemps encore que Mai 68 ou les concerts de Johnny à l’Olympia.

Mais cela les participants à la séance du 27 janvier 1945 ne pouvaient pas le savoir : ils étaient encore habités par l’immense espérance de « trouver du nouveau sous le soleil », de  bâtir un:

« miracle d’un rare dessein,
Ce palais de plaisance ensoleillé sur l’abîme glacé  »

http://www.citizenkane-video.com/pages/kubla2.html

en d’autres termes : ils vivaient encore (à crédit, car on sait que la philosophie d’après guerre a totalement rompu avec l’idéalisme mathématisant pour la brutalité de l’extériorité marxo-freudienne) sur la vertu d’espérance que promet et surtout promeut la pensée de Brunschvicg, et qui est exprimé avec tant de bonheur à la fin d’Introduction à la vie de l’esprit :

« l’univers est bon, absolument bon, du moment que nous savons le comprendre ; car nous sommes maîtres de n’y voir que ce qui s’unit à nous…rien ne peut interdire à l’intelligence de rencontrer dans le monde uniquement ce qui est fait pour elle, la loi d’où naît la vérité…rien ne peut empêcher la volonté de rencontrer dans le monde uniquement ce qu’elle cherche , l’occasion de se dévouer à l’intérêt supérieur de l’humanité ; elle n’a rien à craindre hors ses propres défaillances…une fois que nous avons rempli l’univers de notre esprit, il est incapable de nous rien renvoyer si ce n’est la joie et le progrès de l’esprit..

la vie est bonne, absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité, au dessus de la mort.

La vraie religion est le renoncement à la mort ; elle fait que rien ne passe, rien ne meurt pour nous, pas même ceux que nous aimons; car de toute chose, de tout être qui apparaît et qui semble disparaître, elle dégage l’idéal d’unité et de perfection spirituelle, et lui donne pour toujours asile dans notre âme. »

Nous sommes ici très proches des passages les plus sublimes de la Bhagavad-Gîtâ, mais très loin des mythes populaires de la réincarnation repris par la théosophie de Blavatsky et consors !

http://www.bhagavad-gita.org/Gita/verse-02-20.html

http://fr.wikisource.org/wiki/La_Bhagavad-G%C3%AEt%C3%A2,_ou_le_Chant_du_Bienheureux/Chapitre_2

« 11. « Tu pleures sur des hommes qu’il ne faut pas pleurer, quoique tes paroles soient celles de la sagesse. Les sages ne pleurent ni les vivants ni les morts ;

12. Car jamais ne m’a manqué l’existence, ni à toi non plus, ni à ces princes ; et jamais nous ne cesserons d’être, nous tous, dans l’avenir. »

Brunschvicg est encore plus clair dans « Raison et religion » :

« il ne s’agit plus pour l’homme de se soustraire à la condition de l’homme. Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent, qui permet d’intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l’expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l’avenir.  »

mais revenons à la fin admirable d’Introduction à la vie de l’esprit :

« Alors, vivant dans notre idéal, et nous en entretenant avec nous mêmes, nous connaissons le sentiment de sécurité profonde et de repos intime qui est l’essence du sentiment religieux, et qui n’est autre que la purté absolue de l’esprit« 

appelons « essence d’un être » cet idéal d’unité et de perfection spirituelle, nous pouvons alors peut être admettre que , temporellement, c’est à dire illusoirement, dans l’extériorité spatio-temporelle, l’existence précède l’essence ?

or, comme nous ne savons pas élever la vie au dessus de la mort, tout devient pour nous…mort !

processus décrit dès les années 60 dans « Les choses » de Perec, ou au début des années 80 dans la trilogie « Welcome in Vienna » au cinéma par Axel Corti

http://www.le-pacte.com/france/a-l-affiche/detail/trilogie-welcome-in-vienna/

nous aimons encore les rencontres, mais au lieu de chercher celles dans lesquelles l’intelligence rencontre uniquement ce qui est fait pour elle, nous nous adressons à Meetic , ou pire …

du trou d’être à la béance de la bêtise …

mais si nous ne sommes pas encore tout à fait morts, nous restons libres de renverser ce mouvement funeste !

la philosophie s’offre alors à nous, telle une maîtresse sévère et sans complaisance aucune pour nos lâchetés et pusillanimités intimes, la philosophie véritable, celle qui remonte à Descartes.

Et avant les Meditationes, il faudra décidément commencer par les Regulae de 1628, que Marion décrète « ontologie grise de Descartes, et les Regulae en latin s’il vous plaît : renverser le mouvement, c’est faire s’effondrer l’effondrement de l’enseignement et de la culture, et donc reprendre l’étude du latin et du grec (auxquels on pourra adjoindre le sanscrit et l’hébreu), et le latin de Descartes semble un peu plus aisé que celui de Cicéron, et moins pompier (ou disons militaire) que celui de la « Guerre des gaules » !

les Regulae que Brunschvicg signale comme « borne et jalon » dès le début de son « Humanisme de l’Occident » :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1.html

« Théophraste se demande si le mouvement circulaire n’est pas au contraire d’une nature inférieure à celui de l’âme surtout au mouvement de la pensée, duquel naît ce désir où Aristote lui-même a cherché la source du mouvement du ciel. »

A la question précisée par ce fragment de Théophraste, qui sonne comme un adieu de l’Occident à lui-même, nous savons

qu’il a fallu attendre plus de vingt siècles pour que Descartes y apporte enfin la réponse. Dans l’intervalle, l’éclipse des valeurs proprement et uniquement spirituelles sera complète dans la littérature européenne : la voie est libre aussi bien pour l’importation directe des divers cultes d’Égypte ou d’Asie que pour les fantaisies de synthèses entre le vocabulaire des Écoles philosophiques et la tradition des récits mythologiques.

C’est de Descartes que date le retour à la spiritualité pure par laquelle Platon avait mis en évidence le caractère de la civilisation occidentale : « Toutes les sciences (écrit-il dans la première des Règles pour la direction de l’esprit), ne sont rien d’autre que la sagesse humaine, laquelle demeure toujours une et identique, tout en s’appliquant à divers sujets, sans se laisser différencier par eux, plus que la lumière du soleil par la variété des choses qu’elle éclaire. » Mais l’humanisme de la sagesse ne manifestera toute sa vertu dans la recherche de la vérité, que s’il a conquis, par une ascèse préalable, sa liberté totale à l’égard des préjugés de la conscience collective. De cette ascèse, Descartes sera redevable aux Essais de Montaigne. »

car il est vrai que la cure préparatoire à la médecine (un peu violente) du cartésianisme commence avec ce qui ressemble à un relativisme multiculturel (si prisé à notre époque) chez Montaigne :

« Voici donc ce qui se dégage avec les Essais pour former comme la première assise du spiritualisme occidental : une histoire naturelle des croyances au surnaturel, cette histoire même que Fontenelle et Bayle, Hume et Voltaire, de nos jours enfin MM. Frazer et Lévy-Bruhl, poursuivent, embrassant un champ de plus en plus vaste, selon des procédés de plus en plus assurés. Les explications totales, celles qui apportent à l’homme la clé de n’importe quelle énigme, depuis la création du monde jusqu’à la survie ou la résurrection des morts, sont, pour reprendre le titre de l’excellent ouvrage de M. Daniel Essertier, des formes inférieures d’explication. Dieu n’a pu être élevé au-dessus du principe d’identité que par des hommes demeurés eux-mêmes au-dessous du seuil de la logique. Tout recours au primat de la tradition nous rejette donc dans le lointain de la « mentalité primitive », à partir de laquelle se déroule, ininterrompu, le tissu mystique, ou mystifiant pour parler plus exactement, des représentations collectives. Pas de peuple d’élection, pas de culte d’exception. Ce n’est pas défendre l’Occident que de plaider pour l’incarnation du Christ contre l’incarnation du Bouddha ; au contraire, le trait caractéristique des communautés orientales est que chacune met sa propre Église et sa propre orthodoxie en concurrence avec les Églises voisines et les orthodoxies rivales. Par delà les luttes perpétuelles des espèces éclate, aux yeux d’un observateur impartial et désintéressé, l’identité du genre.  »

seulement attention : l’âme n’est pas l’esprit, l’intériorité seulement individuelle et subjective des goûts et des humeurs n’est pas l’intériorité spirituelle dans sa véritable dimension d’universalité, qui est celle à laquelle nous engagent à nous unir Descartes, Malebranche et Brunschvicg :

« Telle est la première perspective de la sagesse occidentale selon Montaigne, et telle déjà elle inquiétait la clairvoyance de Pascal. Mais, depuis Descartes, on ne peut plus dire que la vérité d’Occident tienne tout entière dans la critique historique et sociologique des imaginations primitives. Sortir de la sujétion de ses précepteurs, s’abstenir de lire des livres ou de fréquenter des gens de lettres, rouler çà et la dans le monde, spectateur plutôt qu’acteur en toutes les comédies qui s’y jouent, ce ne seront encore que les conditions d’une ascétique formelle. A quoi bon avoir conquis la liberté de l’esprit si l’on n’a pas de quoi mettre à profit sa conquête ? Montaigne est un érudit ou, comme dira Pascal, un ignorant ; dans le réveil de la mathématique il ne cherche qu’un intérêt de curiosité, qu’une occasion de rajeunir les arguties et les paradoxes des sophistes. L’homme intérieur demeure pour lui l’individu, réduit à l’alternative de ses goûts et de ses humeurs, penché, avec une volupté que l’âge fait de plus en plus mélancolique, sur « la petite histoire de son âme ». Or, quand Descartes raconte à son tour « l’histoire de son esprit », une tout autre perspective apparaît : la destinée spirituelle de l’humanité s’engage, par la découverte d’une méthode d’intelligence. Et grâce à l’établissement d’un type authentique de vérité, la métaphysique se développera sur le prolongement de la mathématique, mais d’une mathématique renouvelée, purifiée, spiritualisée, par le génie de l’analyse. »

Nous trouvons ici, si nous savons lire, l’explication des trois mondes de Popper et surtout de Penrose :

http://online.itp.ucsb.edu/online/plecture/penrose/oh/01.html

or on sait que Brunschvicg récuse les notions de « monde intelligible » ou « monde spirituel » !

toute cette aventure « platonicienne » (pour notre temps, bien plus que les retraductions récentes de Badiou) commence donc avec la règle I pour la direction de l’esprit :

http://www.hs-augsburg.de/~harsch/Chronologia/Lspost17/Descartes/des_re01.html

Studiorum finis esse debet ingenii directio ad solida et vera, de iis omnibus quae occurrunt, proferenda judicia.

http://fr.wikisource.org/wiki/R%C3%A8gles_pour_la_direction_de_l%E2%80%99esprit

Le but des études doit être de diriger l’esprit de manière à ce qu’il porte des jugements solides et vrais sur tout ce qui se présente à lui.

« car comme les sciences toutes ensemble ne sont rien autre chose que l’intelligence humaine, qui reste une et toujours la même quelle que soit la variété des objets auxquels elle s’applique, sans que cette variété apporte à sa nature plus de changements que la diversité des objets n’en apporte à la nature du soleil qui les éclaire, il n’est pas besoin de cir­conscrire l’esprit humain dans aucune limite ; en effet, il n’en est pas de la connaissance d’une vérité comme de la pratique d’un art ; une vérité découverte nous aide à en découvrir une autre, bien loin de nous faire obstacle« 

on voit que nous sommes ici très loin de la réforme des Universités chargée de les préparer à remplir leur rôle de formation des futrus officiers dans la guerre économique mondiale !