Nous tâcherons demain d’armer la sagesse

Une des plus formidables épopées philosophiques de l’esprit est la création (par Léon Brunschvicg, Xavier Léon et Elie Halevy)  et la continuation presqu’ininterrompue depuis 1893 de la « Revue de métaphysique et de morale » , une aventure de pensée que l’on peut suivre en quasi-totalité sur Internet :

sur le site Gallica les numéros disponibles vont maintenant de 1893 à 1986

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb343491074/date

les articles des années 2000 à 2007 sont accessibles intégralement sur Cairn :

http://www.reseau-mirabel.info/?action=show&object=revue&id=602

http://www.cairn.info/revue-de-metaphysique-et-de-morale.htm

quelques numéros aussi sur Wikisource :

http://fr.wikisource.org/wiki/Revue_de_m%C3%A9taphysique_et_de_morale

Il faut saluer l’effort de la BnF , car longtemps les numéros disponibles n’allaient que jusqu’en 1939.

Et nous attendions avec impatience de pouvoir consulter les numéros de 1944-1945 qui marquent la reprise de la parution après l’interruption de la guerre.

Le numéro 1 de 1945 contient les exposés de la séance du samedi 27 janvier 1945 consacrée à la mémoire de « tous les morts » à travers celui de Léon Brunschvicg, mort le 18 janvier 1944.

27 janvier 1945 !

la guerre n’était pas encore tout à fait finie, elle en avait encore pour trois mois sur le sol européen (allemand), un peu plus en Asie.

Les philosophes et scientifiques (dont De Broglie) qui débattaient ce jour là étaient ils au courant de ce qui se tramait dans le désert de Los Alamos, et qui allait éclater aux yeux du monde épouvanté le 6 août 1945 , à Hiroshima ?

L’exposé de Raymond Aron le 28 avril 1944 à l’Institut français de Londres est reproduit en page 127 à 140 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113603/f131.image.langFR

et les si belles paroles de la fin, page 140, doivent être méditées à la lumière de ce que nous savons maintenant , après les guerres de décolonisation, du Vietnam, du Golfe, d’Afghanistant et d’Irak :

« pas plus que le philosophe (i e Brunschvicg) les Français ne regrettent d’avoir préféré la paix à la guerre; ils ne se lasseront pas de répéter avec lui que la méditation de la guerre pour la guerre, qui nous détourne et nous divertit de nous mêmes, demeure aussi courte et stérile que la méditation de la mort.

Ils ne se lasseront pas de répéter avec lui que la liberté politique, comme l’étendue intelligible de Malebranche, est le lieu des esprits, un et indivisible.

d’où il résulte que la démocratie s’impose.

« nous sommes embarqués, mais avec la nécessité d’agir dans le cadre de la démocratie et de courir le risque que la démocratie court et fait courir à l’humanité« 

en vérité la France ne regrette et ne regrettera rien de ce qu’elle a espéré, rien de ce qu’elle a voulu.

La leçon qu’elle a bien apprise, qu’elle n’est pas prête d’oublier, c’est que les fous tirent aujourd’hui de l’art de gouverner et de la science de détruire des ressources illimitées.

Nous tâcherons demain d’armer la sagesse

mais nous ne laisserons pas prescrire les valeurs humaines que Brunschvicg enseigna et dont il fut le vivant modèle »

mais que veut dire « armer la sagesse » ?

cela consiste t’il pour les intellectuels médiatiques de St Germain des Prés à enfiler le treillis militaire par dessus la chemise blanche au col ouvert et à déclencher des frappes aériennes sur la Lybie ?

pour s’apercevoir quelques mois après que le « nouveau régime fort » donne une large place aux islamistes et ne réagit pas aux tortures sur les prisonniers et aux exactions racistes contre les africains ?

la sagesse qui devient militaire est elle encore véritablement la sagesse ?

et dans les années 30, « préférer la paix à la guerre », c’est à dire indubitablement armer la sagesse, n’eût il pas consisté à écraser, quand c’était encore possible,  l’oeuf du serpent, pour reprendre le titre du film d’Ingmar Bergman consacré aux débuts du nazisme ?

http://fr.wikipedia.org/wiki/L’%C5%92uf_du_serpent

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