MARGIN CALL : un très grand film, glaçant et terrifiant

J’avais fait la promesse, devant mon miroir le matin en me rasant, de ne plus jamais aller au cinéma, pour au moins ne pas alimenter de mon modeste argent l’entreprise de démolition nihiliste des consciences menée par le  cinéma contemporain (hollywoodien , entre autres)..

promesse d’ivrogne !

il est vrai que j’avais fait une exception : le prochain film de Paul Thomas Anderson, (qui est le réalisateur génial de ce chef d’oeuvre absolu « There will be blood », ainsi que de Magnolia et « Punch drunk love), ce prochain film doit porter sur Lafayette Ron Hubbard, fondateur de la scientologie, et cela fait des années qu’on l’annonce …

ce n’est jamais bon de prévoir des exceptions !

il est vrai aussi que j’avais « tenu bon », et au jour d’uajourd’hui je n’ai toujours pas été voir le dernier film des frères Coen (le western), et pourtant j’admire énormément leur oeuvre… mais un film comme « Burn after reading », que j’ai vu au moins 5 ou 6 fois tellement j’ai trouvé cela désopilant, a des implications tellement désespérantes sur l’évolution prévisible de l’humanité occidentale, surtout compte tenu du talent des frères Coen, que je considère qu’il n’est pas bon,  moralement et humainement, d’aller voir ce genre de films!

enfin bref, de toutes façons j’ai trahi mon « noble » serment, et suis allé voir « Margin Call« , ce film qui « décrit » l’éclatement de la crise financière de 2008 avec le crash de Lehman Brothers :

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2012/05/02/margin-call-en-pleine-debacle-financiere-wall-street-a-visage-humain-trop-humain_1693459_3476.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Margin_Call

http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/05/02/margin-call-24-heures-chrono-avec-les-requins-de-la-finance-231751

Eh bien je dois dire que je n’ai pas regretté ma « rupture de voeux » : c’est réellement un film très attachant, bien plus que cela même, dont le ton « feutré » (puisque cet « univers » est feutré) évite les outrances ridicules des films « catastrophe » et leur manichéisme…

en plus , avec le cinéma, ce n’est pas comme quand on recommence à boire, ou à « courir »,  en trahissant ses promesses, ni gueule de bois ni MST le lendemain matin …la vie n’est elle pas merveilleuse ?

Oui, je dirais presqque que « Margin call » est un cehf d’oeuvre, l’article du Monde évoque Kubrick, de manière fort juste (mais sans les délires grandiloquents et spectaculaires, ce qui est de mon point de vue une bonne chose), mais j’ai lu que le réalisateur, J C Chandor, est un admirateur des films de Sidney Lumet, et cela se voit !

le ton quasi-documentaire (parfois) m’a aussi rappelé Paul Greengrass, notamment dans « Bloody Sunday » ou « United 93″… il est vrai que la crise de 2008 n’est pas le 11 septembre : elle est (peut être ?) pire, quoique moins spectaculaire, aux yeux du cinéma et de la « société du spectacle » en tout cas…

bien évidemment, ce qui ne peut pas laisser insensible quelqu’un comme moi, et justifie le fait que quelques lignes à propos de ce film igurent dans un blog comme celui ci , c’est la provenance « scientifique » de la plupart des traders, en tout cas les jeunes (ceux qui ont moins de 30 ans).

Dans le film, tous les dirigeants , qu’ils soient « associés », ceux qui se partagent les gros bénéfices, ou cadres salariés de plus de 40 ans, disent sans cesse aux « jeunes matheux » de « parler anglais », et avouent crûment qu’ils ne comprennent rien aux « modèles stochastiques »…

quand aux autres, ce sont ‘anciens « ingénieurs » reconvertis dans la finance parce que « ça paye beaucoup plus » … tu m’étonnes !

l’un, dirigeant le service de « gestion des risques », et viré dès le début du film, construisait des ponts vers 1986, avant de venir se perdre à Wall Street..

l’autre (Zachary quinto, très bon), jeune trader de 28 ans, est un diplômé mais dans le domaine des fusées (« rocket scientist ») : c’est lui qui découvre le pot aux roses, le fait que la volatilité est « sortie » du domaine normal de variations (un peu comme un fleuve en crue sort de son lit) , et que les pertes potentielles dépassent la valeur de la société….là tout le monde comprend la nature du petit problème, pas la peine de savoir résoudre des équations aux dérivées partielles…

Ce qui est vrai, c’est que les techniques mathématiques impulsées par la mécanique quantique sont venues considérablement étoffer les « talents » des analystes et spécialistes des modèles aléatoires (ce que n’aurait pas prévu Feynman, mathématicien génial contrairement à Einstein, et qui est à l’origine de toute cette évolution).

Mais peut on dire qu’il y a là une réfutation des thèses de Brunschvicg, largement reprises par moi, sur le « savant désintéressé » et qui serait presqu’un Grand Saint, à défaut d’un petit..d’où le Dieu des philosophes et des Savants, celui de la Raison désintéressée qui se confond avec l’Amour universel et supérieur à celui prôné par les religions (limité celui là aux tenants de la même foi)  ??

oui et non !

un ingénieur , ou un « spécialsite » dont la compréhension se limite à un domaine étroit nécessaire pour les techniques financières, n’est pas un savant, dont les exemples archétypiques sont selon moi Einstein, Dirac, Heisenberg, Feynman, Von Neumann …cela fait une large palette, passant des ambitions « philosophiques » d’Einstein ou Heisenberg aux talent mathématiques spectaculaires de Feynman et Heisenberg.. et encore pourrait on parler des mathématiciens purs, Grothendieck notamment, bien au dessus encore dans le ciel immaculé des maths…

reste que l’on peut déceler un « virage » vers les années 80, où l’on voit les travaux mathématiques même « purs » s’infléchir dans le sens des applications pratiques possibles , financières , industrielles…la mathématique devient servante, voire serve, et ce n’est pas bon !

d’où mes rêves (mais est ce plus que des rêves) d’ une science unitaire totale et UNE, qui se confondrait avec la philosophie et la recherche de la Sagesse, comme Descartes et le 17 ème siècle en formaient encore le concept, par exemple dans la Règle numéro 1 pour la direction de l’esprit :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/08/descartes-regulae-ad-directionem-ingenii-i/

oui, l’on voit avec de plus en plus d’évidence que la science moderne est le problème , avec  les « pouvoirs » qu’elle a donnés à l’homme sur les fusées, les ordinateurs et les « systèmes » de données…. mais peut elle être la solution tout en gardant la même forme ?

reste que je vais à nouveau trahir mes voeux avant peu, car j’ai vu qu’un merveilleux film d’Elio Petri (le réalisateur en 1970 du fameux « Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon) , datant de 1962, est à l’affiche :

Les jours comptés

thème : un plombier italien réalise l’imminence de la mort et abandonne tout pour « profiter de la vie »

seulement qu’est ce que cela veut dire , « profiter de la vie » ?

les traders du film de Chandor, eux, ont une réponse simple : les putes, les putes et les putes…et aussi les bars avec danseuses « topless » qui se font « two grand » (2000)  pour une soirée…. »night is falling on Manhattan » comme disait Lumet

oh pardon, j’aurais dû avoir le tact de l’article du monde , et parler d’escort-girls… décidément je ne suis pas sortable, avec ma manie de dire tout haut ce que les bobos pensent tout bas… à défaut de le faire tout haut comme notre ami DSK…

2 réflexions au sujet de « MARGIN CALL : un très grand film, glaçant et terrifiant »

  1. Ping : encore un effort pour être vraiment nihilistes, mes frères ! | Μαθεσις υνι√ερσαλις τοποσοφια

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