Wronski : la ruine du monde civilisé

Dans son « épître au Souverain Pontife » Léon XII, en 1827,  au tome II de la « Réforme absolue du savoir humain », tome portant sur la réforme de la philosophie (venant après la réforme des mathématiques au tome I), Wronski donne une description et une explication saisissantes de toute l’évolution (chrétienne, puis sadienne) occidentale (le « monde civilisé » , appelé à la ruine complète) dont nous avons parlés dans les deux articles précédents :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/06/04/black-dahlia-los-angeles-les-anges/

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/06/04/la-culpabilite-de-loccident-sadien/

Il caractérise le « point », ou choix fondamental entre « perversité et pornographie sadienne » et « platonisme » dont nous avons montré la nécessité, comme opposition entre les deux « partis » du droit divin (ou du « sentiment ») qui opérait aux temps chrétiens d’avant la Réforme, et du « droit humain » qui est celui de l’entendement pratique et limité au vital :

pages 400-401 du livre :

http://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=ucm.5305743815;page=root;view=image;size=100;seq=24;num=400

« Il est incontestable, en effet, que, dans la tendance actuelle des masses
opposées de l’humanité, le monde civilisé est menacé d’une ruine inévitable.
J’ai eu le premier le triste avantage de signaler, déjà en 1818, dans l’opus-
cule intitulé le Sphinx, les principes positifs de cette antinomie sociale ,
résultant de principes opposés de la raison humaine elle-même, sous les con-
ditions temporelles sous lesquelles l’homme peut l’exercer dans ce monde (2).
Il a été possible alors de reconnaître l’origine, les progrès et le terme fatal
de cette contradiction nécessaire dans la raison de l’homme, et par consé-
quent les lois funestes que suivent irrésistiblement les partis ennemis qui se
forment ainsi dans l’humanité. — Qui donc, en approfondissant de tels prin-
cipes, serait assez imprudent pour vouloir réprimer cette nécessaire opposition,
constituant un ouvrage du Créateur dans la vue des destinées de l’homme?
Et qui surtout pourrait alors s’abuser soi-même jusqu’à croire qu’il connaît
ces hautes destinées? — D’après les conditions caractéristiques de la vérité,

que je viens de me permettre d’annoncer ici, il est manifeste que la philoso-
phie absolue, si elle existe jamais, pourra seule éclairer l’humanité sur cet
état critique de son entraînement actuel.
Pour donner, tout à la fois, et une preuve positive et un exemple frappant
des dangereux écarts des deux partis qui, par suite de tels principes, com-
posent le monde civilisé, je dois supplier Votre Sainteté d’arrêter ses regards
sur les deux extinctions consécutives de la philosophie, telles qu’elles se
trouvent déduites dans les tableaux ci-joints. Elle y verra, d’abord , qu’après
le triomphe du christianisme, dans la troisième période historique , le parti
qui ne suit que l’appel du sentiment, repoussa tout savoir et développa ainsi
sur la terre une affreuse barbarie, laquelle, malgré la gloire de la religion,
brillant alors de son plus grand éclat, est si fortement opposée aux véritables
destinées des êtres raisonnables, que ce serait un blasphème de considérer
cet état de l’humanité comme étant le but de Dieu dans la création de
l’homme. Elle y verra, ensuite, qu’après le triomphe des idées libérales, à
la fin de la quatrième période historique, le parti opposé, qui ne suit que
l’appel de la cognition ou de la raison temporelle, repoussa tout sentiment
religieux et développa ainsi, à l’entrée de la sinistre révolution française, un
affreux abus de la civilisation, lequel, à son tour, malgré la gloire des
sciences, brillant alors de leur plus grand éclat, est de nouveau tellement
opposé aux véritables destinées de l’homme, que ce serait une dépravation de
le considérer comme le but de l’existence des êtres raisonnables.
Hélas , retournerons-nous aujourd’hui à l’ancienne barbarie des premiers
siècles du christianisme, pour revenir ensuite une seconde fois au moderne
abus des sciences et de la civilisation? Et, en nous laissant ainsi ballotter
perpétuellement, serait-ce par là que nous accomplirions nos destinées sur la
terre?—Ou plutôt, serait-ce que la fin du monde est près d’arriver, comme
le croient quelques hommes de bien , à qui il répugne de recommencer ce jeu
cruel?
Non, sans doute; ni l’un ni l’autre de ces aspects de l’œuvre divine ne
seraient glorieux pour le Créateur; car, sous l’un ou sous l’autre de ces as-
pects , il ne résulterait qu’un mauvais fruit de la création. — Vos lumières
personnelles, Très-Saint-Père, me permettent de dire ici, par anticipation sur
la philosophie absolue, qu’il n’existe qu’un seul moyen de tirer les hommes
de cette effrayante perplexité , et de remplir ainsi les vues du Créateur. Ce
moyen, très-simple, comme tout le monde en conviendra certainement, c’est
la DÉCOUVERTE DE LA VERITE.
Tout autre moyen de sauver l’espèce humaine de sa ruine imminente
serait actuellement sans aucune efficacité. — En effet, ce serait en vain qu’on
voudrait aujourd’hui, par les moyens connus, faire triompher exclusivement
la croyance religieuse , et, avec elle, l’ordre politique , dépendant de la

divinité; et ce serait également en vain qu’on voudrait, par les moyens con-
nus, faire de nouveau triompher exclusivement I’incrédulité religieuse, et,
avec elle , l’ordre politique dépendant purement de l’humanité. La presque
totalité du monde civilisé demande actuellement la certitude à la place de
la croyance; et réciproquement, cette même majorité du monde civilisé com-
mence déjà à demander des principes absolus à la place des simples faits
matériels du monde physique. Telle est aujourd’hui la culture intellectuelle
de l’espèce humaine; et cette culture, elle la doit précisément, d’abord, à
la religion, qui a indiqué à l’homme l’immortalité comme terme de son ac-
complissement, et, ensuite, aux sciences, qui ont réalisé ce premier degré
d’un tel accomplissement définitif.
Il faudrait donc faire rétrograder toute l’espèce humaine, pour la rejeter de
l’échelon actuel de sa culture dans son abrutissement primitif. Mais, cela serait,
tout à la fois, et inutile et impossible. —Cela serait inutile, dis-je, parce
que, lors même qu’on parviendrait à replonger l’humanité dans son premier
abrutissement où la croyance religieuse, sans aucune certitude , serait suffi-
sante à la tendance bornée de sa raison inculte, elle sortirait de cet état, à
l’aide précisément de notre sainte religion, comme elle l’a déjà fait une fois
pour parvenir à sa culture actuelle. Et ce qu’il faut bien remarquer, l’humanité
sortirait alors de cette nouvelle enfance par tous les échelons par lesquels,
comme le montrent les tableaux ci-joints, elle est déjà parvenue la première fois
au point où elle se trouve aujourd’hui. C’est là l’ordre immuable de Dieu; et
certes, Votre Sainteté est trop pieuse et trop éclairée pour ne pas prévoir que,
s’il en est ainsi effectivement, il n’existe point de puissance qui saurait anéantir
ou du moins fausser cet ordre éternel. — Mais, dis-je de plus , ce retour à
l’abrutissement primitif de l’espèce humaine serait même impossible aujourd’hui,
parce que plus de la moitié du monde civilisé a déjà obtenu des garanties
politiques, extrêmement puissantes, contre ce retour, non-seulement inutile
mais de plus impie, puisqu’il est opposé aux volontés du Créateur. S’il exis-
tait donc des Etats au milieu du monde civilisé, qui, par des motifs de
piété, pour arrêter le débordement actuel de l’incrédulité religieuse et de ses
suites funestes, prendraient des mesures tendant à ramener notre espèce, plus
ou moins, vers son abrutissement primitif, ils n’en retireraient que le triste
désavantage de se placer hors d’équilibre avec les États éclairés, et de perdre
ainsi, non-seulement leur rang politique, mais de plus et inévitablement, par
leur infériorité croissante, toutes les garanties de leur indépendance.
Il est donc incontestable, je le répète , qu’il n’existe aucun autre moyen
que celui de la découverte de la vérité, pour prévenir la ruine à laquelle
le monde civilisé se trouve aujourd’hui exposé inévitablement »

Il est difficile de trouver une page plus éclairante, et même illuminatrice (puisque tout le monde vante les « Lumières » de l’Aufklärung) dans toute la littérature philosophique : Wronski présente souvent certes des lourdeurs (un peu « germaniques » chez ce Slave) et des obscurités, mais là le Soleil (invaincu) de la Raison qui est Dieu brille à 100 % !

le « choix fondamental » entre les deux attitudes dont nous avons parlé sera sans portée réelle s’il ne sort pas de l’opposition stérile entre les deux « partis » du droti divin et du droit humain (dont l’opposition politique entre droite et gauche donne une image profondément faussée, car gauche comme droite, en Europe, ne se réclament que du droit humain, et laissent le droit divin au…vestiaire).

Or cette sortie ne peut être que la « découverte » de la Vérité, et sa fondation péremptoire sur la Terre, par la Raison absolue, qui est « dépassement » et « surmontement » (Aufhebung) de la raison seulement temporelle qui est l’entendement pratique (celui du « dernier homme » qui cligne de l’oeil et se montre le plus « malin » pour choisir un placement boursier par exemple…même et surtotu  quand les marchés s’effondrent )

Une réflexion au sujet de « Wronski : la ruine du monde civilisé »

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