Archives mensuelles : avril 2015

Athéisme, spiritualisme, philosophie et sens commun selon Brunschvicg

Ce qui repose derrière la notion de « Dieu des philosophes et des savants », c’est à dire, si l’on doit dépasser le domaine des notions et des concepts, l’activité spirituelle qui s’égale à la pensée de Dieu, est généralement si dur à comprendre (y compris pour moi même qui n’ai créé ce blog que pour améliorer ma compréhension) que l’on vous fait le plus souvent l’objection, quand vous en parlez :

« et pourquoi ne dites vous pas franchement que vous êtes un athée ? qu’est ce qui vous fait peur dans ce mot ? »

à la suite de quoi votre interlocuteur vous assène ses titres de « tolérance », de diversité et de démocratie:

« vous savez, j’admets parfaitement que l’on soit athée, je suis tolérant moi, je respecte les différences, nous sommes dans un monde multiculturel voyons…d’ailleurs ma religion est un message de paix et de tolérance etc..etc… »

C’est d’ailleurs exactement le diagnostic qui a été fait le plus souvent à propos de la pensée religieuse de Brunschvicg :

«il parle sans arrêt de vie spirituelle et religieuse, de Dieu, du Dieu des philosophes et des savants qu’il oppose point par point au Dieu d’Abraham, mais en fait il s’agit d’un athéisme virulent et radical qui ne dit pas son nom, qui s’avance masqué pour mieux désarçonner l’adversaire, un athéisme qui prend la forme du scientisme d’ailleurs, son prétendu « Dieu » n’est en fait que la raison mathématicienne, il s’agit donc d’une idolâtrie de la science»

De même, Spinoza était considéré comme le type même de l’athée vertueux, ce qui menait au (faux) problème de savoir comment un homme peut être vertueux et ne pas croire en Dieu.

Problème vain, puisque Spinoza n’était pas athée; mais problème insoluble aussi, puisqu’il faut plutôt se demander comment on peut croire en Dieu (le Dieu de la foi, l’agité du Sinaï) et être réellement vertueux, c’est à dire bien agir pour le seul amour du Bien, et non pas pour obéir à Dieu, dans la crainte d’un châtiment ou l’espoir d’une récompense….

et pourtant, de nos jours encore, un philosophe aussi profond que Robert Misrahi estime que le spinozisme est un athéisme.

Et Alain Badiou affirme que Dieu est mort, et que le « Dieu des rationalistes » n’était d’ailleurs qu’une machine de guerre dirigée contre le Dieu vivant des religions.

Je pourrais ici reprendre les arguments que j’ai avancés dans le passé à propos de la philosophie comme science de l’Absolu ou Mathesis universalis, ou « science de la science » (Wissenschaftslehre de Fichte), mais je m’aperçois que nous avons à notre disposition, sur le site Gallica de la bibliothèque nationale, un prodigieux article de Brunschvicg intitulé : « Spiritualisme et sens commun », dont j’ai déjà donné le lien et la référence dans la Revue de métaphysique et de morale (1897 A5)à la fin de l’article précédent et dont j’i fiat un fichier pdf que l’on peut lire ici ::

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-spiritualisme-et-sens-commun-revue-de-metaphysique-et-de-morale/

Il est impossible de surévaluer l’importance de cet admirable article de quelques pages, en apparence assez simple et sommaire; il a été repris, avec quelques autres tirés eux aussi de la Revue de métaphysique et de morale, au début du 20 ème siècle dans l’ouvrage : « L’idéalisme contemporain ».

Seul le dernier chapitre de cet ouvrage, qui donne son titre au livre, n’est pas tiré de la Revue, mais consiste en la communication de Brunschvicg au congrès philosophique de 1900, et permet de se faire une idée précise du « but » de toute la carrière philosophique (et religieuse, puisque la philosophie est selon nous de nature religieuse, contrairement aux prétendues « religions », qui ne sont que des idolâtries) de Brunschvicg, à savoir : définir le véritable idéalisme comme doctrine de l’esprit vivant, en se débarrassant des vains « fantômes » de l’idéalisme métaphysique sous ses diverses formes, « fantômes » dépassant les limites de la conscience et de l’expérience humaines et donc de la vérification, qui seule mène à la vérité.

Voici quelques lignes limpides et merveilleuses de clarté et de sobriété tirées de ce dernier chapitre de l’idéalisme contemporain; je suis persuadé que si les hommes de bonne volonté et sincères qui se sont engagé&s dans l’idéologie du « matérialisme » (dialectique ou non) qui a mené aux catastrophes que l’on sait avaient lu et compris ces lignes, bien des maux et crimes eussent pu être évités, et nous n’en serions pas, soit dit en passant, dans l’affreuse situation où nous sommes plongés en cette « crise mondiale » du début 2009, qui nous menace d’un anéantissement total à plus ou moins brève échéance… mais revenons à nos chères « idées »…

comprendre la civilisation à laquelle il appartient, l’âme qui se fait par elle, l’éclairer à la lumière de la réflexion, en y retrouvant l’unité vivante, le foyer intérieur du progrès, l’esprit, telle est l’oeuvre du philosophe.

Cette conception place la philosophie au coeur de la morale comme au coeur de la science, au centre de l’humanité….nous croyons avoir montré que la tradition autorise à lui donner le nom d’idéalisme; mais nous voudrions aller plus loin, et dire que c’est dans cette conception même que l’idéalisme conquiert sa propre vérité.

Tout idéalisme est incomplet et impuissant qui conçoit l’idéal en l’opposant à la réalité;l’idéal, c’est alors ce que nous ne sommes pas, ce que nous ne pouvons pas être, le chimérique ou l’inaccessible.

Et ainsi se constitue le faux idéalisme, celui qui célèbre doctement la banqueroute de la science humaine, afin de fonder la vérité divine sur l’absurdité de la croyance, ou qui s’associe joyeusement sur terre à l’oeuvre d’iniquité, afin de mieux réserver la justice au Ciel ».

Comment ne pas penser ici aux évènements de ces dernières semaines ? à ces « croyants » sincères (musulmans, chrétiens ou juifs) qui appellent à la guerre pour , croient ils, mettre fin au crime (de ceux d’en face) en oubliant leurs propres crimes….éternelle symbolique de la paille et de la poutre !

quant à l’absurdité de la croyance, de toute croyance religieuse et donc invérifiable, je ne connais aucune explication meilleure que celle qu’en donne Marie Anne cochet dans son livre sur la conversion spirituelle chez Brunschvicg : soit la croyance est vérifée de manière rationnelle, par l’enquête scientifique, et alors elle cesse d’être croyance, soit (comme c’est le cas des croyances religieuses) elle ne peut l’être et elle mène alors au « grand n’importe quoi » du fanatisme et de l’idolâtrie.

Mais il est une étape au delà vers le « pire » : c’est celle qui consiste à « imaginer », ou « feindre », de vérifier la croyance, mais par d’autres moyens que la pure et simple raison, commune à tous, et qui est à l’oeuvre dans la recherche scientifique. Des moyens plus « occultes »….et nous arrivons alors à toutes les variantes, ou plutôt les « bas-fonds », comme le dit Brunschvicg, de la théosophie, de l’anthroposophie (Blavatsky, Steiner) ou de l’occultisme …. y compris le « christianisme » dit « ésotérique » de Gurdjeff-Ouspensky, ou la « gnose » de Boris Mouravieff.

Et les succès efffrayants enregistrés depuis les années 60 (en fait depuis plus longtemps, depuis le 19 ème siècle, comme en témoignent les racines occultistes du nazisme à Vienne) montrent à l’évidence que l’idéalisme , tel que rectifié par Brunschvicg, n’a pas joué son rôle de rempart contre l’invasion des ténèbres occultes et irrationnelles. Et pour cause : Brunschvicg n’a pas vraiment été compris….car comme on dit : « le simple est le plus difficile ».

Mais continuons à boire à la fontaine de vie et à manger la manne céleste qui nous est généreusement distribuée en ce dernier chapitre de l’Idéalisme contemporain:

« mais si l’idéal est la vérité, il est la vie même de l’esprit. L’idéal, c’est d’être géomètre, et de fournir d’une proposition une démonstration rigoureuse qui enlève tout soupçon d’ erreur; l’idéal c’est d’être juste, et de conformer son action à la pureté de l’amour rationnel qui enlève tout soupçon d’égoïsme et de partialité.

Le géomètre et le juste n’ont rien à désirer que de comprendre plus ou de faire plus, de la même façon qu’ils ont compris ou qu’ils ont agi, et ils vivent leur idéal.

Le philosophe n’est pas autre chose que la conscience du géomètre et du juste; mais il est cela, il a pour mission de dissiper tout préjugé qui leur cacherait la valeur exacte de leur oeuvre, qui leur ferait attendre, au delà des vérités démontrées ou des efforts accomplis, la révélation mystérieuse de je ne sais quoi qui serait le vrai en soi ou le bien en soi; le philosophe ouvre l’esprit de l’homme à la possession et à la conquête de l’idéal, en lui faisant voir que l’idéal est la réalité spirituelle, et que notre raison de vivre est de créer cet idéal.

La création n’est pas derrière nous, elle est devant nous; car l’idée est le principe de l’activité spirituelle… »

Il est d’autant plus important de prendre connaisance de ce petit livre, « L’idéalisme contemporain », qu’il semble qu’il ne soit pas prévu de l’inclure sur le site des « Classiques » où l’oeuvre de Brunschvicg sera progressivement mise en ligne.

Qui peut prétendre, parmi ceux qui se prétendent philosophes, être à la hauteur de la « mission » définie ici par Brunschvicg (et dont il s’est acquitté lui même avec rigueur et conscience) ? L’expression (choquante à nos oreilles contemporaines) d' »amour rationnel » mérite de se voir accorder une attention spéciale. Car l’amour tel qu’il est habituellement défini ou pensé, l’amour entre deux êtres, où la sexualité entre en jeu de manière primordiale, ou bien l’amour dit « spirituel » ou « platonique » (sans aucun rapport avec Platon d’ailleurs), est plutôt de l’ordre de l’idolâtrie que de la spiritualité véritable.

Encore quelques lignes formant la fin du livre :

« C’est donc à une alternative que nous conduit l’étude de l’idéalisme contemporain »

(une alternative analogue à celle du Deutéronome, soit dit en passant, où Israel se voit placé devant l’alternative de deux voies, celle de la vie et de la mort…. mais bien entendu dans une optique totalement différente)

« Ou nous nous détachons des idées qui sont en nous pour chercher dans les apparences extérieures de la matière la constitution stable et nécessaire de l’être, nous nous résignons à la destinée inflexible de notre individu, et nous nous consolons avec le rêve dun idéal que nous reléguons dans la sphère de l’imagination ou dans le mystère de l’au delà »

cette voie est la voie de la mort, c’est celle qui a été suivie par l’ensemble de l’intellectualité occidentale contemporaine, y compris scientifique d’ailleurs, sous le nom de « matérialisme », ou bien, à un niveau moins théorique, par l’ensemble de l’humanité dite « croyante », visant un quelconque « au delà » de ce monde, qui est pourtant « le Seul ». Et je ne pense pas que les différents courants se proclamant « ésotériques » ( visant à étudier l’aspect dit « intérieur » des courants religieux) permettent de dépasser ces impasses. Ne nous étonnons donc pas de la situation atroce où nous nous voyons enlisés, semblable à celle dont parlait Husserl en 1937, et qu’il expliquait par la « crise des sciences européennes ». Ce qu’exige l’époque, ce ne sont pas des jérémiades, ce sont des actes ; et c’est justement à l’action, c’est à dire à l’activité spirituelle véritable, c’est à dire à l’idéalisme tel qu’il l’explicite ici, que nous convie Brunschvicg :

« ou bien nous rendons à nos idées mortes leur vie et leur fécondité, nous comprenons qu’elles se purifient et se développent grâce au labeur perpétuel de l’humanité dans le double progrès de la science et de la moralité, que chaque individu se transforme, à mesure qu’il participe davantage à ce double progrès. Les idées, qui définissent les conditions du vrai et du juste, font à celui qui les recueille et s’abandonne à elles, une âme de vérité et de justice; la philosophie, qui est la science des idées, doit au monde de telles âmes, et il dépend de nous qu’elle les lui donne »

ce qui est affirmé ici, c’est la possibilité d’une pensée vivante, et non morte comme celle qui a prévalu jusqu’ici, ou encore la philosophie comme connaissance intégrale (comme science des idées). On peut lire aussi ces lignes comme une réélaboration du platonisme : les Idées sont devenues les idées, c’est à dire qu’elles sont redescendues du ciel en terre, ou du « mundus archetypus » en la conscience humaine immanente, existant réellement ici et maintenant en une âme et un corps.

Rudolf Steiner, le créateur de l’anthroposophie, visait lui aussi à permettre l’accès à une pensée vivante, par opposition à une pensée morte, abstraite, aussi parlait il d’une science spirituelle, l’anthroposophie, dépassant sans les renier les sciences « matérialistes ».

Mais c’est Brunschvicg qui y donne réellement accès, grâce à la rigueur de sa pensée; il y a beaucoup de belles choses chez Steiner, en tout cas le premier Steiner, celui d’avant 1900, notamment sa « Philosophie de la liberté » qui contient de nombreuses similitudes avec la « connaissance intégrale » de Brunschvicg. Mais ensuite Steiner retombe au niveau dégradé de la pensée occulte et magique héritée de la théosophie (orientale chez Blavatsky, occidentale chez Schelling). Brunschvicg est (miraculeusement !!) préservé d’une pareille malencontreuse évolution parce qu’il refuse de se placer « en surplomb » de la science, de la science réelle, la physique mathématique…sans bien sûr confondre philosophie et science.

La dernière phrase du livre :

« Les idées, qui définissent les conditions du vrai et du juste, font à celui qui les recueille et s’abandonne à elles, une âme de vérité et de justice; la philosophie, qui est la science des idées, doit au monde de telles âmes, et il dépend de nous qu’elle les lui donne »

résonne comme un tragique et bouleversant appel aux hommes de l’aveir, c’est à dire à nous et à nos hypothétiques descendants.

Tragique parce que nous savons que la philosophie n’a pas été fidèle à sa mission, telle que définie par Brunschvicg, qu’elle n’a pas donné au monde « de telles âmes », ou alors si peu, tellement peu que leur voix (celle de Brunschvicg notamment) a été complètement étouffée par le tam tam médiatique et les vociférations du cortège dionysiaque qui suivait le Grand Sorcier Psychothaumaturge : Lacan.

Mais l’appel est là qui vibre, et que nous pouvons toujours entendre : la réflexion philosophique, qui est la seule véritable spiritualité, s’exerce dans un éternel et inépuisable aujourd’hui.

Il dépend donc toujours de nous, et uniquement de nous, qu’elle donne au monde à venir de telles âmes. Uniquement de nous parce que nous refusons de nous décharger de notre responsabilité, et surtout pour tout dire de notre irresponsabilité, sur un Dieu que nous pourrions rencontrer « en face à face », qui se soucierait de nous en tant qu’individus.

Le Dieu des philosophes et des savants, que nous entendons opposer ici au Dieu d’Abraham, est envers nous comme « esprit à esprit ». Ceci veut dire qu’il dépend de nous qu’il soit ! chaque fois que nous nous établissons fermement dans l’éternel présent de la réflexion, il est.

C’est en ce sens aussi qu’il convient de faire la différence entre la conversion véritable, qui est conversion à l’activité spirituelle pure, qui n’est donc jamais « gagnée une fois pour toutes », mais qui doit se conquérir à tout instant par la lutte contre l’entropie de la paresse et du laisser aller, et la fausse conversion religieuse, qui prend place à un moment donné du temps de vie, à l’occasion d’une cérémonie rituelle, après une période plus ou moins longue et difficile de préparation et d’ascèse :longue pour la conversion au judaîsme ou au christianisme, très courte pour l’Islam. Ce qui explique les statistiques sur les conversions…..

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La table périodique des n-catégories

J’ai déjà cité ce cours de John Baez, un des plus grands experts mondiaux en théorie des catégories et leur application à la physique:

Lectures on n-categories and cohomology

Il n’est pas question ici de faire le tour, même sommairement, de ce qui apparaît comme un véritable festival d’idées nouvelles, il peut être complété par cet autre de Baez:

An introduction to n-categories

qui explique sommairement au début ce qu’est une n-catégorie.

La table périodique des n-catégories est ici sur le NLAB avec les liens utiles:

http://ncatlab.org/nlab/show/periodic+table

Elle figure aussi dans le premier papier cité plus haut « Lectures on n-categories and cohomology » aux pages:
10 et 11
Elle se présente comme un tableau à double entrée indexée horizontalement par n et verticalement par k
Prenons la première ligne du tableau page 10, pour k=0 et n variant de zéro à l’infini: ce sont les n-catégories « normales » , pour n=0 ce sont les ensembles, n=1 donne les catégories, etc…
A partir de k=1 on obtient des n-catégories dites « dégénérées », la définition générale donnée page 10 est la suivante pour la case (n,k):
les (n,k)-catégories sont des (n+k)-catégories telles qu’il n’y a qu’un seul j-morphisme pour j<k (j strictement inférieur à k)

Ainsi pour n = 0 et k= 1 : j< k veut dire j< 1 donc j=0
Or les 0-morphismes sont les objets, donc il n’y a qu’un seul objet.
C’est la définition catégorique d’un monoïde.

La définition traditionnelle en algèbre moderne d’une structure de monoïde est un peu différente, il est utile de s’attarder un peu sur ce point.

http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Monoïde

Cette définition est comme on le voit de type ensembliste, un monoïde est un ensemble muni d’une loi de composition entre les éléments avec un élément neutre pour cette loi.

Dans la définition catégorique les éléments du monoïde de la définition ensembliste deviennent les morphismes, et l’unique objet correspond à l’élément neutre de la définition ensembliste.

Un groupe, structure fondamentale de l’algèbre moderne et de la physique, est un monoïde pour lequel chaque élément possède un inverse pour la loi de composition; dans la définition catégorique cela signifie que tous les morphismes sont des isomorphismes (c.-à-d. Possèdent un inverse).

Une catégorie est un monoïde avec plusieurs objets, on dit aussi que c’est la catégorification de la notion de monoïde.

La catégorification de la structure de groupe est ce que l’on nomme un groupoïde, c’est une catégorie où tous les morphismes sont des isomorphismes.

Il est possible de définir un groupoïde sans faire appel aux catégories, cela a été fait par Brandt en 1926, voir:

http://mathoverflow.net/questions/199849/brandts-definition-of-groupoids-1926

La définition est nettement plus compliquée, mais surtout elle ne permet pas de faire le lien entre les morphismes du groupe considéré catégoriquement et les éléments du groupe considéré de manière ensembliste : c’est une perte absolue d’intelligibilité.

Nous voyons déjà avec cette table périodique et la notion de « catégorification » l’œuvre d’unification en train de fonctionner, nous poursuivrons cette étude dans d’autres articles, en passant aux structures catégoriques supérieures (« higher algèbre ») mais soulignons que cela n’aurait pas été possible si l’on en était resté aux définitions de type ensembliste.

Il arrive, et c’est le cas ici, que la définition crée ou facilite grandement l’intuition et la découverte de nouvelles structures.

Voici comment la guerre contre l’Islam et contre DAESH sera réellement et définitivement gagnée

Voici comment la guerre contre l’Islam et contre DAESH sera réellement et définitivement gagnée.via Voici comment la guerre contre l'Islam et contre DAESH sera réellement et définitivement gagnée.

De l’être (multiple pur) à l’Un : le programme de travail de l’ οντοποσοφια

Lorsqu’Alain Badiou dans « L’être et l’évènement » a affirmé (et « démontré ») que l’ontologie, auparavant considérée comme le coeur de la philosophie, portant sur l’être en tant qu’être, était la mathématique, sous les espèces de la théorie axiomatique des ensembles de Zermelo-Fraenkel, il a réalisé une sorte de « révolution » qui a enthousiasmé certains, irrité d’autres…

Nous gardons comme point de départ cette thèse de Badiou, mais seulement comme point de départ : la théorie des ensembles c’est seulement une partie des mathématiques, qui certes a été utilisée comme cadre fondationnel de toute la mathématique.

Aujourd’hui c’est la théorie des catégories, créée en 1945, qui joue ce rôle, et les ensembles ne forment qu’une catégorie particulière: la catégorie ENS des ensembles, qui est aussi un topos.
De plus un ensemble est une catégorie, où il n’y a pas de flèches entre les objets (qui sont les éléments de l’ensemble), on appelle cela une 0-catégorie, les catégories « normales » sont les 1-catégories.

L’être comme multiple pur, que nous gardons de Badiou, correspond aussi à l’état de complète ignorance : la science consiste à établir des relations de plus en plus complexes entre les phénomènes.

En quoi consiste ce multiple pur ? nous pourrions répondre de manière évasive en disant que c’est « tout ce qu’il y a » ou « tout ce qui est, tous les étants » mais de toutes façons nous n’allons plus perdre de temps avec ces discussions stériles de ce genre car voici le programme de la nouvelle discipline que nous voulons développer ici :

remplacer les thèses métaphysiques ou « mystiques » sur l’Un, l’Etre, le Vrai, le Bien (les quatre transcendantaux de la métaphysique : ens, unum, verum et bonum) par la mathématique et ses théorèmes, sur lesquels par définition tout le monde s’accorde puisqu’ils sont établis à partir de définitions et de principes et axiomes clairs, entièrement transparents à l’intelligence, et démontrés.

Dans notre perspective idéaliste mathématisante nous dirons que le multiple pur, correspondant à l’état d’ignorance et de sauvagerie complète, est celui des « chocs sensibles » réels ou potentiels expérimentés par un être humain, quelqu’il soit.

Ces chocs sensibles, rencontre de l’humain avec la « forme d’extériorité », sont très divers: visuels, auditifs, tactiles, etc…

Prenons un exemple (mythique) célèbre : Newton reçoit une pomme sur la tête, il en sort l’idée de la gravitation.
Par contre tel primitif recevant une noix de coco (ou plutôt une châtaigne, il aura moins mal) n’uara pas l’idée de relier cette occurrence à d’autres évènements similaires dans le passé : il se contentera de se frotter la tête en émettant un grognement de douleur.

Cet état d’ignorance complète n’est jamais observé : nous sommes tous déjà pris dans un réseau de langages, de noms, et de « connaissances ».

Mais avant la ligne de démarcation du 17 ème siècle européen:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/la-ligne-de-partage-des-temps/

ces « savoirs » n’en sont pas réellement, en tout cas en ce qui concerne la physique, et l’homme reste un « grand marché de mots » (ce qu’il redevient d’ailleurs de nos jours) : seuls les relations de la science, les μαθηματα, peuvent l’en libérer, et l’émanciper ainsi des superstitions de sa tribu.

Contentons nous donc d’appeler « Etre » un des pôles du trajet de la conscience, correspondant à la conscience non développée, à l’ignorance, au multiple pur non unifié.

A l’autre bout du parcours nous aurons l’Un, mais là encore il s’agit d’une notions qui jusqu’ici appartenait à la métaphysique ou à la mystique, voir par exemple:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Transcendantaux

ou

http://fr.wikipedia.org/wiki/Universaux

ou

http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Un

Nous remplaçons ceci, comme Badiou avec le compte-pour-un qui joint les éléments d’un ensemble en UN ensemble, par l’un comme opération mathématique, et plus largement par l’unification scientifique, qui aboutit à l’explication et à la compréhension.

De par un axiome de la théorie des catégories, toute catégorie est « UNE » en vertu d’un foncteur Identité:

Id : A ——-> A

Ces deux pôles, Etre (multiple, ignorance) et Un (unification et intelligibilité totale, Savoir, Connaissance complète) peuvent être rapprochés des éléments primitifs de Wronski :

EE (élément-être) ——> ES (élément savoir)

dont l’identité primordiale est l’élément neutre (EN).

Quant à nous, nous tâchons de « coller » le plus prés possible à la mathesis, qui seule obéit aux exigences philosophiques de démonstration (les « yeux de l’âme » selon Spinoza), de clarté des définitions et des procédés, et de vérification permanente.

Bien entendu il ne faut pas être maximaliste : nous parlons en langage commun (en français) mais nous gardons conscience qu’il nous faut toujours revenir à la mathématique pour vérifier que nous ne nous perdons pas dans les rêveries qui ne sont autres que le masque de l’instinct prenant la place de la Raison désintéressée, comme dit Brunschvicg:

« si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon. »

et cette précaution étant comprise et prise, nous caractériserons ce qui est selon nous le sens de l’existence humaine, de l’homme comme hérault de la Vérité et non comme esclave de l’idole de la tribu ou comme berger de l’Etre:

« Tout l’être doit passer en Savoir par les vérités éternelles, qui sont les théorèmes, organisées selon l’architectonique de la Mathesis qui est l’οντοποσοφια »

ce qui n’est rien d’autre que le parcours complet de la conscience entre les deux pôles, Etre et Un (Unum = Bonum = Bien au delà de l’être, mais ens et unum non convertuntur) que nous avons décrit plus haut, et dont nous pouvons « parler » clairement puisqu’il n’est autre que la mathesis universalis, ou  οντοποσοφια