Le mémorial de Pascal

On peut interpréter d’une autre façon les lames du Tarot : l’Amoureux et Le Pendu dont j’ai parlé hier,grâce à une autre citation de Brunschvicg, extraite elle aussi de « Raison et religion »:

« si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon. »

L’instant est le centre de la Croix (ou de la sphère sénaire de Raymond Abellio) c’est à dire la croisée du temps sous forme de durée (axe horizontal, mondain) et de l’éternité sous forme d’imminence radicale (axe vertical de l’intériorité spirituelle et non psychologique qui remplace l’axe imaginaire terre-ciel des religions naïves), et c’est donc à chaque instant que l’Amoreux, la conscience humaine qui progresse vers l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’Amour, doit choisir entre le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, Dieu d’Abraham, et le Dieu des philosophes et des savants, « aperçu par la Raison désintéressée ».

C’est à dire aussi qu’il doit faire le choix inverse de celui de Pascal lors de la « nuit mystique » du 23 novembre 1654:

Mémorial de Blaise Pascal

et nous pourrions répondre au grand savant et mathématicien que fut Pascal:

« Il (le dieu des philosophes et des savants) ne se trouve que par la voie enseignée par la Mathesis universalis, lorsque le méditation de l’être qui éloigne de Dieu a cédé la place à la méditation de l’Un qui y ramène (Amen) »

A mon sens l’erreur qui explique la chute de Pascal dans le mysticisme réside en ces mots:

« Oubli du monde et de tout hormis Dieu »

Or si c’est à chaque instant que l’Amoureux doit choisir entre l’être ou le monde qui est la multiplicité pure des étants, et la méditation de l’Un dans l’activité intellectuelle de la Mathesis, il ne doit pas oublier le monde dans un « oubli de l’être » qui sonnerait de manière heidegerrienne, c’est à dire trompeuse. Il doit choisir l’Esprit plutôt que le monde, ce qui est tout différent.

La voie de l’homme occidental « suivant Socrate et suivant Descartes » est supérieure à celle du sage oriental, hindou, qui se retire dans la forêt.

https://lhommeoccidental.wordpress.com/a-propos/

« L’homme occidental, l’homme suivant Socrate et suivant Descartes, dont l’Occident n’a jamais produit, d’ailleurs, que de bien rares exemplaires, est celui qui enveloppe l’humanité dans son idéal de réflexion intellectuelle et d’unité morale. »

car l’oriental, le sage des époques d’avant la science moderne, née il y a 4 siècles en Europe, n’enveloppe (terme spinoziste) que l’obscurité de la nuit mystique.

Quant à Pascal il est l’enjeu, le théâtre d’une tragédie qui se joue encore, et nous ne pouvons qu’admirer (comme Brunschvicg le faisait) ce géant de l’Esprit qui nous enseigne de façon négative où nous devons poser le pied.

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