« Le nombre 23 » de Joel Schumacher

La mise en scène de Joel Schumacher (réalisateur en 1993 de ce qui est à mon avis un chef d’oeuvre : « Falling down » avec Michael Douglas) est souvent très décriée, qualifiée de « spectaculaire, narcissique, publicitaire ») et ce film sorti en 2007 n’échappe pas à la règle:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Nombre_23

Cette critique me semble assez équitable :

http://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-nombre-23.html

Bien sûr ce n’est pas un grand film, du niveau de « Falling down » (« Chute libre ») mais il a un sens qui se rapproche des préoccupations de ce blog.

Qu’est ce qui arrive à Walter Sparrow (joué par Jim Carrey) qui sombre dans une obsession délirante à propos du nombre 23 , à la suite de la lecture d’un mystérieux livre trouvé par son épouse Agatha (= « celle qui est bien » en grec, mais cela peut aussi renvoyer au terme d’Agartha qui désigne un royaume mystérieux dans les livres dits « ésotériques » et « théosophiques » ?).
On apprendra à la fin que c’est lui qui a écrit le livre, qu’il a assassiné la femme qu’il aimait, Laura, qui lui a transmis cette « maladie » du nombre 23, qu’il a tenté de se suicider, et a perdu toute mémoire de ce qu’il était avant…)
C’est le parfait représentant de ce que j’appelle ici le « plan vital », plan des pulsions incontrôlées, des désirs, sexuels notamment , mais comme ce plan exclut toute réelle conscience, et se limite aux aspects animaux de la personne, il n’est pas satisfaisant pour un être humain, ou plutôt en voie d’humanisation : Walter le comprend bien obscurément, puisqu’il affirme que le seul problème vraiment philosophique (= dépassant les pures questions vitales : comment s’aprovisionner, comment trouver des partenaires sexuelles, etc..) est de décider s’il faut se suicider ou non.
Il rencontre Laura qui est déjà malade de cette obsession mentale du nombre 23, maladie qu’elle lui transmettra, et qui est accompagnée de pulsions sexuelles sado-masochistes incontrôlables et incontrôlées.
Nous en savons la raison : le sexe est le symbole privilégié du « plan vital », et les oeuvres du Marquis de Sade nous apprennent que la pulsion sexuelle, qui est la pulsion vitale par excellence, est toujours accompagnée de celle du meurtre ou du suicide, parce que le niveau vital, « naturel », réclame non seulement les naissances, mais aussi les morts pour assurer le remplacement des générations.

C’est, si l’on veut, l’unique vérité dont la Nature (ou le Diable) ait à nous instruire, pour paraphraser de façon humoristique-sérieuse le propos de Brunschvicg nous appelant à apercevoir « en l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire« .

l’obsession crédule et maladive pour le nombre 23, ou pour certains nombres, ou pour la numérologie en général, correspond à une régression de la conscience au niveau de la « crédulité théosophique » qui résulte du schisme des Pythagoriciens entre mathématiciens (privilégiant les démonstrations rationnelles) et « acousmatiques » privilégiant le pseudo-savoir « occulte » des mystérieuses analogies entre nombres, ce qui mènera à la Kabbale et à l’Abjad coranique (prétendue « ilm al huruf » science des lettres à partir de leur valeur numérique).

Là encore c’est Brunschvicg qui en parle le mieux, par exemple:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1_intro.html

« La civilisation d’Occident affleure, dans l’histoire, avec l’arithmétique de Pythagore, avec la maïeutique de Socrate. Et certes, à travers les siècles de la décadence hellénistique, Pythagore et Socrate retomberont au niveau où les légendes orientales laissent leurs héros : ils deviendront maîtres de divination ou faiseurs de miracles. Cependant il suffit de savoir qu’un schisme s’est produit effectivement à l’intérieur de l’école pythagoricienne, entre acousmatiques et mathématiciens, c’est-à-dire entre traditionalistes de la fides ex auditu et rationalistes de la veritas ex intellectu, pour avoir l’assurance que, bien avant l’ère chrétienne, l’Europe a conçu l’alternative de la théosophie et de la philosophie sous une forme équivalente à celle qui se pose devant la pensée contemporaine. »

ou bien;

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html

« Ces observations contiennent le secret de l’histoire du pythagorisme. L’homo sapiens, vainqueur de l’homo faber, y est vaincu par l’homo credulus. Grâce aux démonstrations irréprochables de l’arithmétique pythagoricienne, l’humanité a compris qu’elle possédait la capacité de se certifier à elle-même, non pas des vérités qui seraient relatives au caractère de la race ou du climat, subordonnées au crédit des magiciens ou des prêtres, à l’autorité des chefs politiques ou des pédagogues, mais la vérité, nécessairement et universellement vraie. Elle s’est donnée alors à elle-même la promesse d’une rénovation totale dans l’ordre des valeurs morales et religieuses. Or, soit que l’homo sapiens du pythagorisme ait trop présumé de sa force naissante, dans la lutte contre le respect superstitieux du passé, soit qu’il n’ait même pas réussi à engager le combat, on ne saurait douter que le succès de l’arithmétique positive ait, en fin de compte, servi d’argument pour consolider, pour revivifier, à l’aide d’analogies mystérieuses et fantaisistes, les propriétés surnaturelles que l’imagination primitive associe aux combinaisons numériques. La raison, impatiente de déployer en pleine lumière sa vertu intrinsèque et son efficacité, s’est heurtée à ce qui apparaît du dehors comme la révélation d’une Parole Sacrée, témoin « le fameux serment des Pythagoriciens : « Non, je le jure par Celui qui a révélé à notre âme la tétractys (c’est-à-dire le schème décadique formé par la série des quatre premiers nombres) qui a en elle la source et la racine de l’éternelle nature… » Le caractère mystique du Pythagorisme (ajoute M. Robin) se révèle encore par d’autres indices : c’est caché par un rideau, que le Maître parle aux novices, et le fameux : Il l’a dit (αὐτὸς ἔφα) ne signifie pas seulement que sa parole doit être aveuglément crue, mais aussi que son nom sacré ne doit pas être profané » »

les accents du serment des pythagoriciens, c’est à dire des acousmatiques, non des mathématiciens, sont bien proches de certains passages du Coran…

Or c’est ici, sur les blogs « 

Mathesis universalis οντοποσοφια

 » la thèse suivante que je propose, en termes empruntés à Alain Badiou :

« les deux conditions de la philosophie, c’est à dire de l’accès à la sagesse, sont l’art et la science universelle, la mathesis »

Je supprime donc parmi les quatre conditions de Badiou : la politique, et l’amour (entre deux êtres).
Et j’avoue avoir même la tentation de ne laisser comme seule condition la mathesis, ce que je traduis par:

« 

la seule voie d’accès au plan spirituel est la mathesis

 »

Or la numérologie, ou bien ses niveaux « supérieurs » dans ce que l’on appelle « arithmosophie » (par exemple dans « Les harmonies de l’être » de l’abbé Lacuria, qui possède un intérêt philosophique éminent) consiste à détruire la mathesis (activité intellectuelle qui est la condition de la véritable mathématique, qui consiste en la démonstration des « vérités éternelles » que sont les théorèmes) en la « recouvrant » et en l’étouffant par de pseudo-vérités à partir d’analogies réelles ou supposées entre les nombres, ou certains nombres.

On comprend donc facilement que si ce que j’affirme est exact, à savoir que la mathesis est le seule voie d’accès vers le plan spirituel, ou bien la voie d’accès privilégiée, détruire la mathesis en y introduisant la mystique (comme le font les acousmatiques, et leurs descendants les kabbalistes, numérologues et autres charlatans) est un crime très grave, LE crime contre l’Esprit qui ne sera pas pardonné…ce qui ne veut pas dire qu’un Dieu imaginaire va les punir, mais qu’ils se punissent eux mêmes en perdant toute possibilité de libération vis à vis du plan vital , dans lequel ils s’enferment eux mêmes en s’imaginant avoir trouvé la porte de sortie dans l’activité pseudo-scientifique de l’arithmosophie.

Il existe cependant des niveaux supérieurs de l’arithmosophie, j’ai cité Lacuria, je pourrais aussi citer les travaux de Vernon Jenkins sur la Bible :

http://homepage.virgin.net/vernon.jenkins/

ou bien celles du site Biblewheel:

http://www.biblewheel.com/Wheel/intro.php

mais peut être doit on dire que ces versions « supérieures » (Jenkins était professeur de mathématiques il me semble) sont encore plus dangereuses si elles nous détournent de la science réelle, et de sa condition transcendantale la mathesis universalis οντοποσοφια.

Une réflexion au sujet de « « Le nombre 23 » de Joel Schumacher »

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