T. S. Eliot : Mercredi des cendres (Ash-Wednesday, 1930)

Le texte anglais est ici:

http://poetryx.com/poetry/poems/748/

ou ici avec un commentaire:

http://thebrokentower.com/2013/02/13/ash-wednesday/

On trouve ici une traduction partielle :

http://www.madbeppo.com/texts/mercredi-des-cendres-ash-wednesday/

la traduction complète par Michel Leyris se trouve dans Scribd, page 160

https://fr.scribd.com/mobile/doc/141987282/T-S-Eliot-Poemes-1910-1930

La poésie de T S Eliot est extrêmement difficile, mêlant des références bibliques, grecques, hindoues, …il suffit de lire l’appareil de notes pour « La terre vaine » dans le lien Scribd ci dessus.
Il me semble en tout cas que la première partie de « Mercredi des cendres », qui en compte six, exprime la déception devant le plan vital propre à un homme arrivé comme Dante « au milieu du chemin de notre vie » (Eliot avait 42 ans en 1930), après un premier mariage malheureux qui conduisit le poète à « The waste land » , et son épouse à la clinique psychiatrique pour les neuf dernières années de sa vie.

« Because I do not hope to turn again
Because I do not hope
Because I do not hope to turn
Desiring this man’s gift and that man’s scope
I no longer strive to strive towards such things
(Why should the aged eagle stretch its wings?)
Why should I mourn
The vanished power of the usual reign?
 »

Parce que je n’espère plus me tourner à nouveau…

Ceci ne fait il pas allusion au dormeur qui dort mal et se tourne et se retourne dans son lit, symbole du profond sommeil qu’est la vie ordinaire?

« Je ne fais plus l’effort de désirer et m’efforcer d’obtenir ces choses: les dons de cet homme ci et le spectacle dont jouit cet homme là »

« Pourquoi l’aigle vieilli déploierait il encore ses ailes? »

« Because I know that time is always time
And place is always and only place
And what is actual is actual only for one time
And only for one place
I rejoice that things are as they are and
I renounce the blessed face
And renounce the voice
Because I cannot hope to turn again
Consequently I rejoice, having to construct something
Upon which to rejoice
 »

parce que je sais que le temps est seulement le temps, et que le lieu est seulement le lieu.. »rien n’aura eu lieu que le lieu »

C’est évidemment la déception devant « le monde », ce monde qui passe, qui va vers le néant, appel et tension de l’être désirant vers le monde de l’esprit, où il n’y aurait plus de lieu et où le temps de la vie et de l’entropie serait complètement bouleversé…
En même temps une décision résolue se fait jour : « puisque je ne puis plus espérer en ce qui arrive, je me réjouis d’avoir à construire quelque chose dont je puisse me réjouir »
Allusion au plan spirituel, où la participation humaine par l’effort et la tension vers une « apocalypse du désir » se fait prédominante..

Ensuite, dans les cinq autres parties qui viennent à la suite, d’une beauté que l’on dirait « surnaturelle » (terme qui va certes en sens contraire de ce que j’affirme ici) je ne sais plus très bien : les références chrétiennes et mystiques, vers un Ineffable qui est souvent le lieu où finit la poésie, cette « tension dans le langage vers ce qui est au delà des mots ».

La référence à Isaie est claire dans II, mais je n’en décelé pas vraiment la visée :

« De mon bol cranial le triste contenu.
Mais la voix du Seigneur s’élevant m’interpelle:
« Ces os nus, autrefois de ton âme éternelle
« Abri, prison et temple, et solide tremplin
« D’où elle bondissant se haussait au divin,
« Ces os reprendront-ils, défiant la nature,
« Le souffle humide et chaud; la chair sa reliure? »
Et mes os, desséchés et blanchis à souhait,
Répondirent pipant, d’une voix de fausset:
« Seigneur, point nous en chaut. La bonté de Madame,
« Célébrée de chacun; la beauté de son âme;
« La belle et sainte ardeur de sa dévotion
« Honorant la Vierge en méditation:
« Sont cause que ces os, dépouille misérable,
« Reluisent d’un éclat brillant et perdurable.
« Dispersé, mais content, j’abandonne à l’oubli
« Ce que je crus avoir en ce monde accompli;
« Ce que j’ai pu aimer, à la gent héritière
« Du désert je l’octroie, et à la gourde amère. »
Voilà ce qui recouvre et qui met à chuinter
Les filaments encore à mes os attachés,
Mes boyaux décharnis,—mes fibres oculaires,—
Tout ce qui rebuta les onces sanguinaires
…….
Et le Seigneur de dire: Au vent prophétisez:
Au vent seul; de lui seul vous serez écoutés.
Les os secs tout joyeux à piper commencèrent
De la gaie sauterelle imitant la manière:
 »

mais je ne veux plus piétiner ce Jardin où le Verbe reposé avec mes gros sabots…
J’ai trouvé un lien sur Google :

https://books.google.fr/books?id=kiVxHF6kbmEC&pg=PA154&lpg=PA154&dq=t+s+eliot+saint+john+perse+valéry&source=bl&ots=dJlWn0MGOo&sig=RdyDEF6-N_FHs2kAJZWmvzdeZKs&hl=fr&sa=X&ved=0CCIQ6AEwAzgKahUKEwiO5c6Qj6HHAhXEPRoKHaJyC1o#v=onepage&q=t%20s%20eliot%20saint%20john%20perse%20valéry&f=false

où la poésie de T S Eliot est opposée, en tant que faisant interférer le sentimental avec le spirituel (alors que Rilke les mêle de façon indiscernable) par Denis de Rougemont à celle, animique et « qui se garde de la pureté du non être » …pourrait on dire que cette dernière est « cosmique » et celle d’Eliot « acosmique »?

Laissons en décider la lecture de ces vers extraordinaires qui terminent la partie II:

« Des silences dame et reine,
De calme somme et de peine,
Porte grande ouverte toujours close;
Rose, qui nos faits rappelle
Et qui dans l’oubli les cèle,
Source épuisée débordant sans pause;
Jardin où se parachève
L’amour qui au cœur se lève,
Jusqu’où s’étend, unique, la Rose:
Soit passion insatisfaite
Dont la peine s’entremette,
Soit parfaite, dont point ne se pose
L’agitation pérenne;
Voyage au bout qui n’amène
Nulle part, nulle fin ne propose;
Conclusion de l’à perpète;
Discours qui les mots rejette,
Verbe qui en silence repose;
Grâces soient rendues à celle
Que l’on clame Eve nouvelle
Du jardin où nos amours se closent.

Une réflexion au sujet de « T. S. Eliot : Mercredi des cendres (Ash-Wednesday, 1930) »

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