#BrunschvicgProgrès  le Mal radical chez Kant et le plan vital (ou Homme-Nature)

Le « Progrès de la conscience occidentale »mérite une étude lente et réflexive, plus encore que « Raison et religion » ou « Ecrits philosophique » car il aborde, apres Descartes et Spinoza, l’idéalisme allemand.

C’est au tome I:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1.html

Deuxième partie , livre V, chapitre XII, section 2A: la loi et la foi

(Un chapitre que l’on dirait écrit spécialement à l’intention de nos modernes et stériles débats sur la laicité…)

Brunschvicg accorde fort justement une grande importance à un écrit moins commenté que les « Critiques » : « La religion dans les limites de la simple raison »:

http://classiques.uqac.ca/classiques/kant_emmanuel/religion_limites_raison/kant_religion.pdf
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« La Religion dans les limites de la simple raison se rattache à la tradition luthérienne interprétée dans l’esprit le plus large : « S’il faut appeler catholique une Église qui donne sa croyance ecclésiastique pour universellement obligatoire, et protestante celle qui se défend contre ces prétentions… un observateur at- tentif pourra trouver maints exemples célèbres de catholiques protestants et encore davantage d’exemples scandaleux de pro- testants archicatholiques. » (R. L., p. 128.) Autant la conscience est indépendante de toutes ces croyances empiriques qu’apparemment le hasard a fait nôtres, autant elle est insé- parable de la conscience morale. Voilà pourquoi c’est altérer le christianisme que de le greffer sur le judaïsme : « En vérité, le judaïsme n’est point une religion : l’on n’y peut voir que l’asso-
ciation d’un certain nombre d’hommes qui, appartenant à une race particulière, avaient constitué, non une Église, mais un État régi par de simples lois politiques… La théocratie qui est à la ba- se de cette constitution politique (sous la forme visible d’une aristocratie de prêtres ou de chefs qui disaient recevoir immédia- tement de Dieu leurs instructions), ni par suite le nom de Dieu, car Dieu, en réalité, n’est ici honoré que comme un chef tempo- rel qui ne prétend ni régner sur les consciences, ni avoir de la conscience, ne suffisent pour changer cette foi politique en cons- titution religieuse. » (R. L., p. 150.) »

L’appréciation de Kant sur le judaisme rejoint ici celle de Spinoza, elle pourrait s’appliquer à l’Islam à condition de parler d’association de malfaiteurs. Quant à la controverse entre protestantisme et catholicisme je ne m’y suis jamais intéressé, n’étant pas d’une « confession » ou de l’autre, mais il me semble qu’il faut approuver ici Kant, et d’ailleurs son disciple Wronski voyait dans l’émergence du protestantisme, dans les convulsions historiques que l’on sait, le début d’une nouvelle période de l’Histoire de lEsprit , période où la Raison passait aux commandes du processus de l’Histoire.

La doctrine du Mal radical est un relèvement rationnel et philosophique de celle du péché originel, qui ne se situe pas avant le Temps, mais dans un Temps au dessus de l’Histoire ( qui est celle du plan vital, du « cauchemar dont je cherche à m’eveiller de Joyce et des « 19 roses »ou de certains romans  de Mircea Eliade):

Pag 369 à 370:  » Assurément le mythe juif de la Genèse n’est rien de plus qu’un symbole. La notion d’un péché dont la transmission se fe- rait par hérédité naturelle, qui ne serait pas imputable à ce qui est l’essence de l’agent moral, constitue une contradictio in ter- minis, qu’aucune force, ou humaine ou divine, n’est en mesure de résoudre. Mais ce qui est symbolisé par la légende, c’est la réalité intemporelle du caractère intelligible, mystérieusement caché dans la profondeur de notre intention secrète, et que la seule conformité de nos actes à la loi ne suffit pas pour juger. Par delà les moments où l’individu vit et agit, au delà de cette conscience « originaire » pourtant, d’où dérive la législation a priori de la raison, il y a quelque chose qui serait plus originaire encore : un acte dont nous sentons bien le poids retomber sur nous par le fait même que l’impératif de la raison se présente, ainsi qu’y insiste l’Introduction à la Doctrine de la vertu, « com- me une contrainte exercée à contre-cœur. » Cet acte dont nous ne pouvons, dans notre état actuel, ni dire ni comprendre, où et quand, comment et pourquoi il s’est produit, c’est un péché « dont seul le coupable doit supporter le poids, sans que l’innocent puisse s’en charger en son lieu et place, fût-il assez magnanime pour le vouloir » (R. L., p. 83) ; c’est notre péché. En chacun de nous, l’homme s’est fait nature, pouvant être autre que nature.
Tel est, suivant Kant, le mal radical, mal qui ne saurait être, cependant, sans une contre-partie ; car, si l’homme a failli en acceptant d’être nature, c’est qu’il était en possession d’une li- berté qui, pour s’être mise en fait au service de l’attrait sensible, n’en demeure pas moins, en droit, capacité de raison. Et, en ef- fet, par la revendication de l’autonomie morale, par une conduite conforme à l’intention de respecter la loi, l’homme s’affirme comme être raisonnable. Seulement, cette affirmation, il ne dé- pend pas de l’individu, pris isolément, qu’il réussisse à la traduire en réalité ; c’est dans l’humanité tout entière qu’elle devra pren- dre corps, elle implique une société éthico-civile qui sera l’Église, ramenée du dehors au dedans, du « culte servi- le » à la vie libre de l’esprit. Cette Église est destinée à vérifier que « Dieu lui-même doit être l’auteur de son propre royaume ». (R. L., p. 180.) La transformation du peuple de Dieu en républi- que morale universelle pour l’accomplissement absolu de l’humanité, reflète, et elle atteste, un secours d’en haut, dont l’apparition de l’homme-Dieu est la sublime expression. Ainsi, abstraction faite des miracles, dont l’homme ne saurait réclamer l’accomplissement par lui, ou pour lui, sans confesser par là même son incrédulité morale (R. L., p. 71), s’établit la foi pratique dans le fils de Dieu. »

Il s’agit donc d’un libre choix de l’orientation vers le plan vital,plutôt que de celle vers le plan spirituel : tel est le Mal radical selon Kant. Telle  est la faute originelle qui engage notre avenir tout en remontant au delà de notre passé. Mais cette catastrophe n’est pas sans une contrepartie car ce choix orienté vers l’attrait du sensible témoigne d’une liberté qui est preuve d’une capacité de Raison, qui fait signe vers le plan spirituel donc, car la liberté ne peut jamais être trouvée sur le plan vital.

Le christianisme n’a pas bonne presse de nos jours,que ce soit la doctrine du péché originel qui certes si on le comprend de manière réaliste témoigne d’une confusion du biologique et du spirituel, ou celle du Fils de Dieu, sublime expression sous le symbole de l’Homme-Dieu, de la réalité de la Republique des esprits ( Hégélien parle lui du Royaume des Esprits). C’est  pourquoi il est urgent de faire connaître ces lignes de Brunschvicg sur Kant. Nous nous trouvons en ce moment à un moment apocalyptique de l’Histoire ce qui ne veut pas dire « fin du monde » comme le croient paraît il les jihadistes mais « dévoilement de la Vérité sur l’Homme » : or il apparaît de plus en plus que cette vérité est celle du Mal, ou peut être que cet Homme qui n’a pas été créé par un « Dieu » Tout Puissant et Tout Connaissant est le siège d’une guerre inexpiable entre tendances vers le Bien ( le plan de l’Idée) et vers le Mal ( le vital -charnel -sensible rebelle à la Lumière de l’Intellect)

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