#BrunschvicgIntroduction un manifeste pour l’autonomie

Le livre de Brunschvicg « Introduction à la vie de l’esprit » est paru en 1901, on peut encore facilement le trouver sur des sites spécialisés dans les ouvrages anciens ou épuisés comme Chapitre, mais il a récemment été réédité chez Hermann avec une embarqua le introduction-préface d’André Simha « Un manifeste pour l’autonomie », on peut acheter ce livre pour le lire sur une tablette ou bien en lire ici-bas préface d’André Simha  » un manifeste our l’autonomie » véritable précis d’initiation à la conversion véritable, qui est conversion de l’existence à l’esprit:

Où l’on peut lire les pages 2 jusqu’à 16 (introduction d’André Simha)
Ici le même extrait du livre, mais en format pdf:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/11/26/brunschvicg-introduction-a-la-vie-de-lesprit-extrait/

Un livre qui contient en germe tous les ouvrages ultérieurs car Brunschvicg n’a jamais renié son idéalisme platonicien mathématisant, même après Juin 1940 lorsqu’il a dû fuir Paris et sa belle bibliothèque .
Et ici un article précédent de ce hashtag #BrunschvicgIntroduction consacré à ce livre :

https://mathesisuniversalis2.wordpress.com/2015/08/31/brunschvicgintroduction-leon-brunschvicg-introduction-a-la-vie-de-lesprit

« Serons nous une chose ou deviendrons nous l’esprit ? » : cette question de Brunschvicg lui même et choisie par André Simha pour introduire sa préface définit bien l’alternative qui est le sens de toute existence humaine en toute époque et en tout lieu et qui constitue donc le problème universel du choix entre deux orientations et deux seulement, ce qui est donc un « point » selon Badiou (terme venant de la théorie des topoi): vers le plan spirituel et l’autonomie, ou bien vers le plan vital et l’hétéronomie.
C’est là à mes yeux la principale limite de Finkielkraut : manquer de la radicalité de Brunschvicg, à cause d’une trop grande proximité avec Lévinas et refuser la rupture complète avec l’hétéronomie héritée du Judaisme, ou plutôt de la fascination individuelle de Finkielkraut pour l’héritage juif, au lendemain des horreurs nazies.
Mais s’il est un passage important dans ces quelques pages d’André Simha, c’est celui page 10 qui nous met en garde contre la fascination pour l’intériorité psychique et individuelle, par exemple dans les fameuses méthodes pseudo-orientales de méditation tellement en vogue aujourd’hui:

 » La liberté qui nous fait tout autres que des choses exige une véritable « dés individuation »: toutedétermination , rappelait Spinoza, estnégation, et ce qui décide pour nous, en nous-même, ce qui a, dans notre histoire et dans notre milieu particulier, constitué notre personnalité particulière, ne peut qu’empêcher, en s’opposant au mouvement de la pensée, notre vocation à tendre verstoutce que nous pouvons être. Hors de la vie de l’esprit règne l’hétéronomie. Entre l’hétéronomie d’une individualité qui doit sa forma tion à l’extériorité, et l’autonomie véritable de l’être qui par la spontanéité de l’activité de penser, s’affranchit de soi,notre irréductible pouvoir de juger doit trancher. »
Quant à l’esprit, il n’est pas une mystérieuse substance d’ordre surnaturel, mais activité et effort : pas de monde intelligible ou « suprasensible » ( à la façon dont en parlent théosophes et anthroposophes) en dehors de l’effort d’intellection d’une conscience humaine (personnellement je n’en connais pas d’autre).C’est ici que se situe la différence (radicale) entre le spinozisme ( qui est selon André Simha le cartésianisme affranchi de ses craintes révérencieuses pour l’Eglise) brunschvicgien et Hegel. A la place du fameux  » de l’Absolu il faut dire qu’il est essentiellement Résultat, qu’il n’est qu’à la fin ce qu’il est en vérité » de la préface à la phénoménologie de l’Esprit nous proposerons :  » de l’Absolu il faut dire qu’il est essentiellement effort de compréhension, activité intellectuelle tendu vers la vérité » et comme c’est Dieu il me semble qui le dit dans le « prologue au ciel » du Faust de Goethe :

« Celui qui toujours s’efforce, celui là nous pouvons le sauver » …à condition qu’il s’efforce vers la vérité et l’autonomie bien sûr, et non pas à apprendre par cœur tel livre pseudo-sacré comme le Coran.
Et Faust lui même dit dans le livre de Goethe, imitant la Genèse :  » Au commencement était l’action ».
La différence avec Hegel se situe aussi dans le rôle prédominant accordé à la mathesis, rappelé par André Simha page 14 au paragraphe 2:

« 2 La passion de l’intellect et le rôle de la mathesis dans l’histoire »

 » Devenir l’esprit est donc la norme d’une vie dont la conscience, en progrès incessant, s’étend indéfiniment par sa compréhension de l’univers et d’elle même. Devenirl’espritdonne le sens de l’effort spirituel, orienté par la tâche humaine universelle de penser le réel en vérité. Or cette norme de vie et de pensée, cette intelligence du réel tel que le construit indéfiniment le jugement dans le travail scientifique, a pour Brunschvicg une signification politique et morale fondamentale, puisqu’elle enseigne à chaque homme son humanité, cette vocation à progresser vers la communauté des esprits dans la recherche du vrai et du juste »
André Simha emploie le terme « mathesis » d’une part bien sûr pour évoquer la  » mathesis universalis » de Descartes, mais surtout parce que ce mot signifie l’activité intellectuelle au fondement de la mathématique, et non pas le résultat de cette activité qui est le ma thème, mot privilégié comme par hasard par Lacan et Badiou.
Nous sommes donc fondés à rejeter Hegel et son mépris de la méthode mathématique en philosophie, comme privilégiant le résultat objectif (mathème) sur l’activité ou mathesis qui le fonde cf le site de Jean Zin dont j’ai donné le lien hier et qui est lui même criticable dans son évaluation défavorable des sciences comme « nouvelle religion »

http://jeanzin.fr/ecorevo/philo/hegel/preface.htm

« Hegel met ensuite en cause la méthode mathématique en philosophie, méthode de Spinoza par exemple, dont la déduction dogmatique objective le monde et empêche toute nouveauté, toute histoire. Il met sur le même plan le discours courant, utilitaire, qui réduit le discours à sa signification immédiate, à l’évidence de l’objet qui exclut le sujet du libre arbitre qui constitue pourtant cet objet dans son intentionnalité. Le thème principal de la Préface est, toujours, cette réintroduction du sujet dans l’objectivation du monde, l’affirmation que la vérité est sujet, c’est-à-dire processus historique, dialectique et temporelle, et non pas simple découverte d’une certitude éternelle. C’est la résolution des antinomies de Kant qui avait montré qu’il y avait contradiction entre la pensée théorique réflexive (constituant l’objet spatio-temporel déterminé) et la pensée pratique constituant la liberté du sujet, contradiction qu’il n’a pu résoudre que par le mythe de la chose-en-soi et que Hegel élimine au profit de la dialectique du sujet et de l’objet. »
Ce qui est historique et sujet à un renouveau constant c’est la mathesis qui constitue la liberté du sujet vis à vis des manipulations métaphysiques d’ordre théologique, ce qui se produit dans l’Histoire humaine précisément avec les Lumières radicales spinozistes, véritables Lumières comme « sortie de l’humanité hors de l’état de tutelle dont elle est elle même responsable » comme l’affirme Kant dans  » Qu’est ce que les Lumières? » Je vois une contradiction entre Spinoza (et Brunschvicg) et Hegel , mais pas entre Spinoza et Kant.
Comme le rappelle André Simha page 15:
« la notion de transcendance est régressive. Elle introduit dans l’expérience spirituelle les préjugés réalistes et matérialistes de la pensée préscientifique. Préjugés dont la mathesis nous a appris à nous délivrer, en faisant apparaître dans l’idée qui se construit, dans cet acte même de penser, la norme de vérité, indépendamment de toute attestation externe. Avec l’universalisation de lamathesisdans la science moderne, à partir de Descartes, la puissance du jugement humain se découvre autonome et illimitée. »
Seulement évidemment si le Résultat ( mathème) prend la place de l’activité-mathesis, l’illusion théologique et ses préjugés dont nous avait délivrés Descartes et sa méthode vient recouvrir la merveilleuse liberté de l’autonomie promise par Brunschvicg en 1901.
L’existence humaine à bien un sens universel(mais il ne s’agit pas d’un sens à la façon des « Grands Récits », donné par Dieu à tout Israel assemblé devant Moïse): parvenir à l’autonomie consistant à être l’esprit qui comme le Fils de l’homme n’a pas « où reposer la tête », pas de séjour assignable, pas de domicile fixe, puisqu’il est progrès éternel cf page 9 de la préface , ou plutôt manifeste pour la philosophie d’André Simha, bien plus juste que celui de Badiou qui a beau jeu de répéter sans cesse « émancipation..émancipation » mais on pourrait lui rétorquer comme Schopenhauer à Hegel:
 » votre panneton a beau être compliqué, vous n’arrivez pas à ouvrir la serrure »
Ce qui si je ne m’abuse est aussi une citation extraite du Faust.

Une réflexion au sujet de « #BrunschvicgIntroduction un manifeste pour l’autonomie »

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