Evangile de Jean 9-1,41: la parabole de la guérison de l’aveugle-né

Le texte de ce passage de l’évangile de Jean est ici:

http://www.universdelabible.net/lire-la-segond-21-en-ligne/jean/9.1-41/

Martin Scorsese place le verset 24 de ce texte en ouverture de son film « Raging bull » , sur la vie et la carrière du boxeur Jake LaMotta :

« Les pharisiens appelèrent une seconde fois l’homme qui avait été aveugle et lui dirent: «Rends gloire à Dieu! Nous savons que cet homme est un pécheur.» 25 Il répondit: «S’il est un pécheur, je n’en sais rien. Je sais une chose: c’est que j’étais aveugle et maintenant je vois.» »

Je vais ici tenter d’interpréter ces lignes à la lumière du schéma plan vital-plan spirituel que j’ai pu tirer de ma lecture méditante de « Raison et religion » de Léon Brunschvicg:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-raison-et-religion/

Commençons par remarquer deux emplois très différents du verbe « savoir » dans ce verset 24:
Les pharisiens disent « nous savons que cet homme est un pécheur »
Et celui qui avait été aveugle dit  » tout ce que je sais, moi, c’est que j’étais aveugle, et maintenant je vois »
Dans le cas de l’ancien aveugle seulement, il s’agit d’un véritable savoir, d’une certitude absolue, comme chez Descartes ou Husserl : personne ne peut lui démontrer qu’il se trompe, car il s’agit d’un savoir immédiat, et non médiat, comme le savoir résultant d’une démonstration: il le sait bien, lui, qu’il était aveugle et que maintenant il voit..
Dans le cas des pharisiens il ne s’agit pas d’un savoir mais d’une croyance, résultant de leur idéologie dite « religieuse  » ( en fait politique et influencée par le plan vital) . Ils ne savent pas qui est Jésus ni d’où il vient, et d’ailleurs ils en conviennent eux mêmes au verset 29:

« Nous savons que Dieu a parlé à Moïse, mais celui-ci, nous ne savons pas d’où il est.» 30 Cet homme leur répondit: «Voilà qui est étonnant: vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux! »
Là encore cependant ils confondent savoir et « croyance par ouî-dire , « ex auditu »: ils « savent  » que Dieu a parlé à Moïse parce qu’ils ont entendu leurs enseignants de la Torah le dire, parce qu’eux mêmes l’avaient appris de la bouche de ceux qui leur avaient enseigné…là encore il s’agit d’un savoir médiat, transmis, qui est par essence douteux, non certain, car il peut y avoir des erreurs lors de la transmission.. J’ai dit plus haut que le savoir résultant d’une démonstration était médiat aussi, donnant ainsi les verges pour me battre, car le savoir scientifique, mathématique, résulte de démonstrations, il est donc aussi douteux, et à un statut de croyance, non de savoir.. Mais qui ne voit ici que les démonstrations mathématiques, ces « yeux de l’âme » disait Spinoza, sont universellement admises par tout humain possédant la Raison, alors que les dogmes religieux sont de portée ethnique seulement : seul un juif, et peut être un chrétien, admettra que l’enseignant qui lui dit que Dieu a parlé à Moïse dit vrai, un hindouiste éclatera de rire, ainsi que sans doute un musulman , et un « rationaliste » demandera comment il peut se faire que Dieu parle à un humain, lui qui avait dit aussi dans la Torah : » tu ne peux me voir face à face et continuer à vivre ». Remarquons aussi que le cogito cartésien est absolument certain, bien qu’il résulte de la médiation d’un raisonnement mais qui n’est pas une inférence logique : supposons que je sois trompé en tout par un « malin génie » , un « Dieu infiniment trompeur » ( c’est à dire supposons que Dieu ne soit pas Dieu dirait Brunschvicg ou Spinoza) encore faut il que je sois pour pouvoir être trompé et donc je suis, de manière absolument certaine, puisque je me suis placé dans le cas le plus défavorable pour atteindre cette certitude d’être, le cas d’un Dieu absolument trompeur or je l’atteins quand même, meme dans ce cas là…
Mais revenons à la nouvelle interprétation promise de la parabole de l’aveugle-né. Nous sommes tous cet aveugle et l’interprétation que je propose est qu’il ne s’agit pas d’un aveugle aux choses et au plan vital où monde, mais au plan des idées . Or tant que nous n’avons pas entrepris une ascèse philosophique de type idéaliste-brunschvicgien nous sommes tous aveugles au plan des idées en ce sens que nous croyons que les choses, les étants qui existent et sont là dans le monde sont plus réelles que les idées qui nous viennent, croyons nous, des choses et à propos des choses. Or la science vient encore une fois d’apporter une éclatante réfutation de cette « croyance » réaliste avec la formidable confirmation par la découverte des « ondes gravitationnelles  » du fait qu’Einstein avait raison il y a un siècle, en affirmant l’existence empirique de ces ondes à partir des équations du champ de la théorie de la Relativité générale qui est purement mathématique ,donc appartenant purement au « plan spirituel des idées » :

https://www.ligo.caltech.edu/news/ligo20160211

http://www.sciencemag.org/news/2016/02/gravitational-waves-einstein-s-ripples-spacetime-spotted-first-time

La théorie (plan des idées) prédomine sur l’expérience dans le monde (sur le plan vital) puisûelle décide (elle et non pas l’individu réduit à une psyché Albert Einstein , pour admirable que soit cet individu, ou si l’on veut l’unique Sujet, qui est l’Esprit, qui a permis que l’individu mortel Einstein puisse inventer en 1915 la théorie de la Relativité générale) puisqu’un siècle avant que l’expérience soit réalisée en 2015, elle décide (et non pas prévoit) du résultat de l’expérience de manière purement mathématique, en 1915. C’est donc l’idéalisme philosophique platonicien et kantien qui est la vérité, et le plan des idées prédomine (est plus réel que) sur le « monde » qui est « tout ce qui a lieu » (Wittgenstein) c’est à dire sur ce que nous appelons ici « plan vital » , ordre de la matière et de la vie.
Il s’est passé la même chose pour le positron (antimatière) qui a été observé plusieurs années après que la théorie de Dirac ait affirmé son existence
Dieu est la pensée mathématique, ou comme dit Platon:

https://en.m.wikipedia.org/wiki/List_of_Greek_phrases

ἀεὶ ὁ θεὸς ὁ μέγας γεωμετρεῖ τὸ σύμπαν

Aeì ho theòs ho mégas geōmetreî tò sýmpan.

« (Le) grand Dieu applique toujours la géométrie à l’Univers  »

ce qui a donné à Einstein l’impulsion pour établir sa théorie entièrement géométrique de la Relativité générale, dont on ne cesse pas depuis un siecle de trouver des applications. ( dans les GPS notamment) et des vérifications à un ordre de grandeur incroyablement fin…

pensée seule pourvue absolument d’une valeur « vrai ou faux » , or le cogito cartésien ne dit pas que « pour penser il faut être » mais que « pour pouvoir être trompé , c’est à dire pour pouvoir être dans le faux, il faut être » ainsi c’est cette pensée pourvue d’une valeur de vérité (« vrai ou faux ») qui permet à la conscience de s’établir avec une certitude absolue (par le cogito cartésien) sur le plan de l’être ou plan ontologique et pour cela n’importe quelle pensée ( notamment ce que l’on considère aujourd’hui comme pensée, à savoir le sentiment, le ressenti, l’affectif) ne suffit pas ,il y faut la pensée rationnelle, pourvue d’une valeur « vrai ou faux » qui apparaît déjà dans le songe de Descartes en 1619 avec le « est et non ».
Ctte pensée ou si l’on veut l’unique Sujet de cette pensée l’Esprit ou Dieu, le Dieu des philosophes et des Savants « aperçu par la Raison désintéressée » est le « plan spirituel des idées » qui apparaît à la conscience comme un Moi spirituel, qui ne se confond pas avec le Moi vital fini qui lui est la façon d’apparaître du « plan vital » Remarquons d’ailleurs que dans le premier extrait de « Raison et religion » ( chapitre 1) Brunschvicg parle de l’opposition fondamentale entre Moi vital et Moi spirituel ( mais il emploie le terme « plan » à un autre endroit:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

« L’angoisse de disparaitre un jour, qui domine une métaphysique de la vie, est sur un plan; la certitude d’évidence qu’apporte avec elle l’intelligence de l’idée, est sur un autre plan »

La guérison apportée par le Christ, qui n’est autre que l’Unique Sujet, l’Esprit, que nous tous humains avons pour tâche de devenir selon le « manifeste pour l’autonomie »:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/01/24/brunschvicgintroduction-un-manifeste-pour-lautonomie/

en nous identifiant au Logos, Raison universelle des esprits ( dit Malebranche)
Jamais le Dieu des philosophes et des Savants n’ira contre l’autonomie, c’est là sa différence abyssale avec le Dieu idolâtre abrahamique, Dieu de l’heteronomie, pour lequel Finkielkraut éprouve une fascination nostalgique dangereuse, c’est bien d’ailleurs de cela que profitent ses tourmenteurs islamiques, comme certe petite jeune femme musulmane assez jolie (pour une fois que le voile ou le foulard n’était pas là pour cacher cette beauté seulement extérieure d’ailleurs, puisque la gente danois elle est acoquinée avec Houria Bouteldja et autres nazis) qui s’est permis de l’interpeller à  » des paroles et des actes » en intimant de manière grotesque l’ordre de se taire à cet albatros que ses ailes de géant empêchent de répondre comme il faudrait à ce genre d’insulte de la part d’une femme qui aurait l’âge d’être sa fille: en lui « claquant le beignet » comme aurait dit Gabin..

Je citerai deux versets dans la suite qui vont dans le sens de l’interprétation que je propose:

35 à 37 où Jésus dit de lui meme qu’il est le « Fils de l’Homme »:

« Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
36 Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
37 Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »

Fils de l’Homme et non pas « Fils de Dieu » , tout au moins dans la traduction de ce site:

http://www.aelf.org/bible-liturgie/Jn/Evangile+de+Jésus-Christ+selon+saint+Jean/chapitre/9
Et non pas dans le lien que j’ai proposé au début de cet article :

http://www.universdelabible.net/lire-la-segond-21-en-ligne/jean/9.1-41/
où on traduit par « Fils de Dieu »

Le texte grec qui est ici:

http://ba.21.free.fr/ntgf/jean/jean_9_gf.html

Ne permet pas vraiment de départager les deux traductions car on trouve les deux:(N θεοῦ → ἀνθρώπου)

« Σὺ πιστεύεις εἰς τὸν υἱὸν τοῦ θεοῦ; (N θεοῦ → ἀνθρώπου)

de toutes façons Jésus et ses compagnons conversaient sans doute en araméen, pas en grec, et j’ai déjà dit qu’il faut se méfier des mots, et tâcher de remonter de la lettre à l’esprit .. Quelle est donc la différence entre « Fils de l’Homme » et « Fils de Dieu « ?
Jésus est bien Dieu, c’est à dire que selon la terminologie d’André Simha et Léon Brunschvicg dans le « Manifeste pour l’autonomie » ci dessus, il est « devenu l’Esprit », mais c’est en même temps un homme comme tous les autres , né d’une femme mariée qui comme toutes les femmes à fait l’amour avec son mari pour pouvoir enfanter, un homme qui a des frères et des soeurs, qui a comme tous les hommes des amours avec des femmes, bref un homme incarné comme nous tous sur le plan vital avec tous les problèmes afférents. Seulement il peut se produire comme l’observe Brunschvicg que certains humains optent pour un genre d’existence autre que la vie purement animale qui était celle qui leur était destinée sur le « plan vital », vie consistant à survivre en trouvant nourriture, boisson et logement, et à se renouveler en enfantant : c’est là la définition du « plan vital » ordre des générations successives. Certains humains , et il semble que Jésus était de ceux là, vivent pour « devenir l’Esprit » c’est à dire en somme pour enfanter l’Esprit, ou enfanter Dieu, au lieu d’enfanter des enfants de chair (je ne vois d’ailleurs pas pourquoi on ne pourrait pas faire les deux) donc l’Esprit est « Fils de l’Homme » en ce sens là, ce qui veut dire que c’est grâce à l’existence humaine sur le plan vital (qui ne doit donc pas etre méprisé ni détruit ) que l’Esprit peut se manifester, et si Jésus est « devenu l’Esprit » il peut donc se dire « Fils de l’Homme » en tant qu’il est le Christ, Logos universel, »Fils de l’Homme » donc et non pas seulement Jésus, un humain mortel comme tous les autres, fils de son père et de sa mère comme tous les autres humains. Il y a d’ailleurs plusieurs endroits dans les évangiles où il oppose le Jésus mortel au Christ qui est pur Esprit, non mortel car non charnel, se situant sur le plan spirituel et non sur le plan vital, comme par exemple quand il dit à sa mère sur le plan vital : » femme, qu’y a t’il de commun entre toi et moi? » ( là c’est le Christ qui parle, non Jésus le mortel)

Le deuxième verset que je voudrai citer à l’appui de mon interprétation est le 39:

« Puis Jésus dit : Je suis venu dans ce monde pour un jugement, pour que ceux qui ne voient point voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles.

Ici, il faut à mon avis prendre le mot « jugement » dans son sens philosophique : activité intellectuelle du jugement permettant de décider si une thèse est vraie ou fausse, et non pas en son sens mythologique et fabuleux de « jugement dernier » ‘ le Jour où l’Ange sonne de la trompette et où les morts sortent des tombeaux en se mettant en rang pour être jugés .
Dans la philosophie de Léon Brunschvicg le jugement est l’acte fondamental qui est à la racine et au fondement de tout, on poutrrait presque dire que c’est le jugement qui crée le monde, ou plutôt le constitue. En effet il est le résultat de cette pensée pourvue d’une valeur « vrai ou faux » qui comme nous l’avons constaté plus haut prédomine sur le monde des choses, des étants et des faits qui « arrivent « . En dehors d’une pensée qui affirme le jugement suivant comme vrai : « La marquise sortit à 7 heures 12 du numéro 36 Avenue X  » il n’est pas vrai que « la marquise sortit à 7h12 du 36 avenue X  » et donc la marquise n’est pas sortie à 7h12 du 36 avenue X. Ce qui s’est passé ne concerne que les conglomérats de particules élémentaires constituant le corps de la marquise et ses vêtements ainsi que l’immeuble dont elle sort, tout au moins s’il était vrai qu’elle en sorte . Mais comme il se passe quelque chose avec les particules , si jamais la marquise est tuée d’un coup de revolver par un amant jaloux au moment (7h12) où il n’est pas vrai qu’elle sorte du 36 Avenue X, une conscience scientifique remontant jusqu’à ce moment fatidique selon une cascade de jugements s’impliquant les uns les autres (une « longue chaîne de raisons » aurait dit Descartes) pourra toujours faire en sorte, en exerçant un jugement dernier pour le coup qu’il ait été vrai que la marquise est sortie à 7 h 12 du 36 avenue X et que son amant l’ait hélas tuée d’un coup de revolver..

Pourquoi Jésus dit il qu’il est venu pour que les aveugles voient et que ceux qui voient deviennent aveugles ?
Les aveugles sont ceux qui ne voient pas le plan des idées , Jésus leur permet par son enseignement de voir, c’est à dire de comprendre que le monde entier est constitué par ce jugement pour lequel Jésus déclaré qu’il est venu .
Quant à ceux qui voient ce sont ceux qui exercent cette activité du jugement, les scribes, mais ils ne le font pas par l’activité autonome du jugement libre et rationnel, mais au nom de codes sociaux-ethniques-tribaux et prétendûment « religieux » . ils deviennent aveugles, en ce qu’ils comprennent que leur activité de jugement n’a aucun fondement universel’ et aucune valeur de vérité « vrai ou faux » fondée sur un jugement réel, libre, autonome et rationnel. « Jugez » afin de devenir libres » dit Jésus aux premiers, aux aveugles nés , et il leur permet ainsi de voir et de s’orienter dans la pensée et l’existence.
« Ne jugez pas afin de n’être pas jugés » dit il aux autres, à ceux qui voient , mais ne jugent pas de manière autonome, mais pour obéir à des codes fabriqués par des sociétés humaines.
L’heure est venue pour la philosophie…

  
  
  

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Une réflexion au sujet de « Evangile de Jean 9-1,41: la parabole de la guérison de l’aveugle-né »

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