Louis Lavelle : règles de la vie quotidienne 

Nouveau texte de ce philosophe contemporain de Brunschvicg, et qui l’admirait beaucoup, (il avait suivi ses cours, car il était un peu plus jeune, de 14 ans) cela donne un livre paru chez Arfuyen:

http://www.arfuyen.fr/regles-de-la-vie-quotidienne.html

On le dépeint souvent , lui et son œuvre comme le continuateur de Malebranche et il existe un ouvrage de lui difficile à se procurer et impossible à trouver sur le web : « Bérulle et Malebranche »:

https://books.google.fr/books/about/Bérulle_et_Malebranche.html?id=FJ53tgAACAAJ&redir_esc=y

Mais, puisque nous célébrons le 100eme anniversaire de Verdun, mentionnons les « Carnets de guerre » : 

http://classiques.uqac.ca/classiques/lavelle_louis/carnets_de_guerre_1915_18/carnets_intro.html

Lavelle est  réformé , mais quoique  jeune marié et jeune père, voulut rejoindre les combattants et partager leur sort. Après la Somme, il combat depuis le terrible début (le déluge de feu du 21 février 1916) à Verdun où il est fait prisonnier en Mars 1916. Il décrit ainsi la vie en captivité:

« Cette solitude où tout m’était refusé, où chacun ne pouvait compter que sur ce qu’il était capable de se donner à lui-même, où le souvenir devenait pour moi la vie réelle, où, loin de m’opprimer de son poids, il ne cessait de s’éclairer et se transfigurer, où il ajoutait sans cesse à l’événement et l’emportait sur lui, où il se purifiait même du regret, où tout camarade rencontré sur mon chemin participant à cette condition de prisonnier, image vive de la condition de l’homme, devenait pour moi le prochain, où le bien matériel le plus dérisoire acquérait une valeur incomparable et le plus humble regard devenait comme un contact intérieur, où l’absence sensible devenait une présence spirituelle, où l’on songeait moins à retrouver l’une qu’à ne point laisser perdre l’autre, où les plus malheureux se consumaient en désirs inutiles, sans cesse en querelle avec le moment présent, où les plus heureux, inconscients même de leur bonheur, avaient aboli le temps, ne faisant plus de distinction entre l’avenir et le passé et, sans jamais quitter l’instant, vivant déjà de leur vie révolue, c’est-à-dire peut-être comme s’ils étaient déjà morts. »
Et ainsi la vie au front (contrairement à Ernst Junger, il a détesté la guerre à cause des destructions qu’elle causait):

« Tant s’en faut qu’il faille se plaindre de la sujétion où nous tient une grande misère comme la guerre et prétendre qu’elle empêche que nous nous livrions à la vie de l’esprit ; au contraire c’est en elle que la vie de l’esprit prend toute sa force et toute son ardeur »

Les extraits des « règles de la vie quotidienne » donnés ici par Arfuyen:

http://www.arfuyen.fr/lavelle.html

contiennent  d’autres petits joyaux :
« Le seul moyen d’être fort c’est de ne jamais subordonner ce que l’on est, c’est-à-dire ce que l’on pense, ce que l’on dit ou ce que l’on fait, à une préoccupation particulière ou à une fin temporelle. C’est à elles de me suivre et non pas à moi de les suivre. »

« Ne jamais s’appliquer à des problèmes posés du dehors et par autrui, mais toujours à des problèmes posés du dedans et par nous-même » ( critique des mathématiques ? Mais il est vrai que Grothendieck a commencé sa carrière et meme ses études  en trouvant la solution de problèmes qu’il avait posés lui même, et ainsi étonné à la fin des années 40 des  professionnels comme Schwartz )

«  Ne jamais parler de soi, ne jamais penser à soi. Cela divertit et affaiblit. Toute pensée, toute action doit être orientée vers un objet et avoir cet objet pour fin.

 Tenter toujours de demeurer planté au sommet de soi-même, là où sont nos pensées les plus hautes et nos intentions les plus pures.

Ne s’appliquer jamais qu’à de grandes choses, ou aux petites en fonction des grandes, et jamais pour elles-mêmes. Et les grandes sont celles qui intéressent ma vie tout entière et contribuent à déterminer le sens de ma destinée.

 Il faut que l’esprit soit toujours en éveil, qu’il ne se laisse ni endormir par la paresse ou par la mémoire, ni divertir par la crainte ou par le désir, qu’il ne laisse jamais s’introduire en lui aucun intervalle qui le sépare de lui-même, qu’il n’y ait en lui ni formule qu’il répète ni habitude à laquelle il se confie, qu’il ignore également le passé et l’avenir, qu’il soit toujours prêt à écouter et à accueillir tout ce qui s’offre à son attention, soit qu’il sorte de son propre fonds, soit qu’il lui vienne du dehors. »

L’unique méthode de Spinoza (et de Brunschvicg, ainsi que Lagneau , Lachelier) est, comme le montre Ludovic Robberechts dans « Essai sur la philosophie réflexive »:  la réflexion. Par contre Lavelle peut être dit proche de Malebranche parce que leur unique méthode pour s’acheminer vers la Sagesse est l’attention.
  



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