M de Joseph Losey (1951)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/M_(film,_1951)
Remake vingt ans après de « M le maudit » de Fritz Lang. 

Le Champo repasse le film de Losey ( une œuvre relativement peu connue, ce qui est dommage ) et en fin de soirée celui de Fritz Lang.

 Le scénario reste inchangé sauf que l’action se déroule à Los Angeles et non à Berlin. Mais le film de 1951 possède un intérêt propre : mise en scène nerveuse qui en fait un grand film noir, genre où Losey excelle, et l’épisode  de la fin, quand le tueur d’enfants est capturé par la pègre et « jugé » dans un sous-sol par « des escrocs et des assassins » est nettement plus  » fouillé  » et circonstancié que dans le film de Lang.

Il m’a été impossible de voir ce film en streaming sur mon site habituel ou bien de le trouver en accès gratuit, j’ai trouvé ce lien sur un site Russe, mais sur ma tablette cela ne fonctionne pas:

https://my.mail.ru/mail/vm_gluschenko/video/56502/63870.html

La scène de la fin, d’une puissance extraordinaire, est ici, non traduite en français :

Il s’agit du monologue du tueur, de sa « confession » devant cette assemblée de truands et de voyous, mais la différence par rapport au film de Lang est la présence de l’avocat Dan Langley ( excellemment joué par Luther Adler)  devenu alcoolique et esclave du chef du gang ( un peu comme la « compagne » devenue alcoolique du truand psychopathe Edward G Robinson dans « Key Largo », sauf qu’ici le gangster n’est pas du tout psychopathe juste un calculateur froid). L’avocat est incapable de parler sans un verre de whisky que le chef de gang refuse de lui donner, aussi est ce le tueur qui essaye de parler et de son discours embrouillé on comprend qu’il a grandi sous la coupe d’une mère abusive qu’il adorait et qui lui a enseigné que les hommes (le sexe masculin) sont tous par essence mauvais et qu’il doit être constamment « puni et crucifié » parce qu’il est un garçon. Joseph Losey déclare d’ailleurs à propos de son film que  » l’existence de gens tels que M est causée par une société matriarcale et matérialiste »: la société américaine puritaine où il est né et a grandi avant de fuir le Mac carthysme en Angleterre. Vu sous cet angle, on dirait un insupportable film à thèse à la Cayatte, mais il y a plus, beaucoup plus dans cette scène extraordinaire et surtout dans ce qui vient après : l’arrivée de la police coïncidant avec la mort de l’avocat qui enfin se révolte en osant dire leur fait à ces malfrats qu’il identifie aux « parents  » de la société oppressive qui « tue les enfants en tuant tout espoir en eux ». Il meurt, tué d’une balle par le chef de la pègre, mais pour la première fois il n’a plus peur et ce n’est pas l’effet de l’alcool.  Essayons d’expliquer tout cela dans le cadre de notre schéma plan vital-plan spirituel en lequel j’ai reconnu depuis longtemps une clef qui permet de comprendre beaucoup de choses (dont le Coran, ou Faust):

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

 Ce « monde » mauvais et cruel que le tueur met en « accusation » c’est le plan vital et c’est là la « chose très importante » qu’il dit au début du monologue avoir découverte et qu’il veut expliquer à cette assemblée de voleurs et de tueurs entièrement acquise aux prestiges du plan vital, car qu’est d’autre la pègre, la mafia ? Rien d’autre que le règne absolu du plan vital et de sa seule loi: la force et la violence, accompagnée si l’on veut de la rationalité calculatrice ( la ruse) . Le tueur certes répète les leçons haineuses de sa mère tyrannique, mais il est facile de voir qu’il a compris plus : c’est le plan vital qui est mauvais de par sa nature, seulement attention: nous parlons là d’une abstraction car en réalité le plan vital n’est jamais absolument coupé, séparé, du plan spirituel des Idées, aussi doit on garder espoir, contrairement à ces deux malheureux (l’avocat surtout) et reconnaître avec le Brunschvicg de la fin d' »Introduction à la vie de l’esprit » que « La vie est bonne absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité, au dessus de la mort. »  voir :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/20/la-seule-vraie-religion/

Ce qui aurait pu peut être sauver le tueur et l’avocat du désespoir  du meurtre et l’espoir des enfants par une société religieuse en apparence seulement mais entièrement sous la coupe du plan vital des instincts parentaux) ce sont de telles pages, plutôt que celles de la Bible.

Quelle est la signification symbolique profonde de l’existence des enfants, ( c’est à dire des humains qui ne peuvent pas encore se débrouiller tout seuls dans la « jungle » cruelle du plan vital , parce que l’éducation ne leur a pas encore donné entièrement accès au « plan des idées », de la culture et de l’esprit qui seul dans supportable l’existence dans la guerre permanente de tous contre tous qui est  la « nature » du plan vital et qui le sera toujours (c’est en cela que les révolutionnaires et les nobles consciences de gauche comme Losey se trompent, en croyant pouvoir changer et améliorer le plan vital, la seule possibilité pour ne pas « tuer les enfants » , mais encore pour cela faut il être encore vivant, de la vie de l’esprit, et ne pas avoir été tué soi même , est de leur donner la possibilité d’un véritable accès au plan spirituel) 

Les enfants représentent symboliquement dans la conscience collective ( mais c’est hélas une illusion) le plan spirituel, et c’est ce que signifient des mythes comme la naissance ( au monde naturel) de l’enfant comme « sortie de l’âme » hors du « monde divin » où elle était censée se trouver avant la naissance et où les fables (pseudo) »religieuses » nous disent qu’elle retournera « apres » la mort physique (mort au monde naturel’ au « monde d’ici bas » qui est le plan vital). C’est là aussi la signification symbolique des oiseaux dans la poésie universelle: ce sont les « habitants ailés » du ciel, signifiant symboliquement le monde spirituel. C’est bien pour cela que le tueur du film veut libérer aussi les oiseaux (comme les enfants) de la dureté du monde mauvais, du plan vital qui les emprisonne  comme une cage …les libérer en les tuant…

(C’était aussi le cas de Popeye dans « Sanctuaire » de Faulkner seulement il ne se contentait pas de tuer les oiseaux : il les torturait. Le roman de Faulknerne laisse absolument aucune place à la lumière, à l’espoir, on relira cette dernière page atteignant aux sommets du désespoir  où Temple Drake est au jardin d’enfants , puisque j’ai mis  » Sanctuary » en Bibliotheque de l’un de mes blogs:

https://lesharmoniesdelesprit.wordpress.com/william-faulkner-sanctuary/

 aussi ce roman est il plus que ce qu’ en disait Malraux : « une intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier, car les tragédies de Sophocle et d’Euripide issues sans doute dans antiques Mystères laissaient passer quelques rayons de lumière du plan spirituel, mais avec Faulkner et son alcoolisme pathologique pire que celui d’Edgar Allan Poe , on se trouve sans doute  à l’extrémité de la tragédie spirituelle de notre temps et de notre Occident)

J’avais reconnu le sens profond du meurtre de l’Albatros (représentant le Christ, c’est à dire le monde de l’Esprit) dans le merveilleux poème de Coleridge  » Le dit du vieux marin » comme meurtre du Soi spirituel par le vieux marin qui doit expier tout au long des développements étranges du poème ce meurtre de l’Esprit..jusqu’à la fin où il tourne le dos aux noces et à la « Maison du Marié » c’est à dire au plan vital des générations qui se succèdent. Voir cet ancien article:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2015/05/27/brunschvicgraisonreligion-exemple-4-des-opositions-fondamentales-le-dit-du-vieux-marin-de-coleridge/

On voit donc que le film de Losey (pour peu que l’on ait soin d’en effacer les aspects « de gauche » , « film à thèse » dûs à l’histoire personnelle de Losey aux USA) nous mène très loin dans l’univers de la Pensée mais il le fait avec cette merveilleuse puissance d’émotion qui est propre au monde de l’art, de la tragédie grecque notamment  et des ses forces curatives pour la psyché collective qui ont souvent été évoquées.

  
  
  
  

Une réflexion au sujet de « M de Joseph Losey (1951) »

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