Bergman : l’œuf du serpent « la peur suintait des pavés de Berlin »

Ce magnifique film d’Ingmar Bergman, réalisé en 1977, le seul qui soit américain et hollywoodien, évoque l’année 1923 du coup d’état manqué d’Adolf Hitler à Berlin..

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/L%27Œuf_du_serpent

On peut le voir ici (en anglais non sous titré):

Et ici ( de même en anglais non traduit)si jamais le lien YouTube venait à être supprimé, comme cela arrive souvent:

http://www.veoh.com/m/watch.php?v=v16300285Edc43ZSr

Il y a trois scènes très fortes , d’une puissance rarement vue au cinéma (dont on doit tout de même convenir qu’il est un art mineur, qui à part justement chez des génies comme Ingmar Bergman ou Michelangelo Antonioni,ne peut s’élever à la hauteur intellectuelle des grands romans, ceux que Finkielkraut prend en exemples, c’est pour cette raison que les versions cinématographiques de « la recherche du temps perdu » ou  » La montagne magique » sont décevantes, et même le récent « Faust » qui est pourtant de Sokourov, un des plus grands réalisateurs actuels):
-vers 1heure 05 minutes 30 secondes: Manuela , complètement écrasée par la culpabilité après le suicide de son mari, va voir un prêtre, celui ci se met à genoux en face d’elle à genoux aussi, extraordinaire jeu de Liv Ullmann submergée par l’angoisse, cela se lit dans ses yeux quand elle demande au prêtre : » est ce une prière spéciale ? » Et lui:  » oui oui » puis il lui tient ce discours :
 » nous vivons tellement loin de Dieu , la seule chose que nous puissions faire est de nous aimer, de nous entraider » puis il lui dit « vous êtes pardonnée » et ensuite  » je vous demande de me pardonner aussi pour mon indifférence, ma médiocrité » j’ai rarement vu une scène et un jeu d’une telle intensité d’émotion, meme dans les grands romans de Balzac ou Hermann Broch..en tout cas cela marche, Manuela est sauvée…
C’est un cas où la transcendance ( « nous vivons tellement loin de Dieu » il est à une distance Infinie de nous) se change en l’immanence pas tout à fait radicale bien sûr comme dans la philosophie ( « la seule chose que nous puissions faire face à cette détresse est de nous aimer l’un l’autre) mais bien sûr il parle là de l’amour en esprit qui aide à vivre pas de l’amour psychique-sexuel qui conduit à l’enfer que Manuela vivait avec son mari et qu’elle recommence avec Abel Rosenberg qu’elle prend pour amant, parce que ni lui ni elle ne peuvent supporter la solitude..
-deuxième scène extraordinaire :vers 1heure 29 minutes Abel le juif ivrogne va chercher de l’alcool, ne supportant plus Manuela,il croise des passants découpant des morceaux de viande sur un cheval mort , puis entre au bar où des couples se livrent à un fox trot endiablé va au bar et sort un gros billet, le barman lui tend une bouteille et ouvre la bouche, Abel y fourre le billet et commence à boire au goulot au milieu des rires des couples insouciants

-il y a aussi bien sûr la scène du noir américain avec les deux prostituées berlinoises, il est tellement ivre et épuisé qu’il ne peut rien faire et doit affronter leurs moqueries méprisantes, cette scène se situe bien après la scène du bar…

-enfin la grande scène des dernières 5 ou 6 minutes… Le professeur Hans Vergerus révèle à Abel ses expériences sur la psyché humaine au moyen de molécules qui conduisent les sujets des expériences à une terreur absolue et insupportable et qui les obligent à se suicider, c’est lui Vergerus qui est responsable du suicide du mari de Manuela.. Il se suicide devant Abel pour ne pas avoir à affronter les questions de la police, mais il a le temps avant d’avaler le poison de livrer son diagnostic sur Hitler  » un homme aux capacités intellectuelles limitées, qui va terminer sa carrière dans un colossal fiasco » et de lui prédire ce qui va arriver 10 ans plus tard (en 1933 donc »
« Aujourd’hui en 1923 le peuple allemand est tellement humilié qu’il est incapable de se soulever dans une Révolution mais dans dix ans..les choses seront différentes » J’avais écrit la page suivante sur ce passage du film :

https://horreurislamique.wordpress.com/prima-della-rivoluzione/

C’était avant ce que l’on appelle la « crise des migrants » je garde le même diagnostic évidemment.. Le peuple français nous surprendra encore, comme en 1789…
La science (mais plutôt sous son aspectintellectuel-transcendantal c’est à dire mathématique ) peut et doit conduire à l’autonomie, c’est ce qu’affirme avec force la philosophie de Léon Brunschvicg qui est endossée ici et que répète encore André Simha dans son « Manifeste pour l’autonomie » en préface à la récente réédition de « Introduction à la vie de l’esprit » de Brunschvicg, voir:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/01/24/brunschvicgintroduction-un-manifeste-pour-lautonomie/

Mais ne nous berçons pas d’illusions ou de contes de nourrice comme aurait dit Descartes, le cas inverse peut aussi se produire et Hans Vergerus en est un exemple dans ce film…le cas d’une science conduisante aux excès les plus extrêmes du fascisme et de l’heteronomie autoritaire et messianique..Fritz Lang nous en présente un autre exemple dans son dernier film allemand, sorti en 1932-33:  » Le testament du Dr Mabuse » , avec le personnage du psychiatre directeur de la clinique où meurt Mabuse, fasciné par son malade et prenant sa place dans un exemple de possession par l’esprit d’un défunt..mais quel défunt!!!
Ce film est ici :

La science répond à sa vocation religieuse qui était la sienne au temps de Descartes et Spinoza et encore chez Einstein qui se disait athée vis à vis du Dieu des religions dont il se moquait fort justement , elle y répond lorsqu’elle oriente la conscience de ses adeptes vers le plan des Idées ( ce pour quoi elle a besoin de la mathématique et de son tissu d’idées) en les libérant de la prison des instincts du plan vital, instincts cachés sous les « mots de la tribu » mais lorsqu’on analyse le discours de Vergerus on voit qu’il est complètement obnubilé par les instincts de domination propres au plan vital..
Ce que nous fait voir avec tout son art Ingmar Bergman dans ce film fort sombre c’est justement un grossissement du plan vital , de l’angoisse et de la peur qui en sont les caractéristiques…  » Fear and desire » disait Kubrick dans le titre de son premier film, réalisé en 1953:

https://horreurislamique.wordpress.com/2015/11/18/apocalypse-du-desir-la-peur-et-le-desir-comme-essence-du-plan-vital-fear-and-desire-1953-de-stanley-kubrick/

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/11/18/fear-and-desire-1953-lapocalypse-a-bas-bruit-de-stanley-kubrick/

Si la science ne prend pas cette orientation vers l’esprit, elle ne sert qu’à ajouter à notre écartèlement dionysiaque dans la multiplicité des objets désires et machines désirantes..

Brunschvicg quant à lui parle de l’esprit logiciciste allant du haut vers le bas, des principes aux conséquences, cet esprit autoritaire et synthétique menant à l’hétéronomie donc en sens inverse de l’orientation propre à la « science bonne » celle de Descartes, Malebranche et Spinoza. Il oppose à cet esprit logiciste ou logicien l’esprit mathématicien de recherche qui monte vers l’Absolu depuis la plaine des obstacles contingents que sont les problèmes petits ou grands qui se posent aux chercheurs.. Cependant on parle bien de problèmes mathématiques, intellectuels pas problèmes de de boutons de culotte ou de problèmes sexuels-vitaux-sentimentaux…

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