Archives pour la catégorie Heidegger

Jean Zin : la phénoménologie de l’esprit de Hegel

https://jeanzin.fr/ecorevo/philo/hegel/phenomen.htm
Ce n’est pas le texte en pdf, c’est mieux que cela : une analyse de la structure de l’ouvrage fondamental de temps modernes.

https://jeanzin.fr/ecorevo/philo/hegel/conscien.htm

« Faire référence au nazi Heidegger n’est pas lui donner raison contre Hegel. Il y a dans la pensée de l’être comme origine et comme peuple un point de vue hiérarchique, volontariste et particulariste qui rend bien compte de sa complicité avec le nazisme, dans la pensée, malgré son opposition à la technique, à la propagande, au pouvoir nazi lui-même (qu’il excuse d’ailleurs de sa barbarie comme l’expression de notre temps). Nous ne pouvons accepter ces préjugés et nous trouverons dans l’analyse historique de Hegel de quoi les dépasser, cependant la critique que fait Heidegger de Hegel (dès 1923) reste indispensable. Kojève a trouvé sa propre compréhension de Hegel dans Être et temps (il a ensuite trouvé que Heidegger avait très mal tourné) et toute la postérité philosophique doit confronter ce début de la Phénoménologie à sa critique phénoménologique.« 

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« Fear and desire  » (1953) l’apocalypse à bas bruit de Stanley Kubrick 

https://horreurislamique.wordpress.com/2015/11/18/apocalypse-du-desir-la-peur-et-le-desir-comme-essence-du-plan-vital-fear-and-desire-1953-de-stanley-kubrick/

Les films de Kubrick présentent une intéressante galerie de psychopathes :

http://www.gordonbanks.com/gordon/pubs/kubricks.html

dont les plus célèbres sont les généraux Jack Ripper (inspiré par curtis Le May) et Turgidson dans « Docteur Folamour » (Folamour le savant fou est plus qu’un psychopathe, il est un calculateur qui a tout perdu sauf la faculté de calculer) ainsi que le sergent instructeur dans « Full metal Jacket ».

Cela signifie que le génial Kubrick ne voit pas d’autre issue aux apories de l’existence humaine emprisonnée dans le plan vital que la folie de ces psychopathes (une folie qui ne les expose pas à être enfermés) en particulier il n’admet pas la voie philosophique de Spinoza dans le « Traité de la réforme de l’entendement » pour dépasser le plan vital et accéder au plan spirituel ….au fond Kubrick le génie est un obscurantiste ..ce qui se vérifie dans « 2001 Odyssée de l’espace » ou il réintroduit la transcendance dans le roman de départ avec les mystérieux « rectangles noirs » et encore plus dans son dernier film « Eyes wide shut » où il abandonne ses personnages soumis à l’autorité sans frein du sexe, comme il est normal dans le « plan vital » d’ailleurs puisque celui ci est le domaine de la génération et donc de la mort …chez kubrick on ne se libère de la prison du « plan vital » que par la folie furieuse d’un général  Jack Ripper (Sterling Hayden) qui envoie son escadrille de B52 attaquer la Russie, puis qui se suicide en disant  » j’ai ma conscience pour moi je n’ai pas peur de l’au delà » dans son cabinet de toilettes pour fuir l’interrogatoire avec torture prévisible afin de le forcer à livrer le code secret de rappel des B52 , code qui est « OPE » anagramme de « POE » =  » Purity On Earth »

Le film entier « Docteur Folamour » en anglais non sous titré

http://www.veoh.com/watch/v19483133d9a7jQka

Eyes wide shut(scène célèbre)  :

Qunat aux thèses de « messages cachés » et d’allusions aux « sociétés secrètes » chez Kubrick, cela ne m’intéresse pas …par contre je me demande comment il aurait traité le problème des terroristes jihadistes contemporains , s’il en aurait introduit parmi ses psychopathes ( il voulait depuis longtemps faire un film sur la Shoah paraît il, mais n’en a jamais eu le courage) ..après tout peut être les aurait il jugés trop médiocres avec leur obsession de partouzer avec 72 vierges célestes et quelques éphèbes   (  cf sourate 56)

 

 

géhéral Curtis Le May :

 

#BrunschvicgRaisonReligion : conversion à l’intériorité

Un des points fondamentaux de la pensée de Brunschvicg, c’est que le « mirage de la Transcendance » est remplacé par l’intériorité : « ne levez plus les yeux vers les hauteurs car le Royaume des cieux est en vous », le Royaume des cieux, ou les cieux du verset 1 de la Genèse , étant le plan de l’Idée : l’évangile rejoint Platon et si cela avait toujours été le cas, si l’aristotelisme s’était limité à infecter les penseurs musulmans et juifs d’Al Andalous au lieu de contaminer aussi l’esprit européen via l’averroïsme latin et le thomisme le christianisme serait vraiment devenu cette religion universelle, ce catholicisme qu’il voulait être, « tymologiquement parlant, et nous ne nous trouverions pas actuellement pris dans une nouvelle guerre de religions qui s’annonce encore plus atroce que celle d’il y’a quatre siècles, dont Montaigne fut le témoin.
Au lieu de cela il fut depuis le concile de Nicée le principal vecteur de la confusion du psychique-biologique et du spirituel, c’est à dire du plan vital et du plan de l’Idée qui aboutit de nos jours à ce matérialisme démocratique que vitupère Alain Badiou :
Formule du matérialisme démocratique : »il n’y a que des corps et des langages » qui peut se dir aussi « il n’y a que des corps et des psychés » ou  » des corps et des âmes  » (credo du concile de Nicée) et Bediou de rajouter les vérités éternelles de Descartes  » sinon qu’il y a des vérités éternelles  » et comme disait Btunchvicg :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1_intro.html

« Et la même opposition, Orient et Occident pour parler un langage géographique, mais qui est aussi moyen âge et civilisation du point de vue historique, enfant et homme du point de vue pédagogique, a fait le fond de la littérature platonicienne. Quel est le rapport de la mythologie, fixée par le « Moyen âge homérique », à la dialectique issue des progrès de la mathématique ? Le problème s’est resserré sur le terrain de l’astronomie où devaient entrer en conflit, d’une façon décisive, le spiritualisme absolu de Platon et le réalisme d’Aristote. La valeur essentielle de la science, suivant Platon, est dans son pouvoir d’affranchissement à l’égard de l’imagination spatiale. Telle est la doctrine qui est au centre de la République. Selon le VIIe Livre, l’arithmétique et la géométrie ont une tout autre destinée que d’aider les marchands dans leur commerce ou les stratèges dans la manœuvre des armées ; elles élèvent l’âme au-dessus des choses périssables en lui faisant connaître ce qui est toujours ; elles l’obligent à porter en haut son regard, au lieu de l’abaisser, comme on le fait d’habitude, sur les choses d’ici-bas. Encore Platon n’emploie-t-il ces métaphores que pour avoir l’occasion d’insister sur leur sens métaphorique. Dans la considération de l’astronomie, enfin, la doctrine livre son secret, par l’antithèse qu’elle établit entre le réalisme de la matière et l’idéalisme de l’esprit, entre la valeur de la transcendance cosmique et la valeur de l’intériorité rationnelle. La dignité de l’astronomie n’est pas dans la supériorité locale de ses objets : « Tu crois donc que si quelqu’un distinguait quelque chose en considérant de bas en haut les ornements d’un plafond, il regarderait avec les yeux de l’âme et non avec les yeux du corps ?… Qu’on admire la beauté et l’ordre des astres dont le ciel est orné, rien de mieux ; mais, comme après tout ce sont des objets sensibles, je veux qu’on mette leurs objets bien au-dessous de la beauté véritable que produisent la vitesse et la lenteur réelles dans leurs rapports réciproques et dans les mouvements qu’ils communiquent aux astres, selon le vrai nombre et selon toutes leurs vraies figures. » Platon insiste encore d’une manière particulièrement significative dans le Phèdre : « Celui qui a le courage de parler de la vérité selon la vérité, doit chercher, à la fois un dehors du ciel et au delà de la poésie, ce qui existe sans aucune forme visible et palpable, objet de la seule intelligence par qui l’âme est gouvernée. »
Mais après Platon, ou du moins après Archimède, la spiritualité de la culture hellénique s’efface. L’animisme et l’artificialisme, qui caractérisent, selon les expressions de M. Piaget, la représentation du monde chez l’enfant, rentrent victorieusement en scène avec la métaphysique d’Aristote, incapable, pour parler avec M. Léon Robin, de « ménager de transition, sinon astrologique, entre l’intelligible et le sensible ». Dieu n’est plus ce qui est compris et aimé du dedans, tel l’Un-Bien de Platon ; c’est ce qui est imaginé en haut, c’est le moteur immobile auquel sont suspendues les âmes bienheureuses des astres ; l’ordonnance de la métaphysique aristotélicienne, de toutes les métaphysiques établies sur le modèle aristotélicien, implique une invention de créatures placées hiérarchiquement, c’est-à-dire situées topographiquement, au-dessus du monde sublunaire. La défaite de l’idéalisme platonicien sous les coups du réalisme aristotélicien engage la destinée de l’Europe pendant les vingt siècles qui vont s’écouler jusqu’à la renaissance cartésienne.

Une telle conclusion pourrait soulever quelques doutes : comme elle est capitale pour le problème que nous essayons de déterminer, on serait tenté de la rapporter à une sorte de construction rétrospective qui nous conduirait, par un procédé facile et fallacieux, là où nous avions pris le parti d’aboutir. Il est donc important d’invoquer ici des témoignages irrécusables. Or, l’écrivain qui a le plus fait au XIXe siècle pour exalter Aristote aux dépens de Platon, qui a célébré dans le cours de la spéculation aux premiers temps de l’ère chrétienne « l’avènement de l’Aristotélisme à la domination universelle », Félix Ravaisson, lui-même, a signalé l’intérêt pathétique d’une question posée par le représentant le plus autorisé de l’école péripatéticienne, par Théophraste : « Tandis que le philosophe (écrit-il en parlant d’Aristote), qui a reconnu dans la pensée le principe de tout le reste, préoccupé cependant d’une vénération superstitieuse pour le monde physique, voit encore dans le mouvement régulier des sphères célestes la plus haute forme de la vie, et n’hésite pas à mettre la condition des astres fort au-dessus de celle des humains, Théophraste se demande si le mouvement circulaire n’est pas au contraire d’une nature inférieure à celui de l’âme surtout au mouvement de la pensée, duquel naît ce désir où Aristote lui-même a cherché la source du mouvement du ciel.  »
Juste au moment où j’écris cet article vient de paraître un livre de l’économiste Daniel Cohen :

« Le monde est clos, et le désir infini »

 

Et Robert Redeker, pou qui j’ai le plus profond respect, vient de faire paraître un essai sur le fin du « progrès » :

« Le progrès ? Point final! »

Or le plan vital est effectivement fini (d’où’ la validité des thèses existentialistes de la finitude) alors que le plan spirituel est Infini .Mais le désir en tant que psychique appartient au plan vital et ne peut donc être infini. C’est la volonté humaine qui est infinie selon Descartes.
Que le progrès technique soit terminé, c’est plutôt une Bonne Nouvelle (=évangile) et il est évident que l’idéologie progressiste était basée sur un malentendu : le confusion du progrès technique et du progrès spirituel, qui ne peut se heurter à aucune limite puisque le plan spirituel est Infini , et quiconque a lu  » le Progrès de le conscience dans la philosophie occidentale « de Brunschvicg ne peut mettre en doute ce progrès là :
http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html
(introduction)
http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1.html

(tome 1)

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t2/progres_conscience_t2.html

(tome 2)

Mais revzenons maintenant au chapitre 3 de « Raison et religion » :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/raison_et_religion.html

la confusion du biologique et du spirituel ,i ne fut pas pour rien dans la catastrophe de 1940 où les « israélites) (Brunschvicg compris, Simon Weil son élèvre récalcitrante comprise, laquelleadressaon le sait une lettre fort spirituelleà son ministère de tutelle qui voulait la radier des cadres de l’enseignement: »si vous fates allusion à ma race vous devriez savoir qu’il y a loi des juifs modernes aux hébreux de la bible et si vous faites allusion à ma religion sachez que je suis rarement entrée dans une synagogue » Brunschvicg aurait pu répondre de même , lui qui  ne fit au culte juique cette seule concecssion de se marier en 1899 à la synagogue de la rue de la victoire avec sCécile Kahn alors que celle ci (future ministre du premier cabinet Blum en 1936) était en total accord avec lui sur les idéaux laïques propres aux « libres penseurs  » et sur l’autonomie de l’esprit qui doit être le but f’un enseignement vraiment laïque qui existait encore sous le 3ème république grâce aux « hussards noirs « . De nos hours l’idéel de laïcité et d’autonomieest de noucveau jeté aux orties à cause de lacontemporaine confusion du biologique et du spirituel qui se montre avec évidence dans un pseudo -concept tel que celui d »islamophobie  avec les accusations de racisme et de bê te immonde qui vont vavec comme si les musulmans étaient une race biologique .

Mais l’on doit reconnaître que si tant de parents ne violaient pas la conscience de leurs enfants en voulant à toutes forces qu’ ils soient du même culte que leur famille , cette confusion ne serait pas aussi facile.

Dans le chapitre 3 de « Raison et religion » elle est associée au sogme du péché originel (page 55 ) :

« Concluons donc : le dogme de l’hérédité du péché n’a pu naître que dans cette atmosphère de confusion entre le biologique et le spirituel, où nous avons aperçu la tare originelle dont nous avons à nous affranchir pour préciser le sens de la présence divine, non plus dans le monde, mais en nous. »

Cette tare originelle aboutit au matérialisme démocratique occidental, c’est à dire à l’athéisme qui consiste en le monisme du plan vital dans l’idéologie des « droits de l’homme » homme envisagécomme victime perpétuelle, mais il est surtout victime de cette idéologie qui le rend prisonnier  du plan vital en l’enfermant dans la pensée ontologique en envisageant  Dieu , comme le pensait Heidegger,comme un « super-étant »au lieu d’une Idée , Idée du Bien au delà de l’Etre qui est l’Idée de l’Un .Etc’est le mérite « éternel » de Badiou dans l’Etre et l’évènement d’avoir libéré l’esprit moderne de tourniquets qui semblent ne jamais finir du ‘Parménide  » de Platon dans cette formule ;

‘L‘Un n’est pas  »

ou encore

« ens et unum non reciprocuntur »

ce qui signifie mathématiquement :

la 2-catégorie Cat des (petites) catégories n’est pas équivalente à la catégorie (qui estun topos) Ens des ensembles

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2015/07/17/adjonction-3-dans-le-cadre-des-2-categories/

ou encore philosophiquement :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/heritage_de_mots_idees/heritage_de_mots.html

« Dieu ne naîtra pas d’une intuition tournée vers l’extérieur comme celle qui nous met en présence d’une chose ou d’une personne. Dieu est précisément ce chez qui l’existence ne sera pas différente de l’essence ; et cette essence ne se manifestera que du dedans grâce à l’effort de réflexion qui découvre dans le progrès indéfini dont est capable notre pensée l’éternité de l’intelligence et l’universalité de l’amour. Nous ne doutons pas que Dieu existe puisque nous nous sentons toujours, selon la parole de Malebranche, du mouvement pour aller plus loin jusqu’à cette sphère lumineuse qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne où, passant par dessus l’imagination de l’être, l’unité de l’Un se suffit et se répond à soi-même. Méditer l’Être nous en éloigne ; méditer l’unité y ramène. »

cette méditation de l’unité qui nous libèrera de la pensée ontologique nous la chcerchons dans la mathématique de Descartes à Grothendieck et nous l’appelons

 »

Henosophia TOPOSOPHIA μαθεσις uni√ersalis τοποσοφια MATHESIS οντοποσοφια ενοσοφια

 »

mais il semble que Brunschvicg, dans la suite du chapitre « Dieu » de son dernier  livre « Héritage de mots héritage d’idées » parle pour notre époque actuelle quand il dit ceci :

« Dans les siècles qui nous séparent de Platon le débat s’est resserré autour de la notion du Verbe qui ne cesse de réapparaître, aussi ambiguë dans son expression que salutaire dans son principe. Déjà, nous avons eu l’occasion de le noter, l’école stoïcienne qui avait hérité du Logos héraclitéen s’est épuisée à vouloir qu’il soit tout ensemble l’énergie de raison qui fonde du dedans la liberté de l’agent moral et le ferment de vie qui entretient au dehors l’harmonie universelle. Comment admettre que ce processus d’identification recouvre réellement une opération effective alors que les idées en présence appartiennent à des plans hétérogènes, orientées en sens inverse l’une de l’autre inclinant le sage tantôt à dompter la nature et tantôt à la suivre ? Avec le Prologue de l’Évangile johannique le problème devient plus pressant encore et plus aigu ; ce qui est en cause désormais, ce n’est rien de moins que la relation de la chair et de l’esprit, du temps et de l’éternité.

Pascal relève du courant paulinien, l’inspiration rationnelle d’où procède l’appel à la lumière intérieure qui, après le péché comme avant, éclaire toute créature dès son entrée en ce monde, reste à l’arrière-plan. Le Christ se produit essentiellement dans l’histoire des hommes : c’est le Libérateur, dénouant la crise qu’avait ouverte le ressentiment du Père contre Adam et contre sa postérité. Dans le quiétisme, qui tente d’expérimenter l’anéantissement de la personne et la fusion de l’âme en Dieu, Jésus, plutôt que le médiateur de la grâce, est le modèle dont l’imitation parfaite nous vaudra l’union intime à l’Unité même. Et c’est en vain que Malebranche, par une liaison étroite entre les enseignements positifs de la science cartésienne et la ferveur d’une piété augustinienne, fera leur part aux deux caractères du Verbe selon le christianisme : Verbe incréé qui consacre l’intelligibilité intrinsèque des rapports de grandeur, Verbe incarné, qui a rétabli l’ordre des rapports de perfection rompu par les suites de la faute originelle. Fénelon et Arnauld se dressent durement contre lui, qui tous deux cependant seront en but aux plus violents soupçons d’hérésie, faisant écho malgré eux à la parole dont leur adversaire commun avait ressenti l’amertume : la vérité engendre la haine…..

.Comment cependant se refuser à voir que l’évidence et la charité du cri vont plus avant que son intention déclarée ? On ne peut pas prononcer le mot dans une semblable explosion du cœur et désavouer l’idée en acceptant de restreindre l’étendue de son application aux symboles définis d’un Credo particulier. Ici toute limitation est littéralement une négation. Le fidèle du Coran est emporté par le même amour qui a entraîné le fidèle de l’Évangile. « Pourquoi, lorsque la nuit de l’Ascension Mohamed est parvenu jusqu’au Maître glorieux, a-t-il demandé seulement les croyants de sa communauté ? pourquoi n’a-t-il pas demandé tout le monde. » Et puisqu’il n’y a pas deux questions, il n’y aura pas deux réponse. La pieuse espérance ne serait pas encore satisfaite si l’heure bénie sonnait où le monde chrétien cesserait d’être livré à la dispute des Églises, puisqu’elle laisserait en dehors les deux tiers de l’humanité ; la majorité même ne suffirait pas ; il lui faut la totalité tournée unanimement vers un Dieu unanime, sur lequel aucune créature ne prétendra plus imprimer les marques humaines d’une certaine histoire et d’une certaine psychologie, un Dieu si uniquement et si radicalement un que nous devons soupçonner un germe d’athéisme renaissant dans le moindre vestige de division qui subsisterait au ciel ou sur la terre….

Déjà dans l’ordre économique Platon dénonçait la distinction du mien et du tien, l’instant d’appropriation, comme les obstacles auxquels se heurtent l’avènement de la justice et le règne de la paix ; à plus forte raison nous garderons-nous de les transporter dans la cité divine, de dire : Mon Dieu est mien et n’est pas tien. Une profession d’universalisme peut ne recouvrir qu’un appétit de conquête et d’annexion qui ruinerait à l’avance l’espoir d’une universalité véritable ; l’exigence d’unité commande d’exclure toute exclusion. Elle nous interdit de détourner notre regard et notre ambition de la communauté où les hommes entreront, de quelques mots qu’ils se servent, soit pour se flatter et s’honorer eux-mêmes, soit pour se diffamer et se déchirer entre eux. Car sur tous, huguenots ou papistes aux « noms diaboliques », hérétiques ou orthodoxes, fidèles ou infidèles, idolâtres ou « païens », car sur tous, a rayonné la lumière du Verbe intérieur ; et cela suffira pour les reconnaître susceptibles d’être selon l’admirable expression que nous empruntons à M. Arnold Reymond « orientés du côté de Dieu », et pour les accueillir à titre également fraternel.

Ce qui a pu mettre en défiance certaines bonnes volontés et les empêche trop souvent d’aller « jusqu’au bout » de leur cordiale impatience, c’est, nous semble-t-il, une confusion trop fréquente entre les tendances, contraires cependant, de la religion dite naturelle et d’une religion proprement spirituelle. La facilité avec laquelle Voltaire se rallie à la preuve thomiste de l’existence de Dieu par la causalité physique montre qu’il se place sur le terrain du réalisme où s’affrontent les thèses de la transcendance théiste et de l’immanence panthéiste, toutes deux caduques au regard de la réflexion critique. Et dès lors on comprend que la religion naturelle se soit bornée à effacer des représentations traditionnelles les particularités qui caractérisent les croyances de tel ou tel peuple, de telle ou telle confession, pour n’en retenir que le dessin schématique conformément au préjugéscolastique d’une raison qui consisterait dans la faculté de généraliser et d’abstraire.  A 1’inverse de cette attitude polémique et stérile, si la religion spirituelle considère les cultes établis, c’est pour s’associer du dedans à l’élan qui traverse leur histoire et pour les rapprocher de leur raison profonde. L’événement décisif de la tradition judéo-chrétienne, le passage de la Religion du Père, qui inspire la crainte, à la Religion du Fils, qui ne respire que l’amour, répond très exactement à ce moment précis de la dialectique du Banquet où Platon évoque le mythe de Cronos détrôné par Zeus ; par quoi est signifié la fin de l’ère de violence qui sévissait même dans les hauteurs célestes. La loi de nécessité s’est inclinée devant l’ascendant de la paix et de l’amitié depuis que règne sur les Dieux le plus jeune d’entre eux, qui est l’Amour. L’une après l’autre, pensée hellénique et pensée chrétienne ont été ainsi conduites dans la voie de l’expérience mystique.

Aucun spectacle n’est plus émouvant que de voir Dieu se dégager des voiles de l’analogie anthropomorphique, devenir en quelque sorte davantage Dieu, à mesure que l’homme se désapproprie lui-même, qu’il se dépouille de tout attachement pour l’intérêt de sa personne, sacrifiant dans le sacrifice même ce qui trahirait une arrière-pensée de consolation sentimentale, de compensation dans un autre monde et dans une autre vie. Celui-là défend l’honneur de Dieu qui peut se rendre ce témoignage :

J’ai parfumé mon cœur pour lui faire un séjour.

Sans y laisser rien pénétrer qui ait quelque rapport avec la souffrance, l’erreur ou le péché. Le Dieu auquel les mystiques ne demandent plus rien sinon qu’il soit digne de sa divinité, sub ratione boni, ne saurait avoir de part dans ce qui ne ressort pas de l’esprit ; il est au-dessus de toute responsabilité dans l’ordre, ou dans le désordre, de la matière et de la vie. Il est l’idée pure qui rejette dans l’ombre, non seulement l’idole populaire d’un Deus gloriosus que réjouirait l’encens des offrandes et des prières, dont un blasphème parti de terre provoquerait la douleur et la vengeance, mais encore l’image, « sensible au cœur », d’un Dieu apitoyable, qui permettrait à ses fidèles d’en appeler des arrêts de sa justice et tempérerait pour eux les impulsions de sa colère. »

La nécessaire conversion à l’intériorité c’est le conversion à la religion du Verbe, service rendu par la philosophie dans sa vérité platonicienne :

« Le service que rend la philosophie à la religion consisterait donc à mettre en évidence que c’est un même progrès de pensée dans le sens du désintéressement et de l’objectivité qui préside à la triple option dont nous nous sommes efforcés de préciser les conditions intellectuelles, qu’il s’agisse de l’homme ou du monde ou de Dieu. L’ennemi sera toujours le mirage de la chose ensevelie dans la matérialité de son expression verbale, qui fait que le moi s’acharne à la vaine poursuite d’une âme dissimulée derrière sa spiritualité, comme d’un Dieu caché par-delà sa divinité. Le réalisme se fait ombre à lui-même. »

les conditions intellectuelle de cette triple option ne sont rien d’autre que les trois opositions fondamentales : entre moi vital et moi spirituel, entre mon de imaginaire et monde spirituel ,entre Dieu divin et Dieu hulain qui au donf ne sont qu’une seule opposition :entre Dieu des philosophes et des savants et entre dieu d’Abraham, Isaac et Jacob qui avait déjà été thémarisée par Pascal dans le méporiel de 16564et que reprend Brunschvicg trois siècles plus tard dans la »querelle de l’athéisme »

https://mathesismessianisme.wordpress.com/la-querelle-de-latheisme-de-leon-brunschvicg/

« Le drame de la conscience religieuse depuis trois siècles est défini avec précision par les termes du Mémorial du 23 novembre 1654 : entre le Dieu qui est celui d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et le Dieu qui est celui des philosophes et des savants, les essais de synthèse, les espérances de compromis, demeurent illusoires. Il est donc important de soumettre à l’examen les moments du processus spéculatif qui explique et qui, selon nous, commande la nécessité de l’alternative. » »

Or le Dieu qui est en nous en tant qu’Idée n’est pas le dieu hmain trop humain des métaphysiques illusoires, suprême danger de la vie de l’esprit:

« Ce danger pour la suprême satisfaction de la vie religieuse, les mystiques l’ont dénoncé ; ils ont su y découvrir l’effet d’une métaphysique illusoire. Mais s’ils sont demeurés isolés et secrets,  en dépit de l’admiration qui s’attache à l’exemple de leur sainteté, n’est-ce pas qu’ils se sont refusés à l’effort de réflexion méthodique qui est nécessaire pour rendre certain l’accès de la vie unitive ? Voulant sincèrement l’universalité, ils sont demeurés les yeux fixés sur le rêve d’une expérience privilégiée, capable d’atteindre  »

seulement ceci conduit à la tragédie quiesrtla nôtre ;

« Telle est la tragédie du mysticisme que l’intuition mystique s’échappe à elle-même dès qu’elle s’efforce de se prolonger pour porter, non pas seulement au-dehors et à autrui, mais au sujet même qui voudrait l’avoir éprouvée, témoignage de sa réalité. Le sentiment, qui devait s’installer dans l’absolu d’une parfaite unité, apparaît impuissant à triompher de l’ambiguïté qu’il ne cesse d’éprouver comme une menace et comme un péril. De là, dans notre tradition d’Occident, le spectacle dont le Banquet de Platon offre l’esquisse profonde et prophétique. Ou il arrivera que le mysticisme, embarrassé par la hauteur de son ambition, compromette son inspiration idéaliste, soit qu’il se tourne vers le monde pour faire la preuve d’un pouvoir surnaturel dans le maniement des choses et dans le cours des événements, soit qu’il se réconcilie avec la « fonction fabulatrice », se mettant à l’abri d’un groupe social, professant le mystère d’une secte, l’orthodoxie d’une Église. Ou bien il se dépassera lui-même, afin de suivre jusqu’au bout l’appel de lumière que Diotime découvrait à Socrate et dont elle annonçait qu’il s’épanouit dans la transparence intellectuelle du μἀθημα »

μἀθημα de Diotime qui s’acchève dans la Mahesis universalis de Descartes et l,unité absolue de Spinoza  dont Brunschvicg est l’héritier,ceque nous voulons démontrer ici dans les blogs 

« <strong>Henosophia TOPOSOPHIA μαθεσις uni√ersalis τοποσοφια MATHESIS οντοποσοφια ενοσοφια</strong> »

et ce n’est autre que l’objet des articles regroupés sous le hashtag #BrunschvicgRaisonReligion, dont celui ci, complétés par ceux du hashtag # GrothendieckTopos et ceux de la catégorie Mathesis universalis  ou « Henosophia μαθεσις uni√ersalis τοποσοφια Mathesis οντοποσοφια ενοσοφια »

La vraie raison du suicide de l’Europe

Voici un article remarquable en deux partie, qui laisse présager à court ou moyen terme une guerre civile en France, ou sans doute en Europe:

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/08/14/31003-20150814ARTFIG00245-des-territoires-perdus-de-la-republique-aux-territoires-perdus-de-la-nation-12.php

et

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/08/14/31003-20150814ARTFIG00248-georges-bensoussan-nous-assistons-a-l-emergence-de-deux-peuples.php

Certes Georges Bensoussan explique la situation actuelle par la grande saignée de la première guerre mondiale, dont la France qui figurait au nombre des vainqueurs ne s’est jamais relevée.
On peut d’ailleurs parler comme Max Gallo d’une « guerre de Trente ans » (1914-1944), qui se transforma en guerre mondiale mais commença, aussi bien en 1914 qu’en 1939, comme une guerre européenne.
Mais pourquoi ? pourquoi l’humanité européenne, hautement éduquée, anciennement christianisée, ayant reçu de longue date l’influence de la Grèce antique et de ce que l’on appelle les « humanités », cette humanité européenne qui crée la science et la philosophie modernes, qui est celle aussi des Lumières et du droit, pourquoi se livre t’elle ainsi au vingtième siècle à cette course à l’abîme?
Ici l’examen de l’Histoire nous donnera plusieurs raisons , plusieurs « causes », je serais d’ailleurs bien en peine de les énumérer toutes, tout dépend d’ailleurs de combien de siècles en arrière on remonte, puisqu’on peut affirmer que l’Europe était déjà en « gestation » trois mille ans en arrière, ou même 50000 si l’on remonte à cromagnon et Néanderthal…citons en vrac : les empires coloniaux, la Révolution française et les guerres napoléoniennes, la guerre de l’Europe chrétienne contre les Ottomans, où la France a souvent été perçue par ses voisins européens comme faisant le jeu de l’islam, etc..etc..etc..
Mais, à la fin des fins, cela ne nous donnera pas le pourquoi, celui qui s’impose et met fin à toutes les questions, celle ci notamment qui revient lancinante:
« Oui mais pourquoi, suite à de tels faits historiques, l’humanité européenne a t’elle réagi comme cela, jusqu’à provoquer deux guerres mondiales, et jusqu’à la volonté d’anéantissement à laquelle nous assistons depuis 1975, depuis 40 ans d’immigration forcenée ? »
Et pourquoi, surtout, jusqu’à l’inconcevable, l’indicible de la Shoah ?
Qu’un génocide se produise dans des sociétés inférieures comme la Turquie de 1915 ou le Rwanda de 1994, c’est intolérable mais on peut à la rigueur l’envisager, de par les rivalités tribales ou bien la mentalité musulmane forgée de longue date par la Sharia qui considérait les dhimmis arméniens comme des sous-hommes…mais dans une société européenne qui avait été celle de Kant, ou Einstein ?
Ici l’interview de Georges Bensoussan dans le Figaro a le grand mérite de ridiculiser et condamner le « catéchisme moral » de la Shoah, qui l’a banalisée en la comparant à la prétendue naqbah des Palestiniens, ou bien au prétendu génocide de SreBrenica: ceci fonctionne comme un véritable étouffoir de la réflexion.
Il nous faut donc chercher la réponse à notre question sur un registre supérieur, métaphysique, et non plus seulement factuel (bien que les faits historiques puissent servir à vérifier ou réfuter nos conclusions.
Et nous ne pouvons la chercher que sur la période qui distingue absolument l’humanité, la civilisation européenne de toutes les autres, y compris de l’Europe telle qu’elle était avant la période historique dont je parle, avant la ligne de démarcation du cartésianisme:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/la-ligne-de-partage-des-temps/

la ligne de partage des temps, qui pour les chrétiens est la naissance de Jesus-Christ, pour les juifs…je ne sais pas, (la sortie d’Egypte ?) pour les musulmans la descente du Coran, mais qui pour nous qui nous voulons vraiment religieux, pour nous qui voulons vraiment « dépouiller le vieil homme » ne peut être que la « nuit de songes de Descartes » du 10 au 11 novembre 1619:

http://singulier.info/rrr/2-rdes1.html

nuit suivant la journée au cours de laquelle il trouvé les fondements de l’admirable science, selon le récit de Baillet:

« 

Il nous apprend que le dixième de novembre mil six cent dix-neuf, s’étant couché tout rempli de son enthousiasme et tout occupé de la pensée d’avoir trouvé ce jour-là les fondements de la science admirable , il eut trois songes consécutifs en une seule nuit, qu’il s’imagina ne pouvoir être venus que d’en haut.

 »

évidemment Descartes ne peut parler que le langage de l’ancienne époque puisque la nouvelle ne va naître qu’au cours de cette nuit obscure car ultra-lumineuse, Descartes reste chrétien : mais « en haut » désigne pour nous qui venons quatre siècles après le plan spirituel, plan de l’Idée, qui est nommé « cieux » (שמים = Shamayim par opposition à Eretz = terre qui désigne le plan vital ) au premier verset de la Torah. La pensée de la nouvelle époque d’après la ligne de démarcation est entièrement active, virile (non au sens de sexe masculin), solaire, conquérante, par opposition à l’ancienne époque lunaire, orientale, passive, recevant des « révélations » par les « prophètes » et ce n’est pas pour rien que Jean-Luc Marion tente d’annexer Descartes à sa thèse de la « donation-réception », niant la possibilité d’une pensée active, créatrice.

Science-sagesse admirable que nous appelons ici:

« 

HENOSOPHIA TOPOSOPHIA MATHESIS ενοσοφια τοποσοφια μαθεσις υνι√ερσαλις οντοποσοφια

et qui n’est autre que cette « Réforme absolue du savoir humain » que le philosophe-mathématicien Hoené Wronski tenta de fixer dans le livre de 1847 qui porte ce titre, mais sans y réussir parce que ce « Livre » est celui auquel le monde doit aboutir: le plan spirituel.

Voir aussi notre article assez ancien:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/mathesis-universalis-et-totalite/

Cette période de quatre siècles (1619-2015) qui marque la spécificité européenne et à laquelle nous devons donc nous restreindre pour expliquer la spécificité du destin de l’Europe, elle est encadrée quasi-symétriquement par deux « crises » (crise vient de krisis = jugement) dont parlent deux grands livres écrits au 20 eme siècle (au milieu des années 30 tous les deux) :

« La crise de la conscience européenne 1680-1715 » de Paul Hasard:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Crise_de_la_conscience_européenne

et

http://classiques.uqac.ca/classiques/hazard_paul/crise_conscience_europe/crise_conscience.html

et « la crise des sciences européennes et la philosophie transcendantale » d’Edmund Husserl

http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/file/husserl_depraz.pdf

Cette crise est à mon sens la suivante : la physique mathématique , déplacement dans l’axe de la vie religieuse selon Brunschvicg, n’a pas été inventée pour les progrès techniques, militaires et économiques qu’elle allait aussi apporter, car ceux ci ne sont venus que plus d’un siècle après, avec les premières machines à vapeur.
Elle a été inventée par des européens pour permettre à l’humanité européenne de se donner une forme de vie nouvelle, libérée de la Tradition et se donnant soi même son destin dans l’autonomie de la pensée et du jugement.
Cette autonomie consiste, dans la terminologie que j’emploie ici sous l’influence des trois premiers chapitres de « Raison et religion » de Léon Brunschvicg, dans l’appréciation exact de ce qu’est le plan spirituel (caractérisé par cette autonomie radicale) vis à vis du plan vital caractérise par l’asservissement de la conscience vis à vis des instincts. Il n’y a pas de liberté sur le plan vital, il ne peut pas y en avoir : la liberté « filtre » dans le monde en provenance du monde des Idées, comme tout ce qui est de l’ordre des valeurs véritables. Une valeur ne peut exister dans le monde sur le mode de l’être, elle y « apparaît » sur le mode du « doit être », toujours par l’intermédiaire d’une ou plusieurs consciences humaines , la liberté n’est pas (en tant que réalisée dans le monde) mais doit être, en tant au horizon pour l’action et la praxis vraiment humaine.
Un exemple : la sexualité en tant que symbole même du plan vital ne peut pas être libre, la « liberté sexuelle » est une baliverne. Tel homme, telle femme croit aimer tel partenaire librement, mais en fait c’est son instinct animal, qui dépend en partie de son histoire passée, qui le ou la pousse.
Seulement cela ne saurait être une justification pour le viol, ou pour le mariage forcé, qui n’est d’ailleurs qu’une forme de viol, ou pour les punitions en cas de sexe hors du mariage ou d’adultère….

Car notre conduite pratique en tout temps et en tout lieu doit être guidée par l’étoile polaire des Idées de Liberté, de Bien, de Vrai…or si je viole, si je force quelqu’un à se marier contre son gré, si je frappe ou lapide la femme adultère, j’obéis à mon instinct animal, individuel ou social: je ne suis plus guidé par les Idées éternelles, je commets le Mal.
Donc la science moderne, mathématique, qui au 17 eme siècle n’était pas encore séparée de la philosophie, n’a pas été créée pour la richesse ou la puissance économique et militaire, puisque les applications techniques militaires ou industrielles n’existaient pas à l’époque , personne ne pouvait en avoir l’idée. La science a été créée pour donner une juste vision et compréhension de la différence entre plan vital, ou plan de l’être, ou plan ontologique, et plan spirituel, ou plan des Idées et des Valeurs (véritables).
Je dis « juste compréhension » car il en existait déjà une, mais fausse : je veux parler de la vision du plan spirituel données par les religions et sectes ou systèmes se prétendant « de sagesse »: il y aurait lieu d’en parler pendant des heures, des mois, des années tant l’histoire de tels « systèmes de croyances » est complexe et embrouillée, je me bornerai donc à expliquer pourquoi tous ces systèmes existant avant l’émergence de la science ne pouvaient être que faux et mauvais (encore que bien sûr il faudrait introduire des nuances à l’infini): c’est que TOUS concevaient le plan des Idées et des valeurs sur le modèle du plan de l’être, du monde naturel caractérisé par la multiplicité indéfinie des étants. Or ici nous avons une célèbre citation de Brunschvicg qui comme d’habitude fait la lumière:
« Les trois propositions génératrices du scepticisme, de l’immoralisme, et de l’athéisme sont : le Vrai est, le Bien est, Dieu est »
On pourrait d’ailleurs y ajouter:
« La proposition génératrice de la dictature et de l’asservissement est : la liberté est »
Proposition que l’on rencontre généralement sous cette forme : « Je suis libre de faire, de dire, de penser ce que je veux » suivie de « et je t’emmerde ».
La liberté ce n’est pas de faire ce dont j’ai envie, poussé par mes pulsions et mes instincts : c’est de penser, de vivre et d’agir guidé par les Idées éternelles.
C’est Platon qui le premier a exprimé cette thèse dans sa philosophie, grâce sans doute à Socrate ainsi que par la connaissance des philosophes-savants plus anciens comme Thales, peut être par Pythagore, voir:

http://revistadefilosofia.com/11-3.pdf
Mais comme dit Brunschvicg « le miracle Grec dura le temps d’un éclair » , vint ensuite l’éclipse de l’idéalisme Grec platonicien, fondement de l’Occident, par le matérialisme oriental qui est à l’œuvre à Rome, Jérusalem, Byzance et Cordoue, et il faudra attendre Descartes pour que la spiritualité platonicienne, étouffée par l’aristotélisme qui était comme par hasard ce que les juifs, les chrétiens, et les musulmans avaient retenu de la philosophie grecque:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/about/

«  Les « valeurs méditerranéennes », celles qui ont dominé tour à tour à Jérusalem, à Byzance, à Rome et à Cordoue, sont d’origine et de caractère asiatique…… »

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1_intro.html

« C’est de Descartes que date le retour à la spiritualité pure par laquelle Platon avait mis en évidence le caractère de la civilisation occidentale : « Toutes les sciences (écrit-il dans la première des Règles pour la direction de l’esprit), ne sont rien d’autre que la sagesse humaine, laquelle demeure toujours une et identique, tout en s’appliquant à divers sujets, sans se laisser différencier par eux, plus que la lumière du soleil par la variété des choses qu’elle éclaire. » Mais l’humanisme de la sagesse ne manifestera toute sa vertu dans la recherche de la vérité, que s’il a conquis, par une ascèse préalable, sa liberté totale à l’égard des préjugés de la conscience collective. De cette ascèse, Descartes sera redevable aux Essais de Montaigne. »

Mais que s’est il passe alors pendant la « crise de la conscience européenne », de 1680 à 1715, et surtout après 1715, après la mort de Malebranche qui était le dernier des « grands » cartésiens ?
Il s’est passé que l’humanité européenne a connu le destin de Narcisse qui fasciné par son image dans l’eau (c’est à dire par le plan vital qui ne renvoie que la fausse image de la personne, non universelle donc non adéquate à la vérité) est tombé dans le cours d’eau et s’est noyé.
Dans le cas de l’Europe cette fascination par le moi personnel, vital et social, commence avec la « profondeur vide des Lumières » au 18ème siècle, elle est représentée par Danton lors de la Révolution française et provoque en retour la Terreur qui signe l’échec de tout projet d’émancipation réelle. Puis commencent à arriver les nouveaux objets inventés par l’industrie et la fascination grandissante qu’ils exercent.
Résumons : l’humanité européenne a été incapable d’accomplir le projet du 17 eme siècle , et s’est progressivement enlisée dans le naturalisme, ce qui est le diagnostic de Husserl en 1936, qui attribue cet enlisement à la crise des sciences positives qui n’ont plus rien à nous dire « dans la détresse de notre vie » (1936 en Allemagne) sur les questions importantes, touchant au sens de l’existence humaine.
Ce qui signifie dans notre terminologie : impuissante à définir une approche et une compréhension juste du plan spirituel, l’Europe sombre peu à peu, aux 19ème et 20 eme siècle, dans le naturalisme qui est le véritable athéisme : la thèse selon laquelle il n’y a que le plan vital.
Seulement l’athéisme positif , celui qui détruit les fausses conceptions, religieuses, du plan spirituel, n’en a pas moins joué son rôle à partir du 18ème siècle, et il est impossible de revenir en arrière, si bien que l’on en arrive à ce que révèlent les enquêtes de la fin du vingtième siècle, qui révèlent que les européens , même s’ils gardent une pratique religieuse minimaliste, ne croient plus aux « grands récits » sur un destin de la personne « après la mort », ce qui n’était qu’un voile mythique jeté sur la vérité du plan spirituel dont l’accès réclame comme condition préalable la « mort » (ascétique, initiatique) au plan vital.
En même temps des conceptions sectaires de l’initiation se font jour à partir du 19 eme siècle : théosophie, Golden dawn, anthroposophie etc..et créent un climat délétère d’où le nazisme prendra son envol.
C’est que l’humanité européenne n’arrive pas à faire l’effort (sans doute parce
Qu’elle ne connaît de la science que sa version vulgarisée) que pour détruire les fausses conceptions du plan spirituel, il fallait en connaître la vraie version : le « vêtement d’idées mathématiques » qui est derrière les théories scientifiques qui ont amené au 17 eme siècle le « déplacement dans l’axe de la vie religieuse »:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/2012/09/11/la-querelle-de-latheisme-de-brunschvicg/

« Le fait décisif de l’histoire, ce serait donc, à nos yeux, le déplacement dans l’axe de la vie religieuse au XVIIesiècle, lorsque la physique mathématique, susceptible d’une vérification sans cesse plus scrupuleuse et plus heureuse, a remplacé une physique métaphysique qui était un tissu de dissertations abstraites et chimériques autour des croyances primitives. L’intelligence du spirituel à laquelle la discipline probe et stricte de l’analyse élève la philosophie, ne permet plus, désormais, l’imagination du surnaturel qui soutenait les dogmes formulés à partir d’un réalisme de la matière ou de la vie. L’hypothèse d’une transcendance spirituelle est manifestement contradictoire dans les termes ; le Dieu des êtres raisonnables ne saurait être, quelque part au delà de l’espace terrestre ou visible, quelque chose qui se représente par analogie avec l’artisan humain ou le père de famille. Étranger à toute forme d’extériorité, c’est dans la conscience seulement qu’il se découvre comme la racine des valeurs que toutes les consciences reconnaissent également. À ce principe de communion les propositions successivement mises au jour et démontrées par les générations doivent leur caractère intrinsèque de vérités objectives et éternelles, de même qu’il fonde en chacun de nous cette caritas humani generis, sans qui rien ne s’expliquerait des sentiments et des actes par lesquels l’individu s’arrache à l’égoïsme de la nature. Ce Dieu, il faudra donc l’appeler le Verbe, à la condition que nous sachions entendre par là le Verbum ratio (λόγος ἐνδιάθετος) dont le Verbum oratio (λόγος προφορικὸς) est la négation bien plutôt que le complément, avec tout ce qui, par l’extériorité du langage à la pensée, s’est introduit dans les cultes populaires : mythes de révélations locales et de métamorphoses miraculeuses, symboles de finalité anthropomorphique.» »

En d’autres termes : la masse de l’humanité européenne est incapable d’accéder au « Temple » du Dieu des philosophes et des savants, mais elle ne peut pas non plus revenir en arrière (sauf une minorité religieuse bien sûr) dans le giron du Dieu des religions abrahamiques : elle se retrouve donc, surtout dans les 70 années de 2945 à 2015, dans l’attitude de l’athéisme pratique selon laquelle il n’y a que le plan vital et pas de plan spirituel, les idées n’étant vues que comme une superstructure du monde naturel. C’est aussi ce que Badiou nomme l’attitude du matérialisme démocratique :
« il n’y a que des corps et des langages »…et des droits, ajouterons nous..
Or cette attitude est impossible à maintenir sur une longue période : l’examen de l’histoire passée le montre,niais aussi la réflexion, car nous savons bien tous que « la vie est une affaire qui ne rembourse pas ses dettes » (Schopenhauer) ou bien « un pauvre comédien qui se pavane sur la scène une heure durant et qu’ensuite on n’entend plus, une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, ne signifiant rien » (Macbeth).
D’où l’attitude suicidaire des peuples européens, tellement évidente pour qui regarde encore le JT du soir.
La période 1945-2015 peut s’analyser comme un faux relèvement, celui des Trente glorieuses, uniquement productif et économique, accompagné d’une montée du nihilisme dans les arts et les philosophies de la de construction : dans « De l’esprit », Derrida compare ainsi l’esprit à une fermentation gazeuse, à une sorte de flatulence.
Un film ou plutôt une trilogie de trois films, « Welcome un Vienna », réalisée par Axel Corti dans les années 80 montre les raisons de cette montée du nihilisme à partir de 1945, parce que les questions de fond, spirituelles et religieuses, n’ont pas été traitées :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/dieu-croit-il-encore-en-nous/

Cette volonté de suicide, difficile à enrayer, se manifeste aux niveaux politiques, economiques, et « culturels ».

Mais un auteur comme Raymond Abellio parle quant à lui d’une « Assomption de l’Europe »:

Le mathématicien Michel Broué invité du « Monde des idées » (France-Info)

La totalité de l’interview est ici sur Dailymotion:

http://www.dailymotion.com/video/x1a6ksz_michel-broue-le-monde-est-regi-par-les-maths_news

J’avais entendu l’autre jour la première partie à la radio et été très intéressé par ce que dit cet homme, et je dirais, après avoir écouté ôensemble, que c’est surtout cette première partie qui est digne d’intérêt, ainsi que la seconde dans une moindre mesure.
Par contre la troisième partie, consacrée à la politique, devenue de nos jours et depuis fort longtemps le domaine du mensonge et de l’immoralité, du Mal donc, n’a aucun intérêt pour ceux qui consacrent leur vie à la recherche de la vérité.
Qu’il soit trotskyste par antistalinisme, fort bien, qu’il dénonce les manipulations monstrueuses de Mitterand et de Roland Dumas qui ont aidé la progression du FN dans les années 86-88, fort bien.
Seulement il faudra bien que ces trotskystes prennent aussi conscience des crimes contre l’humanité commis par Trotsky lorsqu’il était le chef de l’Armée rouge.
Et quant à la situation actuelle « qui rappelle les années 30 », tout à fait d’accord…
Sauf que l’extrême droite et le nazisme, ce n’est pas le nationalisme, qui est par nature particulariste, c’est ce pseudo-universalisme dévoyé qu’est l’Islam qui:

– traite les femmes en inférieures (sourate 4 verset 34)
– interdit toute liberté de conscience puisqu’il est interdit à ceux qui sont nés musulmans de changer de religion et de le faire savoir aux autres (sous peine de graves menaces, qui peuvent aller jusqu’à la mort)
– traite les non musulmans, en terre d’islam (c’est à dire dans les pays où l’islam est parvenu à s’imposer comme majorité) selon un système d’apartheid, cf le Pakistan par exemple
– permet à un musulman d’épouser une juive ou une chrétienne mais interdit à un non musulman d’épouser une musulmane s’il ne se convertit pas à l’islam
-incite dans le Coran à la haine et à la guerre contre les non musulmans.

Revenons donc à l’admirable première partie où Michel Broué caractérise les mathématiques comme « subversives » parce qu’un élève peut ainsi démontrer à son Maître qu’il a tort.

Les démonstrations , qui sont « les yeux de l’âme » selon Spinoza, sont ainsi la spécificité des mathématiques, ce par quoi elles parviennent à des vérités qui ne sont plus de l’ordre de l’instinct de la foule ou du bon plaisir des dominants.
Bref comme je l’ai déjà dit : la mathématique est la seule voie, en tant que libération de l’esprit des préjugés (religieux notamment) imposés aux enfants avant qu’ils n’aient atteint l’âge de la réflexion et de la libre critique, vers la démocratie réelle.
Et Michel Broué a raison de s’inquiéter d’un système éducatif qui entend supprimer ou diminuer le temps consacré aux démonstrations, cœur même de la mathesis en tant que libre activité intellectuelle, pour revenir aux mathématiques en tant que recettes apprises par cœur.
Il s’agit là d’une fantastique régression par laquelle l’homme occidental renonce à ce par quoi il était promesse d’universalité (non plus dévoyée cette fois) pour toute l’humanité.

https://lhommeoccidental.wordpress.com/a-propos/

et d’un abandon du processus de progrès de la conscience dans la philosophie occidentale décrit par Brunschvicg:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html

« Ces observations contiennent le secret de l’histoire du pythagorisme. L’homo sapiens, vainqueur de l’homo faber, y est vaincu par l’homo credulus. Grâce aux démonstrations irréprochables de l’arithmétique pythagoricienne, l’humanité a compris qu’elle possédait la capacité de se certifier à elle-même, non pas des vérités qui seraient relatives au caractère de la race ou du climat, subordonnées au crédit des magiciens ou des prêtres, à l’autorité des chefs politiques ou des pédagogues, mais la vérité, nécessairement et universellement vraie. Elle s’est donnée alors à elle-même la promesse d’une rénovation totale dans l’ordre des valeurs morales et religieuses. Or, soit que l’homo sapiens du pythagorisme ait trop présumé de sa force naissante, dans la lutte contre le respect superstitieux du passé, soit qu’il n’ait même pas réussi à engager le combat, on ne saurait douter que le succès de l’arithmétique positive ait, en fin de compte, servi d’argument pour consolider, pour revivifier, à l’aide d’analogies mystérieuses et fantaisistes, les propriétés surnaturelles que l’imagination primitive associe aux combinaisons numériques. La raison, impatiente de déployer en pleine lumière sa vertu intrinsèque et son efficacité, s’est heurtée à ce qui apparaît du dehors comme la révélation d’une Parole Sacrée, témoin « le fameux serment des Pythagoriciens : « Non, je le jure par Celui qui a révélé à notre âme la tétractys (c’est-à-dire le schème décadique formé par la série des quatre premiers nombres) qui a en elle la source et la racine de l’éternelle nature… » Le caractère mystique du Pythagorisme (ajoute M. Robin) se révèle encore par d’autres indices : c’est caché par un rideau, que le Maître parle aux novices, et le fameux : Il l’a dit (αὐτὸς ἔφα) ne signifie pas seulement que sa parole doit être aveuglément crue, mais aussi que son nom sacré ne doit pas être profané »…..

…..La tâche de la réflexion philosophique est alors de prendre conscience du caractère réflexif que présente le progrès de la science moderne. Et ici se produira nécessairement un phénomène analogue à celui que MM. Claparède et Piaget ont signalé dans leurs beaux travaux sur La psychologie de l’enfant, les difficultés de la prise de conscience entraînent le décalage des opérations sur le plan de la pensée : « Lorsque l’enfant essaiera de parler une opération, il retombera peut-être dans les difficultés qu’il avait déjà vaincues sur le plan de l’action. Autrement dit l’apprentissage d’une opération sur le plan verbal reproduira les péripéties auxquelles avait donné lieu ce même apprentissage sur le plan de l’action : il y aura décalage entre les deux apprentissages [8]. La même chose s’observe aux phases diverses de la croissance de l’humanité : l’action du savant apparaît en avance sur la conscience du philosophe qui, par esprit de paresse ou d’économie, s’obstine à verser le vin nouveau dans les vieilles outres, qui, par exemple, s’efforcera d’ajuster le savoir positif d’un Descartes ou d’un Galilée aux cadres de la déduction syllogistique ou de l’induction empirique. Il y a même des penseurs chez qui le dynamisme du processus scientifique s’est laissé recouvrir par la survivance d’un idéal périmé, qui ont, selon les expressions de M. Bergson, pris « l’appareil logique de la science pour la science même « . C’est ce qui aurait dû arriver à tout autre qu’à Pascal ; cela est arrivé cependant à Pascal. Lui dont l’œuvre est la plus propre qui soit à faire éclater la suprématie de l’esprit de finesse en géométrie, on a la surprise de le voir, dans les Réflexions de L’esprit géométrique, revenir à l’idéal logique qu’il avait tant contribué à discréditer, et décrire comme « une véritable méthode » celle qui « consisterait à définir tous les termes et à prouver toutes les propositions » [10], quitte à se faire de la contradiction qui est inhérente à une pareille conception de la méthode un argument contre la science et contre l’humanité…..

……6. Pour l’analyse du progrès de la conscience occidentale, il est donc essentiel que nous prenions en considération la diversité des plans que cette conscience est appelée à parcourir. Mais nous ne dissimulons pas les difficultés d’une semblable entreprise. C’était déjà une chose assez délicate que de chercher à saisir dans leur connexion réciproque, d’une part, l’œuvre des mathématiciens ou des physiciens, d’autre part la philosophie qui pouvait paraître ou l’avoir inspirée ou en fournir l’interprétation : à chaque étape du progrès scientifique, un système se détache qui prétend en fixer le moment, comme si l’humanité avait jamais atteint le terme définitif de son évolution ; et par là se constitue une succession d’images doctrinales qui se prêtent à tous les raccourcis, à toutes les controverses, et qui se substituent dans la mémoire des siècles au travail complexe de l’esprit scientifique. Du moins, les résultats positifs du savoir se dessinent en traits assez nets et assez précis pour permettre le redressement objectif de l’histoire : d’elle-même la séparation semble s’opérer entre ce qui s’est évaporé par l’action du temps et ce qui demeure au fond du creuset.

Dans le domaine moral ou religieux, les idées du passé agissent tout autrement : non seulement les institutions pédagogiques et les contraintes sociales leur communiquent une force d’inertie, qu’il serait malaisé d’exagérer ; mais encore la manière dont ces idées ont été dans la suite des siècles infléchies et altérées pour le service de telle cause politique, de tel intérêt religieux, n’est nullement indifférente à leur efficacité ; on peut dire qu’elle est devenue partie intégrante de leur efficacité. Par contre, à mesure que la vérité historique est reconstituée avec plus d’exactitude, on s’aperçoit qu’elle s’éloigne davantage de la représentation traditionnelle qui a servi de base, ou de prétexte, à l’acharnement des polémiques comme à la faveur des enthousiasmes. De là cette conséquence singulière : le rétablissement de la vérité historique ne fournit pas la clé qui permettrait d’interpréter la réalité de l’histoire effective, pas plus que la découverte des sources du Nil n’explique les mythes de l’ancienne Égypte sur les origines du fleuve sacré. Le rapport de ce que M. H. Maier appelle l’Évangile socratique à la personnalité de Socrate, ou de l’Écriture sainte à la personnalité de Jésus, n’est pas, pris en soi, ce qui a décidé du cours de la réflexion hellénique ou de la piété chrétienne. Supposez démontré, comme le veut M. Joël, que les Mémorables de Xénophon soient une misérable rapsodie, dont les éléments sont empruntés à Antisthène et à Platon, ou que, suivant l’ordre adopté par M. Loisy dans sa traduction des livres du Nouveau Testament, les lettres de l’apôtre Paul précèdent la rédaction des Synoptiques, force n’en serait pas moins de se référer à l’erreur commune pour définir le phénomène historique du socratisme ou du christianisme. La réfraction qui ne cesse, à travers les siècles, de faire dévier les rayons de la pensée morale ou religieuse sera quelque chose d’aussi important à considérer, parfois de plus important, que leur direction originelle, et cela ne laisse pas de compliquer les données de notre problème. »