Archives pour la catégorie Platon

Dany Robert Dufour : « La situation désespérée du présent me remplit d’espoir »

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/26/dany-robert-dufour-la-situation-desesperee-du-present-me-remplit-despoir/

Gus Van Sant : « Last days » (2005): magnifique et bouleversant!

Henosophia TOPOSOPHIA μαθεσις uni√ersalis τοποσοφια MATHESIS οντοποσοφια ενοσοφια

J’ai vu hier soir sur Arte ce film qui retrace les derniers jours de Kurt Cobain avant son suicide en 1994, ou tout au moins ces derniers jours tels que Gus Van Sant les imagine, il vivait lu…

Source : Gus Van Sant : « Last days » (2005): magnifique et bouleversant!

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Un blog grec consacré aux mathématiques de Badiou

La plupart des articles de ce blog sympathique d’un(e) ami(e) grec(que) inconnu(e) sont en grec moderne (ce qui est bien normal, mais dépasse hélas mes possibilités très limitées d’ancien helléniste au lycée Janson de Sailly) mais il y en a certains en anglais comme par exemple celui ci , de surcroît sur le thème crucial du « forcing » de Paul Cohen dans « L’être et l’événement  »

http://badioumathematics.blogspot.fr/2012/10/forcing-in-being-and-event.html
ou bien celui ci sur les principaux symboles de la théorie des ensembles et des probabilités:

http://badioumathematics.blogspot.fr/2011/01/blog-post_3454.html

Ou bien encore celui ci sur la théorie des faisceaux ( qui jour le rôle que l’on sait dans « Logiques des mondes ») en relation avec la pensée de Deleuze, Laruelle et Badiou:

http://badioumathematics.blogspot.fr/2013/09/laruelle-deleuze-badiou-sheaf-theory.html
  

« Our mathematical universe » de Max Tegmark : un platonisme-pythagorisme extrême ?

Le livre « Our mathematical universe » de Max Tegmark (qui est physicien, professeur au M I T ) a été traduit en français, Ed  » quai des sciences » sous le titre « Notre univers mathématique  : en quête de la nature ultime du réel » on peut l’acheter en format Kindle sur Amazon et commencer à le lire tout de suite pour 18 euros, mais l’article qui en est le noyau est sur Arxiv en anglais:

http://arxiv.org/pdf/0704.0646v2.pdf

À vrai dire il semble plus prudent de parler d’hypothèse comme Max Tegmark en page  1 de l’article ou comme Etre page Wikipedia :

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Mathematical_universe_hypothesis

« Mathematical universe hypothesis » (MUH)

Il y a aussi ce qui semble être des transparents pour un cours:

http://www.insightcruises.com/pdf/sa09_slides/mathematical_universe.pdf

L’hypothèse MUH est que l’Univers qui nous apparaît  comme un espace immense contenant les galaxies et où nous vivons d’une existence temporelle sur une planète située dans une de ces galaxies ( la Voie lactée) ,  EST une structure mathématique (inconnue) , ce qui permet de comprendre la « déraisonnable efficacité » des mathématiques dans les sciences de la Nature qui semble à Wigner relever du mystère . On peut aussi évoquer la thèse d’Alain Badiou dans « L’être  et l’événement » selon laquelle les mathématiques sont ce que la philosophie appelle depuis Aristote : ontologie..

Cependant Badiou dit que la mathématique est la science de l’Etre en tant qu’être, pas que l’être ( qui n’est d’ailleurs pas l’Univers) est une structure mathématique. De. même  la physique cherche et parvient à expliquer certains phénomènes au moyen de la formalisation mathématique, mais peu des scientifiques ou de philosophes vont jusqu’à identifier ces phénomènes avec des structures mathématiques .

Résumons sommairement l’architecture  de l’article  » A mathematical universe » d’où émane le livre « Notre univers mathématique » qui est cependant bien plus étendu  et assez difficile à pénétrer pour le non-spécialiste, étant surtout consacré (selon des commentaires de lecteurs sur Amazon ) outre des anecdotes personnelles aux tentatives d’unification de la relativité et de la physique quantique, ainsi qu’à la théorie des Univers multiples, envisagée par Tegmark selon quatre niveaux (tiens! Comme dans la kabbale, avec les mondes d’Assiah, de Yetsirah, de Beriah et d’Atsiluth) . Je n’ai pas encore lu le livre, l’ayant acheté il y a deux jours en format Kindle aussi me limiterai je ici à l’article sur Arxiv.

Max Tegmark part de deux hypothèses dont il étudie les implications et imbrications : ERH (external reality hypothesis) qui n’est pas approuvée par tous les physiciens : « il existe une réalité physique extérieure qui est totalement indépendante de nous autres humains » et MUH ( mathematical universe hypothesis) qui affirme :  » cette réalité extérieure, ou qui du moins nous apparaît comme telle à nous autres humains, est en fait une structure mathématique , inconnue à ce jour ».

ERH est selon l’auteur rejetée par les « solipcistes métaphysiques », ces  » fous enfermés dans un blockhaus imprenable  » selon lesquels l’apparence que prend le monde est créée par notre esprit (notre cerveau ?) à nous autres humains qui sommes « de l’étoffe dont sont faits les songes » (Shakespeare, cité par Humphrey Bogart à la fin du « Faucon Maltais » de John Huston) et rejetée aussi par les partisans de l’interprétation de Copenhague de la physique quantique, pour lesquels l’acte humain de la mesure déterminé les résultats (pas d’indépendance de la réalité donc):

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Copenhagen_interpretation

Les théories de la physique obtiennent certes des succès spectaculaires, mais concernant un domaine limité de la Réalité, l’exemple le plus probant  étant la théorie de la Relativité générale, dont les prévisions se sont toujours révélées justes à un ordre de précision souvent inimaginable, et sont confirmées chaque jour dans pas mal d’applications comme le GPS. Mais cette théorie ne concerne que les aspects macrocosmiques de l’univers, à des échelles très grandes, par contre aux échelles microcosmiques, très petites, c’est à dire historiquement de l’ordre de l’atome de Bohr considéré comme un système solaire miniature, et infra, c’est la physique quantique qui est la théorie explicative :

http://ac.els-cdn.com/S0315086002000289/1-s2.0-S0315086002000289-main.pdf?_tid=097528ce-de33-11e5-a72e-00000aab0f6b&acdnat=1456674828_9982112c23bf1ba2529b09fe6a75980b

mais ses conclusions, qui font intervenir des « fonctions d’ondes » conduisant à des interprétations probabilistes, sont très éloignées de l’intuition quotidienne ( d’ordre macrocosmique ) et difficiles à interpréter en termes de cette intuition (c’est à dire : en termes du « plan vital ») . « Si vous avez compris quelque chose à la mécanique quantique, c’est que vous n’avez rien compris à la mécanique quantique » dit Richard Feynman.

Comme le dit plaisamment Tegmark, le Saint Graal que poursuit la physique est la « théorie de Tout » ( TOE= »theory of everything ») qui réclame que l’on unisse relativité générale et physique quantique pour parvenir à une explication complète de la réalité, mais les différentes tentatives d’unification proposées ont jusqu’ici échoué, pire que cela: il n’y a pas accord des différents savants pour départager celles qui ont échoué et qu’il faut donc écarter et celles susceptibles de réussir. Ainsi Woit et Smolin considèrent que la théorie des cordes a échoué parce qu’elle est invérifiable, « même pas fausse », mais d’autres continuent de travailler dans le cadre de cette théorie, fascinante parce qu’elle est, comme la Relativité générale, mathématiquement très belle, ainsi un blog comme string coffre table témoigne de la vitalité de cette théorie, malgré ses détracteurs:

https://golem.ph.utexas.edu/string/

Il y a aussi la gravité quantique à boucles, domaine de travail de Smolin, mais Tegmark dit quelque part une chose très juste , que l’on accepte ou non son hypothèse MUH : les candidats doivent être cherchés parmi les théories qui permettent d’embrasser du regard la partie la plus étendue possible, voire la totalité , de la mathématique. C’est pour cette raison que la « physique des topoi » (topos  physics) me semble être le domaine de recherches le plus prometteur, puisque la théorie des  topoi joue un rôle fondationnel de toutes les mathématiques et permet de les unifier, comme le montrent les travaux d’Olivia Caramello.

Tegmark poursuit sa « démonstration » en faisant intervenir la notion de « bagage » (humain, trop humain). Ce sont des mots signifiant des concepts que pour des humains , et encore, des humains ayant une certaine connaissance, au moins vulgarisée , des sciences modernes; par exemple des mots comme « particules, observations »…

Une théorie est composée de ce bagage purement humain et de notations mathématiques. En page 2 ( sur 31 au total) la figure 1 montre un arbre des différentes spécialités scientifiques telles qu’elles dérivent les unes des autres, ainsi par exemple la mécanique statistique suppose connue la mécanique classique. En descendant du haut jusqu’en bas, la part du bagage  des mots purement humains sur le total (bagage + signes mathématiques) augmente.Elle est évidemment beaucoup plus importante en psychologie et en sociologie (en bas de l’arbre) qu’en théorie quantique des champs ( en haut) .La case tout en haut avec juste un point d’interrogation correspond à la TOE (« theory of everything »). Si cette théorie supposée doit être vraiment « totale », une théorie complète de la réalité « objective » impliquée par l’hypothèse ERH ( admise par Tegmark à titre d’essai) , elle doit valoir pour tout être éventuel non humain (intelligence extraterrestre, super ordinateur du futur) et ne doit donc contenir aucun « bagage » humain, seulement des termes mathématiques.Elle est le terme, la limite de cette progression des sciences vers la mathématisation complète dans l’arbre des sciences que montre la figure 1 page 2.De surcroît la science (la physique) se préoccupe d’abord de savoir comment cette réalité fonctionne, plutôt que de savoir ce qu’elle EST (point de vue non ontologique) , privilégiant  les relations plutôt que les objets (substances ) et ce double mouvement  (vers la mathématisation totale et vers une science des relations) aboutit à la théorie des catégories ou une forme structurellement équivalente cf page 2  » a  mathematical structure : abstract entities and relations between them « et le premier résultat important en théorie des catégories, le lemme de Yoneda, a justement pour sens de privilégier les relations en montrant que les substances (objets) se ramènent à la totalité des relations qu’ils ont avec les autres objets , une ontologie des relations que Badiou retrouve chez Deleuze et qu’il refuse..et c’est pour cette raison qu’il choisit de faire prédominer l’ontologie ensembliste sur la théorie des catégories, contre le mouvement réel de la mathématique. Voir:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/le-lemme-de-yoneda-et-la-nature-relationnelle-des-jugements-scientifiques/

L’hypothèse de l’univers mathématique MUH apparaît (voir page 3) comme une conséquence de l’hypothèse de la réalité extérieure ERH (qui implique qu’une théorie de tout TOE doit être « sans aucun bagage humain » ) et de ce fait (cf annexe A) qu’une réalité faisant l’objet d’une description sans bagage humain est précisément une structure mathématique, pouvant être caractérisée dans le formalisme de la théorie des catégories . Un bon candidat est ce qu’on appelle une allégorie:

https://ncatlab.org/nlab/show/allegory

L’article de Max Tegmark contient bien d’autres choses intéressantes, j’y reviendrai peut être lorsque j’aurai lu le livre, que j’ai acheté et téléchargé.. L’hypothèse MUH implique notamment l’irréalité du temps, qui est déjà l’une des conclusions d’Einstein sur le fondement de la Relativité générale, et avant lui de Mac Taggart:

https://philodutemps.wordpress.com/2009/03/11/point-de-depart-de-la-philosophie-du-temps-mctaggart-theorie-a-et-theorie-b/

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/J._M._E._McTaggart

Une autre conséquence est qu’il n’y a pas de hasard, d’aléatoire :  » Dieu ne joue pas aux dés »

Bien évidemment la « déraisonnable efficacité des mathématiques dans les sciences de la Nature » s’explique mieux si la Nature est, plus qu’un « livre écrit en langage mathématique » comme le disait Galilée, une structure mathématique :

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-l-univers-est-il-mathematique-25194.php

Mais aujourd’hui je voudrais plutôt situer cette hypothèse de Max Tegmark ( qui découle certes de l’hypothèse ERH de la réalité extérieure indépendantes et l’esprit  des humains , qui n’est pas admise universellement et que Tegmark admet simplement à titre d’essai, pour voir et qui en sort: eh bien il en sort la thèse MUH) relativement au dualisme défendu ici du plan vital et du plan spirituel de l’idée:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

J’en ai déjà touché un mot ici :

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2016/02/29/quest-ce-que-la-laicite/

pour récuser tout monisme, qu’il soit celui du plan vital (athéisme et matérialisme démocratique occidental ) ou qu’il soit celui de Dieu ou du plan spirituel (Islam) .

Certes le dualisme n’est pas satisfaisant pour la raison, aussi cherchons nous ici sous le nom  » Henosophia » un dépassement de ce dualisme dans un non dualisme analogue à celui que le Vedanta constitue comme « advaita ». Un tel non dualisme évoque ce que le système de Wronski nomme « élément neutre » comme « identité primitive de l’être et du savoir ». Or dans nos tentatives de donner une forme mathématique à la triade des éléments primitifs de Wronski : ES, EN et EE, dans le cadre de la théorie des topoi, nous ne nous sommes pas tenus bien loin des conclusions de Max Tegmark:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/25/la-loi-de-creation-de-wronski-et-la-theorie-des-categories/

En effet nous interprétons l’élément neutre EN comme un foncteur en mathématiques entre deux topoi sur lesquels nous rabattons l’élément savoir ES et l’élément être EE de Wronski , donc en identifiant brutalement des éléments métaphysiques à des structures mathématiques, en nous autorisant de la thèse de Badiou (« l’ontologie est la théorie des ensembles » ) pour identifier EE au topos Ens des ensembles.

« Qu’est ce qu’il y a ? Tout! »  dit il me semble Quine et il dit aussi « être, c’est etre la valeur d’une variable » eh bien quant à nous nous espérons trouver dans le topos des ensembles ce qui pour nous sera le Tout de Quine . 

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Holisme#Holisme_.C3.A9pist.C3.A9mologique

Or ce qu’il y a, c’est, dans ce « tout », des formes d’extériorités comme cette table, cette pierre , cet arbre que nous « plongeons » dans ces abstractions que sont les ensembles comme objets d’un topos et les relations , les morphismes (appelés « morphismes géométriques ») qui les relient. Effectivement nous ne sommes pas très loin de Tegmark.

Cette page est peut être le lieu de l’explication, voire de la conciliation : on a le droit de plonger l’obscurité de l’ordre de la matière et de la vie dans la lumière du Verbe t’elle qu’elle se manifeste dans la mathématique:

https://mathesismessianisme.wordpress.com/la-manifestation-mathematique-du-verbe-2/

Cependant nous n’accepterons pas ce monisme du plan spirituel qu’est MUH,nous  refusons de sortir du dualisme plan vital-plan spirituel selon cette voie de pensée. Reprenons en effet (pages 2 et 3 de l’article sur Arxiv  » À mathematical universe ») la démonstration de MUH à partir de l’hypothèse ERH : la notion de « bagage humain » qui doit céder la place à des termes mathématiques parce que la théorie de Tout  doit pouvoir être comprise par des êtres non humains comme un super-ordinateur. N’en restons nous pas ici au Verbe extérieur λογος προφερικος dont parle Brunschvicg à la suite des Stoïciens , espace logique de l’interlocution, et qui ne doit pas être confondu avec le Verbe intérieur,  λογος ενδιαθετος, qui est celui du « méditatif » Malebranche, revêche à la discussion au contraire de son adversaire Arnaud (et je ne pense pas qu’il eût été moins revêche s’agissant de discuter avec un ordinateur)

Or cette confusion est, Brunschvicg nous en avertit, dangereuse pour la philosophie…

Que le temps soit convaincu d’irréalité, voilà certes une bonne nouvelle, le « renoncement à la mort » qui est le sens profond de la véritable « vie religieuse » n’en sera que plus facile. 

Seulement est ce là suffisant pour cet idéal de la « pureté absolue de l’esprit » qui est l’essence même du sentiment religieux et qui permet d’élever la vie au dessus de la fragilité, au dessus de la mort. Y a t’il un quelconque effort nécessaire pour renoncer à une illusion ?  Il me faut citer ici de nouveau ces lignes extraordinaires de la fin d' »Introduction à la vie de l’esprit » , ne fût ce que pour faire saisir ce qui se joue là :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-introduction-a-la-vie-de-lesprit-extrait/

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/2016/01/24/un-manifeste-pour-lautonomie-introduction-a-la-vie-de-lesprit/

« Une fois que nous avons rempli l’univers de notre esprit, il est incapable de nous rien renvoyer si ce n’est la joie et le progrès de l’esprit. Et dès lors ce que nous avons dit de l’univers il faut le dire aussi de la vie. La vie est bonne, absolument bonne du moment que nous avons su l’élever  au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité, au dessus de la mort. la vraie religion est le renoncement à la mort. elle fait que rien ne passe et que rien ne meurt pour nous, pas même ceux que nous aimons; car de toute chose, de tout être qui apparaît et semble disparaître , elle dégage l’idéal d’unité et de perfection spirituelle et pour toujours elle lui donne un asile dans notre âme. Alors, vivant dans notre idéal et nous en entretenant avec nousmême  nous connaissons le sentiment de sécurité profonde et de repos intime qui est l’essence du sentiment religieux et qui n’est autre que la pureté absolue de l’esprit »

Louis Lavelle : règles de la vie quotidienne 

Nouveau texte de ce philosophe contemporain de Brunschvicg, et qui l’admirait beaucoup, (il avait suivi ses cours, car il était un peu plus jeune, de 14 ans) cela donne un livre paru chez Arfuyen:

http://www.arfuyen.fr/regles-de-la-vie-quotidienne.html

On le dépeint souvent , lui et son œuvre comme le continuateur de Malebranche et il existe un ouvrage de lui difficile à se procurer et impossible à trouver sur le web : « Bérulle et Malebranche »:

https://books.google.fr/books/about/Bérulle_et_Malebranche.html?id=FJ53tgAACAAJ&redir_esc=y

Mais, puisque nous célébrons le 100eme anniversaire de Verdun, mentionnons les « Carnets de guerre » : 

http://classiques.uqac.ca/classiques/lavelle_louis/carnets_de_guerre_1915_18/carnets_intro.html

Lavelle est  réformé , mais quoique  jeune marié et jeune père, voulut rejoindre les combattants et partager leur sort. Après la Somme, il combat depuis le terrible début (le déluge de feu du 21 février 1916) à Verdun où il est fait prisonnier en Mars 1916. Il décrit ainsi la vie en captivité:

« Cette solitude où tout m’était refusé, où chacun ne pouvait compter que sur ce qu’il était capable de se donner à lui-même, où le souvenir devenait pour moi la vie réelle, où, loin de m’opprimer de son poids, il ne cessait de s’éclairer et se transfigurer, où il ajoutait sans cesse à l’événement et l’emportait sur lui, où il se purifiait même du regret, où tout camarade rencontré sur mon chemin participant à cette condition de prisonnier, image vive de la condition de l’homme, devenait pour moi le prochain, où le bien matériel le plus dérisoire acquérait une valeur incomparable et le plus humble regard devenait comme un contact intérieur, où l’absence sensible devenait une présence spirituelle, où l’on songeait moins à retrouver l’une qu’à ne point laisser perdre l’autre, où les plus malheureux se consumaient en désirs inutiles, sans cesse en querelle avec le moment présent, où les plus heureux, inconscients même de leur bonheur, avaient aboli le temps, ne faisant plus de distinction entre l’avenir et le passé et, sans jamais quitter l’instant, vivant déjà de leur vie révolue, c’est-à-dire peut-être comme s’ils étaient déjà morts. »
Et ainsi la vie au front (contrairement à Ernst Junger, il a détesté la guerre à cause des destructions qu’elle causait):

« Tant s’en faut qu’il faille se plaindre de la sujétion où nous tient une grande misère comme la guerre et prétendre qu’elle empêche que nous nous livrions à la vie de l’esprit ; au contraire c’est en elle que la vie de l’esprit prend toute sa force et toute son ardeur »

Les extraits des « règles de la vie quotidienne » donnés ici par Arfuyen:

http://www.arfuyen.fr/lavelle.html

contiennent  d’autres petits joyaux :
« Le seul moyen d’être fort c’est de ne jamais subordonner ce que l’on est, c’est-à-dire ce que l’on pense, ce que l’on dit ou ce que l’on fait, à une préoccupation particulière ou à une fin temporelle. C’est à elles de me suivre et non pas à moi de les suivre. »

« Ne jamais s’appliquer à des problèmes posés du dehors et par autrui, mais toujours à des problèmes posés du dedans et par nous-même » ( critique des mathématiques ? Mais il est vrai que Grothendieck a commencé sa carrière et meme ses études  en trouvant la solution de problèmes qu’il avait posés lui même, et ainsi étonné à la fin des années 40 des  professionnels comme Schwartz )

«  Ne jamais parler de soi, ne jamais penser à soi. Cela divertit et affaiblit. Toute pensée, toute action doit être orientée vers un objet et avoir cet objet pour fin.

 Tenter toujours de demeurer planté au sommet de soi-même, là où sont nos pensées les plus hautes et nos intentions les plus pures.

Ne s’appliquer jamais qu’à de grandes choses, ou aux petites en fonction des grandes, et jamais pour elles-mêmes. Et les grandes sont celles qui intéressent ma vie tout entière et contribuent à déterminer le sens de ma destinée.

 Il faut que l’esprit soit toujours en éveil, qu’il ne se laisse ni endormir par la paresse ou par la mémoire, ni divertir par la crainte ou par le désir, qu’il ne laisse jamais s’introduire en lui aucun intervalle qui le sépare de lui-même, qu’il n’y ait en lui ni formule qu’il répète ni habitude à laquelle il se confie, qu’il ignore également le passé et l’avenir, qu’il soit toujours prêt à écouter et à accueillir tout ce qui s’offre à son attention, soit qu’il sorte de son propre fonds, soit qu’il lui vienne du dehors. »

L’unique méthode de Spinoza (et de Brunschvicg, ainsi que Lagneau , Lachelier) est, comme le montre Ludovic Robberechts dans « Essai sur la philosophie réflexive »:  la réflexion. Par contre Lavelle peut être dit proche de Malebranche parce que leur unique méthode pour s’acheminer vers la Sagesse est l’attention.
  



#BrunschvicgProgres homo faber  et homo sapiens

Pour la paléo anthropologie moderne, nous sommes tous, nous tous qui vivons actuellement , des homo  sapiens : il s’agit d’une espèce appartenant au genre homo, la seule qui soit encore en vie actuellement apres l’extinction des deux dernière autres espèces humaines: l’homme de Florès ( d’après le nom de l’île de Florès ou a été découvert un squelette de cette espèce)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Homme_de_Florès

et l’homme de Néanderthal qui a cohabité avec homo sapiens en Europe jusqu’à son extinction en -28000 à peu près (ou -40000 selon certains):

http://www.lefigaro.fr/sciences/2012/10/29/01008-20121029ARTFIG00540-homo-sapiens-et-neandertal-ont-coexiste.php

Il semble même qu’il y ait eu des métissages entre les deux espèces…

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Homo_sapiens

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Homme_de_Néandertal

En raison de ce métissage 1% à 4% du génôme des humains actuels non africains remonterait aux Néanderthaliens:

http://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/20100506.OBS3562/il-y-a-un-peu-de-neandertal-en-nous.html

Léon Brunschvicg utilise le terme « homo sapiens » d’une manière très différente, dans les premières pages d’introduction du « Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale »:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html

C’est en Grèce antique , parmi les Pythagoriciens, que seraient apparu les premiers homo sapiens:

« C’est au pythagorisme surtout que l’hellénisme a dû la création de la méthodologie mathématique, c’est-à-dire l’apparition de l’homo sapiens, entendu, non au sens ordinaire de l’anthropologie par opposition à l’animal, mais dans sa pleine acception qui l’oppose à l’homo faber des sociétés orientales : « Dans tous les domaines de connaissance, dit Gaston Milhaud, les peuples de l’Orient et de l’Égypte avaient transmis aux Grecs un nombre considérable de données, de règles, de procédés utiles à la vie de tous les jours. Les Grecs… voulurent comprendre la raison de ce qui leur était donné comme un ensemble de procédés empiriques… Les propositions mathématiques que sut formuler la science grecque vinrent merveilleusement prouver que l’esprit, en se repliant sur lui-même, et en s’exerçant sur les données qui lui sont apportées du dehors, est capable de créer un ordre nouveau de connaissances, se distinguant par sa précision et par son intelligibilité, par sa rigueur et par son évidence.

Louis Weber, commentant les remarques de Gaston Milhaud, ajoute : « Cette étape de la civilisation est un moment décisif dans l’histoire du progrès. Sans parler des peuples sauvages, derniers vestiges de l’enfance de l’humanité, qui végètent encore sous nos yeux, on ne connaît pas de sociétés, en dehors du monde hellène, qui l’aient spontanément franchie, au moyen des seules ressources de leur génie propre… Mais la curiosité scientifique et la discipline corrélative n’ont pas fait, pendant l’antiquité, d’adeptes en dehors du monde grec, qui est ainsi resté séparé des barbares par des différences intellectuelles beaucoup plus profondes que des accidents de religion, de coutume et de mœurs « 
Homo Faber peut aussi être vu comme pouvant muter en « homo credulus », homme religieux et dévôt : il s’oppose à homo sapiens lors du schisme des pythagoriciens entre les premiers mathématiciens attachés à l’universalité de la Raison vérifiable dans les démonstrations et les « acousmatiques » qui sont plutôt tournés (avec une passion aveugle) vers « l’élément sacramentel et mystérieux de la Révélation » :

« Il est à  remarquer que le conflit des tendances n’est pas resté à l’état latent : il y a eu, sans doute vers la fin du Ve siècle, un schisme dans la Société pythagoricienne, et qui a mis aux prises Mathématiciens et Acousmatiques. Ceux-ci (et les expressions dont se sert M. Robin sont tout à fait significatives), « pour conserver à l’Ordre une vie spirituelle, parallèle à celle de l’Orphisme et capable de la même force d’expansion ou de résistance, s’attachèrent avec une passion aveugle à l’élément sacramentel et mystérieux de la révélation, à des rites et à des formules : les Acousmatiques ont voulu être des croyants et des dévots. Les autres, sans abandonner formellement le credo des premiers, en jugèrent l’horizon trop étroit : ils voulurent être, et eux aussi pour le salut spirituel de leur Ordre, des hommes de science. Mais cela n’était possible qu’à la condition de renoncer à l’obligation du secret mystique et de justifier rationnellement des propositions doctrinales. Aux yeux des dévots, ces savants étaient donc des hérétiques. Mais ce sont eux, hommes de la seconde génération pythagorique, qui ont transformé en une école de philosophie l’association religieuse originaire. C’est pourtant celle-ci, réduite à ses rites et à ses dogmes, qui a survécu jusqu’au réveil néo-pythagoricien. » « 

C’est lors de ce conflit qu homo Faber s’est transformé en homo credulus et a ainsi vaincu homo sapiens son vainqueur:

« 3. Il y a plus : si on laisse de côté ces barbares qui, après avoir asservi la Grande-Grèce et tué Archimède, ont jusqu’à la Renaissance régné sur le monde méditerranéen , il reste qu’à l’intérieur du monde hellénique, et en commençant par l’école de Pythagore, la lumière de la sagesse n’a été qu’une apparition fugitive. C’est qu’en effet l’opposition entre le savoir-faire empirique et la réflexion sur les principes et les méthodes ne correspond qu’à l’aspect de la question le plus abstrait et le plus spéculatif : « L’homo faber, remarque M. Thibaudet, a pu être défini aussi un animal religieux . » C’est-à-dire que l’homo sapiens a eu à se confronter, non seulement avec l’homo faber, mais encore avec l’homo credulus. L’antithèse n’est plus, de ce point de vue, celle de la technique et de la science ; c’est celle du langage et de la pensée : « Le langage est un instrument, un outil. C’est l’outil de la technique sociale, de même que le coup de poing, la massue, la flèche, sont des outils de la technique matérielle. Mais avec cet instrument nouveau s’introduit une perception de la causalité qui, pour l’homme inculte, n’a rien de commun avec la causalité mécanique. Le geste et la parole sont des agents dont l’efficacité se traduit par son seul résultat, sans véhicule sensible… Le pouvoir magique des noms se trouve dans mainte religion, et les terribles châtiments qu’encouraient, il n’y a pas bien longtemps encore, les blasphémateurs sont une preuve, entre autres, de la survivance des croyances de ce genre, qui ont régné chez tous les peuples.« 

« Ces observations contiennent le secret de l’histoire du pythagorisme. L’homo sapiens, vainqueur de l’homo faber, y est vaincu par l’homo credulus. Grâce aux démonstrations irréprochables de l’arithmétique pythagoricienne, l’humanité a compris qu’elle possédait la capacité de se certifier à elle-même, non pas des vérités qui seraient relatives au caractère de la race ou du climat, subordonnées au crédit des magiciens ou des prêtres, à l’autorité des chefs politiques ou des pédagogues, mais la vérité, nécessairement et universellement vraie. Elle s’est donnée alors à elle-même la promesse d’une rénovation totale dans l’ordre des valeurs morales et religieuses. Or, soit que l’homo sapiens du pythagorisme ait trop présumé de sa force naissante, dans la lutte contre le respect superstitieux du passé, soit qu’il n’ait même pas réussi à engager le combat, on ne saurait douter que le succès de l’arithmétique positive ait, en fin de compte, servi d’argument pour consolider, pour revivifier, à l’aide d’analogies mystérieuses et fantaisistes, les propriétés surnaturelles que l’imagination primitive associe aux combinaisons numériques. La raison, impatiente de déployer en pleine lumière sa vertu intrinsèque et son efficacité, s’est heurtée à ce qui apparaît du dehors comme la révélation d’une Parole Sacrée, témoin « le fameux serment des Pythagoriciens : « Non, je le jure par Celui qui a révélé à notre âme la tétractys (c’est-à-dire le schème décadique formé par la série des quatre premiers nombres) qui a en elle la source et la racine de l’éternelle nature… » Le caractère mystique du Pythagorisme (ajoute M. Robin) se révèle encore par d’autres indices : c’est caché par un rideau, que le Maître parle aux novices, et le fameux : Il l’a dit (αὐτὸς ἔφα) ne signifie pas seulement que sa parole doit être aveuglément crue, mais aussi que son nom sacré ne doit pas être profané »
« 
Cette promesse d’une « rénovation totale dans l’ordre des valeurs morales et religieuses » (que l’humanité s’est donnée à elle même) a été tenue près de vingt siècles plus tard avec l’apparition de la science et de la philosophie modernes chez Descartes et Galilée :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

« Le fait décisif de l’histoire, ce serait donc, à nos yeux, le déplacement dans l’axe de la vie religieuse au XVIIe siècle, lorsque la physique mathématique, susceptible d’une vérification sans cesse plus scrupuleuse et plus heureuse, a remplacé une physique métaphysique qui était un tissu de dissertations abstraites et chimériques autour des croyances primitives.L’intelligence du spirituel à laquelle la discipline probe et stricte de l’analyse élève la philosophie, ne permet plus, désormais, l’imagination du surnaturel qui soutenait les dogmes formulés à partir d’un réalisme de la matière ou de la vie. L’hypothèse d’une transcendance spirituelle est manifestement contradictoire dans les termes ; le Dieu des êtres raisonnables ne saurait être, quelque part au delà de l’espace terrestre ou visible, quelque chose qui se représente par analogie avec l’artisan humain ou le père de famille. Étranger à toute forme d’extériorité, c’est dans la conscience seulement qu’il se découvre comme la racine des valeurs que toutes les consciences reconnaissent également. « 

Nous appelons ici ce « déplacement » , de façon quelque peu « extrémiste » et militaire (mais Descartes était un soldat, au propre et au figuré, comme Wronski son successeur d’ailleurs) une ligne de partage ou de démarcation des temps:

https://renatuscartesiusmathesisuniversalis.wordpress.com/descartes-la-ligne-de-demarcation-des-temps/
Cette ligne est le dernier mur, non pas entre « races » ou « espèces » (bien qu’on ne trouve pas d’analogue de Descartes chez les Néanderthaliens) , mais entre formes d’orientations spirituelles des consciences ( je récuse  absolument le  bien-fondé du concept des « races de l’esprit  » de Julius Evola car il témoigne d’une confusion entre les deux plans, vital et spirituel), mur qui ne sera pas détruit parce qu’il passe à l’intérieur de la conscience.
Or on sait que tout mur chagrine nos « belles âmes » modernes et progressistes :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/02/19/trepalium-sur-arte-une-enorme-foutaise/

Y compris celle du Pape qui déclare que l’obsession de construire des murs n’est pas chrétienne. Aussi notre époque à t’elle bâti à partir d’observations scientifiques indéniables une nouvelle façon d’unifier l’humanité et d’abattre les murs et les vilaines frontières :  » nous sommes tous des Africains » puisque nos ancêtres en tant qu’hommes modernes sont sortis d’Afrique il y a 80 000 ans (et les Néanderthaliens aussi mais il y a bien plus longtemps encore:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Origine_africaine_de_l%27homme_moderne

http://www.larecherche.fr/savoirs/paleoanthropologie/premiers-hommes-hors-afrique-01-10-2000-88175

Bien sûr des « hommes de mauvaise volonté » sans doutes mûs par des motivations un peu racistes refusent de monter dans le train de l’origine africaine unique, du berceau africain , osant même s’attaquer, les affreux pervers, à la gentille  » Ève africaine » qui pourtant ne demande pas grand chose, juste un peu d’amour:

http://bernardlugan.blogspot.fr/2011/06/lafrique-nest-plus-le-seul-berceau-de.html

Tout ceci me désole, j’en ai les larmes aux yeux…

Mais comme on dit: « les chiens aboient, la caravane passe« 

Aussi me garderai je bien d’aboyer pour l’empêcher de passer!

Non, mon propos ici est tout autre … Je voudrais souligner cette évidence que les thèses de Brunschvicg sont aux théories, paléo-anthropologiques, sur le berceau africain des différentes espèces du genre Homo, comme se situe ce que nous avons appelé ici, en nous inspirant d’ailleurs de Brunschvicg, le « plan spirituel » (qui tourne autour des idées et des formes « culturelles ») relativement au « plan vital » ( des générations successives) 

Or pourquoi aurais je quelque chose en commun avec l’Afrique par ce que mes ancêtres en sont sortis il y a très longtemps ?

Ce que je trouve si intéressant dans les pensées de Brunschvicg, c’est que si je suis assis ici et maintenant  à m’exercer aux mathématiques il me fait connaître la condition de possibilité pour que je puisse me livrer à ces études , condition qui se situe dans ce schisme, ce conflit chez les Pythagoriciens entre les (premiers) « mathématiciens » et les « acousmatiques » surtout si je lis aussi que ces derniers peuvent être considérés comme des croyants et des dévôts, et qu’alors que je m’exerce aux mathématiques sur mon bureau l’un ou l’une de mes proches fait sa prière dans la pièce à côté . J’ai quelque chose à lui répondre s’il ou elle me reproche de consacrer mon temps à de vaines spéculations de « mécréants vaniteux » ..surtout si croyant m’influencer et me « faire un salutaire rappel » il ou elle me présente tel lien sur les « ultimate mathematics »:

http://journal_of_submission.homestead.com/files/Ultimath.pdf

Car je connais maintenant l’origine de ces balivernes ..chez les acousmatiques.

Une nouvelle façon d’expérimenter l’éternel présent de la vie de l’esprit:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/la-vie-de-lesprit-et-le-present-eternel/

Pas besoin des mathématiques pour cela…car je suis aussi le contemporain , dans l’éternel présent de la vie de l’Esprit, des anonymes qui ont créé les fresques de Lascaux

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Grotte_de_Lascaux

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Evangile de Jean 9-1,41: la parabole de la guérison de l’aveugle-né

Le texte de ce passage de l’évangile de Jean est ici:

http://www.universdelabible.net/lire-la-segond-21-en-ligne/jean/9.1-41/

Martin Scorsese place le verset 24 de ce texte en ouverture de son film « Raging bull » , sur la vie et la carrière du boxeur Jake LaMotta :

« Les pharisiens appelèrent une seconde fois l’homme qui avait été aveugle et lui dirent: «Rends gloire à Dieu! Nous savons que cet homme est un pécheur.» 25 Il répondit: «S’il est un pécheur, je n’en sais rien. Je sais une chose: c’est que j’étais aveugle et maintenant je vois.» »

Je vais ici tenter d’interpréter ces lignes à la lumière du schéma plan vital-plan spirituel que j’ai pu tirer de ma lecture méditante de « Raison et religion » de Léon Brunschvicg:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-raison-et-religion/

Commençons par remarquer deux emplois très différents du verbe « savoir » dans ce verset 24:
Les pharisiens disent « nous savons que cet homme est un pécheur »
Et celui qui avait été aveugle dit  » tout ce que je sais, moi, c’est que j’étais aveugle, et maintenant je vois »
Dans le cas de l’ancien aveugle seulement, il s’agit d’un véritable savoir, d’une certitude absolue, comme chez Descartes ou Husserl : personne ne peut lui démontrer qu’il se trompe, car il s’agit d’un savoir immédiat, et non médiat, comme le savoir résultant d’une démonstration: il le sait bien, lui, qu’il était aveugle et que maintenant il voit..
Dans le cas des pharisiens il ne s’agit pas d’un savoir mais d’une croyance, résultant de leur idéologie dite « religieuse  » ( en fait politique et influencée par le plan vital) . Ils ne savent pas qui est Jésus ni d’où il vient, et d’ailleurs ils en conviennent eux mêmes au verset 29:

« Nous savons que Dieu a parlé à Moïse, mais celui-ci, nous ne savons pas d’où il est.» 30 Cet homme leur répondit: «Voilà qui est étonnant: vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux! »
Là encore cependant ils confondent savoir et « croyance par ouî-dire , « ex auditu »: ils « savent  » que Dieu a parlé à Moïse parce qu’ils ont entendu leurs enseignants de la Torah le dire, parce qu’eux mêmes l’avaient appris de la bouche de ceux qui leur avaient enseigné…là encore il s’agit d’un savoir médiat, transmis, qui est par essence douteux, non certain, car il peut y avoir des erreurs lors de la transmission.. J’ai dit plus haut que le savoir résultant d’une démonstration était médiat aussi, donnant ainsi les verges pour me battre, car le savoir scientifique, mathématique, résulte de démonstrations, il est donc aussi douteux, et à un statut de croyance, non de savoir.. Mais qui ne voit ici que les démonstrations mathématiques, ces « yeux de l’âme » disait Spinoza, sont universellement admises par tout humain possédant la Raison, alors que les dogmes religieux sont de portée ethnique seulement : seul un juif, et peut être un chrétien, admettra que l’enseignant qui lui dit que Dieu a parlé à Moïse dit vrai, un hindouiste éclatera de rire, ainsi que sans doute un musulman , et un « rationaliste » demandera comment il peut se faire que Dieu parle à un humain, lui qui avait dit aussi dans la Torah : » tu ne peux me voir face à face et continuer à vivre ». Remarquons aussi que le cogito cartésien est absolument certain, bien qu’il résulte de la médiation d’un raisonnement mais qui n’est pas une inférence logique : supposons que je sois trompé en tout par un « malin génie » , un « Dieu infiniment trompeur » ( c’est à dire supposons que Dieu ne soit pas Dieu dirait Brunschvicg ou Spinoza) encore faut il que je sois pour pouvoir être trompé et donc je suis, de manière absolument certaine, puisque je me suis placé dans le cas le plus défavorable pour atteindre cette certitude d’être, le cas d’un Dieu absolument trompeur or je l’atteins quand même, meme dans ce cas là…
Mais revenons à la nouvelle interprétation promise de la parabole de l’aveugle-né. Nous sommes tous cet aveugle et l’interprétation que je propose est qu’il ne s’agit pas d’un aveugle aux choses et au plan vital où monde, mais au plan des idées . Or tant que nous n’avons pas entrepris une ascèse philosophique de type idéaliste-brunschvicgien nous sommes tous aveugles au plan des idées en ce sens que nous croyons que les choses, les étants qui existent et sont là dans le monde sont plus réelles que les idées qui nous viennent, croyons nous, des choses et à propos des choses. Or la science vient encore une fois d’apporter une éclatante réfutation de cette « croyance » réaliste avec la formidable confirmation par la découverte des « ondes gravitationnelles  » du fait qu’Einstein avait raison il y a un siècle, en affirmant l’existence empirique de ces ondes à partir des équations du champ de la théorie de la Relativité générale qui est purement mathématique ,donc appartenant purement au « plan spirituel des idées » :

https://www.ligo.caltech.edu/news/ligo20160211

http://www.sciencemag.org/news/2016/02/gravitational-waves-einstein-s-ripples-spacetime-spotted-first-time

La théorie (plan des idées) prédomine sur l’expérience dans le monde (sur le plan vital) puisûelle décide (elle et non pas l’individu réduit à une psyché Albert Einstein , pour admirable que soit cet individu, ou si l’on veut l’unique Sujet, qui est l’Esprit, qui a permis que l’individu mortel Einstein puisse inventer en 1915 la théorie de la Relativité générale) puisqu’un siècle avant que l’expérience soit réalisée en 2015, elle décide (et non pas prévoit) du résultat de l’expérience de manière purement mathématique, en 1915. C’est donc l’idéalisme philosophique platonicien et kantien qui est la vérité, et le plan des idées prédomine (est plus réel que) sur le « monde » qui est « tout ce qui a lieu » (Wittgenstein) c’est à dire sur ce que nous appelons ici « plan vital » , ordre de la matière et de la vie.
Il s’est passé la même chose pour le positron (antimatière) qui a été observé plusieurs années après que la théorie de Dirac ait affirmé son existence
Dieu est la pensée mathématique, ou comme dit Platon:

https://en.m.wikipedia.org/wiki/List_of_Greek_phrases

ἀεὶ ὁ θεὸς ὁ μέγας γεωμετρεῖ τὸ σύμπαν

Aeì ho theòs ho mégas geōmetreî tò sýmpan.

« (Le) grand Dieu applique toujours la géométrie à l’Univers  »

ce qui a donné à Einstein l’impulsion pour établir sa théorie entièrement géométrique de la Relativité générale, dont on ne cesse pas depuis un siecle de trouver des applications. ( dans les GPS notamment) et des vérifications à un ordre de grandeur incroyablement fin…

pensée seule pourvue absolument d’une valeur « vrai ou faux » , or le cogito cartésien ne dit pas que « pour penser il faut être » mais que « pour pouvoir être trompé , c’est à dire pour pouvoir être dans le faux, il faut être » ainsi c’est cette pensée pourvue d’une valeur de vérité (« vrai ou faux ») qui permet à la conscience de s’établir avec une certitude absolue (par le cogito cartésien) sur le plan de l’être ou plan ontologique et pour cela n’importe quelle pensée ( notamment ce que l’on considère aujourd’hui comme pensée, à savoir le sentiment, le ressenti, l’affectif) ne suffit pas ,il y faut la pensée rationnelle, pourvue d’une valeur « vrai ou faux » qui apparaît déjà dans le songe de Descartes en 1619 avec le « est et non ».
Ctte pensée ou si l’on veut l’unique Sujet de cette pensée l’Esprit ou Dieu, le Dieu des philosophes et des Savants « aperçu par la Raison désintéressée » est le « plan spirituel des idées » qui apparaît à la conscience comme un Moi spirituel, qui ne se confond pas avec le Moi vital fini qui lui est la façon d’apparaître du « plan vital » Remarquons d’ailleurs que dans le premier extrait de « Raison et religion » ( chapitre 1) Brunschvicg parle de l’opposition fondamentale entre Moi vital et Moi spirituel ( mais il emploie le terme « plan » à un autre endroit:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

« L’angoisse de disparaitre un jour, qui domine une métaphysique de la vie, est sur un plan; la certitude d’évidence qu’apporte avec elle l’intelligence de l’idée, est sur un autre plan »

La guérison apportée par le Christ, qui n’est autre que l’Unique Sujet, l’Esprit, que nous tous humains avons pour tâche de devenir selon le « manifeste pour l’autonomie »:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/01/24/brunschvicgintroduction-un-manifeste-pour-lautonomie/

en nous identifiant au Logos, Raison universelle des esprits ( dit Malebranche)
Jamais le Dieu des philosophes et des Savants n’ira contre l’autonomie, c’est là sa différence abyssale avec le Dieu idolâtre abrahamique, Dieu de l’heteronomie, pour lequel Finkielkraut éprouve une fascination nostalgique dangereuse, c’est bien d’ailleurs de cela que profitent ses tourmenteurs islamiques, comme certe petite jeune femme musulmane assez jolie (pour une fois que le voile ou le foulard n’était pas là pour cacher cette beauté seulement extérieure d’ailleurs, puisque la gente danois elle est acoquinée avec Houria Bouteldja et autres nazis) qui s’est permis de l’interpeller à  » des paroles et des actes » en intimant de manière grotesque l’ordre de se taire à cet albatros que ses ailes de géant empêchent de répondre comme il faudrait à ce genre d’insulte de la part d’une femme qui aurait l’âge d’être sa fille: en lui « claquant le beignet » comme aurait dit Gabin..

Je citerai deux versets dans la suite qui vont dans le sens de l’interprétation que je propose:

35 à 37 où Jésus dit de lui meme qu’il est le « Fils de l’Homme »:

« Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
36 Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
37 Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »

Fils de l’Homme et non pas « Fils de Dieu » , tout au moins dans la traduction de ce site:

http://www.aelf.org/bible-liturgie/Jn/Evangile+de+Jésus-Christ+selon+saint+Jean/chapitre/9
Et non pas dans le lien que j’ai proposé au début de cet article :

http://www.universdelabible.net/lire-la-segond-21-en-ligne/jean/9.1-41/
où on traduit par « Fils de Dieu »

Le texte grec qui est ici:

http://ba.21.free.fr/ntgf/jean/jean_9_gf.html

Ne permet pas vraiment de départager les deux traductions car on trouve les deux:(N θεοῦ → ἀνθρώπου)

« Σὺ πιστεύεις εἰς τὸν υἱὸν τοῦ θεοῦ; (N θεοῦ → ἀνθρώπου)

de toutes façons Jésus et ses compagnons conversaient sans doute en araméen, pas en grec, et j’ai déjà dit qu’il faut se méfier des mots, et tâcher de remonter de la lettre à l’esprit .. Quelle est donc la différence entre « Fils de l’Homme » et « Fils de Dieu « ?
Jésus est bien Dieu, c’est à dire que selon la terminologie d’André Simha et Léon Brunschvicg dans le « Manifeste pour l’autonomie » ci dessus, il est « devenu l’Esprit », mais c’est en même temps un homme comme tous les autres , né d’une femme mariée qui comme toutes les femmes à fait l’amour avec son mari pour pouvoir enfanter, un homme qui a des frères et des soeurs, qui a comme tous les hommes des amours avec des femmes, bref un homme incarné comme nous tous sur le plan vital avec tous les problèmes afférents. Seulement il peut se produire comme l’observe Brunschvicg que certains humains optent pour un genre d’existence autre que la vie purement animale qui était celle qui leur était destinée sur le « plan vital », vie consistant à survivre en trouvant nourriture, boisson et logement, et à se renouveler en enfantant : c’est là la définition du « plan vital » ordre des générations successives. Certains humains , et il semble que Jésus était de ceux là, vivent pour « devenir l’Esprit » c’est à dire en somme pour enfanter l’Esprit, ou enfanter Dieu, au lieu d’enfanter des enfants de chair (je ne vois d’ailleurs pas pourquoi on ne pourrait pas faire les deux) donc l’Esprit est « Fils de l’Homme » en ce sens là, ce qui veut dire que c’est grâce à l’existence humaine sur le plan vital (qui ne doit donc pas etre méprisé ni détruit ) que l’Esprit peut se manifester, et si Jésus est « devenu l’Esprit » il peut donc se dire « Fils de l’Homme » en tant qu’il est le Christ, Logos universel, »Fils de l’Homme » donc et non pas seulement Jésus, un humain mortel comme tous les autres, fils de son père et de sa mère comme tous les autres humains. Il y a d’ailleurs plusieurs endroits dans les évangiles où il oppose le Jésus mortel au Christ qui est pur Esprit, non mortel car non charnel, se situant sur le plan spirituel et non sur le plan vital, comme par exemple quand il dit à sa mère sur le plan vital : » femme, qu’y a t’il de commun entre toi et moi? » ( là c’est le Christ qui parle, non Jésus le mortel)

Le deuxième verset que je voudrai citer à l’appui de mon interprétation est le 39:

« Puis Jésus dit : Je suis venu dans ce monde pour un jugement, pour que ceux qui ne voient point voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles.

Ici, il faut à mon avis prendre le mot « jugement » dans son sens philosophique : activité intellectuelle du jugement permettant de décider si une thèse est vraie ou fausse, et non pas en son sens mythologique et fabuleux de « jugement dernier » ‘ le Jour où l’Ange sonne de la trompette et où les morts sortent des tombeaux en se mettant en rang pour être jugés .
Dans la philosophie de Léon Brunschvicg le jugement est l’acte fondamental qui est à la racine et au fondement de tout, on poutrrait presque dire que c’est le jugement qui crée le monde, ou plutôt le constitue. En effet il est le résultat de cette pensée pourvue d’une valeur « vrai ou faux » qui comme nous l’avons constaté plus haut prédomine sur le monde des choses, des étants et des faits qui « arrivent « . En dehors d’une pensée qui affirme le jugement suivant comme vrai : « La marquise sortit à 7 heures 12 du numéro 36 Avenue X  » il n’est pas vrai que « la marquise sortit à 7h12 du 36 avenue X  » et donc la marquise n’est pas sortie à 7h12 du 36 avenue X. Ce qui s’est passé ne concerne que les conglomérats de particules élémentaires constituant le corps de la marquise et ses vêtements ainsi que l’immeuble dont elle sort, tout au moins s’il était vrai qu’elle en sorte . Mais comme il se passe quelque chose avec les particules , si jamais la marquise est tuée d’un coup de revolver par un amant jaloux au moment (7h12) où il n’est pas vrai qu’elle sorte du 36 Avenue X, une conscience scientifique remontant jusqu’à ce moment fatidique selon une cascade de jugements s’impliquant les uns les autres (une « longue chaîne de raisons » aurait dit Descartes) pourra toujours faire en sorte, en exerçant un jugement dernier pour le coup qu’il ait été vrai que la marquise est sortie à 7 h 12 du 36 avenue X et que son amant l’ait hélas tuée d’un coup de revolver..

Pourquoi Jésus dit il qu’il est venu pour que les aveugles voient et que ceux qui voient deviennent aveugles ?
Les aveugles sont ceux qui ne voient pas le plan des idées , Jésus leur permet par son enseignement de voir, c’est à dire de comprendre que le monde entier est constitué par ce jugement pour lequel Jésus déclaré qu’il est venu .
Quant à ceux qui voient ce sont ceux qui exercent cette activité du jugement, les scribes, mais ils ne le font pas par l’activité autonome du jugement libre et rationnel, mais au nom de codes sociaux-ethniques-tribaux et prétendûment « religieux » . ils deviennent aveugles, en ce qu’ils comprennent que leur activité de jugement n’a aucun fondement universel’ et aucune valeur de vérité « vrai ou faux » fondée sur un jugement réel, libre, autonome et rationnel. « Jugez » afin de devenir libres » dit Jésus aux premiers, aux aveugles nés , et il leur permet ainsi de voir et de s’orienter dans la pensée et l’existence.
« Ne jugez pas afin de n’être pas jugés » dit il aux autres, à ceux qui voient , mais ne jugent pas de manière autonome, mais pour obéir à des codes fabriqués par des sociétés humaines.
L’heure est venue pour la philosophie…