Archives pour la catégorie poésie

Les avertissements prophétiques

Jérémie 49:16

http://saintebible.com/jeremiah/49-16.htm
« 15Car voici, je te rendrai petit parmi les nations, Méprisé parmi les hommes. 16Ta présomption, l’orgueil de ton coeur t’a égaré, Toi qui habites le creux des rochers, Et qui occupes le sommet des collines. Quand tu placerais ton nid aussi haut que celui de l’aigle, Je t’en précipiterai, dit l’Eternel. « 


Abdias 1:4

http://saintebible.com/obadiah/1-4.htm
« …3L’orgueil de ton coeur t’a égaré, Toi qui habites le creux des rochers, Qui t’assieds sur les hauteurs, Et qui dis en toi-même: Qui me précipitera jusqu’à terre? 4Quand tu placerais ton nid aussi haut que celui de l’aigle, Quand tu le placerais parmi les étoiles, Je t’en précipiterai, dit l’Eternel. 5Si des voleurs, des pillards, viennent de nuit chez toi, Comme te voilà dévasté! Mais enlèvent-ils plus qu’ils ne peuvent? Si des vendangeurs viennent chez toi, Ne laissent-ils rien à grappiller?…… »

Osée 1

http://saintebible.com/lsg/hosea/1.htm

« 1La parole de l’Eternel qui fut adressée à Osée, fils de Beéri, au temps d’Ozias, de Jotham, d’Achaz, d’Ezéchias, rois de Juda, et au temps de Jéroboam, fils de Joas, roi d’Israël. 2La première fois que l’Eternel adressa la parole à Osée, l’Eternel dit à Osée: Va, prends une femme prostituée et des enfants de prostitution; car le pays se prostitue, il abandonne l’Eternel! 3Il alla, et il prit Gomer, fille de Diblaïm. Elle conçut, et lui enfanta un fils.… »


« Elle conçut, et lui enfanta un fils. 4Et l’Eternel lui dit: Appelle-le du nom de Jizreel; car encore un peu de temps, et je châtierai la maison de Jéhu pour le sang versé à Jizreel, je mettrai fin au royaume de la maison d’Israël. 5En ce jour-là, je briserai l’arc d’Israël dans la vallée de Jizreel »


La quête spirituelle (placer son nid aussi haut que celui de l’aigle, parmi les étoiles, pour voir tout d’un regard panoramique, depuis la hauteur du plan spirituel) ne doit jamais provoquer l’infatuation du cœur, sinon l’individualité est vite précipitée du ciel (le plan internel) sur la Terre (le plan vital) . C’est le péché (ou danger) luciférien (se croire au dessus des nécessités propres au plan vital, et mépriser ceux qui y sont encore soumis) . Dans « La montagne magique » le personnage luciférien est Léon Naphta, le juif devenu jésuite… il ne faut jamais se croire arrivé définitivement au bout de la quête, installé sur le plan spirituel comme « à demeure » sinon l’on retombe sur la terre, on redescend l’escalier de manière catastrophique . C’est ce qui arrive au Maître dans le très beau (et si sombre) récit de Philippe Jaccottet : » l’Obscurité »

https://brumes.wordpress.com/2014/03/29/face-a-la-nuit-lobscurite-de-philippe-jaccottet/

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/philippe-jaccottet-lobscurite/
http://www.wikipoemes.com/poemes/philippe-jaccottet/laveu-dans-lobscurite.php
« Les mouvements et les travaux du jour cachent le


jour. 

Que cette nuit s’approche et dévoile donc nos visages. 

Une porte a peut-être été poussée en ces parages, une étendue offerte en silence à notre séjour.


Parle, amour, maintenant. 

Parle, qui n’avais plus


parlé depuis des ans d’inattention ou d’insolence. 

Emprunte à la légère obscurité sa patience et dis ceci, telle une haleine dans les peupliers :


« 

Une douceur ardente en ce lieu me fut accordée, nul ne m’en disjoindra qu’il ne m’arrache aussi la


main, je n’ai pas d’autre guide qui me guide en ce chemin, sa fraîcheur et ses feux brillent tour à tour sur les


haies… »




Mais que reste caché ce qui fait notre compagnie, amour : c’est le plus sombre de la nuit qui est clarté, innommable est la source de nos gestes entêtés, au plus bas de la terre est le vol ombreux de nos vies.


Dis encor, seulement : « 

Cire brûlant sous d’autres


cires, conduis-moi, je te prie, vers cette vitre à l’horizon, pousse avec moi cette légère et coupante cloison, vois comme nous passons sans peiner dans l’obscur


empire… »


Puis rends grâce brûlante à la voisine de la nuit. »


Le péché inverse est le péché ahrimanien : c’est ce qui est appelé « prostitution »  dans le verset 1 d’Osée . Cela consiste à refuser d’envisager le céleste, l’Esprit, et à s’enliser sur la Terre du plan vital.

Dans « La montagne magique » c’est Settembrini , l’homme des Lumières , qui est le personnage ahrimanien. Le héros, Hans Castorp , est tiraillé entre Naphta-Lucifer et Settembrini-Ahriman et doit trouver son « salut » en équilibrant les deux..

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André Suares : navigation

http://www.paradis-des-albatros.fr/?poeme=suares/navigation

Seul absolument seul.
Tous, ils dorment. Je veille. Je suis responsable du navire et de la marche. Je sors de la bourrasque ; j’échappe à la gueule du cataclysme : derrière moi encore, le ciel et la mer se mordent jusqu’aux dents, l’émail vole, et en leur rage le fou haineux, le vent, les excite. Tel j’ai été dans la tempête qu’au plein mol des grands calmes : Seul, irréparablement seul.
À présent, je vais dans le vent. Je me laisse porter, au point mort du cyclone.
Je ne vois que devant moi. Je laisse le brouillard à l’horizon qui ceinture la poupe, et de tous bords les mornes flottes du passé. Mais je sens ma trace battre, comme si la mer était mon flanc : un sillage de temps ! L’éternité est un sillage, et le voyage, et la pensée.

Seul. Absolument seul.
Le cercle du monde est pour moi ce qu’il est : c’est un zéro de nuit, en vain je suis au centre. Il marche avec moi qui crois marcher. Une lueur brûle au contour : le coucher de la lune, ou le premier regard de telle étoile, ou l’aube quand l’éternel devoir la réveille insupportablement.
N’étais-je pas un voyageur comme tous, que j’ai, ici, ce souci de la route et de l’équipage ?
Seul. Absolument seul.

M de Joseph Losey (1951)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/M_(film,_1951)
Remake vingt ans après de « M le maudit » de Fritz Lang. 

Le Champo repasse le film de Losey ( une œuvre relativement peu connue, ce qui est dommage ) et en fin de soirée celui de Fritz Lang.

 Le scénario reste inchangé sauf que l’action se déroule à Los Angeles et non à Berlin. Mais le film de 1951 possède un intérêt propre : mise en scène nerveuse qui en fait un grand film noir, genre où Losey excelle, et l’épisode  de la fin, quand le tueur d’enfants est capturé par la pègre et « jugé » dans un sous-sol par « des escrocs et des assassins » est nettement plus  » fouillé  » et circonstancié que dans le film de Lang.

Il m’a été impossible de voir ce film en streaming sur mon site habituel ou bien de le trouver en accès gratuit, j’ai trouvé ce lien sur un site Russe, mais sur ma tablette cela ne fonctionne pas:

https://my.mail.ru/mail/vm_gluschenko/video/56502/63870.html

La scène de la fin, d’une puissance extraordinaire, est ici, non traduite en français :

Il s’agit du monologue du tueur, de sa « confession » devant cette assemblée de truands et de voyous, mais la différence par rapport au film de Lang est la présence de l’avocat Dan Langley ( excellemment joué par Luther Adler)  devenu alcoolique et esclave du chef du gang ( un peu comme la « compagne » devenue alcoolique du truand psychopathe Edward G Robinson dans « Key Largo », sauf qu’ici le gangster n’est pas du tout psychopathe juste un calculateur froid). L’avocat est incapable de parler sans un verre de whisky que le chef de gang refuse de lui donner, aussi est ce le tueur qui essaye de parler et de son discours embrouillé on comprend qu’il a grandi sous la coupe d’une mère abusive qu’il adorait et qui lui a enseigné que les hommes (le sexe masculin) sont tous par essence mauvais et qu’il doit être constamment « puni et crucifié » parce qu’il est un garçon. Joseph Losey déclare d’ailleurs à propos de son film que  » l’existence de gens tels que M est causée par une société matriarcale et matérialiste »: la société américaine puritaine où il est né et a grandi avant de fuir le Mac carthysme en Angleterre. Vu sous cet angle, on dirait un insupportable film à thèse à la Cayatte, mais il y a plus, beaucoup plus dans cette scène extraordinaire et surtout dans ce qui vient après : l’arrivée de la police coïncidant avec la mort de l’avocat qui enfin se révolte en osant dire leur fait à ces malfrats qu’il identifie aux « parents  » de la société oppressive qui « tue les enfants en tuant tout espoir en eux ». Il meurt, tué d’une balle par le chef de la pègre, mais pour la première fois il n’a plus peur et ce n’est pas l’effet de l’alcool.  Essayons d’expliquer tout cela dans le cadre de notre schéma plan vital-plan spirituel en lequel j’ai reconnu depuis longtemps une clef qui permet de comprendre beaucoup de choses (dont le Coran, ou Faust):

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

 Ce « monde » mauvais et cruel que le tueur met en « accusation » c’est le plan vital et c’est là la « chose très importante » qu’il dit au début du monologue avoir découverte et qu’il veut expliquer à cette assemblée de voleurs et de tueurs entièrement acquise aux prestiges du plan vital, car qu’est d’autre la pègre, la mafia ? Rien d’autre que le règne absolu du plan vital et de sa seule loi: la force et la violence, accompagnée si l’on veut de la rationalité calculatrice ( la ruse) . Le tueur certes répète les leçons haineuses de sa mère tyrannique, mais il est facile de voir qu’il a compris plus : c’est le plan vital qui est mauvais de par sa nature, seulement attention: nous parlons là d’une abstraction car en réalité le plan vital n’est jamais absolument coupé, séparé, du plan spirituel des Idées, aussi doit on garder espoir, contrairement à ces deux malheureux (l’avocat surtout) et reconnaître avec le Brunschvicg de la fin d' »Introduction à la vie de l’esprit » que « La vie est bonne absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité, au dessus de la mort. »  voir :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/20/la-seule-vraie-religion/

Ce qui aurait pu peut être sauver le tueur et l’avocat du désespoir  du meurtre et l’espoir des enfants par une société religieuse en apparence seulement mais entièrement sous la coupe du plan vital des instincts parentaux) ce sont de telles pages, plutôt que celles de la Bible.

Quelle est la signification symbolique profonde de l’existence des enfants, ( c’est à dire des humains qui ne peuvent pas encore se débrouiller tout seuls dans la « jungle » cruelle du plan vital , parce que l’éducation ne leur a pas encore donné entièrement accès au « plan des idées », de la culture et de l’esprit qui seul dans supportable l’existence dans la guerre permanente de tous contre tous qui est  la « nature » du plan vital et qui le sera toujours (c’est en cela que les révolutionnaires et les nobles consciences de gauche comme Losey se trompent, en croyant pouvoir changer et améliorer le plan vital, la seule possibilité pour ne pas « tuer les enfants » , mais encore pour cela faut il être encore vivant, de la vie de l’esprit, et ne pas avoir été tué soi même , est de leur donner la possibilité d’un véritable accès au plan spirituel) 

Les enfants représentent symboliquement dans la conscience collective ( mais c’est hélas une illusion) le plan spirituel, et c’est ce que signifient des mythes comme la naissance ( au monde naturel) de l’enfant comme « sortie de l’âme » hors du « monde divin » où elle était censée se trouver avant la naissance et où les fables (pseudo) »religieuses » nous disent qu’elle retournera « apres » la mort physique (mort au monde naturel’ au « monde d’ici bas » qui est le plan vital). C’est là aussi la signification symbolique des oiseaux dans la poésie universelle: ce sont les « habitants ailés » du ciel, signifiant symboliquement le monde spirituel. C’est bien pour cela que le tueur du film veut libérer aussi les oiseaux (comme les enfants) de la dureté du monde mauvais, du plan vital qui les emprisonne  comme une cage …les libérer en les tuant…

(C’était aussi le cas de Popeye dans « Sanctuaire » de Faulkner seulement il ne se contentait pas de tuer les oiseaux : il les torturait. Le roman de Faulknerne laisse absolument aucune place à la lumière, à l’espoir, on relira cette dernière page atteignant aux sommets du désespoir  où Temple Drake est au jardin d’enfants , puisque j’ai mis  » Sanctuary » en Bibliotheque de l’un de mes blogs:

https://lesharmoniesdelesprit.wordpress.com/william-faulkner-sanctuary/

 aussi ce roman est il plus que ce qu’ en disait Malraux : « une intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier, car les tragédies de Sophocle et d’Euripide issues sans doute dans antiques Mystères laissaient passer quelques rayons de lumière du plan spirituel, mais avec Faulkner et son alcoolisme pathologique pire que celui d’Edgar Allan Poe , on se trouve sans doute  à l’extrémité de la tragédie spirituelle de notre temps et de notre Occident)

J’avais reconnu le sens profond du meurtre de l’Albatros (représentant le Christ, c’est à dire le monde de l’Esprit) dans le merveilleux poème de Coleridge  » Le dit du vieux marin » comme meurtre du Soi spirituel par le vieux marin qui doit expier tout au long des développements étranges du poème ce meurtre de l’Esprit..jusqu’à la fin où il tourne le dos aux noces et à la « Maison du Marié » c’est à dire au plan vital des générations qui se succèdent. Voir cet ancien article:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2015/05/27/brunschvicgraisonreligion-exemple-4-des-opositions-fondamentales-le-dit-du-vieux-marin-de-coleridge/

On voit donc que le film de Losey (pour peu que l’on ait soin d’en effacer les aspects « de gauche » , « film à thèse » dûs à l’histoire personnelle de Losey aux USA) nous mène très loin dans l’univers de la Pensée mais il le fait avec cette merveilleuse puissance d’émotion qui est propre au monde de l’art, de la tragédie grecque notamment  et des ses forces curatives pour la psyché collective qui ont souvent été évoquées.

  
  
  
  

Rilke : une rose seule c’est toutes les roses…et celle ci

J’avais utilisé ces vers pour l’en tête de ce blog, créé il y a longtemps…

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/rainer_maria_rilke/une_rose_seule_c_est_toutes_les_roses.html

« Une rose seule, c’est toutes les roses
et celle-ci : l’irremplaçable,
le parfait, le souple vocable
encadré par le texte des choses.

Comment jamais dire sans elle
ce que furent nos espérances,
et les tendres intermittences
dans la partance continuelle.

Cela fait étrangement à l’universel concret décrit par David Ellerman comme une exemple parfait, une essence, voir l’article précédent:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/08/18/david-ellerman-concrete-universals-in-category-theory/

« Toutes les roses »: cela évoque l’ensemble indéfini de toutes les roses…
« Et celle ci » : qui est « l’irremplaçable, le parfait, le souple vocable »
Autant dire l’Essence, l’Idée de la Rose, or une rose seule est déjà une Idée.
La poésie ne parle JAMAIS des choses, qui sont le texte qui « encadre le Parfait, le souple vocable », texte en prose bien sûr , (p)rose de Rose.
La poésie est ce MIRACLE qui donne accès à l’Idée.
Seulement comme je l’ai dit, la poésie n’est pas démocratique: « some people havé Italie, some people don’t »
La mathesis si!
Un autre poème, sur la rose majestueuse, tiré des « Sonnets à Orphée »:

http://unsognoitaliano.blogspot.fr/2011_08_01_archive.html

« Rose, ô toi la majestueuse, tu n’étais,
aux anciens , qu’un calice avec un simple bord.
Par contre , à nous, tu es l’absolu de la fleur,
son infini, l’objet inépuisable.
 »

Seule l’Idée est l’infini, l’absolu, l’inépuisable de la Rose qui sinon reste prose…

image

Ezra Pound : ce que tu aimes vraiment demeure

Henosophia TOPOSOPHIA μαθεσις uni√ersalis τοποσοφια MATHESIS οντοποσοφια ενοσοφια

http://www.marcelinpleynet.fr/index.php/textes/ezra-pound/

« Ce que tu aimes vraiment demeure,
le reste n’est que cendre
Ce que tu aimes vraiment ne te sera pas arraché
Ce que tu aimes vraiment est ton seul héritage
À qui le monde, à moi, à eux
ou à personne ?
D’abord tu as vu, puis tu as touché
Le Paradis, même dans les corridors de l’Enfer,
Ce que tu aimes vraiment est ton seul héritage,
Ce que tu aimes véritablement ne te sera pas volé.
»

Ces vers bouleversants tirés des Cantos ne peuvent que nous émouvoir jusqu’au fond de l’âme, surtout quand on connaît les malheurs innombrables auxquels Ezra Pound a dû faire face. Ils nous aident à faire façe nous aussi car ce qui est dit ici n’est pas de l’ordre du « wishful thinking » : c’est la vérité.
Ce qui demeure, ce sont les Idées éternelles, qui sont plus fondamentales que les vérités éternelles…

View original post 128 mots de plus

T. S. Eliot : Mercredi des cendres (Ash-Wednesday, 1930)

Le texte anglais est ici:

http://poetryx.com/poetry/poems/748/

ou ici avec un commentaire:

http://thebrokentower.com/2013/02/13/ash-wednesday/

On trouve ici une traduction partielle :

http://www.madbeppo.com/texts/mercredi-des-cendres-ash-wednesday/

la traduction complète par Michel Leyris se trouve dans Scribd, page 160

https://fr.scribd.com/mobile/doc/141987282/T-S-Eliot-Poemes-1910-1930

La poésie de T S Eliot est extrêmement difficile, mêlant des références bibliques, grecques, hindoues, …il suffit de lire l’appareil de notes pour « La terre vaine » dans le lien Scribd ci dessus.
Il me semble en tout cas que la première partie de « Mercredi des cendres », qui en compte six, exprime la déception devant le plan vital propre à un homme arrivé comme Dante « au milieu du chemin de notre vie » (Eliot avait 42 ans en 1930), après un premier mariage malheureux qui conduisit le poète à « The waste land » , et son épouse à la clinique psychiatrique pour les neuf dernières années de sa vie.

« Because I do not hope to turn again
Because I do not hope
Because I do not hope to turn
Desiring this man’s gift and that man’s scope
I no longer strive to strive towards such things
(Why should the aged eagle stretch its wings?)
Why should I mourn
The vanished power of the usual reign?
 »

Parce que je n’espère plus me tourner à nouveau…

Ceci ne fait il pas allusion au dormeur qui dort mal et se tourne et se retourne dans son lit, symbole du profond sommeil qu’est la vie ordinaire?

« Je ne fais plus l’effort de désirer et m’efforcer d’obtenir ces choses: les dons de cet homme ci et le spectacle dont jouit cet homme là »

« Pourquoi l’aigle vieilli déploierait il encore ses ailes? »

« Because I know that time is always time
And place is always and only place
And what is actual is actual only for one time
And only for one place
I rejoice that things are as they are and
I renounce the blessed face
And renounce the voice
Because I cannot hope to turn again
Consequently I rejoice, having to construct something
Upon which to rejoice
 »

parce que je sais que le temps est seulement le temps, et que le lieu est seulement le lieu.. »rien n’aura eu lieu que le lieu »

C’est évidemment la déception devant « le monde », ce monde qui passe, qui va vers le néant, appel et tension de l’être désirant vers le monde de l’esprit, où il n’y aurait plus de lieu et où le temps de la vie et de l’entropie serait complètement bouleversé…
En même temps une décision résolue se fait jour : « puisque je ne puis plus espérer en ce qui arrive, je me réjouis d’avoir à construire quelque chose dont je puisse me réjouir »
Allusion au plan spirituel, où la participation humaine par l’effort et la tension vers une « apocalypse du désir » se fait prédominante..

Ensuite, dans les cinq autres parties qui viennent à la suite, d’une beauté que l’on dirait « surnaturelle » (terme qui va certes en sens contraire de ce que j’affirme ici) je ne sais plus très bien : les références chrétiennes et mystiques, vers un Ineffable qui est souvent le lieu où finit la poésie, cette « tension dans le langage vers ce qui est au delà des mots ».

La référence à Isaie est claire dans II, mais je n’en décelé pas vraiment la visée :

« De mon bol cranial le triste contenu.
Mais la voix du Seigneur s’élevant m’interpelle:
« Ces os nus, autrefois de ton âme éternelle
« Abri, prison et temple, et solide tremplin
« D’où elle bondissant se haussait au divin,
« Ces os reprendront-ils, défiant la nature,
« Le souffle humide et chaud; la chair sa reliure? »
Et mes os, desséchés et blanchis à souhait,
Répondirent pipant, d’une voix de fausset:
« Seigneur, point nous en chaut. La bonté de Madame,
« Célébrée de chacun; la beauté de son âme;
« La belle et sainte ardeur de sa dévotion
« Honorant la Vierge en méditation:
« Sont cause que ces os, dépouille misérable,
« Reluisent d’un éclat brillant et perdurable.
« Dispersé, mais content, j’abandonne à l’oubli
« Ce que je crus avoir en ce monde accompli;
« Ce que j’ai pu aimer, à la gent héritière
« Du désert je l’octroie, et à la gourde amère. »
Voilà ce qui recouvre et qui met à chuinter
Les filaments encore à mes os attachés,
Mes boyaux décharnis,—mes fibres oculaires,—
Tout ce qui rebuta les onces sanguinaires
…….
Et le Seigneur de dire: Au vent prophétisez:
Au vent seul; de lui seul vous serez écoutés.
Les os secs tout joyeux à piper commencèrent
De la gaie sauterelle imitant la manière:
 »

mais je ne veux plus piétiner ce Jardin où le Verbe reposé avec mes gros sabots…
J’ai trouvé un lien sur Google :

https://books.google.fr/books?id=kiVxHF6kbmEC&pg=PA154&lpg=PA154&dq=t+s+eliot+saint+john+perse+valéry&source=bl&ots=dJlWn0MGOo&sig=RdyDEF6-N_FHs2kAJZWmvzdeZKs&hl=fr&sa=X&ved=0CCIQ6AEwAzgKahUKEwiO5c6Qj6HHAhXEPRoKHaJyC1o#v=onepage&q=t%20s%20eliot%20saint%20john%20perse%20valéry&f=false

où la poésie de T S Eliot est opposée, en tant que faisant interférer le sentimental avec le spirituel (alors que Rilke les mêle de façon indiscernable) par Denis de Rougemont à celle, animique et « qui se garde de la pureté du non être » …pourrait on dire que cette dernière est « cosmique » et celle d’Eliot « acosmique »?

Laissons en décider la lecture de ces vers extraordinaires qui terminent la partie II:

« Des silences dame et reine,
De calme somme et de peine,
Porte grande ouverte toujours close;
Rose, qui nos faits rappelle
Et qui dans l’oubli les cèle,
Source épuisée débordant sans pause;
Jardin où se parachève
L’amour qui au cœur se lève,
Jusqu’où s’étend, unique, la Rose:
Soit passion insatisfaite
Dont la peine s’entremette,
Soit parfaite, dont point ne se pose
L’agitation pérenne;
Voyage au bout qui n’amène
Nulle part, nulle fin ne propose;
Conclusion de l’à perpète;
Discours qui les mots rejette,
Verbe qui en silence repose;
Grâces soient rendues à celle
Que l’on clame Eve nouvelle
Du jardin où nos amours se closent.