Archives du mot-clé Abdennour Bidar

Abdennour Bidar : comment sortir de la religion ?

http://www.lemondedesreligions.fr/culture/abdennour-bidar-comment-sortir-de-la-religion-15-05-2012-2510_112.php

Abdennour Bidar est il un musulman français lucide comme l’affirme cet article de Riposte laïque :

http://ripostelaique.com/Abdennour-Bidar-un-musulman.html

et comme je l’avais encore admis dans cet article :

http://horreurislamique.wordpress.com/2012/03/28/une-tres-belle-tribune-dabdennour-bidar/

lucide certainement, notamment à propos de l’Islam (actuel)  !

encore musulman ?

lui qui déclare :

« La religion n’était de toute façon pas faite pour être éternelle : toute voie a une fin. à présent, nous sommes sortis de la voie ou de la matrice religieuse. Nous sommes « au-delà » de la voie religieuse. Ce qu’elle appelait elle-même « l’au-delà » commence maintenant. Le véritable au-delà, c’est « l’après » : l’après de notre condition de faiblesse, l’après de notre finitude, qui laisse place à l’émergence de notre puissance créatrice. »

et admet être « sorti », avoir quitté, à l’âge de 30 ans , la structure initiatique soufie qui l’avait accueilli :

« Puis, il y a eu dans ma vie un déclic à l’âge de 30 ans, qui a suivi ma sortie de la voie soufie. En quittant cette structure initiatique, j’ai traversé une période de crise personnelle extrêmement profonde, j’ai eu la sensation physique et psychique de mourir. »

« Si je regarde mon parcours, je suis sorti de la religion, je suis un héritier de l’islam qui a vécu et puisé dans sa matrice, mais je n’en ai plus besoin et je crois que nous pouvons tous nous considérer comme des nouveaux nés de l’humanité sortie de la religion.  »

Je crois que la réponse est claire : la religion (que ce soit l’Islam, l’hindouisme, le christianisme, le judaïsme, etc..) c’est terminé !

un cadavre !

je m’exprime différemment, mais au fond je ne dis pas autre chose , quand je caractérise le « Dieu » des « anciennes religions » comme « analogue » à ce qui serait un objet à la fois terminal et initial (créateur) en théorie des catégories.

Abdenour Bidar dit quant à lui , nous engageant à devenir « créateurs »:

« Les dieux, écrit-il, ne sont pas les maîtres de l’homme, ils sont le nom de son avenir. »

cela ne signifie rien d’autre que ce qui est dit ici : Dieu, s’il ne doit pas devenir une Idole, ne peut être rien d’autre qu’un « objet terminal », c’est à dire une Idée régulatrice, l’Idée de la Raison.

Le sens de notre existence, le seul sens universel de toute vie humaine, ne peut être que de créer Dieu !

Bidar dit :

« Mais pour l’instant, nous n’avons pas vu le lien entre les deux – religion et modernité – et donc nous n’avons pas su donner à cet événement sa signification existentielle ou spirituelle : cette extension prodigieuse de notre capacité créatrice met en péril le religieux qui était fondé justement sur l’idée d’une puissance créatrice supérieure à l’homme »

Je me demande pourquoi ce professeur de philosophie ne parle pas ici de la philosophie spirituelle et idéaliste de Léon Brunschvicg ?

car cette oeuvre a très bien fait le lien entre religion (religion véritable, philosophique , émancipée des mythologies « religieuses ») et la modernité scientifique.

Mais au fond, Brunschbvicg lui même aurait été le premier à dire que sa « personne » n’a aucune importance, ce qui compte c’est sa pensée, et celle ci est toute entière contenue en ce programme de progrès infini , que j’ai déjà si souvent cité :

http://mathesis.blogg.org/page-mathesis_universalis_amor_dei_intellectualis___un_jeu_de_perles_de_verre-995.html

« si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon.

Dieu difficile sans doute à gagner, encore plus difficile peut-être à conserver, mais qui du moins rendra tout facile. Comme chaque chose devient simple et transparente dès que nous avons triomphé de l’égoïsme inhérent à l’instinct naturel, que nous avons transporté dans tous les instants de notre existence cette attitude d’humilité sincère et scrupuleuse, de charité patiente et efficace, qui fait oublier au savant sa personnalité propre pour prendre part au travail de tous, pour ne songer qu’à enrichir le trésor commun ! »

et surtout ces lignes tirées de « Raison et religion », qui me paraissent comme un « Mont Everest » absolument inaccessible :

« Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : Qui n’est pas avec moi est contre moi, et la voie large : Qui n’est pas contre moi est avec moi. Mais pour accomplir l’Évangile, il faut aller jusqu’à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n’a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi.

Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour, l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire. »

On peut et on doit, si l’on se situe sur la voie de progrès continu en intelligence et en moralité qui est la voie proprement humaine (et qui s’appelle déification) , quitter, sortir de toutes les « structures » initiatiques ou « religieuses ».

Mais on ne « sort » pas de cette unique vérité, car elle est proprement infinie, elle n’enferme pas dans un dogme ou une croyance.

Le seul problème est d’y rentrer !

Bidar quand il dit :

« Le principe de favoriser la bonne santé des êtres humains ne me choque pas du tout. L’éthique est nécessaire. Certains usages des thérapies géniques seront à proscrire. Le XXe siècle nous a avertis des dérives de l’eugénisme. Mais une humanité avertie en vaut deux. Là encore, il y a des possibilités qui ne vont pas cesser de croître. Et la question sera la même que pour tout le reste : quelle vocation spirituelle pourra-t-on leur donner ? S’il s’agit, grâce à nos connaissances génétiques, de donner naissance à des individus qui ne sont pas menacés par des maladies dégénératives, ni par telle ou telle faiblesse cardiaque, nous accroissons notre puissance créatrice : là où la nature commandait et où nous obéissions, à présent, c’est nous qui serons devenus maîtres. Nous sommes appelés à nous créer de plus en plus nous-mêmes. »

 semble se voir répondre par Brunschvicg :

« il ne s’agit plus pour l’homme de se soustraire à la condition de l’homme. Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent, qui permet d’intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l’expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l’avenir. Rien ici qui ne soit d’expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l’univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu’une personne dès que nous sommes capables de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne »
enfin il n’a peut être pas renoncé aux « dieux » comme objet initial, à l’Origine, in illo tempore :

« Mais saurons-nous être aussi sages que les dieux qui, auparavant, détenaient une telle toute-puissance créatrice ? Ils étaient à la fois tout-puissants et miséricordieux »

« Nous ne pouvons plus nous contenter de sagesses de l’humilité. à des sagesses de créature, nous devons substituer une sagesse de créateurs. Nous préparer à pouvoir créer et détruire des univers. »

certes ! mais nous devons surtout nous préparer à créer les dieux !