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C.S. Lewis et Joy Gresham épouse de William Lindsay Gresham : « les ombres du coeur »(amour,cancer, whisky, paranormal et vérité)

J’avais rédige il y a quelques semaines un article après avoir vu le très beau film de Richard Attenborough : « Les ombres du coeur »
Voir cet article:

https://mathesismessianisme.wordpress.com/2015/06/24/les-ombres-du-coeur-shadowlands-c-s-lewis-et-joy-gresham/
Et voici la page Wikipedia du film:
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Les_Ombres_du_cœur
Notons pour commencer que Clivés Staples Lewis est un auteur très nfluencé par les thèmes chrétiens et par l’anthroposophie (comme Owen Berfield) et d’ailleurs le monde de Narnia n’est il pas une image mythique et romancée de ce que nous appelons ici le « monde ou plan spirituel » et que nous opposons au « plan vital » » , tout en en donnant une image beaucoup plus intellectualiste que Lewis et Steiner dans ce qu’il appelle « monde spirituel » en anthroposophie ( qui a intéressé des mathématiciens comme Ehresmann et Grothendieck) .
Or après avoir revu le film, une chose me paraît évidente : C.S.Lewis s’intéresse à Joy Gresham parce qu’elle lui tient tête et arrive , seule, à le déstabiliser, a le faire tomber de son piédestal de « théoricien intellectualiste » ( sur lequel il est horriblement seul et ne se sent pas du tout à l’aise,d’où son attirance pour les thèmes de la magie dans Narnia ) pour lui faire comprendre combien il a peur de l’expérience réelle . Peur de quoi ? d’être déçu bien sûr, mais aussi de ne pas être à la hauteur ;faire réellement une expérience consiste à se haurter à une altérité irréductible, au réel en tant que « ce qui résiste », à la « forme d’extériorité » dira Brunschvicg et les doctrines idéalistes de l ‘immanence pure comme celle de Brunschvicg courront toujours le risque de se faire accuser de recul ,de timidité, de fuite, voire de lâcheté devant ce qui est irréductiblement autre, et ne se plie donc pas à nos cadres mentaux. Tous les « maîtres spirituels  » (ce qui est certes un bien grand mot) insistent bien là dessus : l’expérience véritablement spirituelle est plus que simplement intellectuelle, c’est même là le principal danger de confusion chez l’élève, confondre l ‘intellect et l’esprit, ou l’intellectuel et le spirituel .
En fait la question doit se poser à plusieurs niveaux : à nous mêmes d’abord, en tant que « lecteurs méditatifs » : toi que voilà, pourquoi choisis tu ou préfères tu les doctrines de sagesse comme celles de Beunschvicg ou Spinoza plutôt que les doctrines de la Transcendance ou de l’Altérité comme celles de Lévinas ? Ensuite au niveau des oeuvres que nous étudions ici : celle de Brunschvicg et celle de C S Lewis . Et enfin, en un troisième temps, il s’agit de nous demander quels sont les arguments et les développements de pensée qui font que ces deux maîtres, Brunschvicg et C S Lewis ont plutôt choisi l’intellectuelisme spiritualiste et l’idéalisme mathématisant (pour ce qui est de Brunschvicg) que le réalisme de la transcendance ? Ici nous devons d’ailleurs plutôt mettre l’accent sur CS Lexis et ce qui est suggéré de lui dans le film ‘Les ombres du coeur », à travers sa rencontre amoureuse avec Joy Grssham qui est d’ailleurs une rencontre « hors normes » (aurait il pu en être autrement à propos de ces deux personnages puisqu’il commence par l’épouser « légalement  » pour lui permettre d’acquérir le droit de réésideren Angleterre quand elle le souhaite, sans avoir de problèmes vec les sevices d’immigraion . Ils se sont connus aupravant ,c’est le film qui nousl’apprend, elle a résidé chez lui avec son petit garçon douglas,et lui a fait part de sa situation conjugale aux USA avec son mari alcoolique, infidèle et violent qui s’avère être William Lindsay Gresham , écrivain lui aussi et auteur de « Nightmare alley  » (« Le charlatan ») adapté au cinéma par Edmund Goulding dans un film absolument effrayant (tout en n’étant pas un film d’horreur ) parce qu’il montre les tenebreux « dessous » de l’âme humaine losqu’elle se laisse aller aux péchés « capitaux de l’ivrognerie et de la tricherie dans les « numéros  » dits occultes suggérant le surnaturel , le parapsychique ou les connaissances « magiques » .
Je ne me souviens plus si j’ai donné dans l’arti cle précédent le lien Youtube pour voir ce film extraordinaire d’Edmund Goulding(un réalisateur hors normes lui aussi, et trop peu connu) avec Tyrone Power (film de 1947) le voici :
https://www.youtube.com/watch?v=UyEkriOXMjE
il existe aussi en une play list de NA 1 à NA 12 qui commence ici :

https://www.youtube.com/watch?v=W0sSCoBXPQM
le livre de William Lindsay Gresham a été publié en 1946 voir :
https://en.wikipedia.org/wiki/Nightmare_Alley

et la première rencontre entre Joy Gresham et C S Lexis a eu lieu à Oxford en 1952 .
Joy a commencé par entretenir une correspondance épistolaire avec Cs Lewis à propos de l’oeuvre de celui ci et elle est venue ensuite à Oxford pour le rencontrer alors qu’elle n’avait pas encore divorcé de Bill Gresham
Joy Gresham était née Helen Joy Davidman en 1915, d’une famille juive laïque originaire d’Europe :

https://en.wikipedia.org/wiki/Joy_Davidman

elle avait eu des sympathies communistes dans les années 30 et était devenue athée convaincue , mais s’était déjà désillusionnée sur le communisme lorsqu’elle avait été se battre, comme Simone Weil( je ne sais pas si elles se connaissaient) , contre les fascistes au cours de la guerre civile espagnole au milieu des années 30 .
Voici la page Wiki consacrée à William Lindsay Gresham qui est devenu son mari en 1942, ils se sont rencontrés par suite de leurs sympathies communistes (Bill Gresham a lui aussi été se battre contre le fascisme espagnol en 1936):
https://en.wikipedia.org/wiki/William_Lindsay_Gresham

Nous avons donc là un noeud de tois destinées humaines d’abord, et philosophico-politico-religieuses (si l’on y inclut C S Lewis) où judaïsme , christianisme, alcoolisme (pour ce qui est de Bill Gresham) et communisme jouent un rôle majeur. Dans le livre et le fim qui en est tiré en 1947 titré en français « Le charlatan » , Bill Gresham a sans doute mis beaucoup de lui même : le personnage principal Stanton Carlisle, joué par Tyrone Power) , sombre dans l’ivrognerie, la luxure et la dépression au fur et à mesure qu’il s’éloigne du souci de la vérité et de l’honnêteté intellectuelle
pour devenir un « charlatan » dans les milieux des numéros de cirque ou de cabarets truqués pour faire croire aux spectateurs que l’artiste accomplissant le numéro truquépossède des dons paranormaux de « magicien » ,le Tarot intervient bien entendu dans ces parages louches,on sait que je m’en inspire ici aussi mais dans une optique rationaliste et philosophique où je privilégie deux Lames, l’Amoureux et le Pendu , je m’en suis expliqué ici :

https://mathesisuniversalis2.wordpress.com/2015/05/07/le-tarot-sur-mathesis-universalis/

mais le destin de Bill Gresham avec qui pour des raisons personnelles et privées je me sens des affinités m’évoque bien sûr la lame 1 Le Bateleur qui dans les Tarots américains devient « The Magician »; peut être aussi pourrions nous penser aussi à la Lame XV « Le diable » , tout en nous gardant de toute naïveté « manichéenne » ?

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donc nous rencontrons ici un noeud de destinées dont la mienne propre (pour des raisons privées sur lesquelles je ne puis m’étendreici ) : Bill Gresham, joy Gresham , C S Lewis, moi même pauvre ombre qui tiens ce blog, auxquelles il faut ajouter l’actirce Helen Welker qui dans « Nightmare alley  » joue le rôle de la psychiatre Lilith qui mérite bien son nom , quelle lame pourrions nous bien lui accoler ? La papesse ou l’impératrice ? ou bien peut être l’une des deux femmes del a lame VI l’Amoureux, celle qui invite le personnagee de l ‘Amoureux à la voie facile qui mène à la perdition, à la luxure ?
l’alcool joue hélas une grand rôle dans sa destinée , pour son malheur :

https://en.wikipedia.org/wiki/Helen_Walker

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le Tarot est un merveilleux outil pour le mise en ordre des pensées dans leur portée symbolique, un outil favorisant la rationalité qui est justement le mise en ordre des pensées donc, par contre je m’élève contre toute utilisation de type « occulte » tendant à faire croire que « tirer les cartes  » permet de prévoir un évènement sur le point de se produire mais puisque j’ai eu l’imprudence d’inclure mon propre personneage parmi les autres du « noeud de destinnées » autour de « Nightmare alley » je précise comme je l’ai déjà fait que j’ai la volonté d’incarner les Lames de l’Amoureux et du Pendu en tant que cette dernière symbolise l’homme qui a réussi à inverser l’attraction du plan vital au plan spirituel enchoisissanrt entre les deux femmes qui se partagent son orientation: celle qui lui propose la voie de la difficulté (qui symbolise pour moi le mathématique sévère) et non pas celle qui lui propose la voie de la facilité , celle du plan vital et de la luxure.
Et voilà que cet articles est devenu une séance de psychanalyse à base de Tarot ….je m’en excuse auprès des lecteurs et des mânes de Lewis, Gresham (Joy et Bill) et Walker . Essayons de terminer sur une note plus philosophique…nous avons d’une pat Bill Gresham et les thèmes de la fraude « occultiste » , de la violence conjugale et de l’ivrognerie ainsi que de la luxure c’est à dire osons nommer les choses, du Mal qui est l’obstacle à la dimension proprement humaine de liberté, de vérité,d’universalité et d’autonomie. « La vérité vous rendra libres » . Certes cela ressemble au discours du PS, mais ce dernier, comme d’ailleurs toute la gauche sont ils fidèles à l’exigence de vérité justement ? là se situe , pour notre époque comme pour notre pays, la ligne de front où l’intelligence frznçzise se trahit elle même selon le diagnostice pessimisteque portait Hoené Wronski vers 1850 dans ses grandes oeuvres de la maturité telles la « Reforme absolue du Savoir humain » ou  » Prolégomènes au Messianisme : le destin de la France de l ‘Allemagne et de la Russie »annonçant ainsi un siècle à l’avance les trois sources majeures des « sinistres troubles révolutionnaires » au 20ème siècle.Plus précis’ment il oppose la grande Réforme philosophique entre prise en Allemagne à la suite de la réforme religieuse du protestantisme nécessitée par l’exigence d’une solution au Problème religieux du Verbe , solution qui consiste en la découverte (dans la science ) de la part de l’autonomie créatrice du savoir humain dans la constitution des réalités physiques, voir pages 159 et suivantes des « Prolégomènes »:

https://books.google.fr/books?id=XQsuAAAAYAAJ&pg=PA153&lpg=PA153&dq=wronski+impossibilit%C3%A9+de+d%C3%A9couvrir+la+v%C3%A9rit%C3%A9+absolue+France&source=bl&ots=-4KHmYMk7g&sig=DZRDwvZAmTDl3_glVtgQ8OeXZN0&hl=fr&sa=X&ved=0CDUQ6AEwBGoVChMI8fH9mKCKyAIVRWkUCh3BYAFN#v=onepage&q=wronski%20impossibilit%C3%A9%20de%20d%C3%A9couvrir%20la%20v%C3%A9rit%C3%A9%20absolue%20France&f=false
Plus précisément Wronski décèle dans l’attitude des intellectuels (y compris savants ) français un scepticisme vis à vis de la notion de « vérité inconditionnelle et Absolue » qui n’est rien d’autre que la tendance inscrite au plus profond de la Raison humaine et qui lui vient du Verbe même qui est selon le Prologue de l’2vengile de jean « auprès de Dieu, en Dieu et qui est Dieu « , scepticisme destructeur qui est la cause profonde des séismes meurtriers du 20ème siècle (communisme, nazisme, islamisme ,mafias, drogues, trafics d’êtres humains etc…car il détruit l’autonomie de la Raison elle même , la plus haute possibilité de l’esprit humain consistant en la Création même de la Vérité absolue par la « spontanéité ou virtuealité créatrice dela Raison) scpeticisme destructeur de l’humain donc annonçant pour un siècle plus tard un véritable effondrement de l’Europe .
Or ce chaos nous y sommes maintenant plongés ….
et il est sensible dans le climat oppressant du film « Nightmare alley  » tiré du roman de Bill Gresham où le protagoniste principal Stanton Carlisle v jusqu’à gruger de riches hommes d’affaires (avec la complicité de la psychiatre « Lilith » jouée par Helen Walker) en leur faisant croire que les personnes mortes qu’ils adoraient reviennent à la vie ( payant des actrices pour jouer ce rôle infâme de femmes décédées revenant à la vie, mais l’une d’elles ne le supportera pas et révèlera le « pot aux roses » à l’homme que Stanton Carlisle voulait berner en lui faisant croire que sa fille adorée est de nouveau vivante et que lui ,Stanton Carlisle, peut la faire apparaître, contre des grosses sommes d’argent bien sûr) .

Qui pourra maintenant douter que ce « noeud de destinées » que j’ai découvert dans le film de Richard Attenborough ‘ »Les ombres du coeur  » ,dépasse, quelle que puisse être leur immense stature individuelle (surtout Bill et Joy Gresham ainsi que C S Lewis) les protagonistes de cette histoire et nous concerne tous, en tant que nous nous impliquons comme c’est notre devoir dans les problème éternels de l’âme humaine en relation avec l’autonomie religieuse et intellectuelle, et en relation avec la Vérité qui ne peut qu’être éternelle inconditionnelle et Absolue, si du moins nous prenons au sérieux l’idée de Verbe telle qu’elle apparaît dans le prologue de l’Evangile de Jean et telle qu’elle est ensuite méditée par Brunschvicg, African Spir et Hoené Wronski:
https://apodictiquemessianique.wordpress.com/spir-wronski-et-brunschvicg/
si donc cette Idée de Verbe qui n’est autre que l’Idée de Dieu n’est pas une illusion, un mensonge vital comme celle du Dieu abrahamique (si tant est que ce soit une Idée,en tout cas plus qu’une fable)…
Que veut dire « nous impliquer » dans ce noeud de destinées , aller un peu plus loin donc que la simple admiration des chefs d’oeuvre comme « les ombres du coeur  » , « Nightmare alley » ou celles de C S Lewis : les chroniques de Narnia (les livres plutôt que les films )et la Trilogie cosmique ?
Cela veut dire lutter de toutes les forces de son âme et de son intellect du côté de la défense de la Vérité absoluereprésentée parmi les protagonistes par Joy Gresham et C S Lewis, contre la pernicieuse tendance au Mensonge telle qu’elle se fait jour actuellement dans le milieu médiatique, artistique , « intellectuel » et politique français et telle que l’avait annoncée Wronski ver le milieu du 19 ème siècle
Je viens d’apprendre que quelques jeunes français, hommes et femmes , anciens militaires en Afghanistan vont aller en Irak se battre contre Daesh et je veux ici rendre hommage à cette initiative courageuse et désintéressée appelée « Task force Lafayette« (leur ancien nom en Afghanistan) :

http://taskforcelafayette.com/
Sans vouloir mettre au même niveau la « guerre d’idées » prônée ici, il me sem ble cependant évident que si nous restons passifs face à la pernicieuse tendance au mensonge décrite ci dessus, tous les s acrifices viteux qui devront être consentis pour relever l’humanité et en particulier l’humanité européenne , resteront vains .
tant il est vrai que « seule la Vérité nous rendra libres » !
Poussé par le Maître intérieur qui dans mon cas ne peut être que le Diable ou le Verbe, je ressens le besoin impérieux, occulte et inexplicable de conclure cet article, très important à mes yeux par la Lame XIII la Mort, mais selon un modèle très différent de celui des Tarots classique (tarot de Marseille ou d’Oswald Wirth ou bien celui d’Arthur Waite qui influence tous les tarots anglo-saxons)
je donne à la suite la même lame XIII dansles versions classiques (tarot de Marseille, puis tarots anglo-saxons comme celui de Waite )

Voici donc cette image atypique de la lame XIII qui est ma favorite :

mort

puis la lame du Tarot de Marseille:

13-mortmarseille

et la lame d’Oswald Wirth

wirth-la-mort

enfin la lame d’Arthur Waite qui est d’un modèle différent :

waite-la-mort
Qu’est ce que sifgnifie l’arcane 13 « La mort » dans le Tarot ? pas la mort physique, ce  » peu profond ruisseau » calomnié qui n’a aucun sens mais la mort initiatique faisant passer du plan vital au plan spirituel et donc le sens est donc la conversion véritable .Latragédie des personnes mortes physiquement est qu’elles ne peuvent plus mourir ‘initiatiquement )
la supériorité del a lame atypique que j’i donnée en premier est qu’elle evite tous les poncifs liés à la mort physique (le squelette notamment, ce que ne font pas les autres) : l’image est nette ment séparée en deux moitiés la moitié supérieure oul’ on voit un soleil rouge et un arbre portant des feuilles représente le plan vital, lamoitié inférieureoù sont les racines de l’arbre représente le plan spirituel , il y a donc une inversion par rapport au premier verset de la bible où « les Cieux  » (« Shamayim ») signifizent le plan spirituel et  » la Terre  » (« Eretz ») signifie le plan vital .On voit aussi un personnage féminin deh aut rang (portant une couronne ) absolument pas décharné mais belle, d’une beauté sévère , vêtue pudiquement d’une robe extérieurement brune mais dont l’envers est rougeâtre de la même couleur que le soleil énorme tel un fruit mûr qui se dresse au dessus de l’horizon , cette femme couronnée touche l’arbre à la jointure entre les deux moiiés del a carte, elle représente donc le lien, la jonction entre le plan spirituel (sous la terre) et le plan vital (au dessus de la terre) elle est donc la mort initiatique et sa couronne signifie donc la noblesse inhérente à sa fonction initiatique de Sagesse .
Lorsque Brunschvicg dit (à la fin du livre de 1900 « Introduction à la vie de l’esprit ») :

« La vraie religion consiste à renoncer à la mort »
il veut parler de la mort physique , il veut dire comme Spinoza qu’il faut penser à rien de moins qu’à la mort physique ,qui est inévitable et n’a aucun sens philosophique et spirituel .
Il ne veut évidemment qu’il faut renoncer à la mort initiatique qui est le but suprême de la philosophie: , en quoi consiste la vraie religion
Ce n’est pas un hasard si dans le Tarot le lame XII de la mort suit immédiatement la lame XII du Pendu qui symbolise l’homme qui a réussi à inverser l’attraction du plan vital (de nature instinctive et égoïste ) en celle du plan spirituel (attraction des idées intellectuelles plutôt que des joissances instinctives promises par le plan vital, jusuà la mortphysique du moins)

le sens n’en est évidemment pas cette vérité triviale que l,homme pendu va mourir à courte échéance (d’ailleurs le personnage de la lame XII est pendu par le pied, comme Oedipe, ou aussi ODIN)

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« SECONDS » (1966) de John Frankenheimer: la seconde naissance travestie par la « nouvelle vie »

J’ai vu ce film extraordinaire, ressorti en salle l’an dernier, et en avais tiré plusieurs articles notamment:

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/2014/07/19/john-frankenheimer-seconds-1966/

« Seconds » (« L’opération diabolique ») forme avec Un crime dans la tête » et »Sept jours en Mai » la « trilogie paranoïaque » de John Frankenheimer

mais en juillet 2014 je n’avais pas encore eu l’idée, ou plutôt la « révélation » (intérieure, résultant de réflexions et lectures incessantes), de ce FAIT (vérifié régulièrement ici) que TOUT, absolument tout, tourne autour de la séparation pour l’être humain en le plan vital ou naturel ou ordre de la chair et le plan spirituel ou ordre de l’esprit ou plan de l’Idée ou « monde des idées », qu’on peut même appeler « monde spirituel » à condition de ne pas tomber dans le piège où s’est embourbée l’anthroposophie de Rudolf Steiner après 1900, et qui consiste à le calquer sur le monde naturel.

C’est au fond le véritable sens de la Croix qui résume ce que nous appelons après Spinoza et Brunschvicg : « christianisme des philosophes », c’est à dire un christianisme débarrassé des prières, hosties, messes ou autres rites, surnaturel et autres bondieuseries, et surtout débarrassé des nonnes, curés, cardinaux et de cet insupportable Pape François, aussi abject que son prédécesseur Benoît 16 était admirable.

L’axe horizontal de la Croix est le plan vital, le monde naturel, caractérisé par le temps envisagé comme perpétuité, et par la finitude qui est indéfinie,nillimitée: la physique de la Relativité générale nous apprend que le rayon de l’Univers (considéré comme une variété riemannienne spatio-temporelle) est fini mais que l’Univers est illimité (d’ailleurs par quoi serait il limité, puisque « tout ce qui arrive » se produit en lui?)
L’axe vertical de la Croix représente le plan spirituel, caractérisé par l’éternité qui est fulguration, non pas perpétuité comme « mauvais infini » c’est à dire infini imaginaire. On y accède, à ce véritable Infini, par la « porte étroite » qui est l’instant en tant que croisée du temps (naturel, vital) et de l’éternité, loin de la large route menant à la perdition suivie par la foule des athées « ahrimaniens » (ceux qui pensent qu’il n’y a que le plan vital, et rien d’autre) et les croyants « lucifériens » de toutes les religions ou sectes ( ceux qui se font une fausse idée du plan spirituel comme : « au delà où nous entrerions après la mort », ou « monde régénéré et « parfait » après la Révolution communiste ou nazie, ou après la venue du Messie).

Toutes ces conceptions pêchent parce qu’elles échouent à rendre compte de la complète rupture du temps spirituel, qui est redressement, par rapport au temps du monde naturel, biologique, caractérisé par l’entropie. Je suis persuadé que ce redressement est symbolisé par la Lame XX du Tarot : le Jugement.

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Tout cela revient aussi à affirmer comme Brunschvicg dans sa « querelle de l’athéisme » qu’il n’y a pas, au delà de l’ordre de la chair et de l’ordre de l’esprit, un ordre surnaturel qui serait celui de la grâce ou de la charité selon Pascal:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/la-querelle-de-latheisme/

Et c’est aussi Brunschvicg qui explique le mieux le thème chrétien (et pas seulement chrétien) de la seconde naissance qui « ouvre le Royaume des cieux », tel qu’il est abordé dans l’Evangile de Jean chapitre 3 lors du dialogue de Jésus avec Nicodeme :

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/le-salut-est-au-prix-dune-seconde-naissance-qui-seule-ouvre-le-royaume-de-dieu/

Chapitre 3 de l’évangile de Jean:

http://bible.catholique.org/evangile-selon-saint-jean/3266-chapitre-3

« 3 Jésus lui répondit: « En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne naît de nouveau, ne peut voir le royaume de Dieu. »
4 Nicodème lui dit: « Comment un homme, quand il est déjà vieux, peut-il naître? Peut-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère, et naître de nouveau? »
5 Jésus répondit:  » En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu
6 Car ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit.
7 Ne t’étonne pas de ce que je t’ai dit: il faut que vous naissiez de nouveau.
8 Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va: ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. » »

On voit que Nicodeme ne comprend pas ce qu’est la seconde naissance, qui est rupture totale de la temporalité vitale par l’accès à une compréhension absolument nouvelle de ce qu’est le plan spirituel : il situe cette seconde naissance dans la même perspective, sinon dans le prolongement de la vie naturelle.

Or c’est exactement cette incompréhension que met en scène le film de Frankenheimer : « SECONDS ».

Certes il s’agit d’un récit fantastique, comme celui de « Melmoth réconcilié » de Balzac dont j’ai parlé ici hier, ou Faust : une sorte de pacte, se terminant forcément très mal, avec le « diable », qui est ici une mystérieuse « Organisation » qui propose à des hommes riches et âgés de leur procurer une « nouvelle vie » dans un corps rajeuni et rendu plus séduisant par une « opération chirurgicale » d’un nouveau genre, avec un nouveau nom, et l’assurance que leur famille, qui les croira morts, ne manquera de rien. Ils auront un nouveau métier correspondant à leurs aspirations profondes, de nouvelles relations, sentimentales ou amicales, etc..
C’est ainsi qu’Arthur Hamilton, cadre bancaire usé par l’existence (John Randolph) devient de par « l’opération diabolique » Antiochus Wilson (Rock Hudson) un séduisant artiste-peintre en Californie.
S’il réfléchissait il se demanderait d’où vient le cadavre que l’organisation fera passer pour le sien dans un accident, afin que tout le monde puisse le croire mort. Ceci concerne le niveau technique.
Second niveau, celui de la « morale » : est il vraiment « moral » de fuir toutes ses responsabilités sociales, familiales, pour aller « s’éclater » dans un corps transformé en buvant du vin tout nu dans une cuve où l’on foule le raisin en compagnie d’accortes jeunes femmes nues elles aussi, dans une sorte d’initiation dionysiaque et orgiaque ?
Mais bien sûr ce qui cloche vraiment est tout autre et nous le comprenons à la lumière des considérations précédentes : si le plan vital est fini, alors il est néant relativement à l’infini du plan spirituel, comme une réflexion mathématique sommaire nous en persuade : un nombre fini divisé par l’infini, cela donne toujours zéro.
On pourra donc mener autant de nouvelles vies que l’on voudra, vider autant de coupes de vin et avoir autant de maîtresses que l’on voudra, cela donnera toujours zéro : le Néant.

C’est d’ailleurs ce que le directeur de « l’organisation », joué par un Will Geer époustouflant, explique à Hamilton hésitant pour le décider à franchir le pas, dans la scène suivante (en anglais non traduit)qui est absolument terrifiante (car on y voit un homme se défaire de sa liberté pour la confier à un autre, d’une persuasion diabolique:

https://vimeo.com/82938978

Admirez (en tremblant d’horreur) comme il arrive à le retourner, à détruire tous ses arguments, et finalement à le persuader de ce qui est certes une vérité:
« La vie ne vaut rien », c’est à dire le plan vital est Néant

mais qui devient destructrice si elle n’est pas accompagnée de cette autre vérité:

« Mais rien ne vaut la vie », ou encore « la finitude est néant, mais relativement à l’Infini qu’est l’ordre de l’Esprit et de l’Idée »

La scène se termine par : « il n’y a plus rien n’est ce pas ? » : amour (familial et conjugal) métier, tout cela n’est plus rien…et donc cela n’a jamais été rien…seulement Hamilton devrait réfléchir et (se) demander : mais si ce n’est rien, est ce qu’une nouvelle existence échappera à ce constat « métaphysique »?

et il y a ensuite la scène, terrifiante aussi, mais moins à mon avis, de la fin : Will Geer le directeur vient trouver le nouveau personnage remplaçant le vieil Hamilton, le séduisant Wilson qui n’a cependant pas trouvé la satisfaction qu’il voulait vraiment, au fond de lui même, sans en être conscient : car ce qu’il veut, ce que nous voulons tous, c’est l’Infini véritable du plan de l’Idée, pas le mauvais infini de la perpétuité vitale..
Puis les docteurs l’ embarquent en lui parlant d’une nouvelle opération qui lui donnerait enfin le bonheur, mais en réalité ils vont le tuer et maquiller son cadavre pour faire croire à la mort d’un nouveau « client de l’organisation qui veut une nouvelle vie »
Et Wilson le comprend lors qu’apparaît un pasteur (il est de confession protestante) pour l’accompagner jusqu’à la salle d’opération en lui récitant l’Evangile, ou les psaumes…nouvelle façon de le tromper et de lui fermer les yeux de l’esprit jusqu’au bout:

https://vimeo.com/82938980

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« Melmoth réconcilié » de Balzac: le plan vital et sa finitude dévoilés

J’ai recopié ici les passages les plus significatifs et les plus admirables de ce conte fantastique de Balzac: « Melmoth réconcilié »

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/jaurai-donc-euphrasie-dit-le-clerc-balzac-melmoth-reconcilie/

Balzac a écrit cette histoire en s’inspirant de l’œuvre de Charles Maturin:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Melmoth_réconcilié

Pourquoi Melmoth est il errant, et pourquoi est il associé au mythe du « juif errant » ?
Parce que l’errance est exprimée par l’Histoire dite « Sainte » qui raconte l’errance d’Israel au désert après la sortie d’Egypte : la Terre Sainte symbolise le plan spirituel, le désert symbolisé l’ascèse libératrice, et l’Egypte le plan vital et son esclavage. Seulement il arrive que l’ascèse ne soit pas libératrice, et se poursuive indéfiniment.
Car le plan vital est certes fini, alors que le plan des Idées est Un et Infini, d’où sa formule:

1 = ∞

mais il est fini sur le mode de l’indéfini : on peut toujours varier les plaisirs, si je n’aime plus les blondes (les bières je veux dire) je peux essayer les brunes ou les rousses, « quand c’est fini et ni ni ni ça recommence » comme dit la chanson…et c’est aussi ce que répond Brando à Maria Schneider qui lui dit : »c’est fini » à la fin du « Dernier tango à Paris », film sur l’errance d’un américain à Paris, mais sur un tout autre registre que la comédie musicale de Minnelli « Un américain à Paris » vingt ans plus tôt (et Kubrick se moque lui aussi de cette comédie musicale dans « Orange mécanique » en filmant le viol d’une femme par Alex aux accents de « I’m singing in the rain »)

Comme le précise la page Wikipedia sur « Melmoth », cette histoire de pacte avec le diable est proche de celle de Faust, ainsi qu’avec le mythe du « juif errant ».
Le thème faustien est quand même bien plus riche en harmoniques diverses, jusqu’à devenir le symbole du déclin de l’Occident selon Spengler.La tentation faustienne est celle de la science qui recherche la seule puissance au lieu de la sagesse (ce qui était l’objectif de la science bonne et morale du 17ème siècle, non encore séparée de la philosophie). Il existe un livre à ce sujet de Michel Faucheux:

« La tentation de Faust ou la science dévoyée »

qui est en lecture partielle sur Google:

https://books.google.fr/books?id=nGkHaAvo0uYC&pg=PT9&lpg=PT9&dq=faust+science+dévoyée&source=bl&ots=45iavEnIut&sig=WCEzfmn-Cg1AiXApWk0yfqUWP4U&hl=fr&sa=X&ved=0CCkQ6AEwA2oVChMIlpO3l4CcxwIViesUCh2URgH5#v=onepage&q=faust%20science%20dévoyée&f=false

Pour ma part, et je ne suis pas le seul, j’interprète Faust, en tout cas le personnage originel, comme un prédécesseur des scientifiques du 17 eme siècle qui, déçu par la magie et autre pseudo-sciences, se tourne vers l’exploration du réel par la science ou ce qui en était le stade initial, mais conservant une tour d’esprit magique il se met à viser la puissance et non la connaissance.

Après, chez des créateurs comme Goethe la légende se complexifie…

Alexandre Sokurov a réalisé un grand film là dessus, voici le lien pour le voir mais en allemand non sous-titré:

https://ledocteurfaustus.wordpress.com/2015/04/16/faust-daleksandr-sokourov/

Mais revenons à Melmoth et à Balzac, on trouve des notations tout à fait réjouissantes sur la Bourse (de nos jours, Castanier serait trader, et il ne chercherait plus sa maîtresse ruineuse Aquilina à Paris mais en Thaïlande où il se rendrait dans son jet privé lorsqu’il aurait envie d’un peu de « distraction »):

« Il est un endroit où l’on cote ce que valent les rois, où l’on soupèse les peuples, où l’on juge les systèmes, où les gouvernements sont rapportés à la mesure de l’écu de cent sous, où les idées, les croyances sont chiffrées, où tout s’escompte, où Dieu même emprunte et donne en garantie ses revenus d’âmes, car le pape y a son compte courant. Si je puis trouver une âme à négocier, n’est-ce pas là ?
Castanier alla joyeux à la Bourse, en pensant qu’il pourrait trafiquer d’une âme comme on y commerce des fonds publics.
 »

La « part de paradis » que perdent ceux qui passent contrat avec le Diable désigne évidemment le plan spirituel, ou ordre de l’esprit, par opposition au plan vital, ordre de la chair, il m’est impossible de savoir si Balzac croyait réellement à l’au delà sous la forme non philosophique:

« Parlez plus bas, répondit le caissier ; si je vous proposais une affaire où vous pourriez ramasser autant d’or que vous en voudriez…
— Elle ne paierait pas mes dettes, car je ne connais pas d’affaire qui ne veuille un temps de cuisson.
— Je connais une affaire qui vous les ferait payer en un moment, reprit Castanier mais qui vous obligerait à…
— A quoi ?
— A vendre votre part du paradis. N’est-ce pas une affaire comme une autre ? Nous sommes tous actionnaires dans la grande entreprise de l’éternité.
 »

La grande entreprise de l’éternité c’est l’histoire humaine (seul primate à avoir potentiellement une autre histoire que la répétition des cycles de la reproduction et des générations).

Mais bien sûr l’autre grand symbole du plan vital (à part l’argent qui est brassé en Bourse) c’est le sexe, qui assure le renouvellement des générations, d’ailleurs dans « A bout de souffle » de Godard le romancier Parvulesco joué par Jean-Pierre Melville dit lors de son interview à Orly à propos de ce que veulent les gens : « pour les hommes, les femmes, et pour les femmes : l’argent ».
Aussi ce passage qui donne le clap de fin est il le somment de la nouvelle de Balzac, et sans doute un sommet de la littérature universelle:

« Que faire pour avoir dix mille francs ? se disait-il, prendre la somme que je dois porter à l’enregistrement pour cet acte de vente. Mon Dieu ! mon emprunt ruinera-t-il l’acquéreur, un homme sept fois millionnaire ? Eh ! bien, demain, j’irai me jeter à ses pieds, je lui dirai : « Monsieur, je vous ai pris dix mille francs, j’ai vingt-deux ans, et j’aime Euphrasie, voilà mon histoire. Mon père est riche, il vous remboursera, ne me perdez pas ! N’avez-vous pas eu vingt-deux ans et une rage d’amour ? » Mais ces fichus propriétaires, ça n’a pas d’âme ! Il est capable de me dénoncer au procureur du roi, au lieu de s’attendrir. Sacredieu ! si l’on pouvait vendre son âme au diable ! Mais il n’y a ni Dieu ni diable, c’est des bêtises, ça ne se voit que dans les livres bleus ou chez les vieilles femmes. Que faire ?

— Si vous voulez vendre votre âme au diable, lui dit le peintre en bâtiment devant qui le clerc avait laissé échapper quelques paroles, vous aurez dix mille francs.

— J’aurai donc Euphrasie, dit le clerc en topant au marché que lui proposa le diable sous la forme d’un peintre en bâtiment.

Le pacte consommé, l’enragé clerc alla chercher le châle,

monta chez madame Euphrasie ; et, comme il avait le diable au corps, il y resta douze jours sans en sortir en y dépensant tout son paradis, en ne songeant qu’à l’amour et à ses orgies au milieu desquelles se noyait le souvenir de l’enfer et de ses priviléges.

L’énorme puissance conquise par la découverte de l’Irlandais, fils du révérend Maturin, se perdit ainsi.

 »

Tout ça pour ça ? tout ça pour ça !!!

Faudra dire ça aux musulmans qui conçoivent les délices des Jardins d’Allah comme une orgie éternelle avec leurs 72 « Euphrasies ».

L’islam est tout simplement l’introduction (sic!!!) du plan vital dans le plan spirituel

Et cette « introduction » là, aucun lubrifiant ne la fera passer ….

Le pauvre clerc, trop stupide pour refiler la « patate chaude » (qui ressemble fort à un paquet d’actions en chute libre dont il faut à tout prix se débarrasser) paye pour tous les autres, et crève dans un grenier en compagnie de « la stupide déesse Honte »:

« Le treizième jour de ses noces enragées, le pauvre clerc gisait sur son grabat, chez son patron, dans un grenier de la rue Saint-Honoré. La Honte, cette stupide déesse qui n’ose se regarder, s’empara du jeune homme qui devint malade, il voulut se soigner lui-même, et se trompa de dose en prenant une drogue curative due au génie d’un homme bien connu sur les murs de Paris. Le clerc creva donc sous le poids du vif-argent, et son cadavre devint noir comme le dos d’une taupe. Un diable avait certainement passé par là, mais lequel ? Etait-ce Astaroth ?

— Cet estimable jeune homme a été emporté dans la planète de Mercure, dit le premier clerc à un démonologue allemand qui vint prendre des renseignements sur cette affaire.

— Je le croirais volontiers, répondit l’Allemand.

— Ha !

— Oui, monsieur, reprit l’Allemand, cette opinion s’accorde avec les propres paroles de Jacob Boehm, en sa quarante-huitième proposition sur la TRIPLE VIE DE L’HOMME, où il est dit que si Dieu a opéré toutes choses par le FIAT, le FIAT est la secrète matrice qui comprend et saisit la nature que forme l’esprit né de Mercure et de Dieu.

— Vous dites, monsieur ?

L’Allemand répéta sa phrase.

— Nous ne connaissons pas, dirent les clercs.

— Fiat ?… dit un clerc, fiat lux !

— Vous pouvez vous convaincre de la vérité de cette citation, reprit l’Allemand en lisant la phrase dans la page 75 du Traité de la TRIPLE VIE DE L’HOMME imprimé en 1809, chez monsieur Migneret, et traduit par un philosophe, grand admirateur de l’illustre cordonnier.

— Ha ! il était cordonnier, dit le premier clerc. Voyez-vous ça !

— En Prusse ! reprit l’Allemand.

— Travaillait-il pour le roi ? dit un béotien de second clerc.

— Il aurait dû mettre des béquets à ses phrases, dit le troisième clerc.

— Cet homme est pyramidal, s’écria le quatrième clerc en montrant l’Allemand.

Quoiqu’il fût un démonologue de première force, l’étranger ne savait pas quels mauvais diables sont les clercs ; il s’en alla, ne comprenant rien à leurs plaisanteries, et convaincu que ces jeunes gens trouvaient Boehme un génie pyramidal.

— Il y a de l’instruction en France, se dit-il.

Paris, 1835 »

nul n’entre ici s’il ne se soumet à la discipline fonctorielle

Un foncteur est un morphisme reliant deux catégories, c’est à dire un « passage » de l’une à l’autre respectant la structure.

La notion de « morphisme » est fondamentale en théorie des catégories, du point de vue philosophique aussi bien que mathématique.

Dans une catégorie on a deux sortes d’entités : les objets, et les morphismes reliant les objets entre eux.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_cat%C3%A9gories

Une catégorie \mathcal C, dans le langage de la théorie des classes, est la donnée de quatre éléments :

  • Une classe dont les éléments sont appelés objets ;
  • Un ensemble \mathrm{Hom}\big(A,B \big), pour chaque paire d’objets \quad A   et  \quad B, dont les éléments \quad f sont appelés morphismes (ou flèches) entre \quad A et \quad B, et sont parfois notés f:A\rightarrow\; B ;
  • Un morphisme \mathrm{id}_A:A\rightarrow\;A, pour chaque objet \quad A, appelé identité sur \quad A ;
  • Un morphisme g\circ f:A\rightarrow\;C pour toute paire de morphismes f:A\rightarrow\;B  et g:B\rightarrow\;C, appelé composée de \quad f et \quad g, tel que :
  • la composition est associative : pour tous morphismes f:c\rightarrow\;d, g:b\rightarrow\;c   et   h:a\rightarrow\;b,
(f\circ g)\circ h=f\circ(g\circ h) ;
  • les identités sont des éléments neutres de la composition : pour tout morphisme f:A\rightarrow\;B,
\mathrm{id}_B\circ f=f=f\circ\mathrm{id}_{A}.

On demande aussi que : \mathrm {Hom} (A, B) \cap \mathrm {Hom} (C, D) = \varnothing   si  \big(A, B\big)\neq \big(C, D\big).

Les catégories peuvent elles mêmes être les « objets » de nouvelles catégories, qui seront des catégories de catégories ; les morphismes, ou flèches, reliant les objets de ces nouvelles catégories, seront alors des foncteurs.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Foncteur

un foncteur respecte la structure parce qu’il envoie les morphismes identité sur les morphismes identité et conserve la composition des flèches d’une catégorie à l’autre :

« Un foncteur (ou foncteur covariant) F : \mathcal C\to\mathcal D d’une catégorie \mathcal C dans une catégorie \mathcal D est la donnée

  • d’une fonction qui, à tout objet A de \mathcal C, associe un objet \displaystyle F(A) de \mathcal D,
  • d’une fonction qui, à tout morphisme f : A \to B de \mathcal C, associe un morphisme F(f) : F(A)\rightarrow F(B) de \mathcal D,

qui

  • respectent les identités : pour tout objet A de \mathcal C,
\displaystyle F(\mathrm{Id}_A)=\mathrm {Id}_{F(A)} ,
  • respectent la composition : pour tous objets A, B et C et morphismes f : A \to B et g : B \to C de \mathcal C,
F(g\circ f)=F(g)\circ F(f).

Un foncteur contravariant G d’une catégorie \mathcal C dans une catégorie \mathcal D est un foncteur covariant de la catégorie opposée \mathcal C^{\mathrm{op}} dans \mathcal D (à tout morphisme f : A \to B de \mathcal C il associe donc un morphisme G(f) : G(B)\to G(A) de \mathcal D, et on a la « relation de compatibilité » G(g\circ f)=G(f)\circ G(g)).

On voit immédiatement que l’image d’un isomorphisme par un foncteur est un isomorphisme. »

Toute structure mathématique peut être vue comme une catégorie : ainsi un ensemble est une catégorie où il n’y a pas de flèches entre les objets; un foncteur entre deux ensembles est alors simplement une fonction.

De même un foncteur entre deux groupes (considérés comme catégories) est en fait un homomorphisme de groupes (conservant l’élément neutre et la composition).

 » La classe Grp des groupes comprend tous les objets ayant une « structure de groupe ». Plus précisément, Grp comprend tous les ensembles G munis d’une opération qui satisfait un certain ensemble d’axiomes (associativité, inversibilité, élément neutre). Des théorèmes peuvent ainsi être prouvés en effectuant des déductions logiques à partir de cet ensemble d’axiomes. Par exemple, ils apportent la preuve directe que l’élément identitéd’un groupe est unique.

Au lieu d’étudier simplement l’objet seul (les groupes) qui possède une structure donnée, comme les théories mathématiques l’ont toujours fait, la théorie des catégories met l’accent sur les morphismes et les processus qui préservent la structure entre deux objets. Il apparaît qu’en étudiant ces morphismes l’on est capable d’en apprendre plus sur la structure des objets.

Dans notre exemple, les morphismes étudiés sont les homomorphismes de groupes. Un homomorphisme de groupe entre deux groupes préserve la structure de groupe d’une manière très précise ; c’est un processus qui à un groupe en associe un autre, tout en préservant toutes les informations sur la structure du premier groupe au sein du second groupe. Ainsi :

  • à chaque élément x du groupe de départ est associé un élément f(x)du groupe d’arrivée ;
  • à chaque opération x \bullet y du groupe de départ est associée une opération f(x \bullet y) = f(x) \star f(y) du groupe d’arrivée.

Une manière équivalente de décrire cette préservation de structure est de dire que toutes les manières d’aller du couple d’éléments quelconques (x, y) à f(x) \star f(y) mènent au même résultat :

  • on peut d’abord aller de (x, y) à x \bullet y par la loi de composition \bullet, puis de x \bullet y à f(x \bullet y) par le morphisme f ;
  • ou bien l’on peut aller d’abord de (x, y) à (f(x), f(y)) par le morphisme f, puis de (f(x), f(y)) à f(x) \star f(y) par la loi de composition \star.

Pour dire que tous ces chemins mènent au même résultat, on peut énoncer que le diagramme qui les représente est commutatif, ou que f(x \bullet y) = f(x) \star f(y).

L’étude des homomorphismes de groupe fournit un outil pour étudier les propriétés générales des groupes et les conséquences des axiomes relatifs aux groupes. »

Il y a donc  la catégorie des groupes, ayant pour objets les groupes et pour morphismes les homomorphismes de groupes, mais un groupe particulier G peut être vu comme une catégorie à un seul objet, qui sera confondu avec le groupe et sera donc noté G.

Les éléments du groupe seront les morphismes, qui ne peuvent relier que G à G puisqu’il n’y a que ce seul objet, la composition des morphismes s’identifiera avec la composition des éléments du groupe, et le morphisme identité sera l’élément neutre. On voit alors immédiatement qu’un foncteur entre deux groupes G et H considérés comme catégories est tout simplement la même chose qu’un homomorphisme entre les deux groupes, considérés comme ensembles munis d’une loi de composition et d’un élément neutre.

On traduira et généralisera cela en disant que la notion de foncteur est la catégorification horizontale de celle d’homomorphisme , voir :

http://ncatlab.org/nlab/show/horizontal+categorification

La théorie des catégories met l’accent sur les morphismes, les transformations, plutôt que sur les objets, les substances.

A tel point que l’on peut même exposer la théorie en se passant de la notion d’objet, en idnetifiant un objet avec son morphisme identité; une catégorie C quelconque  est alors identitifée avec son foncteur Identité

Id : C ———> C  est identifié à C

comment ne pas voir qu’un foncteur, et plus généralement un morphisme, a à voir avec la notion de transformation, et donc de temps, d’évolution temporelle…

Si je puis parler de l’évolution d’un être vivant, ou d’une chose, ou d’un objet abstrait (une théorie, ou même un autre « objet » plus général) dans le temps, c’est bien que je puis parler de la « même chose » (mais changée, ayant évolué) à deux instants différents du temps; il doit donc y avoir un « foncteur temporel » faisant passer l’objet qui est la chose d’un état correspondant à l’instant 1 à l’état correspondant à l’instant 2.

La théorie des catégories met l’accent sur le temps, la transformation, elle est « héraclitéenne » plutôt que « parménidienne » , parce que le temps, qui correspond aux « objets » de l’esprit, est plus fondamental que l’espace.

Au fond, l’espace n’est qu’une abstraction, une « coupe instantanée » prise sur la devenir, qui seul est réel : quand vous regardez le ciel étoilé nocturne, vous regardez en fait dans le temps, dans le passé.

La notion de « substance », d’entité qui reste « la même » au cours du temps, provient du caractère fonctoriel du temps, qui « conserve » des invariants structurels : ainsi si je suis « le même personnage » qu’il y a un an (tout en étant plus vieux d’un an, et ayant changé donc), c’est que le foncteur du temps a conservé ma structure profonde, et pas seulement le squelette du corps.

Que le temps, l’élément spirituel, soit « conversion vers l’un » n’empêche pas qu’il ne puisse devenir exactement l’inverse pour les damnés de la terre : l’enfer, la damnation ne se situe pas dans un « outre-monde », mais ici, et il consiste en l’inversion du caractère « bon »‘ du Temps !

au lieu d’être conversion à l’un, celui ci est pour les damnés dispersion accélérée dans le multiple des « préoccupations », des désirs, des envies, des ressentiments, des frustrations.

Là encore, Balzac est le peintre de génie de cette réalité sordide et démoniaque : que l’on songe au Baron Hulot (dans « La cousine Bette » ), qui avec l’âge est de plus en plus obsédé par le sexe, et l’envie forcenée de « trousser des jeunes filles »…on en connaît des exemples de nos jours, n’est ce pas ?

tel est l’enfer sur Terre, ou l’une de ses formes, et telel est l’explication rationnelle, philosophique, des mythes chrétiens, dans leur sublimité souvent incompirse des foules qui s’en réclament !

La « conversion vers l’un », la fidélité au caractère « bon » du temps, ce n’est rien d’autre que la sagesse de Brunschvicg qui fait trouver la vie « absolument bonne » :

« la vie est bonne, absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité et de la mort »

seulement si l’ on n’a pas su renoncer à la mort,  si la vieillesse coïncide avec la dispersion dans la multiplicité chaotique des désirs et des pulsions, alors il n’est pas vrai que la vie est bonne : elle est au contraire absolument infernale !

On trouve une application de ces réflexions  sur lees foncteurs et morphismes comme modèles de l’volution temporelle dans cet article de Louis Crane :

http://arxiv.org/pdf/hep-th/9301061v1.pdf

voir page 2 : un « état de l’univers » en gravité quantique est dans ce schéma un foncteur de la catégorie des observations (définie page 2, un observateur est formalisé par une variété différentielle ) dans la catégorie des espaces vectoriels. Un état coîncide alors avec une TQFT (« topological quantum field theory »)

L’évolution temporelle entre deux états, qui sont deux focnteurs, est alors modélisée par un « morphisme de foncteurs », appelée « transformation naturelle »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_naturelle

C’est là une notion extrêmement importante, un peu dure à « capter » au début, mais finalement assez simple :

« Soient C et D deux catégories, F et G deux foncteurs covariants de C dans D. Une transformation naturelle η de F vers G est la donnée, pour tout objet X de C, d’un morphisme de D :

\eta_X : F(X) \rightarrow G(X),telle que pour tous objets X et Y de C et tout morphisme f de X dans Y, le diagramme suivant soit commutatif  :

NaturalTransformation-01.png

On peut de même définir la notion de transformation naturelle entre deux foncteurs contravariants en inversant uniquement le sens des flèches horizontales du diagramme ci-dessus.

Si pour tout objet X de C, \eta_X est un isomorphisme, on dit que \eta est une équivalence naturelle ou un isomorphisme naturel. »

Ainsi, en faisant le lien avec le texte de Wronski étudié hier :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/05/23/wronski-introduction-a-la-philosophie-des-mathematiques/

on peut dire que les « objets » d’une catégorie sont liés à la notion d’espace, de « coupe transversale » d’un processus semblant l’immobiliser (que l’on songe à la fameuse scène de « Vertigo » où James Stewart et Kim Novak se promenant en forêt se penchent sur un arbre coupé où l’on « voit spatialement » le déroulement du temps depuis sa naissance jusqu’à sa coupe)

Les morphismes (et foncteurs, et transformations naturelles) sont liés au temps.

https://twitter.com/philotopos/statuses/204650900382425089

le temps est tension, mouvement des étants vers l’Un, conversion ; l’espace est principe de dispersion, de multiplicité, procession.

Un autre lien important avec l’oeuvre mathématique de Wronski concerne les déterminants (de matrices, en algèbre linéaire) , qui sont les fonctions Schin de Wronski.

Or un déterminant peut être vu comme une transformation naturelle entre deux foncteurs :

http://www.case.edu/artsci/math/wells/pub/pdf/ttt.pdf

(voir page 14-15 du livre, pages 27-28 du document pdf ayant 303 pages)

Wronski : introduction à la philosophie des mathématiques

http://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=mdp.39015067101579

début de l’ouvrage page 1 :

http://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=mdp.39015067101579;page=root;view=image;size=100;seq=19;num=1;orient=0
« LE monde physique présente, dans la causalite non intelligente,
dans la nature, deux objets distincts : l’un, qui est la forme et la
manière d’être ; l’autre, qui est le contenu, l’essence même de
l’action physique.
La déduction de cette dualité de la nature, appartient à la Philo-
sophie : nous, nous contenterons ici d’en indiquer l’origine trans-
cendantale.–Elle consiste dans la dualité des lois de notre savoir,
et nommément dans la diversité qui se trouve entre les lois trans-
cendantales de la sensibilité (de la réceptivité de notre savoir), et
les lois transcendantales de l’entendement ( de la spontanéité ou de
l’activité de notre savoir). C’est, en effet, dans la diversité qui ré-
sulte de l’application de ces lois aux phénomènes donnés à pos-
teriori , que consiste la dualité de l’aspect sous lequel se présente
la nature; dualité que nous rangeons, conduits de nouveau par des
lois transcendantales, sous les conceptions de forme et de contenu
du monde physique.
Or la forme, la manière d’être de la nature ou du monde phy-
sique, est l’objet général des MATHÉMATIQUES; et son contenu, son
essence même, est l’objet général de la PHYSIQUE. — Mais, laissons
cette dernière, pour ne nous occuper ici que des Mathématiques.
La forme du monde physique, qui résulte de l’application des
lois transcendantales de la sensibilité aux phénomènes donnés à
posteriori, est le temps, pour tous les objets physiques eu général,
et l’ espace, pour les objets physiques extérieurs. — Ce sont donc
les lois du temps et de l’espace, en considérant ces derniers comme

appartenant au monde physique donné à posteriori, qui font le véri-
table objet des Mathematiques (*).
Telle est d’abord la détermination de l’objet en question, donnée
par la Philosophie en général, et nommément par l’Architectonique
du savoir humain. — La détermination ultérieure de cet objet,
appartient à la Philosophie des Mathématiques.
Cette dernière Philosophie a pour but l’application des lois pures
du savoir, transcendantales et logiques, à l’objet général des sciences
dont il s’agit, à l’objet général tel que nous venons de le déter-
miner ; et elle doit ainsi, suivant cette idée, déduire, par une voie
subjective, les lois premières des Mathématiques, ou leurs principes
philosophiques. — Les Mathématiques elles-mêmes partent de ces
principes, et en déduisent, par une voie purement objective , sans
remonter jusqu’aux lois intellectuelles, les propositions dont l’en-
semble fait l’objet de ces sciences.
Pour mieux approfondir la nature de la Philosophie des Mathé-
matiques, il faut savoir qu’il existe, pour les fonctions intellectuelles
de l’homme, des lois déterminées. Ces lois, transcendantales et
logiques , caractérisent l’intelligence humaine, ou plutôt constituent
la nature même du savoir de l’homme. Or, en appliquant ces lois,
prises dans leur pureté subjective, à l’objet général des Mathé-
matiques^ la forme du monde physique, il en résulte, dans le
domaine de notre savoir, un système de lois particulières, qui ré-
gissent les fonctions intellectuelles spéciales portant sur l’objet de
cette application, sur le temps et l’espace. — Ce sont ces lois par-
ticulières qui constituent les principes philosophiques des Mathé-
matiques, principes que nous avons nommés. — Il faut encore re-
marquer que, suivant cette exposition de la Philosophie des Mathé-
matiques , cette Philosophie donne, en même temps, l’explication

des phenomènes intellectuels que présentent les sciences mathéma-
tiques : en effet, l’ensemble de ces sciences forme un certain ordre
de fonctions intellectuelles, et ces fonctions sont de véritables phé-
nomènes; de manière que les lois de ces fonctions, qui sont, en
même temps, les lois de ces phénomènes, contiennent la condi-
tion de la possibilité de ces derniers, et donnent, par là, leur expli-
cation philosophique. »

à quoi Wronski ajoute en note page 2 :

« (*) Nous devons observer ici, pour les Philosophes, que nous dirons expressé-
ment que les Mathématiques ont pour objet les lois du temps et de l’espace, en
considérant ces derniers objectivement, c’est-à-dire, comme appartenant au monde
physique, donné à posteriori, et non subjectivement, comme lois transcendantales
de notre savoir, données à priori. — Les intuitions du temps et de l’espace , con-
sidérées sous ce dernier point de vue , font l’ objet de la Philosophie elle-même , et
spécialement de l’Esthétique transcendantale »

Cette « Introduction à la philosophie des mathématiques » date de 1811, elle est idsponible aussi sur Google :

http://books.google.fr/books?id=GeBJAAAAMAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

c’est un livre de jeunesse donc, se situant dans la veine du premier ouvrage de Wrsonki, en 1803, sur la « Philosophie critique découverte par Kant » :

http://balzacwronskimessianisme.wordpress.com/2012/04/06/wronski-philosophie-critique-decouverte-par-kant/

On raconte que Wronski, vers les années 1820, voulut un jour se rendre à Londres, il déposa donc une demande auprès de la préfecture de Police , et le fonctioonaire zélé qui s’acquitta de l’enquête à son propos nota uniquement ceci :

« ce n’est pas un fou dangereux »

et permission lui fut accordée de voyager !

eh bien oui ! je persiste et signe !

Wronski est selon moi l’un des philosophes ET mathématiciens les plus importants, et il est symptomatiques des temps de la Restauration (qui sont ceux des « Illusions perdues » de Balzac, voir :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/05/07/un-fameux-passage-des-illusions-perdues/  )

que la pensée de ce génie, sans doute aussi élevé que celui de Grothendieck, soit tournée en dérision par un bureaucrate aux ordres !

certes on doit convenir que la lourdeur de son expression, les redites, les longueurs, le style ampoulé, rendent  la plupart de ses ouvrages  presqu’ illisibles , et c’est bien dommage !

Il a totalement manqué , en mathématiques, le virage galoisien (pourtant il était contemporain de Galois) vers la théorie des groupes et des structures, et la mathématique a totalement changé de visage depuis son époque, aussi ses « lois absolues » sont elles devenues complètement…caduques!

Au fond, quel peut être un usage valide de Wronski et de son « messianisme » ?

à peu près le même que celui de l’Evangile pour le « christianisme des philosophes » : élaguer, élaguer, élaguer, et séparer le bon grain (spirituel) de l’ivraie (des fables et des « histoires »).

Il suffit d’envever du messianisme de Wronski tout ce qui est par trop … messianique : je veux dire par là que le messianisme ne se situe pas dans le futur imminent ou pas; le messianisme est « internel », ce qui veut dire qu’il arrive, par définition !

L’élément messianique, c’est ce qui est toujours « en instance d’arriver », de façon transcendantale !

ou encore : « il n’y aura pas d’épiphanie de la vérité » déclare Badiou ?

certes car la Vérité, c’est l’épiphanie !

la note en page 2 de Wronski est importante, car elle départage la philosophie de la mathématique.

La « loi de création » de Wronski est merveilleuse, mais elle n’a qu’un seul défaut : son bouclage , son statut « définitif » !

Nous refusons de parler de « transcendance », mais le transcendement, le « mouvement pour aller plus loin » de Malebranche, comme l’ignorer ?

 

La « voie » est pour nous l’acheminement de la conscience du multiple à l’un : la multiplicité pure est la matière, la « Materie » de l’Esthétique transcendantale de Kant, pure diversité, multiplicité « inconsistante » de Cantor et Badiou « en amont » du compte-pour-un ensembliste.

Nous retrouvons là la conception scolastique de la matière première comme principe d’individuation.

La philosophie commence avec les lois transcendantales des formes de l’espace et du temps considérés comme « a priori ».

elle passe ensuite le relais à la mathématique comme science des formes de l’espace et du temps mais considérés « a posteriori », phénoménalement.

Le problème du partage entre physique et mathématique est évidemment plus complexe que la simple séparation entre forme et contenu dont parle Wronski : la physique moderne traite de notre action (par le biais d’appareils fort complexes, comme des accélérateurs de particules) sur « la matière », et non pas sur « la matière » brute (qui est la multiplicité inconsistante), c’est pour cela qu’elle peut être mathématisée, notamment par la théorie des groupes de symétrie, qui se branche directement sur les « symétries » de nos actes et expériences.

Mais ce qui est important dans cette histoire, c’est que la mathématisation , une fois lancée, opère toute seule par la montée vers l’Absolu des « structures » de plus en plus complexes : ensembles, catégories, 2-catégories, etc..

Il suffit à la philosophie de suivre et de … réfléchir ce processus intellectuel qui semble marcher tout seul. 

Nous décrivons cela par un modèle fonctoriel entre « élément-être » et « élément-savoir » à la Wronski.

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/25/la-loi-de-creation-de-wronski-et-la-theorie-des-categories/

Il nous faut maintenant entrer dans la « jungle » où se trouve « la chose même » , qui est le paradis que non pas Cantor, mais Eilenberg et Mac Lane ont créé pour nous en 1945 :

http://en.wikipedia.org/wiki/Category_theory

http://en.wikipedia.org/wiki/Samuel_Eilenberg

http://en.wikipedia.org/wiki/Saunders_Mac_Lane

Oui, il nous faut « descendre » et nous mouiller : nous ne pouvons pas nous contenter, pour un tel travail, de rester des « aviateurs » et de survoler ces « terres » … nous laissons cela à MBK et ses nouveaux amis.

Certes nous ne renions pas ce que nous avons dit ici :

http://sedenion.blogg.org/date-2009-03-11-billet-990890.html

La mathesis universalis est « vol de l’aigle » , elle est de nature unitive et non pas encyclopédique; elle est semblable à ce « vol d’un avion » dont parle Whitehead au début de « Process and reality » … seulement pour décoller, l’avion doit atterrir, et réciproquement…

la dualité de l’Etre et de l’Un

le terme « toposophists », ou « toposophers », est en provenance des « working mathematicians » dans la théorie des catégories, il possède sans doute une nuance « humoristique »…

bien entendu je ne suis pas digne de délier le lacet de la chaussure de ces grands Travailleurs, héros de la pensée pure, mais je me risquerai ici à emprunter ce terme pour désigner une nouvelle « discipline », ou plutôt le projet d’une telle innovation, qui est en dehors du strict domaine mathématique (sinon ce blog serait sans aucun intérêt, face aux centaines d’autres qui en restent à ce domaine), et vise à fonder une philosophie enfin entièrement « scientifique » et rigoureuse.

En un mot comme en cent : la toposophie consiste à utiliser la force-de-pensée (terme emprunté à François Laruelle) ou , disons,  la puissance de la pensée « solide » des mathématiques (et principalement de la théorie des topoi et des topoi supérieurs, ou n-topoi), pour fonder cette nouvelle et définitive philosophie, censée réaliser le vieux projet de Mathesis universalis cartésien et leibnizien, ou celui de « messianisme » de Wronski, en une union absolue de la science, de la philosophie et de la religion (appelée « christianisme de philosophes », et devant dépasser les logoi chrétiens et juifs en une fondation péremptoire de la Vérité sur la Terre, en une âme et un corps).

Donnons ici un premier exemple , très simple, dérivé presqu’ immédiatement des indications que j’ai données ici ou là sur l’essence fonctorielle de la loi de création de Wronski.

On sait que j’ai remplacé le vieux fatras métaphysique et « onto-théologique » de l’Etre et de l’Un par l’immanence duelle de deux orientations radicalement opposées de la pensée : selon l’Etre et selon l’Un.

J’ai aussi donné les références des travaux, extrêmement importants à mon sens, de Franck Jedrzejewski sur les diagrammes et les catégories :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/24/en-france-du-nouveau-franck-jedrzejewski-diagrammes-et-categories-these-et-introduction/

travaux de lecture assez « difficile » pour ceux qui ne sont pas habitués à la strict discipline du Mathème, de cette « mathématique sévère » qu’invoquait Lautréamont, mais pour lesquels nous avons heureusement une « introduction » en 6 pages très denses :

http://nessie-philo.com/Files/jedrzejewski_dcintro.pdf

notez la différence des attitudes entre les deux « femmes » qui tentent d’orienter l’Amoureux (aucun rapport avec la future ex-présidente de France et ses chansons niaises) de la Lame VI du Tarot : la femme de gauche est la mathématique sévère et austère, elle ne promet aucun vil plaisir, mais une joie continue et souveraine acquise au prix d’un travail très long et très dur : celle de droite invite l’Amoureux à  « se rendre dans une vile maison suspecte se plonger dans le bourbier des voluptés dangereuses » , pour reprendre les termes balzaciens des « Illusions perdues »…nul doute que si le Tarot était « moderne », il la représenterait seins nus, et la main tripotant l’Amoureux un peu plus bas!

Vénus des carrefours !

mais l’Amoureux (nous tous, et nous toutes, car le sexe perd sa prédominance dans le domaine de l’Esprit) est libre de choisir le sang, la sueur et les larmes, ou bien… d’autres fluides, ceux que le général Jack Ripper appelle « précieux fluides naturels » dans « Dr Strangelove » de Kubrick…

mais revenons aux topoi et aux Saintes catégories !

attachons nous ici aux deux derniers piliers de ce quadrilatère épistémique de Franck  Jedrzejewski, à savoir l’universalité et la dualité.

J’ai déjà indiqué la nature entièrement différente de l’universalisme de la pensée catégorique par rapport à celui, dérivant en matérialisme et communautarisme, de la pensée ensembliste :

http://leserpentvert.wordpress.com/universalisme-abstrait-ou-concret/

aussi me contenterai je ici de souligner la simplification et le clarification conceptuelle (sens auquel aurait dû se limiter l’Aufklärung) qu’apporte la théorie des catégories :

-la dualité consiste à inverser le sens des flèches dans une catégorie

– l’universalité (des constructions appelées « universelles » en théorie des catégories) c’est quand il n’y a qu’une seule flèche possible pour « boucler », ou « faire commuter », un diagramme.

Voir la thèse de Franck Jedrzejewski pour plus de précisions, ou bien ces liens :

http://ncatlab.org/nlab/show/universal+construction

http://en.wikipedia.org/wiki/Universal_property

mais donnons dès maintenant un exemple qui servira par la suite à de nombreuses reprises : celle des notions catégoriques généralisant le produit (la multiplication des nombres) et la notion duale de coproduit, généralisant la somme (l’addition des nombres).

http://en.wikipedia.org/wiki/Product_(category_theory)

La figure suivante est un diagramme dont la « limite » donne le produit  :

Universal product of the product
 
et la flèche f  unique (à un isomorphisme près) en pointillé faisant « commuter » le diagramme est le produit des deux morphismes f1 et f2
 
La précision « à un isomorphisme près » est importante , c’est toujours le cas pour une construction universelle; rappelons qu’un isomorphisme est tout simplement une flèche inversible :
 
« Dans une catégorie C, un isomorphisme est un morphisme f:A\to B tel qu’il existe un morphisme g:B\to A qui soit « inverse » de f à la fois à gauche (g\circ f=\mathrm{id}_A) et à droite (f\circ g=\mathrm{id}_B).Il suffit pour cela que f possède d’une part un « inverse à gauche » g et d’autre part un « inverse à droite » h. En effet, on a alors

g=g\circ\mathrm{id}_B=g\circ(f\circ h)=(g\circ f)\circ h=\mathrm{id}_A\circ h=h,

ce qui prouve en outre l’unicité de l’inverse »

la notion duale de celle du produit est le coproduit, qui appliqué aux nombres donne la somme, l’addition :

http://en.wikipedia.org/wiki/Coproduct

Coproduct-03.png
 
le produit est un exemple de la limite d’un diagramme, le coproduit un exemple de colimite :
 
signalons dès à présent une aporie entre ces notions modernes et la loi de création de Wronski appliquée aux mathématiques : selon lui, le produit est l’élément neutre, la somme et l’exponientiation sont EE et ES, or on attendrait que la somme soit duale du produit, et donc que l’exponentiation soit l’élément neutre EN
 
à creuser plus tard…
 
remarquons aussi que le terme, catégorique, de « problème universel » appartient à la terminologie de Wronski, où il désigne un objet de la loi de création…à creuser plus tard là aussi !
 

La thèse, cruciale à mon avis, de Franck Jedrzejewski, sur la dualité de l’Etre et de l’Un, prend alors selon le cadre de pensée que nous venons de définir, et qui s’appuie sur la « solidité » et la rigueur de la pensée mathématique tout en sortant du champ strictement mathématique, prend alors un sens très simple.

Nous avons défini les trois éléments primordiaux de Wronski : élément-être, élément-savoir et élément neutre comme une adjonction de foncteurs reliant deux « catégories » jouant le rôle de EE (élément-être) et ES (élément-savoir):

EE   ⇄  ES

Mais ceci n’est qu’une définition-projet, ou proposition hypothétique de définition ; nous pourrions aussi retenir tous les foncteurs entre les deux catégories.

La « pensée selon l’Un », par laquelle nous remplaçons, dans un cadre de stricte immanence, l’hénologie et l’Un « ineffable », cela consiste à retenir les foncteurs orientés de EE vers ES.

La « pensée selon l’Etre » cela consiste à inverser le sens des flèches (des foncteurs) et à ne garder que ceux orientés de ES vers EE.

Ces deux « pensées », qui remplacent pour nous les « ineffables » métaphysiques que sont l’Etre et l’Un, sont alors automatiquement duales au sens de la mathématique !

puisque la dualité, c’est quand on inverse le sens des flèches !

rappelons tout de même (deux précautions valent mieux qu’une) que nous sommes là sortis du champ mathématique : nous serions bien en peine de donner une définition mathématique des deux catégories EE et ES !

puisque ce sont là deux « éléments primitifs » au sens de Wronski, de nature transcendantale donc, et qui ne seront jamais « objets », mathématiques ou non…

mais le sens immanent de ces notions est clair :

penser selon l’Etre, c’est s’orienter de ES vers EE, donc « descendre » des niveaux « plus unifiés » vers le niveau (impensable) de la multiplicité dite « pure », ou « inconsistante ».

penser selon l’UN, c’est, au contraire, et en sens inverse (d’où notre vocabulaire mathématique-catégorique) , « monter » des niveaux « bas », pris dans le multiple, vers les niveaux « plus hauts », « supérieurs », plus unifiés.

Expliquer, donner du sens, de l’intelligibilité, c’est toujours résoudre une multiplicité en une unité (provisoire); analyser, c’est aller en sens inverse, résoudre une « unité » (apparente) en ses composantes, pour progresser en connaissances..

les deux mouvements sont nécessaires !

ceci rappelle évidemment l’interprétation que j’avais donnée, en termes disons plus poétiques (ou plutôt prosaïques) de l’Echelle de Jacob :

http://www.blogg.org/blog-30140-billet-suave_mari_magno-1121061.html

http://www.blogg.org/blog-30140-billet-le_second_degre_de_l_echelle_de_jacob___amour_universel-1121364.html

mais je préfère laisser la parole aux vrais poètes, à Lamartine et à cette immense chef d’oeuvre qu’est « La chute d’un ange » :

http://fr.wikisource.org/wiki/La_Chute_d%E2%80%99un_Ange

et à la fin, d’une beauté terrible (15 ème vision) :

A l’immobilité de ce funèbre groupe
Il reconnut la mort ! et, renversant la coupe,
Il regarda couler sa vie avec cette eau,
Comme un désespéré son sang sous le couteau !
Puis, se roulant aux pieds des êtres qu’il adore,
Et frappant de ses poings sa poitrine sonore,
Pour courir autour d’eux bientôt se relevant,
Tel qu’un taureau qui fait de la poussière au vent,
Il ramassait du sable en sa main indignée ;
Et contre un ciel d’airain le lançant à poignée,
Comme l’insulte au front que l’on veut offenser,
Il eût voulu tenir son cœur pour le lancer !

« O terre ! criait-il, ô marâtre de l’homme !
Sois maudite à jamais dans le nom qui te nomme !
Dans tout brin de ton sable, et tout brin de gazon
D’où la vie et l’esprit sortent comme un poison !
Dans la séve de mort qui sous ta peau circule,
Dans l’onde qui t’abreuve et le feu qui te brûle,
Dans l’air empoisonné que tu fais respirer
A l’être, ton jouet, qui naît pour expirer !
Dans ses os, dans sa chair, dans son sang, dans sa fibre,
Où le sens du supplice est le seul sens qui vibre !
Où de tout cœur humain les palpitations
Ne sont de la douleur que les pulsations !
Où l’homme, cet enfant d’outrageante ironie,
Ne mesure son temps que par son agonie !
Où ce souffle animé, qui s’exhale un moment,
Ne se connaît esprit qu’à son gémissement !
Tout être que de toi l’inconnu fait éclore .
Gémit en t’arrivant, en s’en allant t’abhorre !
Nul homme ne se lève un jour de son séant
Que pour frapper du pied et pleurer le néant !
Que maudite à jamais, qu’à jamais effacée,
Soit l’heure lamentable où je t’ai traversée !
Que ta fange m’oublie et ne conserve pas
Une heure seulement la trace de mes pas !
Que le vent, qui te touche à regret de ses ailes,
De nos corps consumés disperse les parcelles !
Que sur ta face, ô terre ! il ne reste de moi
Que l’imprécation que je jette sur toi ! »

Pour unique réponse à son mortel délire,
L’air muet retentit d’un long éclat de rire.
Derrière un monticule il vit de près surgir
Les fronts de cinq géants et du traître Stagyr.
« Meurs, lui crièrent-ils, vile brute aux traits d’ange !
Ta force nous vainquit, mais la fourbe nous venge.
Laissons cette pâture aux chacals des déserts ;
Sa mort nous laisse dieux, et l’homme attend nos fers ! »
Ils dirent ; et tournant le dos, ils disparurent,
Et leurs voix par degrés sur le désert moururent.

Cédar, dont leur mépris fut le dernier adieu,
A cet excès d’horreur se dressa contre Dieu.
Tout l’univers tourna dans sa tête insensée ;
Il n’eut plus qu’une soif, un but, une pensée :
Anéantir son cœur et le jeter au vent.
Comme un gladiateur blessé se relevant,
Il cueillit sur les flancs arides des collines
Une immense moisson de ronces et d’épines
Autour du groupe mort où son pied les roula,
En bûcher circulaire il les accumula ;
Puis, prenant dans ses bras ses enfants et sa femme,
Ces trois morts sur le cœur, il attendit la flamme.

La flamme, en serpentant dans l’énorme foyer
Que le vent du désert fit bientôt ondoyer,
Comme une mer qui monte au naufrage animée,
L’ensevelit vivant sous des flots de fumée.
L’édifice de feu par degrés s’affaissa.
Du ciel sur cette flamme un esprit s’abaissa,
Et d’une aile irritée éparpillant la cendre :
« Va ! descends, cria-t-il, toi qui voulus descendre !
Mesure, esprit tombé, ta chute et ton remord !
Dis le goût de la vie et celui de la mort !
Tu ne remonteras au ciel qui te vit naître
Que par les cent degrés de l’échelle de l’être,
Et chacun en montant te brûlera le pied ;
Et ton crime d’amour ne peut être expié.
Qu’après que cette cendre aux quatre vents semée,
Par le temps réunie et par Dieu ranimée,
Pour faire à ton esprit de nouveaux vêtements
Aura repris ton corps à tous les éléments,
Et, prêtant à ton âme une enveloppe neuve,
Renouvelé neuf fois ta vie et ton épreuve ;
A moins que le pardon, justice de l’amour.
Ne descende vivant dans ce mortel séjour ! »

L’ouragan, à ces mots se levant sur la plaine,
Souffla sur le bûcher de toute son haleine,
Et dispersa la cendre en pâles tourbillons,
Comme un semeur, l’hiver, la semence aux sillons.
L’immobile désert sentit frémir sa poudre,
L’occident se couvrit de menace et de foudre ;
Des nuages pesants, pleins de tonnerre et d’eau,
Posèrent sur les monts comme un sombre fardeau ;
L’homme, le front levé vers la céleste voûte,
Du déluge sentit une première goutte.

 
voici le double mouvement :
Va ! descends, cria-t-il, toi qui voulus descendre !
Mesure, esprit tombé, ta chute et ton remord !
Dis le goût de la vie et celui de la mort !
Tu ne remonteras au ciel qui te vit naître
Que par les cent degrés de l’échelle de l’être,
Et chacun en montant te brûlera le pied ;
 
l’épilogue qui vient juste après, et clôture le livre, a l’apparence et la nature d’une retombée :
« Et le vieillard finit en disant : « Gloire à Dieu !
Dieu, seul commencement, seule fin, seul milieu,
Seule explication du ciel et de la terre,
Seule clef de l’esprit pour ouvrir tout mystère ! »
Il étendit la main pour l’invoquer sur nous !
Nous pliâmes, contrits, nos fronts et nos genoux ;
Comme un homme qui craint de renverser un vase,
Nous sortîmes muets de l’antre de l’extase.
Le navire aux mâts nus, endormi sur les flots,
A l’ombre du Liban berçait nos matelots.
Sous la vergue où le câble avait roulé les voiles,
L’hirondelle du bord en becquetait les toiles.
Le sifflet réveilla le pilote dormant,
Et le vaisseau reprit son sillage écumant »
 
 
 

 

Un fameux passage des Illusions perdues

Illusions perdues…ne dirait on pas que cela sonne l’heure exacte ce matin ? sauf que depuis longtemps je ne me fais plus aucune illusion sur la situation politique de la France et du monde…

mais passons là dessus !

Balzac est pour moi le monde, le monde spirituel où je reviens toujours …surtout quand je suis écrasé par la « vie » et la (fausse) « réalité ».

Cela a commencé un certain jour de ma lointaine adolescence, je devais avoir 15 ans ? 16 ans ?, où j’ai lu d’une traite « Le lys dans la vallée »… perché sur un escabeau dans le séjour de l’appartement (de mes parents) où je vivais encore (à cet âge là c’est normal non ?).

oui, sur un escabeau !

pourquoi lire Balzac sur un escabeau ? je ne sais pas !

en tout cas ce jour a changé ma vie !

 j’ai dû lire le livre entier de 9h ou 10 h du matin à la fin de l’après midi, je n’ai pas pris le temps de manger tellement j’étais absorbé par la lecture…

je me souviens du torrent de larmes qui a jailli de mes yeux lorsque j’ai lu la lettre de Mme De Mortsauf à Felix de Vandenesse, qui clôt presque l’ouvrage :

http://artfl.uchicago.edu/cgi-bin/philologic31/getobject.pl?c.35:1.balzac

« page 479 :

Mon Dieu ! je suis restée neutre, fidèle à mon mari, ne vous laissant pas faire un seul pas, Félix, dans votre propre royaume. La grandeur de mes passions a réagi sur mes facultés, j’ai regardé les tourments que m’infligeait monsieur de Mortsauf comme des expiations, et je les endurais avec orgueil pour insulter à mes penchants coupables. Autrefois j’étais disposée à murmurer, mais depuis que vous êtes demeuré près de moi, j’ai repris quelque gaieté dont monsieur de Mortsauf s’est bien trouvé. Sans cette force que vous me prêtiez, j’aurais succombé depuis long-temps à ma vie intérieure que je vous ai racontée. Si vous avez été pour beaucoup dans mes fautes, vous avez été pour beaucoup dans l’exercice de mes devoirs. Il en fut de même pour mes enfants. Je croyais les avoir privés de quelque chose, et je craignais de ne faire jamais assez pour eux. Ma vie fut dès lors une continuelle douleur que j’aimais. En sentant que j’étais moins mère, moins honnête femme, le remords s’est logé dans mon coeur ; et, craignant de manquer à mes obligations, j’ai constamment voulu les outrepasser. Pour ne pas faillir, j’ai donc mis Madeleine entre vous et moi, et je vous ai destiné l’un à l’autre, en m’élevant ainsi des barrières entre nous deux. Barrières impuissantes ! rien ne pouvait étouffer les tressaillements que vous me causiez. Absent ou présent, vous aviez la même force. J’ai préféré Madeleine à Jacques, parce que Madeleine devait être à vous. Mais je ne vous cédais pas à ma fille sans combats. Je me disais que je n’avais que vingt-huit ans quand je vous rencontrai, que vous en aviez presque vingt-deux ; je rapprochais les distances, je me livrais à de faux espoirs. O mon Dieu, Félix, je vous fais ces aveux afin de vous épargner des remords, peut-être aussi afin de vous apprendre que je n’étais pas insensible, que nos souffrances d’amour étaient bien cruellement égales, et qu’Arabelle n’avait aucune supériorité sur moi. J’étais aussi une de ces filles de la race déchue que les hommes aiment tant. Il y eut un moment où la lutte fut si terrible que je pleurais pendant toutes les nuits : mes cheveux tombaient. Ceux-là, vous les avez eus ! Vous vous souvenez de la maladie que fit monsieur de Mortsauf. Votre grandeur d’âme d’alors, loin de m’élever, m’a rapetissée. Hélas ! dès ce jour je souhaitais me donner à vous comme une récompense due à tant d’héroïsme ; mais cette folie a été courte. Je l’ai mise aux pieds de Dieu pendant la messe à laquelle vous avez refusé d’assister. La maladie de Jacques et les souffrances de Madeleine m’ont paru des menaces de Dieu, qui tirait fortement à lui la brebis égarée. Puis votre amour si naturel pour cette Anglaise m’a révélé des secrets que j’ignorais moi-même. Je vous aimais plus que je ne croyais vous aimer. Madeleine a disparu. Les constantes émotions de ma vie orageuse, les efforts que je faisais pour me dompter moi-même sans autre secours que la religion, tout a préparé la maladie dont je meurs…..

page 481

Vous savez ce que je veux vous demander. Soyez auprès de monsieur de Mortsauf comme est une soeur de charité auprès d’un malade, écoutez-le, aimez-le ; personne ne l’aimera. Interposez-vous entre ses enfants et lui comme je le faisais. Votre tâche ne sera pas de longue durée : Jacques quittera bientôt la maison pour aller à Paris auprès de son grand-père, et vous m’avez promis de le guider à travers les écueils de ce monde. Quant à Madeleine, elle se mariera ; puissiez-vous un jour lui plaire ! elle est tout moi-même, et de plus elle est forte, elle a cette volonté qui m’a manqué, cette énergie nécessaire à la compagne d’un homme que sa carrière destine aux orages de la vie politique, elle est adroite et pénétrante. Si vos destinées s’unissaient, elle serait plus heureuse que ne le fut sa mère. En acquérant ainsi le droit de continuer mon oeuvre à Clochegourde, vous effaceriez des fautes qui n’auront pas été suffisamment expiées, bien que pardonnées au ciel et sur la terre, car ilest généreux et me pardonnera. Je suis, vous le voyez, toujours égoïste ; mais n’est-ce pas la preuve d’un despotique amour ? Je veux être aimée par vous dans les miens. N’ayant pu être à vous, je vous lègue mes pensées et mes devoirs ! Si vous m’aimez trop pour m’obéir, si vous ne voulez pas épouser Madeleine, vous veillerez du moins au repos de mon âme en rendant monsieur de Mortsauf aussi heureux qu’il peut l’être.

Adieu, cher enfant de mon coeur, ceci est l’adieu complétement intelligent, encore plein de vie, l’adieu d’une âme où tu as répandu de trop grandes joies pour que tu puisses avoir le moindre remords de la catastrophe qu’elles ont engendrée ; je me sers de ce mot en pensant que vous m’aimez, car moi j’arrive au lieu du repos, immolée au devoir, et, ce qui me fait frémir, non sans regret ! Dieu saura mieux que moi si j’ai pratiqué ses saintes lois selon leur esprit. J’ai sans doute chancelé souvent, mais je ne suis point tombée, et la plus puissante excuse de mes fautes est dans la grandeur même des séductions qui m’ont environnée. Le Seigneur me verra tout aussi tremblante que si j’avais succombé. Encore adieu, un adieu semblable à celui que j’ai fait hier à notre belle vallée, au sein de laquelle je reposerai bientôt, et où vous reviendrez souvent, n’est-ce pas ?
                     « HENRIETTE. »

et où vous reviendrez souvent n’est ce pas ?

Felix je ne sais pas…mais moi j’ai longtemps hanté cette « vallée » imaginaire, et cela m’arrive encore aujourd’hui…

mon rapport à la vie, à la « réalité », à l’amour des femmes (que je ne connaissais pas encore, eh oui, excusez nous, mais à cette époque là, nous étions encore vierges à 16 ans …surtout les garçons comme moi, qui avaient peur de tout)..

est ce cette lecture qui m’a évité de tomber dans le piège de Mai 68, et de perdre mon « pucelage », comme les autres, en cette Sorbonne qui selon les descriptions si poétiques de ceux qui y étaient (les « anciens combattants de 68 » ) : « ruisselait de sperme » ?

ou bien cette peur sans nom (héritée sans doute des camps de concentrations des années 40, dont mes parents qui y avaient échappé ne m’avaient parlé qu’en termes …vagues et irrationnels) qui me faisait fuir tout groupe, toute « manif »… ?

moi le frère de Brassens qui chante :

« Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sied au con…

quand on est plus de 4 on est une bande de cons…

bande à part sacrebleu c’est ma règle et j’y tiens..

au faisceau des phallus on verra pas le mien »

on connaît l’histoire, si simple en apparence, qui forme la trame du « Lys dans la vallée » : Felix de Vandenesse se remémore sa jeunesse, son premier amour pour Mme de Mortsauf, mariée à un noble dégénéré qui la rend malheureuse….mais qui reste , stoïque, pour élever leurs deux enfants…

Felix tombe follement amoureux de cette femme, et on apprend à la fin qu’elle n’était pas insensible à cet amour…lorsque succombant presque à la maladie qui la tue, elle rêve de « partir avec lui en Italie », d’être enfin heureuse…

mais elle ne succombera pas, ils ne seront jamais amants !

De nos jours, ce scénario susciterait les sourires entendus de nos modernes « libertins », qui imagineraient d’autres « issues » : la femme de 36 ans et le jeune puceau de 17 qui s’éclateraient enfin dans les boîtes à la mode de Djerba ou d’ailleurs, expérimentant les plaisirs sans nombre de la « modernité libérée de la chape de plomb du christianisme », et pourquoi pas la sexualité de groupe  …

oui pourquoi pas ? seulement nous ne sommes plus dans Balzac, mais dans le Nouvel Obs…

on m’excusera de préférer le monde réel, c’est à dire spirituel, dont la Comédie humaine nous ouvre des « accès », si l’on sait lire de manière « méditative »..

20 ans plus tard à peu près, déjà pas mal étrillé par la vie et par les « amours », j’ai lu pour la première fois avec attention les « Illusions perdues » …là encore la même sensation de passer dans un « autre monde »…

Il existe dans TOUS les ouvrages de Balzac de tels « moments » de lecture, que les pisse-froid appellent le « charabia » de Balzac…

en voici un ou deux tirés des « Illusions perdues » , livre II (« Un grand homme de province à Paris »):

http://artfl.uchicago.edu/cgi-bin/philologic31/getobject.pl?c.37:1.balzac

Lucien de Rubempré , venu d’Angoulême à Paris, est tiraillé entre deux influences, l’une céleste, celle du « cénacle » , ses amis Daniel d’Arthez , Michel Chrestien, et autres, hommes de pensée qui connaissent sa nature faible de « poète », et celle, infernale, du journalisme, c’est à dire la prostitution de la pensée selon Balzac (et selon moi).

Il se laissera tenter par la facilité, et choisira la mauvaise voie, trahissant ses amis..il trouvera l’amour d’une de ces « actrices » demi mondaines, Coralie, (je crois que la grande Sarah Bernhard a mené ce genre de vie à ses débuts) mais après avoir côtoyé la fortune facile les dettes le rattraperont , et il verra mourir sa maîtresse sans pouvoir la secourir, au milieu des saisies d’huisser…

voici le premier passage, page 386 :

« Lucien fut contraint par la misère d’aller chez Lousteau réclamer les mille francs que cet ancien ami, ce traître, lui devait. Ce fut, au milieu de ses malheurs, la démarche qui lui coûta le plus. Lousteau ne pouvait plus rentrer chez lui rue de la Harpe, il couchait chez ses amis, il était poursuivi, traqué comme un lièvre. Lucien ne put trouver son fatal introducteur dans le monde littéraire que chez Flicoteaux. Lousteau dînait à la même table où Lucien l’avait rencontré, pour son malheur, le jour où il s’était éloigné de d’Arthez. Lousteau lui offrit à dîner, et Lucien accepta !

Quand, en sortant de chez Flicoteaux, Claude Vignon, qui y mangeait ce jour-là, Lousteau, Lucien et le grand inconnu qui remisait sa garderobe chez Samanon voulurent aller au café Voltaire prendre du café, jamais ils ne purent faire trente sous en réunissant le billon qui retentissait dans leurs poches. Ils flânèrent au Luxembourg, espérant y rencontrer un libraire, et ils virent en effet un des plus fameux imprimeurs de ce temps auquel Lousteau demanda quarante francs, et qui les donna.

 Lousteau partagea la somme en quatre portions égales, et chacun des écrivains en prit une. La misère avait éteint toute fierté, tout sentiment chez Lucien ; il pleura devant ces trois artistes en leur racontant sa situation ; mais chacun de ses camarades avait un drame tout aussi cruellement horrible à lui dire : quand chacun eut paraphrasé le sien, le poète se trouva le moins malheureux des quatre.

Aussi tous avaient-ils besoin d’oublier et leur malheur et leur pensée qui doublait le malheur.

Lousteau courut au Palais-Royal, y jouer les neuf francs qui lui restèrent sur ses dix francs.

Le grand inconnu, quoiqu’il eût une divine maîtresse, alla dans une vile maison suspecte se plonger dans le bourbier des voluptés dangereuses.

Vignon se rendit au Petit Rocher de Cancale dans l’intention d’y boire deux bouteilles de vin de Bordeaux pour abdiquer sa raison et sa mémoire.

Lucien quitta Claude Vignon sur le seuil du restaurant, en refusant sa part de ce souper. La poignée de main que le grand homme de province donna au seul journaliste qui ne lui avait pas été hostile fut accompagnée d’un horrible serrement de coeur.

— Que faire ? lui demanda-t-il.

— A la guerre, comme à la guerre, lui dit le grand critique. Votre livre est beau, mais il vous a fait des envieux, votre lutte sera longue et difficile. Le génie est une horrible maladie »

et voici le second, Coralie est morte, et Lucien le poète se voit obligé, pour payer les obsèques minimales , de composer des chansons paillardes…car la poésie, cela ne rapporte rien…de nos jours il serait un grand réalisateur méconnu obligé de tourner un porno ..on n’arrête pas le progrès !

page 389 et suivantes :

« Lucien écrivit alors une de ces lettres épouvantables où les malheureux ne ménagent plus rien. Un soir, il avait mis en doute la possibilité de ces abaissements, quand Lousteau lui parlait des demandes faites par de jeunes talents à Finot, et sa plume l’emportait peut-être alors au delà des limites où l’infortune avait jeté ses prédécesseurs. Il revint las, imbécile et fiévreux par les boulevards, sans se douter de l’horrible chef-d’oeuvre que venait de lui dicter le désespoir. Il rencontra Barbet.

— Barbet, cinq cents francs ? lui dit-il en lui tendant la main.

— Non, deux cents, répondit le libraire.

— Ah ! vous avez donc un coeur.

Oui, mais j’ai aussi des affaires. Vous me faites perdre bien de l’argent, ajouta-t-il après lui avoir raconté la faillite de Fendant et de Cavalier, faites-m’en donc gagner ?

Lucien frissonna.

— Vous êtes poète, vous devez savoir faire toutes sortes de vers, dit le libraire en continuant. En ce moment, j’ai besoin de chansons grivoises pour les mêler à quelques chansons prises à différents auteurs, afin de ne pas être poursuivi comme contrefacteur et pouvoir vendre dans les rues un joli recueil de chansons à dix sous. Si vous voulez m’envoyer demain dix bonnes chansons à boire ou croustilleuses… là… vous savez ! je vous donnerai deux cents francs.

Lucien revint chez lui : il y trouva Coralie étendue droit et roide sur un lit de sangle, enveloppée dans un méchant drap de lit que cousait Bérénice en pleurant. La grosse Normande avait allumé quatre chandelles aux quatre coins de ce lit. Sur le visage de Coralie étincelait cette fleur de beauté qui parle si haut aux vivants en leur exprimant un calme absolu, elle ressemblait à ces jeunes filles qui ont la maladie des pâles couleurs : il semblait par moments que ces deux lèvres violettes allaient s’ouvrir et murmurer le nom de Lucien, ce mot qui, mêlé à celui de Dieu, avait précédé son dernier soupir. Lucien dit à Bérénice d’aller commander aux pompes funèbres un convoi qui ne coûtât pas plus de deux cents francs, en y comprenant le service à la chétive église de Bonne-Nouvelle.

Dès que Bérénice fut sortie, le poète se mit à sa table, auprès du corps de sa pauvre amie, et y composa les dix chansons qui voulaient des idées gaies et des airs populaires. Il éprouva des peines inouïes avant de pouvoir travailler ; mais il finit par trouver son intelligence au service de la nécessité, comme s’il n’eût pas souffert. Il exécutait déjà le terrible arrêt de Claude Vignon sur la séparation qui s’accomplit entre le coeur et le cerveau. Quelle nuit que celle où ce pauvre enfant se livrait à la recherche de poésies à offrir aux Goguettes en écrivant à la lueur des cierges, à côté du prêtre qui priait pour Coralie ?…

Le lendemain matin, Lucien, qui avait achevé sa dernière chanson, essayait de la mettre sur un air alors à la mode. Bérénice et le prêtre eurent alors peur que ce pauvre garçon ne fût devenu fou en lui entendant chanter les couplets suivants :

Amis, la morale en chanson
Me fatigue et m’ennuie ;
Doit-on invoquer la raison
Quand on sert la Folie ?
D’ailleurs tous les refrains sont bons
Lorsqu’on trinque avec des lurons :
          Epicure l’atteste.
N’allons pas chercher Apollon ;
Quand Bacchus est notre échanson ;
               Rions ! buvons !
          Et moquons-nous du reste.

 

Hippocrate à tout bon buveur
Promettait la centaine.
Qu’importe, après tout, par malheur,
Si la jambe incertaine
Ne peut plus poursuivre un tendron,
Pourvu qu’à vider un flacon
          La main soit toujours leste ?
Si toujours, en vrais biberons,
Jusqu’à soixante ans nous trinquons,
          Rions ! buvons !
               ;Et moquons-nous du reste.

 

Veut-on savoir d’où nous venons,
La chose est très facile ;
Mais, pour savoir où nous irons,
Il faudrait être habile.
Sans nous inquiéter, enfin,
Usons, ma foi, jusqu’à la fin
          De la bonté céleste !
Il est certain que nous mourrons ;
Mais il est sûr que nous vivons :
          Rions ! buvons !
               Et moquons-nous du reste. »

ne dirait on pas un de ces quatrains « libertins » composés par un de ces vrais libertins, ceux du 17 ème siècle, ceux que Descartes a combattus victorieusement (victoire à la Pyrrhus) :

« le Saint Esprit peut bien descendre en colombe comme une bombe, je m’en fous, pourvu que j’aie du vin »

et Daniel d’Arthez, le noble penseur qu’il a trahi, avec le chirurgien Bianchon, arrivent alors…

voici le sublime pardon chrétien (christianisme des philosophes, car d’Arthez est un penseur de la stature de Louis Lambert, ou presque), aussi sublime que le renoncement d’Henriette dans « Le lys »

« Au moment où le poète chantait cet épouvantable dernier couplet, Bianchon et d’Arthez entrèrent et le trouvèrent dans le paroxisme de l’abattement, il versait un torrent de larmes, et n’avait plus la force de remettre ses chansons au net. Quand, à travers ses sanglots, il eut expliqué sa situation, il vit des larmes dans les yeux de ceux qui l’écoutaient.

Ceci, dit d’Arthez, efface bien des fautes !

— Heureux ceux qui trouvent l’Enfer ici-bas, dit gravement le prêtre.

Le spectacle de cette belle morte souriant à l’éternité, la vue de son amant lui achetant une tombe avec des gravelures, Barbet payant un cercueil, ces quatre chandelles autour de cette actrice dont la basquine et les bas rouges à coins verts faisaient naguère palpiter toute une salle, puis sur la porte le prêtre qui l’avait réconciliée avec Dieu retournant à l’église pour y dire une messe en faveur de celle qui avait tant aimé ! ces grandeurs et ces infamies, ces douleurs écrasées sous la nécessité glacèrent le grand écrivain et le grand médecin qui s’assirent sans pouvoir proférer une parole. Un valet apparut et annonça mademoiselle des Touches. Cette belle et sublime fille comprit tout, elle alla vivement à Lucien, lui serra la main, et y glissa deux billets de mille francs.

— Il n’est plus temps, dit-il en lui jetant un regard de mourant.

D’Arthez, Bianchon et mademoiselle des Touches ne quittèrent Lucien qu’après avoir bercé son désespoir des plus douces paroles, mais tous les ressorts étaient brisés chez lui »

oui, quand je n’ai plus qu’une envie , celle de dire au vent, comme Lamartine :

« et moi je suis semblable à la feuille flétrie

emporte moi comme elle , orageux Aquilon ! »

je sais que j’ai toujours un refuge chez Balzac !

et que je peux faire, selon le mot du Satan de Milton , « un ciel de l’enfer« :

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Paradis_perdu/Livre_I

«  Est-ce ici la région, le sol, le climat, dit alors l’archange perdu, est-ce ici le séjour que nous devons changer contre le Ciel, cette morne obscurité contre cette lumière céleste ? Soit ! puisque celui qui maintenant est souverain peut disposer et décider de ce qui sera justice. Le plus loin de lui est le mieux, de lui qui, égalé en raison, s’est élevé au-dessus de ses égaux par la force.

Adieu, champs fortunés où la joie habite pour toujours !

Salut, horreurs ! salut, monde infernal ! Et toi, profond Enfer, reçois ton nouveau possesseur. Il t’apporte un esprit que ne changeront ni le temps ni le lieu.

L’esprit est à soi-même sa propre demeure ; il peut faire en soi un Ciel de l’Enfer, un Enfer du Ciel.

Qu’importe où je serai, si je suis toujours le même et ce que je dois être, tout, quoique moindre que celui que le tonnerre a fait plus grand ?

Ici du moins nous serons libres. Le Tout-Puissant n’a pas bâti ce lieu pour nous l’envier ; il ne voudra pas nous en chasser. Ici nous pourrons régner en sûreté ; et, à mon avis, régner est digne d’ambition, même en Enfer ; mieux vaut régner dans l’Enfer que servir dans le Ciel. »