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La très belle scène finale du film « Le septième sceau » de Bergman 

C’est ici mais pas dans la version originale les dialogues sont en anglais avec en plus des sous titres en anglais mais qui ne correspondent pas toujours tout à fait aux mots prononcés

Et l’intrigue est résumée ici :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Septième_Sceau
Cette scène finale est celle où tous les personnages , représentant toute la variété des positions métaphysiques face au probleme du sens de l’existence humaine, sont confrontés à la mort et réagissent selon leur niveau de conscience. Les personnages humbles ( comme le forgeron et son épouse) réagissent avec le « respect » dû à ce « Grand Personnage » qu’est la Mort(cela évoque ce chapitre du début de « La montagne magique » de Thomas  Mann où deux attitudes face à la mort sont décrites : révérence face à son aspect « sacré » et mépris irrévérencieux s’agissant de son aspect repoussant physiquement parlant : pourriture, dégradation dans le tombeau de tout ce qui constituait l’individualité du défunt, cet aspect est aussi dépeint dans le poème de Baudelaire :Une charogne:

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/charles_baudelaire/une_charogne.html
L’épouse du Chevalier n’est pas humble, mais elle fait preuve de cette révérence envers la Mort  qui est tout simplement l’autre face du respect envers les aspects « sacrés » de la vie, du « plan vital »  auquel le « sacré » s’identifie toujours plus ou moins. 

  Jöns, l’écuyer, représente le nihilisme, l’hédonisme et le scepticisme modernes,  hérités par notre époque des Lumières agnostiques et relativistes propres au 18 eme siècle,  qui n’ont rien à voir avec les  Lumières cartésiennes, malebranchistes  et spinoziennes du siecle précédent  , on pourrait presque dire que le 18ème siècle se rattache directement au relativisme de Montaigne en ignorant ( en voulant ignorer) ce que Montaigne (représentant le « doute ») a rendu possible : Descartes comme représentant le Savoir. Brunschvicg reconnaît que sans Montaigne pas de Descartes, voir l’introduction au tome 1 des  » Écrits philosophiques »: l’humanisme de l’Occident:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1_intro.html

« C’est de Descartes que date le retour à la spiritualité pure par laquelle Platon avait mis en évidence le caractère de la civilisation occidentale : « Toutes les sciences (écrit-il dans la première des Règles pour la direction de l’esprit), ne sont rien d’autre que la sagesse humaine, laquelle demeure toujours une et identique, tout en s’appliquant à divers sujets, sans se laisser différencier par eux, plus que la lumière du soleil par la variété des choses qu’elle éclaire. » Mais l’humanisme de la sagesse ne manifestera toute sa vertu dans la recherche de la vérité, que s’il a conquis, par une ascèse préalable, sa liberté totale à l’égard des préjugés de la conscience collective.<b> De cette ascèse, Descartes sera redevable aux Essais de Montaigne.</b> »

« C’est un usage d’accabler Montaigne sous le grief de scepticisme sans se demander de quoi et pourquoi il est sceptique. Nul pourtant n’a eu un sens plus scrupuleux et plus profond de la vérité. « On reçoit la médecine comme la géométrie », écrit-il ; et d’un mot il écarte les superstitions ridicules, les pratiques occultes, qui apparentent le XVIe siècle au Moyen âge, et qui, même plus tard, font de Bacon, malgré ses prétentions à la méthode, l’un des plus complets et l’un des plus déconcertants parmi les exemplaires de la crédulité humaine. A aucun moment l’enthousiasme que Montaigne professe pour les lettres antiques, ne le détourne de mettre au jour les contradictions ruineuses des doctrines que la Grèce nous a transmises en matière de logique et de physique, de métaphysique et de morale. Montaigne va plus loin encore : il tire des guerres de religion l’effroyable « moralité » qu’elles comportent ; il a le courage d’insister, au début de son Apologie de Raimond Sebond, sur le contraste, qu’on dirait diabolique, entre le christianisme tel qu’il se prêche et la chrétienté telle qu’elle vit.

Il ne faut donc point se laisser tromper par l’attitude d’ironique réserve, que Montaigne étendra, des affirmations téméraires où s’aventurent philosophes et théologiens, aux négations sommaires que la Renaissance leur a parfois opposées. On ne trouvera point chez Montaigne cette « fausse humilité », masque de l’orgueil, qui refuse à la raison l’accès de problèmes qu’elle déclare impénétrables pour la faiblesse humaine, puis qui, tout d’un coup, se prévaudra d’inspirations ou de traditions auxquelles le caprice seul a pu conférer une apparence d’autorité. Si Montaigne évite de s’égarer dans les hauteurs où il pourrait aborder de front les formules transcendantes des dogmes, c’est pour en scruter les racines dans le sol humain, « trop humain », de notre propre histoire. Le crédit des lois repose, non sur la justice, mais sur la coutume qui en est, dira-t-il expressément, le fondement mystique. Et il n’y a pas, selon Montaigne deux psychologies, ou comme nous dirions aujourd’hui, deux sociologies, l’une en matière profane, l’autre en matière sacrée. La foi religieuse est d’essence géographique : « Nous sommes chrétiens à même titre que nous sommes ou Périgordins ou Alemans. »
Voici donc ce qui se dégage avec les Essais pour former comme la première assise du spiritualisme occidental : une histoire naturelle des croyances au surnaturel, cette histoire même que Fontenelle et Bayle, Hume et Voltaire, de nos jours enfin MM. Frazer et Lévy-Bruhl, poursuivent, embrassant un champ de plus en plus vaste, selon des procédés de plus en plus assurés. Les explications totales, celles qui apportent à l’homme la clé de n’importe quelle énigme, depuis la création du monde jusqu’à la survie ou la résurrection des morts, sont, pour reprendre le titre de l’excellent ouvrage de M. Daniel Essertier, des formes inférieures d’explication. Dieu n’a pu être élevé au-dessus du principe d’identité que par des hommes demeurés eux-mêmes au-dessous du seuil de la logique. Tout recours au primat de la tradition nous rejette donc dans le lointain de la « mentalité primitive », à partir de laquelle se déroule, ininterrompu, le tissu mystique, ou mystifiant pour parler plus exactement, des représentations collectives. Pas de peuple d’élection, pas de culte d’exception. Ce n’est pas défendre l’Occident que de plaider pour l’incarnation du Christ contre l’incarnation du Bouddha ; au contraire, le trait caractéristique des communautés orientales est que chacune met sa propre Église et sa propre orthodoxie en concurrence avec les Églises voisines et les orthodoxies rivales. Par delà les luttes perpétuelles des espèces éclate, aux yeux d’un observateur impartial et désintéressé, l’identité du genre. Et déjà Montaigne se plaisait à relever dans l’Apologie de Raimond Sebond, les étranges exemples de « similitudes et convenances » que « le nouveau monde des Indes occidentales » offre avec le nôtre, « présent et passé » : circoncision et croix, usage des mitres et célibat des prêtres. Il prenait à témoins les « cannibales » venus à Rouen du temps de Charles IX, pour se convaincre, et pour convaincre ses lecteurs, que « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage »

On pourrait rattacher le plan de conscience dont témoigne  Jöns, l’écuyer à cet usage de Montaigne qui passe par dessus la tête de Descartes, en quelque sorte.. Seulement cela est incompatible avec le dynamisme spirituel de l’Occident véritable , tout entier tendu dans l’effort vers l’autonomie car comme le dit Brunschvicg, le cartésianisme accepte l’épreuve du doute de Montaigne mais pour la dépasser, la porter plus loin et fonder sur le doute radical (dans le cogito) un Savoir certain:

« Telle est la première perspective de la sagesse occidentale selon Montaigne, et telle déjà elle inquiétait la clairvoyance de Pascal. Mais, depuis Descartes, on ne peut plus dire que la vérité d’Occident tienne tout entière dans la critique historique et sociologique des imaginations primitives. Sortir de la sujétion de ses précepteurs, s’abstenir de lire des livres ou de fréquenter des gens de lettres, rouler çà et la dans le monde, spectateur plutôt qu’acteur en toutes les comédies qui s’y jouent, ce ne seront encore que les conditions d’une ascétique formelle. A quoi bon avoir conquis la liberté de l’esprit si l’on n’a pas de quoi mettre à profit sa conquête ? Montaigne est un érudit ou, comme dira Pascal, un ignorant ; dans le réveil de la mathématique il ne cherche qu’un intérêt de curiosité, qu’une occasion de rajeunir les arguties et les paradoxes des sophistes. L’homme intérieur demeure pour lui l’individu, réduit à l’alternative de ses goûts et de ses humeurs, penché, avec une volupté que l’âge fait de plus en plus mélancolique, sur « la petite histoire de son âme ». Or, quand Descartes raconte à son tour « l’histoire de son esprit », une tout autre perspective apparaît : la destinée spirituelle de l’humanité s’engage, par la découverte d’une méthode d’intelligence. Et grâce à l’établissement d’un type authentique de vérité, la métaphysique se développera sur le prolongement de la mathématique, mais d’une mathématique renouvelée, purifiée, spiritualisée, par le génie de l’analyse.


Le propre de la sagesse cartésienne, c’est qu’elle accepte dès l’abord, comme bienfaisante el salutaire, l’épreuve du doute de Montaigne. Si l’on réserve le point qui concerne la substance psychique et qui demeure comme une digression par rapport aux thèses essentielles du cartésianisme, aucun des dogmes enseignés par l’autorité, aucun des principes dont l’École faisait la pétition, n’intervient pour altérer la rationalité parfaite du lien entre la méthode et le système. Une même présence de lumière intérieure fait de l’existence du moi pensant et de l’existence du Dieu infini les moments d’une seule intuition : elle a sa racine dans la clarté et dans la distinction de la mathématique « pure et abstraite » ; elle a son application dans la clarté et dans la distinction d’une physique mathématique qui explique les phénomènes de l’univers comme objets de la géométrie spéculative. Le mécanisme de la nature et l’autonomie de l’esprit sont les deux faces solidaires de la science que l’homme constitue lorsque, attentif à lui-même, il déroule, par la seule spontanéité de son intelligence, les « longues chaînes de raisons », dont il appartient à l’expérience de prouver qu’elles forment en effet la trame solide des choses, indépendamment des apparences qu’y adjoint l’animalité des sens ou de l’imagination. »

 Sauf que nous sommes dans ce film au 13eme siècle, 400 ans avant Descartes, et que le relativisme athée de l’écuyer , né de l’observation lors des Croisades de croyances différentes, ne saurait être généralisé. Le chevalier , en homme de foi, prie Dieu, le seul Dieu qui lui vienne à l’idée, de les secourir car ils sont « pauvres’ fragiles et ignorants » .Le savoir de Descartes et Galilée n’est pas encore là..et l’écuyer sarcastique a beau jeu de lui répondre que dans ces ténèbres personne ne l’écoute.

Mais c’est évidemment la réaction de la jaune fille sans nom (jouée par Gunnel Lindlom) qui est la plus marquante  , l’épisode du film que personne ne peut oublier  (avec la « danse macabre » qui vient peut après, entrevue sur fond de ciel d’orage par le jongleur « voyant » moqué par sa femme):elle est la seule à s’agenouiller devant le Personnage mystérieux, dont on entrevoit l’ombre portée sur son visage et se borne au constat de la finitude radicale qui définit le plan vital : 

« it is finished this time » « cette fois c’est la fin » qui ressemble fort aux dernières paroles de Daniel Plainview à la fin de « There Will be blood » : « I am finished »:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/20/brunschvicgraisonreligion-exemple-1-de-lopposition-entre-plan-vital-et-plan-spirituel-paul-thomas-anderson/

Il me semble que dans la version originale en suédois du film de Bergman,  le sous titre traduit ce qu’elle dit par :

« Tout est consommé »

  
  

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Mathematics without apologies : le programme « Univalent foundations »

Qu’il me soit donné ici l’occasion de faire connaître un blog intéressant, créé par Michael Harris, professeur de mathématiques à l’université de Columbia et à Paris-Diderot :

https://mathematicswithoutapologies.wordpress.com/about-the-author/
L’article qui a attiré mon attention porte sur le programme des « univalent foundations for mathematics »:

https://mathematicswithoutapologies.wordpress.com/2015/05/13/univalent-foundations-no-comment/

La réaction disons « modérée » des petits génies des maths (dont Jacob Lurie)interrogés sur cette question peut s’interpréter de deux façons, favorable ou défavorable.. Ainsi quand Jacob Lurie répond : » No comment » cela peut signifier qu’il refuse tout « sensationnalisme » et demande de pouvoir creuser la question avant de donner un avis. En d’autres termes, cela peut être une preuve de rigueur intellectuelle et d’honnêteté d’esprit et c’est bien ainsi que je l’interprète…
Même chose pour Terry Tao, dont le blog sur WordPress est ici:

https://terrytao.wordpress.com

On parle ici de ce prodige:

http://www.science-et-vie.com/2015/10/un-prodige-des-maths-resout-une-conjecture-quasi-centenaire-et-bat-lordinateur-a-plate-couture/

mais comme je l’ai déjà dit toute insistance sur le génie individuel va mal avec la philosophie de ce blog, et avec la notion de dés-individuation prônée dans le « Manifeste pour l’autonomie » par André Simha:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/01/24/brunschvicgintroduction-un-manifeste-pour-lautonomie/
Donc quand je lis ici ces lignes « sensationnalistes » suggérant un « duel au sommet » à propos de la célèbre « conjecture de Goldbach » où intervient aussi Terence Tao le petit prodige qui a paraît il lu (et compris) Grothendieck d’un bout à l’autre:

http://obamaths.blogspot.fr/2013/05/conjecture-de-goldbach-terence-tao.html
J’avoue que je m’inquiète un peu…
Comme le dit très bien André Simha apres Brunschvicg, il n’y a qu’un unique Sujet c’est l’Esprit et la particularité de la Mathesis c’est qu’elle permet de comprendre cela très clairement.et dans le « Manifeste » André Simha, analysant le rôle de la Mathesis dans l’Histoire de l’esprit selon Brunschvicg, comprend le « progrès » comme un progrès de la conscience individuelle vers la « communauté des esprits » dans la recherche rationnelle du vrai et du juste. C’est ainsi aussi que j’interprète les propos de Jésus dans l’évangile selon Thomas (qui malheureusement n’a pas été retenu par l’Eglise, ce qui eut changé l’Histoire):

http://www.naghammadi.org/traductions/textes/evangile_thomas.asp

« Logion 1. Il a dit : Celui qui trouvera l’interprétation de ces paroles ne goûtera pas la mort.

Logion 2. (1) Jésus a dit : 15 Celui qui cherche, qu’il ne cesse de chercher jusqu’à ce qu’il trouve ; (2) quand il aura trouvé, il sera troublé ; (3) troublé, il s’étonnera et il régnera sur le Tout. »

Cela correspond à mon avis à ce que dit Brunschvicg quand il parle de « renoncement à la mort » (à la fin justement de ce livre « Introduction à la vie de l’esprit ») Seul un individu peut mourir mais si je suis parvenu en poussant jusqu’au bout le travail spirituel de la dés-individuation à « devenir l’Esprit », comme nous y appelle Brunschvicg, il ne reste plus d’individu , agrégat de déterminations c’est à dire de négations, qui puisse mourir, disparaître .
Voici en tout cas les archives du blog de Terence Tao (qui exerce ses talents prodigieux en théorie des nombres, l’un des domaines les plus fascinants de la mathématique) sur la conjecture de Goldbach, en passe d’être résolue d’après ce que je sais:

https://terrytao.wordpress.com/tag/goldbach-conjecture/

Venons en maintenant à ce fameux programme de recherche sur les « univalent foundations » inspiré à la fois des travaux de Cantor et Grassman et de ceux de Grothendieck:

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Univalent_foundations

Et nous amène à la théorie des « Homotopy types » qui fait l’objet d’un livre:

Homotopy type theory:

The HoTT Book

Et d’un blog:

http://homotopytypetheory.org

et l’on comprend d’après la caractérisation suivante que cela mène directement l’esprit vers les notions d’isomorphisme et d’équivalences en théorie des catégories:

« Homotopy Type Theory refers to a new interpretation of Martin-Löf’s system of intensional, constructive type theory into abstract homotopy theory. Propositional equality is interpreted as homotopy and type isomorphism as homotopy equivalence.  »
L’homotopie est une notion de la topologie,caractérisant une transformation ou  » déformation continue » entre deux fonctions elles mêmes continues reliant deux espaces topologiques ( rappel: une fonction entre deux espaces topologiques est dite continue si l’image inverse d’un ouvert est un ouvert) qui sont dite alors homotopiques:

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Homotopy

Voici un exposé Video de Vladimir Voevodsky sur le sujet à l’ Insitute for advanced studios:

https://video.ias.edu/univalent/voevodsky

Qui nous ramène à la « higher category theory »:

« The correspondence between homotopy types and higher categorical analogs of groupoids which was first conjectured by Alexander Grothendieck naturally leads to a view of mathematics where sets are used to parametrize collections of objects without « internal structure » while collections of objects with « internal structure » are parametrized by more general homotopy types. Univalent Foundations are based on the combination of this view with the discovery that it is possible to directly formalize reasoning about homotopy types using Martin-Lof type theories. »
Par un autre raccourci de l’esprit nous voyons apparaître dans la marge de droite le nom de Patricia Crone, récemment décédée, qui a fait avancer l’islamologie moderne dans le même sens que Gallez, c’est à dire vers la compréhension de l’origine humaine du Coran chez les judéo-chrétiens (« Nazaréens »):

https://video.ias.edu/crone-remembrance
on parle de ses travaux dans cet article sur les origines nazaréennes de l’Islam:

http://www.salve-regina.com/salve/Le_mystère_des_origines_de_l’Islam_enfin_éclairci

Il y a bien une cohérence profonde de la Raison  » désintéressée qui aperçoit le Dieu des philosophes et des savants » et de son combat pour l’autonomie donc contre le pseudo -Dieu de l’hétéronomie, de la Sharia ..le travail de la dés-individuation passe aussi par la « dés appropriation parfaite et réciproque de Dieu et de l’homme » que fixe Brunschvicg pour but ultime du travail spirituel et scientifique dans la troisième opposition fondamentale entre le Dieu vraiment divin et le Dieu humain des religions, dans « Raison et religion » , voir:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/08/14/brunschvicgraisonreligion-troisieme-opposition-fondamentale-dieu-humain-ou-dieu-divin/

« En essayant d’atteindre Dieu comme cause efficiente du monde, nous nous sommes soumis à l’obligation de proportionner sa divinité à ce que le monde en révèle, avec le risque de dégrader Dieu et de rabaisser en nous son idée. Le Deus artifex sera aussi loin que possible du Deus sapiens qu’on aurait voulu découvrir et vénérer.

Nous touchons le point où un pieux désarroi se manifeste à l’intérieur d’une même tradition ecclésiastique et parfois dans P046 l’œuvre d’un même apologiste. L’effort pour donner un Dieu à la nature en faisant fond sur la causalité se dédouble en explications opposées, qui alternent et mutuellement se ruinent. Tantôt on appuiera sur la ressemblance de l’effet à la cause, et l’on célébrera les merveilles de la nature, signes et reflets d’une gloire divine ; tantôt on mettra en relief le contraste de la cause créatrice et de l’effet créé, on cherchera dans les insuffisances de l’effet, dans sa contingence et sa précarité, la preuve même qu’à la source il y a l’être souverain, nécessaire et absolu.
Cette impuissance dialectique traduit l’angoisse de l’humanité qui consulte l’univers sur Dieu et qui toujours demeure déconcertée et rebutée par l’écart grandissant, à mesure qu’elle observe et réfléchit davantage, entre le monde tel qu’elle l’attendrait d’un Dieu et le monde tel qu’il se manifeste à son regard. L’élan de confiance s’achève en réaction de désespoir lucide.
Nous accorderons donc à la science moderne qu’elle a pu atteindre son but dans le domaine de la nature inanimée, non certes qu’elle ait éliminé le mystère comme on l’a dit imprudemment ; mais elle a résolu, ou plus exactement elle a découvert, assez de problèmes dans des conditions admirablement délicates et imprévues, pour que nous soyons en état de nous donner l’assurance qu’en dehors
de méthodes positives il n’y a pas à entrevoir de salut par la vérité. Il reste cependant certain que l’on compromettrait la portée solide des résultats obtenus par la physique depuis les trois siècles de sa constitution, si on étendait cette conclusion à la biologie. Plus nous devons reconnaître que les diverses opérations de la vie, prises chacune à part, sont régies par les lois chimico-physiques, plus nous devons admirer la coordination qui s’établit entre ces opérations. Elles apparaissent dirigées dans un sens qui, d’une façon générale, coïncide avec la préservation et le développement de l’organisme, présentant dans le choix des moyens une richesse d’invention, une subtilité d’anticipation, faites pour étonner, sinon pour convertir, le sceptique le plus endurci. La finalité rentre ici chez soi, finalité individuelle ou finalité grégaire, comportement tantôt d’apparence simple, tantôt d’une complication réellement invraisemblable, disproportionnée en tout cas aux ressources propres des êtres qui semblent suivre l’impulsion d’un instinct sans avoir la moindre conscience du but auquel tend leur activité. N’est-il donc pas raisonnable de chercher le secret de cette activité hors d’eux et plus haut qu’eux, dans une intelligence transcendante qui soit capable de lire leur avenir en leur passé, d’amener par l’efficacité de sa prévoyance la convergence des mouvements chez chaque unité d’un groupe, leur harmonie dans le sein de l’espèce, la hiérarchie enfin des espèces entre elles ?

…L’ascèse idéaliste permet donc de conclure à l’existence de Dieu comme thèse rigoureusement démontrée si l’on a su retrancher de la notion d’existence tout ce qui tendrait à situer Dieu dans un plan de réalité matérielle où il viendrait, soit s’ajouter, comme chose numériquement différente, à l’ensemble des choses données dans l’expérience du monde, soit se confondre avec lui. Créationisme et panthéisme sont également hors de jeu, parce qu’ils définissent Dieu par rapport à la réalité de la nature. Or il faut, de toute nécessité, que le progrès de la critique ait spiritualisé l’être pour que soit séparé de son image, atteint dans sa pureté, le Dieu qui seul pourra être avoué comme divin.
Cependant il reste un problème capital à trancher. Le Dieu des philosophes, Dieu pauvre, dépouillé, auquel sont refusés tout à la fois la floraison des symboles, l’encens des prières, la majesté des pompes liturgiques, est-il capable de satisfaire l’instinct religieux de l’humanité ? Le mouvement de conversion que nous nous sommes efforcés de suivre, requiert donc, pour s’achever, un élan de désintéressement pratique, capable de renouveler jusque dans sa racine spéculative notre idée de l’âme, d’en assurer l’entière spiritualité….

…Pour nous la leçon est péremptoire. Nous n’attendrons notre salut que de la réflexion rationnelle, portée à ce degré d’immanence et de spiritualité où Dieu et l’âme se rencontrent. Si Dieu est vérité, c’est en nous qu’il se découvre à nous, mais à la condition que Dieu ne soit que vérité. Le péril mortel serait que la profondeur idéaliste souffrît d’être indûment transposée, que l’imagination de l’être réapparût subrepticement qui aurait pour effet inévitable d’assimiler Dieu à un objet quelconque dans le champ de la réalité vulgaire, de transformer dès lors l’intuition d’ordre spirituel en un paralogisme ontologique.
On a beau vouloir mettre la spéculation d’un côté, la pratique de l’autre, tout est compromis du moment que le progrès ne s’accomplit pas à la fois dans l’un et l’autre des deux ordres. A quoi bon répéter la parole qui a traversé les siècles : Dieu est amour, si on allait en altérer immédiatement le sens parce qu’on se représenterait le lien de l’homme et de Dieu sur le modèle du rapport qui s’établit dans notre monde entre personne et personne, entre moi et autrui ? Dieu n’est pas aimant ou aimé à la manière des hommes ; mais il est ce qui aime en nous, à la racine de cette puissance de charité qui nous unit du dedans, de même qu’il est à la racine du processus de vérité qui fonde la réalité des choses extérieures à nous comme il fonde la réalité de notre être propre.
Le service que rend la philosophie à la religion consisterait donc à mettre en évidence que c’est un même progrès de pensée dans le sens du désintéressement et de l’objectivité qui préside à la triple option dont nous nous sommes efforcés de préciser les conditions intellectuelles, qu’il s’agisse de l’homme ou du monde ou de Dieu. L’ennemi sera toujours le mirage de la chose ensevelie dans la matérialité de son expression verbale, qui fait que le moi s’acharne à la vaine poursuite d’une âme dissimulée derrière sa spiritualité, comme d’un Dieu caché par-delà sa divinité. Le réalisme se fait ombre à lui-même.
 »

Et voici le passage le plus important de « Raison et religion »:

« Ce n’est donc pas un hasard, non seulement si le cartésianisme concorde, à l’intérieur même de l’Église, avec le mouvement qui marque la revanche de la théologie augustinienne du Verbe sur la théologie thomiste des intermédiaires, mais si avec le Traité théologico-politique et l’Éthique la voie royale de la spiritualité s’est trouvée définitivement ouverte. Peut-être le souvenir de certains Marranes, chez qui les frontières de culte entre juifs et catholiques tendaient à s’effacer au profit de la communauté de sentiment, avait-il contribué à détacher Spinoza de tout préjugé particulariste. En tout cas, à travers le langage substantialiste et l’appareil euclidien, qui pourraient à chaque instant donner le change sur la tendance profonde du système, s’accomplit la désappropriation réciproque et parfaite de Dieu et de l’homme. Le Dieu infiniment infini n’est pas seulement dégagé de toute image plastique suivant le commandement du Décalogue, mais, ce qui est beaucoup plus important et plus rare, affranchi de toute image psychologique. Dès lors nous ne pouvons plus accepter que nous soyons un autre pour lui, et il cesse d’être un autre pour nous. Il n’est pas la puissance supérieure vers laquelle se tourne l’être qui dure, et qui prie pour être soustrait aux lois de la durée. Il est la vérité éternelle en qui une âme pensante acquiert le sentiment et l’expérience intime de l’éternité de la pensée. Ni le soleil ni la mort ne peuvent se regarder fixement, considérés avec les yeux du corps ; mais l’homme dont on peut affirmer sans mentir qu’il est deux fois né, l’astronome d’après Copernic, le philosophe d’après Spinoza, aura la force de les envisager avec les « yeux de l’esprit que sont les démonstrations ». »

La vraie raison du suicide de l’Europe

Voici un article remarquable en deux partie, qui laisse présager à court ou moyen terme une guerre civile en France, ou sans doute en Europe:

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/08/14/31003-20150814ARTFIG00245-des-territoires-perdus-de-la-republique-aux-territoires-perdus-de-la-nation-12.php

et

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/08/14/31003-20150814ARTFIG00248-georges-bensoussan-nous-assistons-a-l-emergence-de-deux-peuples.php

Certes Georges Bensoussan explique la situation actuelle par la grande saignée de la première guerre mondiale, dont la France qui figurait au nombre des vainqueurs ne s’est jamais relevée.
On peut d’ailleurs parler comme Max Gallo d’une « guerre de Trente ans » (1914-1944), qui se transforma en guerre mondiale mais commença, aussi bien en 1914 qu’en 1939, comme une guerre européenne.
Mais pourquoi ? pourquoi l’humanité européenne, hautement éduquée, anciennement christianisée, ayant reçu de longue date l’influence de la Grèce antique et de ce que l’on appelle les « humanités », cette humanité européenne qui crée la science et la philosophie modernes, qui est celle aussi des Lumières et du droit, pourquoi se livre t’elle ainsi au vingtième siècle à cette course à l’abîme?
Ici l’examen de l’Histoire nous donnera plusieurs raisons , plusieurs « causes », je serais d’ailleurs bien en peine de les énumérer toutes, tout dépend d’ailleurs de combien de siècles en arrière on remonte, puisqu’on peut affirmer que l’Europe était déjà en « gestation » trois mille ans en arrière, ou même 50000 si l’on remonte à cromagnon et Néanderthal…citons en vrac : les empires coloniaux, la Révolution française et les guerres napoléoniennes, la guerre de l’Europe chrétienne contre les Ottomans, où la France a souvent été perçue par ses voisins européens comme faisant le jeu de l’islam, etc..etc..etc..
Mais, à la fin des fins, cela ne nous donnera pas le pourquoi, celui qui s’impose et met fin à toutes les questions, celle ci notamment qui revient lancinante:
« Oui mais pourquoi, suite à de tels faits historiques, l’humanité européenne a t’elle réagi comme cela, jusqu’à provoquer deux guerres mondiales, et jusqu’à la volonté d’anéantissement à laquelle nous assistons depuis 1975, depuis 40 ans d’immigration forcenée ? »
Et pourquoi, surtout, jusqu’à l’inconcevable, l’indicible de la Shoah ?
Qu’un génocide se produise dans des sociétés inférieures comme la Turquie de 1915 ou le Rwanda de 1994, c’est intolérable mais on peut à la rigueur l’envisager, de par les rivalités tribales ou bien la mentalité musulmane forgée de longue date par la Sharia qui considérait les dhimmis arméniens comme des sous-hommes…mais dans une société européenne qui avait été celle de Kant, ou Einstein ?
Ici l’interview de Georges Bensoussan dans le Figaro a le grand mérite de ridiculiser et condamner le « catéchisme moral » de la Shoah, qui l’a banalisée en la comparant à la prétendue naqbah des Palestiniens, ou bien au prétendu génocide de SreBrenica: ceci fonctionne comme un véritable étouffoir de la réflexion.
Il nous faut donc chercher la réponse à notre question sur un registre supérieur, métaphysique, et non plus seulement factuel (bien que les faits historiques puissent servir à vérifier ou réfuter nos conclusions.
Et nous ne pouvons la chercher que sur la période qui distingue absolument l’humanité, la civilisation européenne de toutes les autres, y compris de l’Europe telle qu’elle était avant la période historique dont je parle, avant la ligne de démarcation du cartésianisme:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/la-ligne-de-partage-des-temps/

la ligne de partage des temps, qui pour les chrétiens est la naissance de Jesus-Christ, pour les juifs…je ne sais pas, (la sortie d’Egypte ?) pour les musulmans la descente du Coran, mais qui pour nous qui nous voulons vraiment religieux, pour nous qui voulons vraiment « dépouiller le vieil homme » ne peut être que la « nuit de songes de Descartes » du 10 au 11 novembre 1619:

http://singulier.info/rrr/2-rdes1.html

nuit suivant la journée au cours de laquelle il trouvé les fondements de l’admirable science, selon le récit de Baillet:

« 

Il nous apprend que le dixième de novembre mil six cent dix-neuf, s’étant couché tout rempli de son enthousiasme et tout occupé de la pensée d’avoir trouvé ce jour-là les fondements de la science admirable , il eut trois songes consécutifs en une seule nuit, qu’il s’imagina ne pouvoir être venus que d’en haut.

 »

évidemment Descartes ne peut parler que le langage de l’ancienne époque puisque la nouvelle ne va naître qu’au cours de cette nuit obscure car ultra-lumineuse, Descartes reste chrétien : mais « en haut » désigne pour nous qui venons quatre siècles après le plan spirituel, plan de l’Idée, qui est nommé « cieux » (שמים = Shamayim par opposition à Eretz = terre qui désigne le plan vital ) au premier verset de la Torah. La pensée de la nouvelle époque d’après la ligne de démarcation est entièrement active, virile (non au sens de sexe masculin), solaire, conquérante, par opposition à l’ancienne époque lunaire, orientale, passive, recevant des « révélations » par les « prophètes » et ce n’est pas pour rien que Jean-Luc Marion tente d’annexer Descartes à sa thèse de la « donation-réception », niant la possibilité d’une pensée active, créatrice.

Science-sagesse admirable que nous appelons ici:

« 

HENOSOPHIA TOPOSOPHIA MATHESIS ενοσοφια τοποσοφια μαθεσις υνι√ερσαλις οντοποσοφια

et qui n’est autre que cette « Réforme absolue du savoir humain » que le philosophe-mathématicien Hoené Wronski tenta de fixer dans le livre de 1847 qui porte ce titre, mais sans y réussir parce que ce « Livre » est celui auquel le monde doit aboutir: le plan spirituel.

Voir aussi notre article assez ancien:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/mathesis-universalis-et-totalite/

Cette période de quatre siècles (1619-2015) qui marque la spécificité européenne et à laquelle nous devons donc nous restreindre pour expliquer la spécificité du destin de l’Europe, elle est encadrée quasi-symétriquement par deux « crises » (crise vient de krisis = jugement) dont parlent deux grands livres écrits au 20 eme siècle (au milieu des années 30 tous les deux) :

« La crise de la conscience européenne 1680-1715 » de Paul Hasard:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Crise_de_la_conscience_européenne

et

http://classiques.uqac.ca/classiques/hazard_paul/crise_conscience_europe/crise_conscience.html

et « la crise des sciences européennes et la philosophie transcendantale » d’Edmund Husserl

http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/file/husserl_depraz.pdf

Cette crise est à mon sens la suivante : la physique mathématique , déplacement dans l’axe de la vie religieuse selon Brunschvicg, n’a pas été inventée pour les progrès techniques, militaires et économiques qu’elle allait aussi apporter, car ceux ci ne sont venus que plus d’un siècle après, avec les premières machines à vapeur.
Elle a été inventée par des européens pour permettre à l’humanité européenne de se donner une forme de vie nouvelle, libérée de la Tradition et se donnant soi même son destin dans l’autonomie de la pensée et du jugement.
Cette autonomie consiste, dans la terminologie que j’emploie ici sous l’influence des trois premiers chapitres de « Raison et religion » de Léon Brunschvicg, dans l’appréciation exact de ce qu’est le plan spirituel (caractérisé par cette autonomie radicale) vis à vis du plan vital caractérise par l’asservissement de la conscience vis à vis des instincts. Il n’y a pas de liberté sur le plan vital, il ne peut pas y en avoir : la liberté « filtre » dans le monde en provenance du monde des Idées, comme tout ce qui est de l’ordre des valeurs véritables. Une valeur ne peut exister dans le monde sur le mode de l’être, elle y « apparaît » sur le mode du « doit être », toujours par l’intermédiaire d’une ou plusieurs consciences humaines , la liberté n’est pas (en tant que réalisée dans le monde) mais doit être, en tant au horizon pour l’action et la praxis vraiment humaine.
Un exemple : la sexualité en tant que symbole même du plan vital ne peut pas être libre, la « liberté sexuelle » est une baliverne. Tel homme, telle femme croit aimer tel partenaire librement, mais en fait c’est son instinct animal, qui dépend en partie de son histoire passée, qui le ou la pousse.
Seulement cela ne saurait être une justification pour le viol, ou pour le mariage forcé, qui n’est d’ailleurs qu’une forme de viol, ou pour les punitions en cas de sexe hors du mariage ou d’adultère….

Car notre conduite pratique en tout temps et en tout lieu doit être guidée par l’étoile polaire des Idées de Liberté, de Bien, de Vrai…or si je viole, si je force quelqu’un à se marier contre son gré, si je frappe ou lapide la femme adultère, j’obéis à mon instinct animal, individuel ou social: je ne suis plus guidé par les Idées éternelles, je commets le Mal.
Donc la science moderne, mathématique, qui au 17 eme siècle n’était pas encore séparée de la philosophie, n’a pas été créée pour la richesse ou la puissance économique et militaire, puisque les applications techniques militaires ou industrielles n’existaient pas à l’époque , personne ne pouvait en avoir l’idée. La science a été créée pour donner une juste vision et compréhension de la différence entre plan vital, ou plan de l’être, ou plan ontologique, et plan spirituel, ou plan des Idées et des Valeurs (véritables).
Je dis « juste compréhension » car il en existait déjà une, mais fausse : je veux parler de la vision du plan spirituel données par les religions et sectes ou systèmes se prétendant « de sagesse »: il y aurait lieu d’en parler pendant des heures, des mois, des années tant l’histoire de tels « systèmes de croyances » est complexe et embrouillée, je me bornerai donc à expliquer pourquoi tous ces systèmes existant avant l’émergence de la science ne pouvaient être que faux et mauvais (encore que bien sûr il faudrait introduire des nuances à l’infini): c’est que TOUS concevaient le plan des Idées et des valeurs sur le modèle du plan de l’être, du monde naturel caractérisé par la multiplicité indéfinie des étants. Or ici nous avons une célèbre citation de Brunschvicg qui comme d’habitude fait la lumière:
« Les trois propositions génératrices du scepticisme, de l’immoralisme, et de l’athéisme sont : le Vrai est, le Bien est, Dieu est »
On pourrait d’ailleurs y ajouter:
« La proposition génératrice de la dictature et de l’asservissement est : la liberté est »
Proposition que l’on rencontre généralement sous cette forme : « Je suis libre de faire, de dire, de penser ce que je veux » suivie de « et je t’emmerde ».
La liberté ce n’est pas de faire ce dont j’ai envie, poussé par mes pulsions et mes instincts : c’est de penser, de vivre et d’agir guidé par les Idées éternelles.
C’est Platon qui le premier a exprimé cette thèse dans sa philosophie, grâce sans doute à Socrate ainsi que par la connaissance des philosophes-savants plus anciens comme Thales, peut être par Pythagore, voir:

http://revistadefilosofia.com/11-3.pdf
Mais comme dit Brunschvicg « le miracle Grec dura le temps d’un éclair » , vint ensuite l’éclipse de l’idéalisme Grec platonicien, fondement de l’Occident, par le matérialisme oriental qui est à l’œuvre à Rome, Jérusalem, Byzance et Cordoue, et il faudra attendre Descartes pour que la spiritualité platonicienne, étouffée par l’aristotélisme qui était comme par hasard ce que les juifs, les chrétiens, et les musulmans avaient retenu de la philosophie grecque:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/about/

«  Les « valeurs méditerranéennes », celles qui ont dominé tour à tour à Jérusalem, à Byzance, à Rome et à Cordoue, sont d’origine et de caractère asiatique…… »

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1_intro.html

« C’est de Descartes que date le retour à la spiritualité pure par laquelle Platon avait mis en évidence le caractère de la civilisation occidentale : « Toutes les sciences (écrit-il dans la première des Règles pour la direction de l’esprit), ne sont rien d’autre que la sagesse humaine, laquelle demeure toujours une et identique, tout en s’appliquant à divers sujets, sans se laisser différencier par eux, plus que la lumière du soleil par la variété des choses qu’elle éclaire. » Mais l’humanisme de la sagesse ne manifestera toute sa vertu dans la recherche de la vérité, que s’il a conquis, par une ascèse préalable, sa liberté totale à l’égard des préjugés de la conscience collective. De cette ascèse, Descartes sera redevable aux Essais de Montaigne. »

Mais que s’est il passe alors pendant la « crise de la conscience européenne », de 1680 à 1715, et surtout après 1715, après la mort de Malebranche qui était le dernier des « grands » cartésiens ?
Il s’est passé que l’humanité européenne a connu le destin de Narcisse qui fasciné par son image dans l’eau (c’est à dire par le plan vital qui ne renvoie que la fausse image de la personne, non universelle donc non adéquate à la vérité) est tombé dans le cours d’eau et s’est noyé.
Dans le cas de l’Europe cette fascination par le moi personnel, vital et social, commence avec la « profondeur vide des Lumières » au 18ème siècle, elle est représentée par Danton lors de la Révolution française et provoque en retour la Terreur qui signe l’échec de tout projet d’émancipation réelle. Puis commencent à arriver les nouveaux objets inventés par l’industrie et la fascination grandissante qu’ils exercent.
Résumons : l’humanité européenne a été incapable d’accomplir le projet du 17 eme siècle , et s’est progressivement enlisée dans le naturalisme, ce qui est le diagnostic de Husserl en 1936, qui attribue cet enlisement à la crise des sciences positives qui n’ont plus rien à nous dire « dans la détresse de notre vie » (1936 en Allemagne) sur les questions importantes, touchant au sens de l’existence humaine.
Ce qui signifie dans notre terminologie : impuissante à définir une approche et une compréhension juste du plan spirituel, l’Europe sombre peu à peu, aux 19ème et 20 eme siècle, dans le naturalisme qui est le véritable athéisme : la thèse selon laquelle il n’y a que le plan vital.
Seulement l’athéisme positif , celui qui détruit les fausses conceptions, religieuses, du plan spirituel, n’en a pas moins joué son rôle à partir du 18ème siècle, et il est impossible de revenir en arrière, si bien que l’on en arrive à ce que révèlent les enquêtes de la fin du vingtième siècle, qui révèlent que les européens , même s’ils gardent une pratique religieuse minimaliste, ne croient plus aux « grands récits » sur un destin de la personne « après la mort », ce qui n’était qu’un voile mythique jeté sur la vérité du plan spirituel dont l’accès réclame comme condition préalable la « mort » (ascétique, initiatique) au plan vital.
En même temps des conceptions sectaires de l’initiation se font jour à partir du 19 eme siècle : théosophie, Golden dawn, anthroposophie etc..et créent un climat délétère d’où le nazisme prendra son envol.
C’est que l’humanité européenne n’arrive pas à faire l’effort (sans doute parce
Qu’elle ne connaît de la science que sa version vulgarisée) que pour détruire les fausses conceptions du plan spirituel, il fallait en connaître la vraie version : le « vêtement d’idées mathématiques » qui est derrière les théories scientifiques qui ont amené au 17 eme siècle le « déplacement dans l’axe de la vie religieuse »:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/2012/09/11/la-querelle-de-latheisme-de-brunschvicg/

« Le fait décisif de l’histoire, ce serait donc, à nos yeux, le déplacement dans l’axe de la vie religieuse au XVIIesiècle, lorsque la physique mathématique, susceptible d’une vérification sans cesse plus scrupuleuse et plus heureuse, a remplacé une physique métaphysique qui était un tissu de dissertations abstraites et chimériques autour des croyances primitives. L’intelligence du spirituel à laquelle la discipline probe et stricte de l’analyse élève la philosophie, ne permet plus, désormais, l’imagination du surnaturel qui soutenait les dogmes formulés à partir d’un réalisme de la matière ou de la vie. L’hypothèse d’une transcendance spirituelle est manifestement contradictoire dans les termes ; le Dieu des êtres raisonnables ne saurait être, quelque part au delà de l’espace terrestre ou visible, quelque chose qui se représente par analogie avec l’artisan humain ou le père de famille. Étranger à toute forme d’extériorité, c’est dans la conscience seulement qu’il se découvre comme la racine des valeurs que toutes les consciences reconnaissent également. À ce principe de communion les propositions successivement mises au jour et démontrées par les générations doivent leur caractère intrinsèque de vérités objectives et éternelles, de même qu’il fonde en chacun de nous cette caritas humani generis, sans qui rien ne s’expliquerait des sentiments et des actes par lesquels l’individu s’arrache à l’égoïsme de la nature. Ce Dieu, il faudra donc l’appeler le Verbe, à la condition que nous sachions entendre par là le Verbum ratio (λόγος ἐνδιάθετος) dont le Verbum oratio (λόγος προφορικὸς) est la négation bien plutôt que le complément, avec tout ce qui, par l’extériorité du langage à la pensée, s’est introduit dans les cultes populaires : mythes de révélations locales et de métamorphoses miraculeuses, symboles de finalité anthropomorphique.» »

En d’autres termes : la masse de l’humanité européenne est incapable d’accéder au « Temple » du Dieu des philosophes et des savants, mais elle ne peut pas non plus revenir en arrière (sauf une minorité religieuse bien sûr) dans le giron du Dieu des religions abrahamiques : elle se retrouve donc, surtout dans les 70 années de 2945 à 2015, dans l’attitude de l’athéisme pratique selon laquelle il n’y a que le plan vital et pas de plan spirituel, les idées n’étant vues que comme une superstructure du monde naturel. C’est aussi ce que Badiou nomme l’attitude du matérialisme démocratique :
« il n’y a que des corps et des langages »…et des droits, ajouterons nous..
Or cette attitude est impossible à maintenir sur une longue période : l’examen de l’histoire passée le montre,niais aussi la réflexion, car nous savons bien tous que « la vie est une affaire qui ne rembourse pas ses dettes » (Schopenhauer) ou bien « un pauvre comédien qui se pavane sur la scène une heure durant et qu’ensuite on n’entend plus, une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, ne signifiant rien » (Macbeth).
D’où l’attitude suicidaire des peuples européens, tellement évidente pour qui regarde encore le JT du soir.
La période 1945-2015 peut s’analyser comme un faux relèvement, celui des Trente glorieuses, uniquement productif et économique, accompagné d’une montée du nihilisme dans les arts et les philosophies de la de construction : dans « De l’esprit », Derrida compare ainsi l’esprit à une fermentation gazeuse, à une sorte de flatulence.
Un film ou plutôt une trilogie de trois films, « Welcome un Vienna », réalisée par Axel Corti dans les années 80 montre les raisons de cette montée du nihilisme à partir de 1945, parce que les questions de fond, spirituelles et religieuses, n’ont pas été traitées :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/dieu-croit-il-encore-en-nous/

Cette volonté de suicide, difficile à enrayer, se manifeste aux niveaux politiques, economiques, et « culturels ».

Mais un auteur comme Raymond Abellio parle quant à lui d’une « Assomption de l’Europe »:

Foncteurs adjoints et quelques considérations sur la philosophie et la Τοποσοφια οντοποσοφια μαθεσις uni√ersalis ενοσοφια

Nous avons vu combien la notion d’adjonction est fondamentale, à la fois mathématiquement, et philosophiquement :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/07/06/une-notion-fondamentale-ladjonction/

A ce propos, et pour faire une parenthèse « philosophique » je change un peu mon attitude par rapport à Badiou qui affirme que la philosophie à quatre « conditions »: mathématique (mathème, mathesis), poème (arts), politique et amour (entre homme et femme au singulier, les partouzeurs et autres bisexuels et valets cherchant leur Maîtresse et ses fouets, non plus que les gays et les lesbiennes ne sont admis). La philosophie ne crée aucune vérité éternelle, elle reçoit les vérités dont elle s’empare de la part de ses « conditions ».

J’avais dit que n’admettais ce schéma tout en larguant politique et amour (et ce ne sont pas les derniers développements sur la Grèce ou les pubs de Meetic qui vont me faire changer d’avis) en ne gardant donc que le poème (l’art plus généralement) et la mathesis.

Maintenant je largue l’art, le poème, la littérature…j’ai regardé hier soir l’émission Thema sur Arte, sur l’origine de l’univers, et de l’homme, en trois volets: Big Bang, mes ancêtres et moi, ADN nos ancêtres et nous, et le grand roman de l’homme (origines préhistoriques de l’art, des religions, des mythes, du langage..)
J’y reviendrai si j’ai le temps car tout ce qui a été dit par ces scientifiques est sans doute vrai actuellement (bien qu’en sciences tout puisse être brutalement remis en question) mais il y avait aussi une partie idéologique implicite, en gros : l’homme ne descend pas du singe , il est (quant à son statut d’être vivant) un singe qui comme les autres primates trouve son origine dans les zones tropicales de l’Afrique. Un sous-groupe de ces singes est sorti d’Afrique une première fois ce qui a donné l’homme de Neanderthal en Rurope, et une seconde fois il y a 70000 ans , l’homme de Cromagnon notre ancêtre direct qui a essaimé partout dans le monde.
Jusqu’ici ça va, ce sont des vérités factuelles, pas certaines comme les vérités mathématiques, mais en tout cas plus à prendre au sérieux que les différentes mythologies religieuses.
Par contre dire de manière obsessionnelle comme dans l’émission d’hier soir :
« Nous sommes tous des africains »
C’est de l’idéologie pro-immigration site, à peu près du même niveau que le fameux : « Nous sommes tous des juifs allemands » qui a abruti des générations d’imbéciles.
J’observe que ce ne sont pas les litanies religieuses du Révérend Desmond Tutu, se réjouissant de ce que « nous sommes tous une même famille », qui vont permettre d’unifier l’humanité : car ce serait compter sur les seules ressources du plan vital, de l’ordre des générations successives, alors que l’unité ne peut venir que du plan spirituel, auquel les religions, qui se cantonnent au plan vital et à ses imaginations de l’au delà, n’ont pas accès, pas plus que les idéologies fumeuses issues de la paléontologie ou anthropologie : et quand bien même nous autres hommes actuels qui se prétendent sapiens (alors qu’ils ne sont guère que des exemplaires d’homo faber, qui est aussi homo credulus) serions nous issus d’un petit nombre d’ancêtres communs en Afrique il y a deux cent mille ans, en quoi serions nous plus unis ? On sait d’ailleurs que les pires des haines sont les haines familiales…

La troisième partie de Thema, « Le roman de l’homme », montre de manière convaincante que les arts comme peinture, sculpture et musique ou danse et « théâtre » , ainsi que les mythes et les religions, datent de la préhistoire, les fresques dans les grottes dont les plus anciennes datent de quarante mille ans en font foi. Quant à Néanderthal, même si l’on n’a pas, ou pas encore, retrouvé de peintures rupestres de sa main, il avait certainement un ou des langages, des mythes et une ou des religions puisqu’il enfouissait ses morts.

Bien sûr ils n’avaient pas de poèmes ni de littérature puisque l’écriture n’est apparue qu’il y a 6000 ans, après l’apparition de l’agriculture il y a 10000 ans: ce qui a entraîné très vite un accroissement démographique, et l’écriture s’est avérée nécessaire pour noter l’état des stocks de nourriture mis en réserve , mais elle a très vite eu un autre usage , à travers la mise au service du pouvoir des scribes ou lettrés, des rares hommes qui savaient écrire et connaissait le sens symbolique des idéogrammes puis des lettres.

Le Dieu Suprême est apparu il y a 12000 ans à la frontière des actuelles Turquie et Syrie (tiens ! tiens ! La région de Daesh! L’assassin revient toujours sur les lieux de son crime), et ce Dieu Suprême, absolument incompatible avec la véritable unité de l’humanité et avec la démocratie, je l’appelle l’Idole Sanguinaire ALLAH. On a en tout cas retrouvé un vaste emplacement funéraire en ces lieux, avec des statues rectangulaires immenses figurant l’homme de manière absolument non réaliste, et dont on a conjecturé avec quelque degré de certitude qu’il signalait un changement religieux annonçant le monothéisme : c’est donc à mesure qu’il prend confiance en lui même et en sa puissance que l’homme du Croissant Fertile, après la dernière glaciation, invente le Dieu Suprême plus puissant que celui des autres tribus, ce qui coïncide avec la transition des populations de chasseurs cueilleurs nomades, toujours tributaires des ressources en gibier, vers le mode de vie sédentaire des agriculteurs : Cain et Abel.
Se donne t’il ce Dieu Suprême qui est le « Dieu des armées » pour s’auto-limiter, par crainte de lui même et de ses pouvoirs neufs, ou bien comme je le crains comme une figuration symbolique de la Toute-Puissance dont il rêve ? L’histoire ultérieure répond à cette question.

On comprend maintenant, je l’espère, pourquoi je largue les arts comme « condition » de la philosophie : par ce qu’ils sont nés dans la Grotte primordiale, dont Platon donne l’allégorie avec le mythe de la Caverne, en même temps que ces mythes que l’on se racontait autour du feu et de ces rituels dont on n’a aucune trace en dehors des peintures d’animaux sur les rochers de la grotte, puisque l’écriture n’existait pas.

« Et Kubla Khan entendit la voix de ses aïeux prophétisant la guerre »

Les arts sont donc nés avec le sacré, le mystère et les sacrifices sanglants, bref avec le religieux, que ce soit chez les chasseurs cueilleurs nomades de la préhistoire (Néanderthal puis Cromagnon) ou après l’invention de l’agriculture et de l’écriture au service de la Puissance des Chefs, dans les « livres sacrés » qui ne sont rien d’autres que des poèmes de la Force, comme Simone Weil le dit à propos de l’Iliade mais comme elle le dit aussi de la Torah en comparant l’idéologie de Moïse à celle de Charles Maurras.
Quant au Coran, c’est plutôt Hitler et Mein Kampf qu’il faudrait évoquer à titre de comparaison..

« Tant la religion a pu entraîner de crimes » (Lucrèce)

Qu’est ce qui nous différencie de ces ancêtres, nous autres hommes européens modernes, venus après la ligne de démarcation cartésienne ? Pas les arts, ni la religion, à moins que l’on dise que notre religion est supérieure à celle des chasseurs cueilleurs d’il y a quarante mille ou cent mille ans:

ce qui serait raciste

Non une seule chose nous distingue d’eux, en même temps que des peuples historiques d’avant Thalès et surtout d’avant Descartes:

LA SCIENCE

Avec Thalès le premier des philosophes-savants, l’inventeur de la géométrie et de l’astronomie, l’humanité regarde pour la première fois vers le ciel, ce qui occasionne la merveilleuse anecdote platonicienne du rire de la servante Thrace: Thalès regardant le ciel et ses astres, tout occupé de ses calculs, ne voit pas le fossé devant lui et tombe dedans:

https://arithmosophia.wordpress.com/2015/07/15/le-rire-de-la-servante-de-thrace/

Mais avec Descartes et l’idée de science universelle dans la Mathesis universalis se produit le retour au spiritualisme pur de Thalès et Platon, menant à la véritable révolution qui fait que nous ne pouvons plus retourner en arrière.

Je donne donc deux « conditions », deux « piliers » à la philosophie:

Mathématique et physique

comme Saint Thomas d’Aquin dans « Divisions de la science spéculative » avait distingué en celle ci trois disciplines : physique , mathématique, et métaphysique.
Et je nomme la philosophie, ou métaphysique, qui a pour tâche de réfléchir sur les vérités éternelles créés par ses deux « conditions » la physique et la mathématique :

HENOSOPHIA TOPOSOPHIA ενοσοφια μαθεσις uni√ersalis οντοποσοφια

qui est donc la continuation de la « Somme théologique » par d’autres moyens qu’Aristote et la Bible.

ενοσοφια : sagesse de la pensée selon l’un, venant remplacer l’ontologie, la « sagesse » étant considérée par Brunschvicg comme le « Fils » c’est à dire le Christ-Logos. Le Père et sa Puissance sont expulsés du Temple de la Raison, quant à l’antique Grande Déesse-Mère je ne pense pas qu’elle ose revenir hanter mon laboratoire qui est aussi mon oratoire, ma minuscule cellule semblable à celle de FAUST.

μαθεσις uni√ersalis: allusion à Descartes plutôt qu’à Leibniz

οντοποσοφια: jeu de mots mixant le préfixe « onto » de ontologie avec TOPOS-Sophia : sagesse des Topoi (et des n-topoi)

Cet article étant déjà assez long, nous commencerons l’étude de l’adjonction une autre fois.

En prévision je conseille aux lecteurs de lire le lien donné au début, ainsi que ce cours tout au moins son début:

Groupoides quantiques et logiques tensorielles

Les foncteurs adjoints sont expliqués page 29-31, avec des exemples pages 31-32

Les 2-catégories sont le cadre naturel de l’adjonction, elles sont expliquées pages 23 à 27, et les transformations naturelles page 20 complètent mon article:

https://mathesisuniversalis2.wordpress.com/2015/07/07/transformations-naturelles/

#BrunschvicgPCPO #BrunschvicgVFconversion Mais qu’est ce que l’accès individuel au plan universel de l’Idée?

Quelques précisions à propos de l’article précédent :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/06/12/le-plan-vital-exige-la-formation-de-collectivites-familles-tribus-nations-mais-lacces-au-plan-spirituel-ne-peut-etre-quindividuel/

Comment l’individu moderne, retranché dans son bunker plein d’écrans à ressasser la « petite histoire de son âme », s’élèverait il à l’universel qui est Esprit ?

Il y faut une ascèse préalable, venant s’ajouter à celle de Montaigne en d’autres temps.

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1_intro.html

« C’est de Descartes que date le retour à la spiritualité pure par laquelle Platon avait mis en évidence le caractère de la civilisation occidentale : « Toutes les sciences (écrit-il dans la première des Règles pour la direction de l’esprit), ne sont rien d’autre que la sagesse humaine, laquelle demeure toujours une et identique, tout en s’appliquant à divers sujets, sans se laisser différencier par eux, plus que la lumière du soleil par la variété des choses qu’elle éclaire. » Mais l’humanisme de la sagesse ne manifestera toute sa vertu dans la recherche de la vérité, que s’il a conquis, par une ascèse préalable, sa liberté totale à l’égard des préjugés de la conscience collective. De cette ascèse, Descartes sera redevable aux Essais de Montaigne. »

Mais si Descartes est redevable à Montaigne, c’est Descartes, pas Montaigne, qui répond à Théophraste à 20 siècles de distance:

« Théophraste se demande si le mouvement circulaire n’est pas au contraire d’une nature inférieure à celui de l’âme surtout au mouvement de la pensée, duquel naît ce désir où Aristote lui-même a cherché la source du mouvement du ciel. »

A la question précisée par ce fragment de Théophraste, qui sonne comme un adieu de l’Occident à lui-même, nous savons qu’il a fallu attendre plus de vingt siècles pour que Descartes y apporte enfin la réponse. Dans l’intervalle, l’éclipse des valeurs proprement et uniquement spirituelles sera complète dans la littérature européenne : la voie est libre aussi bien pour l’importation directe des divers cultes d’Égypte ou d’Asie que pour les fantaisies de synthèses entre le vocabulaire des Écoles philosophiques et la tradition des récits mythologiques. »

Car pour Montaigne l’individu se réduit à l’alternative de ses goûts et de ses humeurs, à la « petite histoire de son âme », à ce qui est seulement psychique, et qui, faisant partie du monde, est un empêchement majeur à l’accès au plan spirituel:

« Telle est la première perspective de la sagesse occidentale selon Montaigne, et telle déjà elle inquiétait la clairvoyance de Pascal. Mais, depuis Descartes, on ne peut plus dire que la vérité d’Occident tienne tout entière dans la critique historique et sociologique des imaginations primitives. Sortir de la sujétion de ses précepteurs, s’abstenir de lire des livres ou de fréquenter des gens de lettres, rouler çà et la dans le monde, spectateur plutôt qu’acteur en toutes les comédies qui s’y jouent, ce ne seront encore que les conditions d’une ascétique formelle. A quoi bon avoir conquis la liberté de l’esprit si l’on n’a pas de quoi mettre à profit sa conquête ? Montaigne est un érudit ou, comme dira Pascal, un ignorant ; dans le réveil de la mathématique il ne cherche qu’un intérêt de curiosité, qu’une occasion de rajeunir les arguties et les paradoxes des sophistes. L’homme intérieur demeure pour lui l’individu, réduit à l’alternative de ses goûts et de ses humeurs, penché, avec une volupté que l’âge fait de plus en plus mélancolique, sur « la petite histoire de son âme ». Or, quand Descartes raconte à son tour « l’histoire de son esprit », une tout autre perspective apparaît : la destinée spirituelle de l’humanité s’engage, par la découverte d’une méthode d’intelligence. Et grâce à l’établissement d’un type authentique de vérité, la métaphysique se développera sur le prolongement de la mathématique, mais d’une mathématique renouvelée, purifiée, spiritualisée, par le génie de l’analyse. »

Certes « Le propre de la sagesse cartésienne, c’est qu’elle accepte dès l’abord, comme bienfaisante el salutaire, l’épreuve du doute de Montaigne. »

Mais elle dépasse le doute par la « lumière intérieure » qui est celle non de l’âme (plan psychique, encore infesté de vital et de sentimental) mais de l’esprit c’est à dire de ce qui en l’individu dépasse le fini pour accéder à l’infini qui est « ce qui en moi est au delà et avant moi »:

« Une même présence de lumière intérieure fait de l’existence du moi pensant et de l’existence du Dieu infini les moments d’une seule intuition : elle a sa racine dans la clarté et dans la distinction de la mathématique « pure et abstraite » ; elle a son application dans la clarté et dans la distinction d’une physique mathématique qui explique les phénomènes de l’univers comme objets de la géométrie spéculative. Le mécanisme de la nature et l’autonomie de l’esprit sont les deux faces solidaires de la science que l’homme constitue lorsque, attentif à lui-même, il déroule, par la seule spontanéité de son intelligence, les « longues chaînes de raisons », dont il appartient à l’expérience de prouver qu’elles forment en effet la trame solide des choses, indépendamment des apparences qu’y adjoint l’animalité des sens ou de l’imagination.
Cette intériorité de la pensée à la vérité, voilà quelle sera désormais la seconde assise, l’assise définitive, du spiritualisme occidental. Il y a presque trois siècles que le Discours de la méthode a terminé, décidément, le Moyen âge post-aristotélicien ; et depuis trois siècles le type de vérité, créé par l’avènement de la physique mathématique, n’a cessé, à mesure qu’il croissait en valeur objective, d’approfondir sa raison d’être, par un double appel aux initiatives humaines de l’invention analytique et de la technique expérimentale. Le savant prend conscience que son univers est d’autant plus réel qu’il s’éloigne davantage des apparences immédiates, des données sensibles, pour ramener des faits, toujours plus minutieusement précisés, à un réseau d’équations, toujours plus dense. Le langage mathématique, qui pouvait d’abord sembler si abstrait, pour ne pas dire si étrange, en face des aspects infiniment variés de la nature, est pourtant le seul dans lequel nous savons qu’elle accepte de répondre effectivement aux questions qui lui sont posées, le seul donc par quoi l’homme, acquérant la dignité de vérité, soit assuré de s’élever, par delà l’ordre de la matière et l’ordre de la vie, jusqu’à l’ordre de l’esprit.
 »

Montaigne correspond au doute, qui est salutaire et nécessaire, mais doit être dépassé, grâce à la mathesis universalis « semblable à la lumière du Soleil » dans l’accès au Savoir, qui correspond à Descartes. Je sais parce que j’ai douté (des croyances collectives) mais si je sais vraiment, je ne puis douter du fait que je sais : je sais que je sais.

Quant à Pascal il correspond au « croire » : un croire ultime venant après le doute et le savoir de l’ordre de l’esprit, un croire en un ordre de la grâce qui formera le fond du Mémorial de 1654:

http://anecdonet.free.fr/iletaitunefoi/Dieu/M%E9morialdeBlaisePascal.html

« Dieu d’Abraham. Dieu d’Isaac. Dieu de Jacob
non des philosophes et savants.
Certitude, joie, certitude, sentiment, vue, joie
Dieu de Jésus‑Christ.
 »

Seulement il n’y a pas réciprocité : si je crois, je dois savoir que je crois, pour éviter de croire que je sais, alors que je ne fais que croire.

Et Brunschvicg a définitivement répondu à Pascal à la place de Descartes, qui était mort depuis quatre ans en 1654, dans sa « Querelle de l’athéisme » en 1928, trois siècles après donc, les trois siècles d’existence du nouveau type de vérité créé par l’avènement de la physique mathématique, avènement-événement (non chanté par Badiou qui est pourtant poète à ses heures) qui est un « changement d’axe de la vie religieuse »:

« Il y a presque trois siècles que le Discours de la méthode a terminé, décidément, le Moyen âge post-aristotélicien ; et depuis trois siècles le type de vérité, créé par l’avènement de la physique mathématique, n’a cessé, à mesure qu’il croissait en valeur objective, d’approfondir sa raison d’être, par un double appel aux initiatives humaines de l’invention analytique et de la technique expérimentale. Le savant prend conscience que son univers est d’autant plus réel qu’il s’éloigne davantage des apparences immédiates, des données sensibles, pour ramener des faits, toujours plus minutieusement précisés, à un réseau d’équations, toujours plus dense. Le langage mathématique, qui pouvait d’abord sembler si abstrait, pour ne pas dire si étrange, en face des aspects infiniment variés de la nature, est pourtant le seul dans lequel nous savons qu’elle accepte de répondre effectivement aux questions qui lui sont posées, le seul donc par quoi l’homme, acquérant la dignité de vérité, soit assuré de s’élever, par delà l’ordre de la matière et l’ordre de la vie, jusqu’à l’ordre de l’esprit »

La « Querelle de l’athéisme » de Brunschvicg, venant après celle de Fichte plus d’un siècle avant, forme l’annexe final du livre « De la vraie et de la fausse conversion » qui fait une apparition dans le film « Ma nuit chez Maud » d’Eric Rohmer (1969):

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/vraie_et_fausse_conversion/vraie_et_fausse_conversion.html

« M. Léon BRUNSCHVICG présente à la Société les considérations suivantes :

Le drame de la conscience religieuse depuis trois siècles est défini avec précision par les termes du Mémorial du 23 novembre 1654 : entre le Dieu qui est celui d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et le Dieu qui est celui des philosophes et des savants, les essais de synthèse, les espérances de compromis, demeurent illusoires. Il est donc important de soumettre à l’examen les moments du processus spéculatif qui explique et qui, selon nous, commande la nécessité de l’alternative. »

Ma nuit chez Maud d’Eric Rohmer et la pensée de Brunschvicg et Pascal

Le plan vital exige la formation de collectivités (familles, tribus, nations…) mais l’accès au plan spirituel ne peut être qu’individuel

Dans le film admirable de Terrence Malick « The thin red line » le sergent joué par Sean Penn réprimande au début un soldat qui avait oublié sa « mission » (tuer les ennemis japonais)en fraternisant avec les indigènes :

http://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Ligne_rouge_(film,_1998)

« Le film commence par des instants de calme qui se déroulent sur une des îles tenue par les Japonais, Guadalcanal. Le soldat Witt est ensuite réprimandé pour y avoir déserté : le sergent Welsh se veut clément, mais estime le soldat inadapté à l’armée et lui affirme que dans ce monde un homme seul n’est rien et qu’il n’y a pas d’autre monde. Le soldat Witt lui prête tort. »

C’est exact pour le plan vital, sensible : un individu isolé et « indépendant » n’y survit pas longtemps, à part certaines exceptions comme les ascètes silencieux de l’Inde (mounis).

Le film « Fear and desire » (1953) de Stanley Kubrick s’achève sur le même constat

https://tractatustoposophicus.wordpress.com/2012/11/15/fear-and-desire-de-stanley-kubrick-un-chef-doeuvre-absolu/

Mais nous savons, c’est en tout cas la thèse qui fonde les recherches entamée ici, qu’il y a la possibilité pour tout être humain qui le veut, de « naître une seconde fois » en accédant à un autre plan, le plan de l’idée et de ce que Spinoza appelle « amor Dei intellectualis », ce que l’Evangile appelle « Royaume des cieux » pour y trouver la « vie éternelle » (éternité qui est tout autre que vie continuée perpétuellement : à la mort l’individu meurt).

Le fragment suivant expose cette thèse mais sous une forme ambiguë empreinte d’une religiosité naïve :

http://fr.m.wikisource.org/wiki/Il_existe_un_autre_monde

L’ambiguïté du film de Terrence Malick réside en ce que le soldat « déserteur » réprimandé par Sean Penn croit trouver cet « autre plan d’existence » (plutôt qu’autre monde) dans la nature encore vierge et sa beauté.

Mais la nature c’est justement le plan vital, c’est justement le monde.

Nature qui, pour ces animaux bien particuliers que sont les humains, et qui ont la possibilité de cesser d’être des être naturels et animaux, et de « renoncer à la mort » , Nature ou plan vital qui est le domaine de la guerre de tous contre tous, et où la simple survie exige que les individus singuliers se regroupent en collectivités en lutte perpétuelle avec d’autres collectivités: pour la terre, l’eau, la nourriture, les ressources, ou le simple prestige.

Constat qui tient en une simple formule bien connue : « l’homme est un animal social ».

Mais l’homme peut devenir autre chose s’il prend conscience du plan spirituel et a le désir véritable, qui implique une ascèse vitale et un travail de réflexion sur les idées, d’y accéder.

Nous savons depuis Descartes que cet accès réclame « une fois au moins dans la vie » de rompre avec tous les préjugés et croyances collectifs, inculqués depuis l’enfance.

Une fait indubitable qui démontre que toutes les « religions » et « cultures », qui sont toutes des particularismes, sont impuissantes à faire accéder les individus humains au plan universel de l’idée et de la vérité, plan de l’esprit.

Lors de cet accès, l’universel se confond avec le singulier, mais jamais avec le particulier.

C’est dans les considérations développées ici que se trouve le véritable sens de la laïcité, qui se confond avec la liberté de conscience (c’est à dire la liberté, qui ne se trouve que sur le plan spirituel), et aussi avec le sens du verset évangélique :

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »

César désigne le plan vital, naturel, organisé en collectivités : celles ci ne doivent en aucun cas empêcher les individus de chercher et trouver leur accès au plan spirituel, car c’est. Là le sens de l’existence humaine.

« Dieu » désigne le plan spirituel.

Le plan vital oblige les individus vivants à se regrouper en collectivités, imposant des contraintes importantes, juste pour survivre, mais les sépare en les forçant à se battre pour l’accès aux richesses matérielles.

Seul le plan spirituel rend les individus libres, sans les forcer à se grouper en collectifs, mais en les unissant par l’union universelle d’esprit à esprit