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La Bible et le Coran du point de vue de la différence hénologique : plan vital-plan spirituel

J’ai déjà reconnu dans ce blog,à plusieurs reprises, la dualité entre plan vital et plan spirituel dans la séparation, la distinction au début de « Genèse 1 » entre terre (Ha-Aretz, plan vital,הָאָרֶץ) et cieux ( Ha-Shamayim, plan spirituel, הַשָּׁמַיִם). Un nombre 2 sous l’idée duquel est placé tout ce chapitre , à commencer par la lettre Beith = 2 , de surcroît une « Grande lettre » , de taille anormale, comme il en existe 37 dans le Tanakh dites « lettres rabbaty » (« Autioth rabbatioth »), voir:

https://arithmosophia.wordpress.com/2012/02/17/les-grandes-lettres-du-tanakh-sont-au-nombre-de-37/

Voir ici le texte hébreu avec la traduction en français du chapitre 1:

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft0101.htm

Mon opinion est que les scribes qui ont écrit ce texte voulaient ainsi attirer l’attention sur le nombre 2 et la séparation entre terre et cieux, entre plan vital et plan spirituel. Mais y a t’il dans le texte un autre indice, une autre confirmation de la validité de cette interprétation dont j’ai eu l’idée en lisant « Raison et religion » de Brunschvicg :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-raison-et-religion/

Oui , il existe un tel indice confirmant cette interprétation et il se situe dans le texte de « Genèse Bereschit » au chapitre 2 verset 4, mais il faut lire le texte hébreu pour le déceler:

« אֵלֶּה תוֹלְדוֹת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, בְּהִבָּרְאָם: בְּיוֹם, עֲשׂוֹת יְהוָה אֱלֹהִים–אֶרֶץ וְשָׁמָיִם. « 
Ce qui se lit ( de droite à gauche):
 » Eleh Toldoth ha shamayim ve ha aretz, behibbar’am beyom ‘asoth YHVH Elohim Aretz ve Shamayim »
Et se traduit mot à mot  » voici les engendrements des cieux et de la terre, lorsqu’ils furent créés, le jour où YAhweh -les-dieux fit les cieux et la terre »
Je traduis YHVH Elohim par YAhweh-les-dieux puisque le mot Elohim est un pluriel et de Meme Shamayim qui est un pluriel et même un duel il me semble, par cieux.
La traduction usuelle, celle du site, est :
« Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu’ils furent créés; à l’époque où l’Éternel-Dieu fit une terre et un ciel.
Le mot hébreu important est « Toldoth » qui vient de la racine YLD : enfanter, et doit donc être traduit par « enfantements, engendrements, voire générations ( la forme -oth est celle du féminin pluriel) . Traduire comme le fait le site par « les origines » n’est pas faux, mais affaiblit considérablement le lien avec l’idée de successions des générations, qui est celle principale du plan vital, et fait perdre l’idée d’enfantement ( YLD). Rappelons que le début de l’Ecclesiastse traite le plan vital, succession des générations , de « vanité des vanités et poursuite du vent » .Mais là aussi le retour au texte hébreu donne des enseignements importants. Voir ici :

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft3101.htm
Le mot qui est traduit au verset 14 par « vent » est Ruah qui se traduit aussi par « esprit » et l’expression complète est Ra’uth Ruah qui est traduite par « pâture du vent ». Je ne comprends pas bien : que veut dire pâture sinon nourriture (d’un troupeau de vaches par exemple)? Je n’ai pas ici de dictionnaire hébreu pour vérifier, mais je remarque que les deux premières lettres de ce mot Ra’uth traduit par pâture sont Resch ר et ע ´Ayin (lettre dont le nom veut dire source et œil).Or ces deux lettres ensemble forment le mot Ra’רע qui veut dire « mal » dans ‘etz Tov va Ra’ : arbre de (la connaissance du) bien et du mal. N’étant pas un grand hébraïsant, j’hésite donc entre deux traductions : pâture au sens de nourriture de l’esprit, ou bien en prenant en compte le sens de Ra’=mal : souffrance, affliction de l’esprit .
Ce qui veut dire que le plan vital est du point de vue du plan spirituel: mal, affliction..
Mais revenons au chapitre 2 de Genèse et examinons les textes grec (Bible des Septante) et latin( Vulgate clémentine) qui ont longtemps donné accès au texte biblique en Occident , parce que la connaissance de l’hébreu n’était pas répandue en dehors des cercles d’orientalistes.
Voici le texte grec:

http://ba.21.free.fr/septuaginta/genese/genese_2.html

Ici un livre fait son apparition, le livre de la naissance ( de l’engendrement, de la génération) du ciel et de la terre.
Est ce là le « Livre de la Nature » dont parlait Galilée pour dire qu’il est écrit en langage mathématique?
Le texte grec est :
« Αὕτη ἡ βίβλος γενέσεως οὐρανοῦ καὶ γῆς, ὅτε ἐγένετο, » :voici le livre de la génération du ciel et de la terre, quand elle advint…
Remarquons que dans cette expression, spécifique au texte grec, les deux plans se touchent : « livre » est une notion appartenant au plan spirituel, « génération » est la notion caractéristique du plan vital, charnel.le texte hébreu lui est plus abrupt  » voici les engendrements du ciel et de la terre, quand ils furent créés ».. Pas de création du ciel et de la terre (création est de surcroît contradictoire avec engendrements)dans le texte grec des Septante.

Voyons le texte latin de la Vulgate, qui est ici:

http://www.drbo.org/lvb/chapter/01001.htm
et pour le chapitre 2:

http://www.drbo.org/lvb/chapter/01002.htm

« Istae sunt generationes caeli et terrae, quando creata sunt, in die quo fecit Dominus Deus caelum et terram »
« Voici les générations du ciel et de la terre quand ils furent créés, le jour où le Signeur Dieu fit le ciel et la terre »
Le livre des générations disparaît, mais l’idée de création du ciel et de la terre revient . De plus Dieu prend du galon : il devient le Seigneur, le Maître.le texte latin colle de plus près au texte hébreu , il distingue comme celui ci deux idées : création du ciel et de la terre ( en hébreu : » behibbar’am » : quand ils furent créés) et « dieu fit le ciel et la terre », en hébreu ‘asoth, en latin fecit .. Or je mentionne pour mémoire (car je n’ai pas une grande estime pour la kabbale) que ces deux verbes correspondent à deux « mondes » parmi les quatre de la kabbale : beri’ah création et ‘assiah « monde du faire  »
Résumons ce que nous avons constaté : la traduction en latin, en grec et surtout en français moderne affaiblit l’idée initiale que nous avons repérée dans le texte hébreu originel : idée qui n’a rien à voir avec la cosmologie, qui est objet de la science moderne, mais avec la dualité humaine fondamentale, séparation entre Nature et esprit. Tout le sens de l’existence humaine (si l’on pense que celle ci n’est pas totalement absurde, comme le pensent Sartre ou Samuel Beckett) est de définir correctement la différence entre les deux , afin de ne pas mélanger Nature et Esprit ( ce qui est à la base de tous les fanatismes sectaires) et ensuite de réunifier les deux en une « pensée selon l’Un » ( Henosophia ») puisque tout dualisme radical, irréconciliable est insupportable à la Raison; de Meme les arts martiaux ( karaté aïkido) sont des voies spirituelles et corporelles en même temps qui recherchent la réunification du corps et de l’esprit, séparés par le méchant dualisme cartésien occidental. Mais si corps et esprit n’avaient pas été séparés par le dualisme des méchants occidentaux cartésiens, il n’y aurait pas à les réunir, et les professeurs d’arts martiaux seraient tous au chômage, ou devraient se contenter d’enseigner la self-défense aux riches clientes effrayées par l’insécurité.
Bref la Bible ne dit pas ce que l’on croit communément et n’enseigne pas ces fables ridicules d’un Dieu Tout Puissant qui en 6 jours crée de rien tout l’espace immense des galaxies qu’étudie notre science . Il est encore plus facile de croire les thèses de Max Tegmark qui affirme que cet espace immense est l’apparence que prend une structure mathématique:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/03/02/our-mathematical-universe-de-max-tegmark-un-platonisme-pythagorisme-extreme/

Au moins une structure mathématique on sait ce que c’est (si l’on a étudié les maths) tandis qu’un dieu tout puissant…et puis pourquoi lui faut il 6 jours s’il est si fort ?
Non, suivant cette nouvelle clef interprétative la Bible parle de ce que chacun peut vérifier en lui même : une immanence spirituelle, plan des idées, et une extériorité corporelle spatio temporelle , plan vital des besoins , des désirs et des pulsions. Pas de croyance nécessaire ou ordonnée ici…
Seulement il se passe que ce savoir de la différence entre plan spirituel de l’immanence radicale que chacun peut connaître en soi même, en sa propre conscience réflexive, et plan vital qui est celui de la vie dans le monde naturel et dans la société, ce savoir se dégrade en des croyances en des fables et des dogmes à propos des origines du monde et la faute n’en incombe pas totalement à la traduction de l’hébreu en langues modernes. Relisons le chapitre 1 de Genèse :

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft0101.htm

Il faut avouer que si ce n’est pas un récit cosmologique fabuleux et mythologique, cela y ressemble fort!

 »
Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut.
1.4
Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres.
1.5
Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour.
1.6
Dieu dit: Qu’il y ait une étendue entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux.
1.7
Et Dieu fit l’étendue, et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l’étendue d’avec les eaux qui sont au-dessus de l’étendue. Et cela fut ainsi.
1.8
Dieu appela l’étendue ciel. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le second jour.
1.9
Dieu dit: Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ainsi.
1.10
Dieu appela le sec terre, et il appela l’amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon.
1.11
Puis Dieu dit: Que la terre produise de la verdure, de l’herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi. »

La tendance naturelle est de prendre ces lignes au mot, et de ne pas imaginer un sens symbolique où terre voudrait dire  » ordre de la matière et de la vie » , mais de prendre terre comme signifiant cette terre où nous vivons tous.
Ce qui est oublié dans cette mauvaise compréhension qui de surcroît n’a plus aucun intérêt de nos jours puisque c’est la science , la physique qui étudie les origines et le devenir du cosmos, c’est la distinction entre structure du réel (et non pas du monde ou de l’univers, puisque le monde est juste le plan vital) qui est l’objet du chapitre 1 et histoire du devenir de l’homme vivant qui fait l’objet de la suite de la Bible à partir du chapitre 2 lorsque les « générations » du ciel et de la terre sont introduites au verset 4. Or nul ne peut ignorer que ce qui est resté des récits de la Bible dans la mentalité populaire, ce sont surtout ces récits (basés sur quelles connaissances ?) des générations successives de l’humanité depuis les premiers parents Adam et Ève au jardin d’Eden jusqu’aux hébreux esclaves en Égypte et à l’arc-en-ciel dans le désert du peuple élu de Dieu vers la Terre promise : Israël. Ces récits doivent évidemment être pris au sens symbolique : le peuple hébreu symbolise l’humanité entière, l’esclavage en Égypte symbolise l’homme déchu prisonnier du plan vital où il est esclave de ses passions et de son ignorance, la Terre promise symbolise la rédemption de cet homme déchu qu’il lui faut conquérir de haute lutte après avoir traversé le désert symbolisant le retrait dans la solitude méditative et l’ascèse du renoncement au monde et à ses désirs naturels. Mais si l’on n’a pas reconnu dès le chapitre 1 la structure du réel scindé en plan vital et plan spirituel, on prend ces récits au sens propre, celui des générations successives d’un peuple particulier qui fait alliance avec le Dieu Tout Puissant qui a créé l’univers ( si l’on prend le chapitre 1 au sens cosmologique et non pas au sens Hénologique ce genre de confusion est inévitable).
Et l’on obtient comme résultat l’Histoire universelle des religions avec en prime le guerre actuelle au Moyen Orient.
Le christianisme n’ait comme mutation de la « religion » du peuple ayant passé une alliance avec le Dieu créateur de l’Univers, mutation rendue nécessaire par l’incompréhension du sens réel de ces récits, incompréhension que nous venons d’expliquer et qui consiste dans le glissement du sens réel hénosophique (ce que René Guénon nomme les « Grand Mystères » et Raymond Abellio la structure , qui s’est conservée selon lui dans la kabbale) au sens cosmologique ( ce que René Guénon nomme les « petits Mystères ») .Seulement ce que Guénon, obsédé par son rejet de tout ce qui est « occidental » et donc de la science moderne, qu’il imagine née des rebuts d’une science faisant partie d’une Tradition Primitive ( Leibniz et Descartes auraient été selon lui influencés par des « initiés » se faisant passer pour des « Rose-Croix ») c’est que la cosmologie est maintenant le thème des recherches de la physique moderne. Abellio le polytechnicien le sait mieux, mais cela ne l’empêche pas de se réfugier dans de fumeuses rêveries numérologique et kabbalistiques , dans « Introduction à une théorie des nombres bibliques » qu’il écrit en compagnie du rabbin Charles Hirsch . On doit cependant convenir que dans sa notion de « structure absolue » apparaît une image assez proche de la vérité de la différence entre plan vital et plan spirituel dévoilée par Brunschvicg et qui sort plutôt de Spinoza et de Platon que de la Torah ( Brunschvicg était notoirement apostat et laïque ) . Abellio est mort en 1986, lisant paraît il sans arrêt un vieil exemplaire de l’Ethique de Spinoza sur son lit de mort.. Peut être à t’il entrevu comme Balthasar Claes dans « La recherche de l’Absolu » livre qu’il admirait, un rayon du Soleil de Vérité et de Justice qui d’ailleurs brille pour tout le monde, pas seulement pour les mathématiciens ou philosophes spinozistes fussent ils un peu kabbalistes…
Mais revenons au christianisme, universalisation des fables juives : la différence béante entre plan vital (appelé « chair » dans l’Evangile) et plan spirituel (appelé « Royaume des cieux ») y est comblée (puisque nous avons dit que tout dualisme radical est insupportable pour la Raison) par la Personne Meme de Jésus Christ, à la fois humain en tant que membre de l’ordre des générations successives humaineset divin en tant que représentant le plan spirituel appelé « Saint Esprit » . c’est pour cette raison que Jésus se nomme lui meme « Fils de l’Homme » mais que les théologiens chrétiens le disent « Fils de Dieu » ou « Fils du Père » et qu’il est aussi réputé fils d’une Vierge qui n’a jamais été touchée par un homme. Légende qui doit être comprise symboliquement, de même que la Résurrection sur le Croix , dont la dualité de deux branches figure la dualité entre plan vital (branche horizontale) et plan spirituel (branche verticale, éternité). Tout cela est un peu dur à comprendre et à admettre pour ceux que Brunschvicg appelle les « juifs charnels » attachés à la lettre de la Loi plutôt qu’à l’Esprit qui sont sans doute la majorité , tout comme les « chrétiens charnels » d’ailleurs. Le sens véritable de l’Evangile ainsi que des propos de Saint Paul restera aussi incompris et comme le dit Brunschvicg l’éclipse des valeurs spirituelles,qui sont celles de la philosophie véritable platonicienne, sera totale . mais la scission entre deux communautés rivales , celles des juifs et des chrétiens, charnels plus que spirituels, favorisera l’éclosion d’une Troisième Révélation entièrement soumise à l’ordre de la chair celle là : le Coran issu des antiques lectionnaires de la communauté nazaréenne « judéo-chrétienne » en tant qu’admettant à le fois l’évangile (de Matthieu) et la Loi de Moïse. Cette nouvelle communauté composée de tribus arabes abusées et recrutées par les Nazaréens pour reconquérir Jérusalem, puis soumettre la totalité des terres habitées à la Loi du Dieu d’Israel devenue entre temps la Sharia d’Allah , se prendra, sur l’autorité menteuse de la Sourate 3 verset 110 du Coran imposteur pour la « meilleure de communautés » chargée par Allah de soumettre l’humanité à Dieu, c’est à dire à lui même, Allah . Et nous en sommes maintenant au bord d’une nouvelle guerre mondiale, car évidemment les peuples anciennement païens puis chrétiens d’Europe refusent de se soumettre à ce prétendu « Dieu » dont ils connaissent trop la généalogie..ou les engendrements ( » Toldoth »). Maintenant que nous disposons de la science moderne  » déplacement dans l’axe de la vie religieuse » et de l’appréciation véritable de la philosophie et de sa vérité dans Platon, est il vraiment nécessaire que nous tentions de débrouiller ce noeud gordien de « mystères enchevêtrés » que sont les Écritures sacrées des trois « religions » abrahamiques ?
Non du point de vue du plan spirituel car nous disposons dans le mythe de la Carverne de Platon d’un récit bien plus clair:

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/a-propos/

encore que fabuleux aussi, sur ce qu’est le plan vital empli d’obscurité (Caverne = plan vital) et sur la façon dont les prisonniers de la Caverne peuvent s’en évader durant leur vie même comme les y appelle Brunschvicg à la fin de « Raison et religion »
Mais oui du point de vue du plan vital des générations successives au les premiers musulmans, juifs ou chrétiens ont à notre époque des descendants qui croient dur comme fer à la vérité des récits qui leur ont été transmis et se croient chargés par un Diru transcendant (surtout les chargés de mission d’Allah ) de faire bénéficier les autres communautés , bénéficiaires d’une autre transmission , de la Vérité universelle qui est bien sûr la leur, qui leur a été transmise par leurs parents. Si nous ne faisons rien ,pour débrouiller ce « noeud de vipères » des trois dieux uniques cette bombe à retardement va nous exploser à la figure et nous n’aurons pas le temps de nous consacrer à la véritable religion, qui consiste à se libérer des entraves du plan vital ou des illusions sous forme de reflets de la Caverne.
Cette véritable religion, entièrement dé socialisée, Brunschvicg nous y invite en conclusion de « Raison et religion »:

«  LII. — Bon gré, mal gré, il faudra en arriver à poser en termes nets et francs le problème que l’éclectisme cherchait à embrouiller ou à dissimuler, et dont aussi bien dépend la vocation spirituelle de l’humanité. Dira-t-on que nous nous convertissons à l’évidence du vrai lorsque nous surmontons la violence de l’instinct, que nous refusons de centrer notre conception du monde et de Dieu sur l’intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d’une ambition fallacieuse lorsque nous prétendons, vivants, échapper aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour respirer dans un monde sans Providence et sans prières, sans sacrements et sans promesses ?
La clarté de l’alternative explique assez la résistance à laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait pas acception des personnes, un Dieu qui n’intervient pas dans le cours du monde et en particulier dans les événements de notre planète, dans le cours quotidien de nos affaires, « les hommes n’ont jamais songé à l’invoquer ». Or, remarque M. Bergson, « quand la philosophie parle de Dieu, il s’agit si peu du Dieu auquel pensent la plupart des hommes que, si, par miracle, et contre l’avis des philosophes, Dieu ainsi défini descendait dans le champ de l’expérience, personne ne le reconnaîtrait. Statique ou dynamique, en effet, la religion le tient avant tout pour un Être qui peut entrer en rapport avec nous » . En vain donc le rationalisme invoquera ses titres de noblesse, tentera de faire valoir « quelque idéal de sagesse ou de beauté, il ne saurait grouper qu’une rare élite et, s’il se borne aux horizons terrestres, il succombe avec l’individu » .

LII. — Bon gré, mal gré, il faudra en arriver à poser en termes nets et francs le problème que l’éclectisme cherchait à embrouiller ou à dissimuler, et dont aussi bien dépend la vocation spirituelle de l’humanité. Dira-t-on que nous nous convertissons à l’évidence du vrai lorsque nous surmontons la violence de l’instinct, que nous refusons de centrer notre conception du monde et de Dieu sur l’intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d’une ambition fallacieuse lorsque nous prétendons, vivants, échapper aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour respirer dans un P199 monde sans Providence et sans prières, sans sacrements et sans promesses ?
La clarté de l’alternative explique assez la résistance à laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait pas acception des personnes, un Dieu qui n’intervient pas dans le cours du monde et en particulier dans les événements de notre planète, dans le cours quotidien de nos affaires, « les hommes n’ont jamais songé à l’invoquer ». Or, remarque M. Bergson, « quand la philosophie parle de Dieu, il s’agit si peu du Dieu auquel pensent la plupart des hommes que, si, par miracle, et contre l’avis des philosophes, Dieu ainsi défini descendait dans le champ de l’expérience, personne ne le reconnaîtrait. Statique ou dynamique, en effet, la religion le tient avant tout pour un Être qui peut entrer en rapport avec nous » . En vain donc le rationalisme invoquera ses titres de noblesse, tentera de faire valoir « quelque idéal de sagesse ou de beauté, il ne saurait grouper qu’une rare élite et, s’il se borne aux horizons terrestres, il succombe avec l’individu » .
Mais ce qui s’imagine au-delà des horizons terrestres ne s’étale-t-il pas encore dans l’espace, comme le temps de la vie future, à laquelle l’individu serait appelé par un démenti éclatant aux conditions de l’existence naturelle, est seulement un temps indéfiniment allongé, image évidemment décevante de l’éternité intrinsèque et véritable ? L’immortalité de l’âme ne se conçoit que dans la conception naïve, que dans l’illusion primitive, d’un temps qui serait un substantif, entité simple et homogène par rapport à soi. Pour nous le problème du temps, et particulièrement du temps religieux, se précise de façon toute différente. Le bienfait dont nous serons redevables à l’histoire même de l’éclectisme, c’est de nous mettre définitivement en garde contre l’obscurité née de l’interférence entre des mouvements inverses de flux et de reflux, allant tantôt de l’ancien au nouveau, du statique au dynamique, et tantôt, au contraire, revenant au statique pour tenter d’y appuyer le dynamique, pour faire rentrer, suivant la formule de Comte, la marche du progrès dans la loi de l’ordre.
Et ce qui est vrai du temps de l’histoire est à plus forte raison vrai du temps de la personne. Là aussi, chaque moment apparaît décisif, par cette option qu’il nous propose entre la poussée en quelque sorte rectiligne du temps biologique et l’effort de redressement qui est nécessaire pour nous arracher à la tyrannie inconsciente du passé. En nous retournant sur lui, en le reconnaissant comme passé, nous nous rendrons capable de le soumettre à l’épreuve du jugement, fondé sur l’enchaînement, de mieux en mieux établi à travers les siècles de notre humanité, entre les antécédents et les conséquents.
Nous nous affranchirons du temps simplement vital, dans la mesure où nous en découvrirons la racine intemporelle. La vie, à la prendre en général dans l’absolu de son concept, nous savons trop qu’elle est sans pitié pour les vivants. Elle peut se définir comme l’ensemble des forces qui résistent à la mort ; mais ce n’est là qu’une expression provisoire jusqu’à l’inévitable dénouement qui la révèle comme l’ensemble des forces qui acheminent à la mort. Il est malaisé de décider si l’armée des vivants peut avoir l’espérance, suivant la magnifique image que nous a proposée M. Bergson, de « culbuter la mort » ; mais, puisque le salut est en nous, n’est-il pas assuré que l’armée des esprits débouche dans l’éternité, pourvu que nous ayons soin de maintenir à la notion d’éternité sa stricte signification d’immanence radicale ?
Nous le disons à notre tour : il ne s’agit plus pour l’homme de se soustraire à la condition de l’homme. Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai du jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent, qui permet d’intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l’expérience du passé, celles-là mêmes aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l’avenir.
Rien qui ne soit ici d’expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l’univers qui nous écrase ; nous dominons le temps qui nous emporte ; nous sommes plus qu’une personne dès que nous sommes capable de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne, et fonde dans autrui la personnalité à laquelle nous nous attachons. Ainsi, par-delà toutes les circonstances de détail, toutes les vicissitudes contingentes, qui tendent à diviser les hommes, à diviser l’homme lui-même, le progrès de notre P201 réflexion découvre dans notre propre intimité un foyer où l’intelligence et l’amour se présentent dans la pureté radicale de leur lumière. Notre âme est là ; et nous l’atteindrons à condition que nous ne nous laissions pas vaincre par notre conquête, que nous sachions résister à la tentation qui ferait de cette âme, à l’image de la matière, une substance détachée du cours de la durée, qui nous porterait à nous abîmer dans une sorte de contemplation muette et morte. La chose nécessaire est de ne pas nous relâcher dans l’effort généreux, indivisiblement spéculatif et pratique, qui rapproche l’humanité de l’idée qu’elle s’est formée d’elle-même.
Si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon.
Dieu difficile sans doute à gagner, encore plus difficile peut-être à conserver, mais qui du moins rendra tout facile. Comme chaque chose devient simple et transparente dès que nous avons triomphé de l’égoïsme inhérent à l’instinct naturel, que nous avons transporté dans tous les instants de notre existence cette attitude d’humilité sincère et scrupuleuse, de charité patiente et efficace, qui fait oublier au savant sa personnalité propre pour prendre part au travail de tous, pour ne songer qu’à enrichir le trésor commun !
Aller jusqu’au bout dans la voie du sacrifice et de l’abnégation, sans chercher de compromis entre les deux mouvements inverses et inconciliables de marche en avant et de retour en arrière, nous avons à cœur de dire, une fois de plus, que ce n’est nullement, selon nous, rompre l’élan imprimé à la vie religieuse par les confessions qui ont nourri la pensée de l’Occident, contredire l’exemple de leurs héros et de leurs saints. Nous avons appris de Pascal que la lutte n’est pas entre l’Ancien et le Nouveau Testament, mais dans l’Ancien même entre les « juifs charnels » et les « juifs spirituels », comme dans le Nouveau entre les « chrétiens spirituels » et les « chrétiens charnels ». Et la parole demeure, qui passe outre à la séduction pieuse de l’éclectisme : On ne sert pas deux maîtres à la fois, seraient-ce (oserons-nous conclure) la puissance du Père et la sagesse du Fils. »

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#BrunschvicgRaisonReligion « Je serai au milieu de vous « 

cette conversion à l’intériorité nécessaire pour que l’intuition purifiée et spiritualisée par les vertus de l’analyse mathématique observe la présence divine en nous, (celle du Dieu des philosophes et des Savants « aperçu par la Raison désintéressée ») ou dans les termes de l’évangile « entre dans le royaume des cieux » (« royaume « appelé ici , dans nos blogs: plan spirituel ou plan de l’Idée ou « monde des idées « ), voir le dernier article de ce hashtag:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/09/08/brunschvicgraisonreligion-conversion-a-linteriorite/

elle est entrevue par Platon, et « nettement dégagée par Descartes »mais le danger est comme d’habitude de la concevoir sur le modèle de l’intuition sensible. Cela revient à la déchéance du verbe intérieur , λογος ενδιαθετος, ou pensée, en Verbe extérieur ou langage, λογος προφερικσς qui est ce que Heidegger décrit à tort comme « oubli de l’être » mais qui est en réalité « oubli de l’Un « , qui est la véritable « cause » de la déchéance de l ‘humain au rang d’esclave du Gestell, le « projet d’arraisonnement techno-scientifique » c’est à dire rien moins que scientifique, pur, désinteressé et rationnel.

Remarquons que c’est là exactement la tendance contemporaine dans la mode des réseaux sociaux » (Facebook et Twitter , favoriser la non pensée en 140 signes c’est à dire tuer la réflexion qui est l’unique méthode du spinozisme et qui réclame justement cette conversion à l’intériorité, on sait aussi que Malebranche privilégiait la méditation donc le Verbe intérieur sur la polémique c’était là sa grande différence avec Arnaud et il n’eût guère brillé sur Twitter )

Toujours dans le chapitre 3 de « Raison et religion » :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/raison_et_religion.html

« — Cette présence, nous ne pouvons en demander le témoignage à un raisonnement nécessairement abstrait ; il reste qu’elle soit atteinte par intuition. Mais ne faudra-t-il pas que l’intuition elle-même, pour se rendre digne de Dieu, se convertisse de l’extérieur à l’intérieur ? Il y a, en effet, une manière de concevoir l’intuition sur le modèle de l’intuition sensible, qui la laisse réaliste et statique, se bornant à la représentation d’un objet intelligible et transcendant, telle la substance d’Aristote ou la chose en soi de Kant, qu’il suffirait de porter à l’infini pour qu’elle devînt Dieu. Or, ce que la dialectique platonicienne avait entrevu, ce que Descartes a nettement dégagé par ses Méditations métaphysiques, c’est que l’intuition véritable se caractérise comme idéaliste et dynamique, immanente au progrès d’une pensée qui, par-delà chacune de ses démarches déterminées, découvre la source d’expansion qui fait que la raison a toujours, suivant le mot de Malebranche, « du mouvement pour aller plus loin ». 

Or cette intuition de la Présence du Verbe intérieur en nous, elle est la source de la notion du Présent universel dont on sait qu’elle est niée par les conceptions modernes de la science, ainsi dans la théorie de la Relativité la nécessité pour les « observateurs » situés à une grande distance l’un de l’autre de s’nevoyer des signaux lumineux et de constater leur instant d’arrivée après quoi les formules de transformation dites de Lorentz permettent de déterminer les conditions auxquelles deux événements sont simultanés pour les deux observateurs qui s’envoient les signaux lumineux . On voit donc que l’on se situe la dans le registre du Verbe extérieur ( au sens propre d’ailleurs car si les deux observateurs sont proches l’un de l’autre et situés dans le même référentiel’, la planète terre par exemple, au lieu de s’envoyer des signaux lumineux ou acoustiques ils se parleront pour constater les simultanéités en disant par exemple  » maintenant ! » Mais ceci n’est nécessaire que si n’existe pas entre eux ce Présent englobant et unificateur qui est proprement le Verbe intérieur l’intimité des consciences les unes aux autres. De tout temps l’amour ( entre un homme et une femme ) a été pris pour symbole de cette intimité et de cette « réciprocité des consciences » ( selon la belle expression de Maurice Nédoncelle , une réciprocité qui remplace celle des signaux lumineux dans la théorie d’Einstein )en effet imaginons un homme et une femme amoureux l’un de l’autre et situés dans le même « référentiel spatio-temporel par exemple assis sur un canapé l’un près de l’autre ils n’auront certainement pas besoin de s’envoyer des signaux avec une lampe de poche pour se faire comprendre l’un à l’autre qu’ils sont « sur la même longueur d’ondes  » comme on dit vulgairement une femme sai t très bien faire comprendre imperceptiblement qu’elle a le désir que l’homme prenne l’initiative de l’embrasser encore s’il y a des signes même imperceptibles et d’une discrétion absolue est on encore dans le registre de l’exteriorite et non pas de l’intimité totale des consciences en leur vérité. bien entendu on pourra objecter en prenant appui sur Brunschvicg lui même que l’exemple d’une relation amoureuse est mal choisi car il reste au niveau de la personne ,donc de la psychologie, qui doit être dépassé vers l’universalité de la vérité si l’on veut éviter la confusion du psychique et du spirituel que condamnait déjà fort justement René Guénon, l’exact opposé de Brundchvicg qui nous prévient dans « Raison et religion » comme dans les autres livres contre le danger de confusion entre intospection se limitant à la personne et méditation recherchant et débouchant sue l’universalité de la vérité, bref entre « ^me » et esprit ,entre plan vital et plan de l’Idée :

« Si nous devenons une « personne » à nos propres yeux, n’est-ce pas parce que nous appliquons à ce sujet privilégié le pouvoir général de coordonner les phénomènes autour d’un certain centre, qui nous permet de poser pour elles-mêmes d’autres personnalités ? L’opposition entre moi et autrui, ou tout au moins l’extériorité insurmontable pour qui s’arrête à la personne comme à une catégorie ultime, s’évanouit dès qu’on scrute assez profondément ce qui nous constitue, en tant qu’être pensant  comme créateur de personnalités. C’est ce qu’exprime la parole de l’Écriture : « Je serai au milieu de vous », pourvu qu’on l’entende dans son sens spiritualiste, c’est-à-dire qu’il s’agisse, non d’un « troisième homme » qui se dresserait comme un fantôme entre deux interlocuteurs, mais du lien immatériel qui fait leur intelligence réciproque et trouve dans l’unité de leur raison la garantie de sa vérité. L’intuition de l’infini et de l’éternel, affranchie de tout préjugé ontologique, de toute imagination transcendante, il conviendra de dire qu’elle conduit, non à Dieu par le Verbe, mais au Dieu qui est le Verbe, et à un Verbe qui, pas plus que Dieu lui-même, n’accepte de se laisser diviser et dédoubler.

L’ascèse idéaliste permet donc de conclure à l’existence de Dieu comme thèse rigoureusement démontrée si l’on a su retrancher de la notion d’existence tout ce qui tendrait à situer Dieu dans un plan de réalité matérielle où il viendrait, soit s’ajouter, comme chose numériquement différente, à l’ensemble des choses données dans l’expérience du monde, soit se confondre avec lui. Créationisme et panthéisme sont également hors de jeu, parce qu’ils définissent Dieu par rapport à la réalité de la nature. Or il faut, de toute nécessité, que le progrès de la critique ait spiritualisé l’être pour que soit séparé de son image, atteint dans sa pureté, le Dieu qui seul pourra être avoué comme divin.  »

cette « ascèse idéaliste » ce progrès de la critique dont parle Brunschvicg ce n’est autre que le « déplacement d’axe de la vie religieuse  » que constitue au 17 ème siècle l’émergence d’ une physique mathématique, changement de paradigme par rapport à la physique qualitative aritotélicienne et prenant naissance à l’occasion de l’étude du changement et du mouvement voir l’article précédent portant sur la dynamique :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/09/14/physique-categorique-dynamique-des-monades-temps-et-changement/

Ce progrès de la critique à l’occasion du progrès de la science du mouvement (galiléenne et newtonnienne ) »spiritualise l’être « en en libérant la compréhension et l’intuition qui était jusque là limitée au modèle de l’intuition sensible; » qui la laisse réaliste et statique, se bornant à la représentation d’un objet intelligible et transcendant, telle la substance d’Aristote ou la chose en soi de Kant, qu’il suffirait de porter à l’infini pour qu’elle devînt Dieu »

« Or, ce que la dialectique platonicienne avait entrevu, ce que Descartes a nettement dégagé par ses Méditations métaphysiques, c’est que l’intuition véritable se caractérise comme idéaliste et dynamique, immanente au progrès d’une pensée qui, par-delà chacune de ses démarches déterminées, découvre la source d’expansion qui fait que la raison a toujours, suivant le mot de Malebranche, « du mouvement pour aller plus loin ». L’effort de réflexion sur soi implique, comme donnée irrécusable de l’expérience intime, qu’il est possible de franchir les bornes de la personnalité sans sortir de la conscience, de prendre dans le moment présent et dans l’acte particulier possession de l’éternel et de l’universel qui suscitent ce moment et fécondent cet acte, sans pourtant s’y épuiser »

tou est là et ceci constitue en même temps pour notre époque déboussolée une médecine contre son gouffre principal : l’obsession de l’homme contemporain pour son « nombril » pour sa « petite personne » qu’il porte au niveau de Dieu même : l’universel .De là provient sans aucun doute ce « délire occidental » contre le quel Dany Robert Dufour a raison de nous prévenir dans son dernier ouvrage qui est comme d’habitude un livre très important :

http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php?article1908

mais qu »il a tort de faire dériver de Descartes , le seul « canot de sauvatage  » (pour prendre une image qui parlera à tout le monde en ces temps actuels de crise des migrants) apte à nous sauver de ce délire en échappanr à la confusion du plan vital et du plan spirituel , c’est à dire en redressant la Croix (que Dany Robert Dufour a magistralement étudiée dans sa portée métaphysique) croisée au centre de l’instant de l ‘axe vertical de l’esprit et de l’axe horizontal de la Natureet du plan vital et psychique .

Ici prennnent toute leur importance les ligens plus haut que nous avons consacréesà la théorie de la Relativité einsteinienne et à la « purification critique » dela noation de Pésent et de simultanétité entre evènements spatio-temporels . On sait qu’Einstein n’a rien inventé (ses détracteurs innombrables souvent haineux le lui reprochent assez) et a simplement mis en cohérence ce qui avait été fait avant lui à savoir l’expérience de Michelson et Morley en 1887:

http://www.pauljorion.com/blog/2010/03/25/einstein-et-lexperience-cruciale-de-michelson-et-de-morley/

et le formalisme purement mathématique issu de la théorie des groupes des transformations de Lorentz :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Transformations_de_Lorentz

On sait aussi que ces données conduisent Einstein aux principales conclusion de la théorie de la relaticité restreinte de 1905 :comme le mur absolu de la vitesse de le lumière pour tout déplacement d’un corps matériel donc pourvu d’une masse (le photon est sans masse aussi peut il atteindre le mur absolu de la vitesse c de la lumière) sous peine de conséquences…bizarres : un corps matériel (pourvu d’une masse) qui dépasserait la vitesse de la lumière remonterait le temps en direction du passé mais il ruarait besoin pour ce faire, rien que pour atteindrecette vitesse (snas préjuger de ce que cela entrainerait pour les orgnisme d’êtres vivants voire humains ayant éventuellement peix place dans un tel vaisseau spatial) d’une énergie infinie ce qui risque de dépasser un peu les disponibilités d’EDFet même des USA )..j ‘en passe et des meilleures pour les affirmations d’Einstein en 1905 (et ce n’est rien à côté de celles de 1915 et 1939).

J’ai opposé dans les ligens ci dessus à ce formalisme des signaux lumineux , des référentiels spatiotemporels et des transformaions de Lorentz l’intuition purifiée par les vertus de l’analyse mathématique et donc affranchie du sensible (or même en physique il y a bien des données sensibles , ne seraient ce que les indications numériques des instruments de mesure) .Je l’ai fait, au risque de passer pour un mystique irrationnaliste en suivant le texte mêmedu livre de Brunschvicg qui va jusqu’ à citer une parole de Jésus Christ à ses disciples avant sa mort :

« Je serai au milieu de vous « 

et j’ai compliqué mon cas en allant jusquà utiliser un exemple matérialiste celui d’un homme et d’une femme en situation « intéressante « , sur un canapé-lit « en passe de conclure ,même sur un malentendu « et cela eût sans doute d’autant plus irrité Brunschvicg que son élève infidèle et insultant jean Paul Sartre qui s’était autorisé en 1943 dans « l’être et le Néant « du même esprit fort peu spiritualiste (Brunschvicg était encore vivant cette année là, je ne sais pas s’il avait lu le livre de Sartre ,en tout cas il en avait certainement entendu parler) et non pas pour évoquer le Verbe intérieur mais pour illustrer la mauvaise foi (qui estun de ses thèmes principaux) par une attitude féminine bien entendu (qu’en a pensé Simone de Beauvoir ?) , je veux parler du célèbre exemple de la jeune fille qui se laisse prendre la main par le vilain monsieur sue un divan et décide en son for intérieur que ceci n’est pas en train d’arriver, le vilain monsieur n’est pasen traindelui caressr la main et le bras, voire plus si entente,  et qu’elle n’a donc pas à réagirpuisqu’il ne se passe rien (au fond tout cela ressemble fort à Munich en 1938 ou à Munich en septembre 2015 et à la réaction en deux temps de Mme Merkel à l’afflux de migrants ) dnas le texte écrit en 1943 Sartre ne va guère plus loin si je me souviens bien  je vis donc le faire à sa place en m’inspirant de l’esprit libéré de 2015 ( nous sommes après Mai 68 que Sartre avait approuvé si j’ai bonne mémoire) car su le canapé la situztion de la jeune fille deitn aussi intenable que celle de l’ Europe et de mme Merkel depuishier cat le vialin monsieur , ayant remarqué que la jeune fille se laisse prendre la main sans réagir et en fermant les yeux , poursuit son offensive  » sa « blitz krieg » pour utiliser d ue terminologieque Mme Merkel doit comprendre , il ne s’arrête pas plus que les migrants ne stoppent leur afflux à la gare de Munich , il considère cette « main inerte de la jeune fille « comme prise à l »ennemi » et en bon stratège sait que toute victoire trop facile est souvent une « victoire à la Pyrrhus » si elle n’est pas suivie rapidement d’une autre attaque victorieuse , aussi décide t’il de « poursuivre son avantage) et se met il à caressr lesseins de la jeune fille ou bien même (nous sommes en 2015 au pays des « droits de l’homme ) l’espace situé sous sa jupe, sous sa petite culotte et de voir ce qui va bien pourvoir en résulterpour tous  les deux , si le frère aîné ou les parents de la jeune fille, voire même un officier de police vont faire irruption et stopper net ce manège (dés)enchanté au nom, je ne sais pas moi, de la Pudeur, de la Famille, de la Religion, des sacro-saints Droits le l’Homme (et surtout de la Femme) de la défense de l’Occident judéo-chrétien , des Lumières bref arrêtons là , je n’ai pris cet exemple que pour montrer combien la situation de l’Europe , qui avait déjà il y a longtemps é té ravie et violée par Zeus  le copain de chambrée d’Allah sous forme d’un taureau mugissant , est intenable en cette année 2015 à Munich comme en 1938 à Munich , et , plus philosophiquement, combien cette notion d’intuition du Verbe intérieur est dangereuse et voisine des gouffres abyssaux , combien aussi la démarche rationnelle einsteinienne des signaux lumineux et des démonstrations mathématiques est plus sûre à tous points de vue (surtout du point de vue de la Famille de la jeune fille, si toute fois celle ci  n’est pas ‘libérée », vivant avant que les glorieux manifestants de Mai 68 ne viennent lui révéler le Sacro Sainte Vérité orgasmique qu’avaient laissée dans l’ombre les manifestations d’Aoûr 1944 et mai 1945)…..

et pourtant …

avons nous suffisamment rema rqué combien les commentaires de Brunschvicg ont fait pour la véritab le compréhension de l’évangile et du « christianisme des philosophes » (expression de Brunschvicg utilisée après Spinoza paraît il ) ?

car cette « religion du Verbe  » , ce « christianisme des philosophes et des mathématiciens « nous voyonsbien que c’est la seule possibilité , le seul espoir laissé à une humanité en pleine déréliction islamoclimatique ,prise dans le « Le délire occidental et ses effets actuels dans la vie quotidienne : Travail, loisir, amour »ou ‘invagination ou introduction du sens dans le non sens postsoixante huit (trop) tard » et post décontructionniste . 

en attendant la « fin du monde  » promise pour l’année 2084 par l’écrivain Boualem  Sansal

http://www.franceinfo.fr/emission/le-livre-du-jour/2015-2016/boualem-sansal-2084-la-fin-du-monde-14-09-2015-08-34

suivant les termes de Brunschvicg (page 55) :

« nous avons aperçu la tare originelle dont nous avons à nous affranchir pour préciser le sens de la présence divine, non plus dans le monde, mais en nous »

cette tare originelle qui remplace le « péché originel » tout en ayant la même origine que lui en tant qu’enténèbrement et aveuglement de l’intelligence , elle se situe dans la confusion du plan vital et du plan spirituel ou « monde des idées « , contre lequel nous prémunit le pratique dela mathesis prônée ici .

Quelques mots encore sur la relativité einsteinienne que j’ai eu grand tort d’opposer (ou de sembler le faire) avec l’intuition du Présent éternel dont parle Brunschvicg ailleurs :

 

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

« Nous nous affranchirons du temps simplement vital, dans la mesure où nous en découvrirons la racine intemporelle. La vie, nous savons trop qu’elle est sans pitié pour les vivants. Elle peut se définir comme l’ensemble des forces qui résistent à la mort….. jusqu’à l’inévitable dénouement qui la révèle comme l’ensemble des forces qui acheminent à la mort….. 

il est malaisé de décider si l’armée des vivants peut avoir l’espérance, suivant la magnifique image que nous a proposée  Bergson, de « culbuter la mort« ; mais, puisque le salut est en nous,n’est il pas assuré que l’armée des esprits débouche dans l’éternité, pourvu que nous ayons soin de maintenir à la notion d’éternité sa stricte signification d’immanence radicale ? …..

insi, par-delà toutes les circonstances de détail, toutes les vicissitudes contingentes, qui tendent à diviser les hommes, à diviser l’homme lui-même, le progrès de notre  réflexion découvre dans notre propre intimité un foyer où l’intelligence et l’amour se présentent dans la pureté radicale de leur lumière. Notre âme est là ; et nous l’atteindrons à condition que nous ne nous laissions pas vaincre par notre conquête, que nous sachions résister à la tentation qui ferait de cette âme, àl’image de la matière, une substance détachée du cours de la durée, qui nous porterait à nous abîmer dans une sorte de contemplation muette et morte. La chose nécessaire est de ne pas nous relâcher dans l’effort généreux, indivisiblement spéculatif et pratique, qui rapproche l’humanité de l’idée qu’elle s’est formée d’elle-même….

 

si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon.

le propre de l’esprit est de s’apparaitre à lui même dans la certitude d’une lumière croissante, tandis que la vie est essentiellement menace et ambiguïté. Ce qui la définit c’est la succession fatale de la génération et de la corruption. Voilà pourquoi les religions, établies sur le plan vital, ont beau condamner le manichéisme, il demeure à la base de leur représentation dogmatique… ce qui est constitutif de l’esprit est l’unité d’un progrès par l’accumulation unilinéaire de vérités toujours positives. L’alternative insoluble de l’optimisme et du pessimisme ne concernera jamais que le centre vital d’intérêt; nous pouvons être et à bon droit inquiets en ce qui nous concerne de notre rapport à l’esprit, mais non inquiets de l’esprit lui même que ne sauraient affecter les défaillances et les échecs, les repentirs et les régressions d’un individu, ou d’une race, ou d’une planète. Le problème est dans le passage , non d’aujourd’hui à demain, mais du présent temporel au présent éternel. Une philosophie de la conscience pure, telle que le traité de Spinoza « De intellectus emendatione » , en a dégagé la méthode, n’a rien à espérer de la vie, à craindre de la mort. L’angoisse de disparaitre un jour, qui domine une métaphysique de la vie, est sur un plan; la certitude d’évidence qu’apporte avec elle l’intelligence de l’idée, est sur un autre plan«

on aura rmarquéque dans cet ensemble de citations dont j’ai donné le lien ci dessus, Brunschvig place la présence divine et christique du Médiateur chez Einstein comme chez Galilée . Il y aurait donc confusion et incompréhension de ma part à opposer les théories d’Einstein (qui comme on le sait vont jusquà nier la realité du temps ) à l’intuition du Présent éternel présente chez Brunschvicg comme dans le passage cité de l’Evangile  de Matthieu 18  (verset 20 ) :

http://www.aelf.org/bible-liturgie/Mt/Evangile-de-Jeesus-Christ-selon-saint-Matthieu/chapitre/18

http://viechretienne.catholique.org/meditation/11296-je-suis-la-au-milieu-de-vous

ce n ‘est pas pour faire du mauvais esprit mais notez combien cette dernière méditation catholique  sur le passage évangélique se situe nettement en dessous du niveau sublime de celle de Brunschvicg comme souvent chez les « croyants » : la présence du lien ‘immatériel  » entre les humains y est conçue sur le modèle de la présence d’une autre personne ,

« Demande Que je te reconnaisse, Seigneur, en chaque personne que je rencontre aujourd’hui. Apprends-moi à les traiter comme je te traiterais. »

sans parler de la « demande au Seigneur  » !!

c’est ce genre de bondieuseries ridicules, qui sentent à plein nez leur catho de gauche ,qui déconsidèrent le christianisme et font la réussite et l’expansion de  l’Islam .. il suffirait de pousser un peu ce genre de types pour qu’il mette en application la parole et le modèle de « Notre Seigneur qui mangeait et buvait au milieu des prostituées » et aille évangéliser le bois de boulogne ou les bars louches de la Rue Saint denis ! remarquez il y apprendrait peut  être deux ou trois trucs dont sa femme profiterait après coup …divine surprise ! !!!

 

ce genre d’interprétation ridicule va contre le sens même de l’universalité du Verbe qu’a mis en évidence Brunschvicg et que Marx lui même comprenait mieux quand il disait que »nous devons mourir parce que nous ne sommes pas adéquats à l’universel »

 

 

 

 

LE ROYAUME (Emmanuel Carrere chez Finkielkraut)

Je n’ai pas eu le temps de lire encore le livre d’Emmanuel Carrere « Le Royaume », mais j’ai réécouté ce matin l’émission « Répliques » de l’excellent Finkielkraut où il parle de son livre, on peut la réécouter ici:

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4882956

Or il y a un moment où l’excellent Finkielkraut se lance dans une de ses tirades jugées réactionnaires par les petits tribuns médiocres de notre époque, il évoque Pascal et les trois ordres : ordre de la chair, ordre de l’esprit et ordre surnaturel de la charité, et Pascal ajoute que si l’esprit est séparé de la chair par une distance infinie, l’ordre de la charité est séparé des deux autres par une distance infiniment infinie, puisqu’il est surnaturel.
Il cite ensuite Laurent Lafforgue pour rattacher l’ordre de l’esprit à l’école, et l’ordre de la charité à l’égalitarisme qui règne et veut que l’école soit accessible à tous, avec même une discrimination positive donnant plus de moyens pour ceux nés en milieux pauvres que leur famille ne peut pas aider.

Seulement c’est pour lui un cas où la charité, spécifiquement une valeur chrétienne devenue folle selon le mot de Chesterton, dynamite complètement l’ordre minimal nécessaire pour que l’école joue son rôle : accueillir trop d’enfants « différents » (issus de l’immigration non européenne) finit par détruire l’école, et empêcher toute transmission à ceux qui auraient pu en bénéficier, surtout d’ailleurs parmi les enfants de familles pauvres, les autres familles ayant les moyens de mettre leur enfant dans le privé.
Et il oppose à ce sujet, selon les thèses de Max Weber, éthique de la conviction et éthique de la responsabilité : il est irresponsable d’accueillir inconditionnellement (comme le voudrait Derrida) tous les clandestins, car cela finit par créer une société cloisonnée, communautarisme, et hyper-violente.

Cependant, lui et Emmanuel Carrere tombent d’accord sur le besoin de conserver l’ordre de la charité comme « source des valeurs ».

Mais comment Finkielkraut peut il alors ne pas évoquer la « querelle de l’athéisme » de Léon Brunschvicg en 1928, qu’il connaît très bien?
Voir:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/la-querelle-de-latheisme/

où Brunschvicg montre que tout marche très bien sans l’ordre surnaturel de la charité..

L’ordre de l’esprit suffit, il est la source des valeurs, et de la vraie charité, la charité soutenue et gardée de la folie par l’intelligence.

Le Royaume est tout simplement le plan spirituel, l’ordre de l’esprit, et au dessus ou au delà il n’y a rien de supérieur.

En même temps cette conception rationnelle, qui simplifie tout, joue le rôle de garde-fou vis à vis des délires messianiques qui étaient ceux des premiers chrétiens.
Le Royaume ne vient pas à un moment donné de l’Histoire pour tout le monde, il vient de manière « invisible » pour chacun à l’heure où il comprend que le plan vital est néant sans valeur, que seul le plan spirituel introduit de la valeur dans le monde et dans l’existence.

Était ce cela que voulait dire l’Apôtre Paul lorsqu’il disait à ses disciples des premières communautés chrétiennes : « Le Royaume viendra de votre vivant, tous vous le verrez »?
Il voulait peut être dire que tous ceux qui suivaient le bon enseignement dans l’attitude juste le « verraient » puisque l’enseignement n’est que cela : discrimination entre le zéro, ou le fini, et l’Infini.
Le plan vital est fini, donc il n’est pas étonnant que l’on puisse parler de la « fin du monde » : puisque le monde est (le) fini, la finitude, il est évident qu’il doit finir, seulement cette fin d’ordre transcendantal n’est pas historique, elle ne survient pas à un moment donné de l’Histoire et pour tout le monde.
Et Paul répondait aux critiques de ceux qui disaient :
« mais beaucoup sont déjà morts et le Royaume n’est toujours pas là… »

 » Si le Royaume est venu mais vous ne l’avez pas vu »

Il voulait peut être dire : il est venu pour les « morts », mais pour les morts au sens initiatique : ceux qui sont morts à l’ego social et personnel (de persona = masque, « ce qui résonne ») et au plan vital et « naturel »

Seulement la tragédie universelle est que « ceux qui veulent des consolations », ceux qui n’ont pas renoncé à la mort en mourant (de la mort initiatique en comprenant le véritable sens de ce Brunschvicg appelle « christianisme des philosophes ») ne comprennent pas ce qu’est le « plan spirituel » et le situent dans un « au delà » situé « apres la mort » : ils auraient raison s’ils voulaient dire la mort initiatique à l’existence « naturelle » pour laquelle il n’y a que le plan vital..

Seulement ils parlent de la mort physique..
Le Royaume vient pour chacun quand il comprend réellement que le plan vital est fini, donc nul (comparativement à l’Infini) et que le plan spirituel, ou ordre de l’Esprit,ou « monde des idées » (terme employé par Brunschvicg vers 1900 dans « L’idéalisme contemporain »).
Voilà où se situe l’incompréhension fondamentale des gens à mentalité sectaire: ils interprètent le « Fils de l’homme qui vient sur les nuées » à la manière d’un film américain à sensations fortes.
Mais le fils de l’homme vient comme un voleur, un peu dans le même sens que dans le sermon du Maître Zen cité par Suzuki:

« Le zen est l’apprentissage dans l’art de cambrioler »

Il faut aussi évoquer ici l’incompréhension fondamentale des judéo-nazaréens, qui sont devenus les musulmans, dans leur conception de Jésus comme Messie guerrier qui doit revenir à la Fin des Temps pour prendre la tête de la communauté des Justes (devenue la oumma islamique ) et conquérir la Terre et convertir l’humanité pour la forcer à obéir à Dieu (c’est à dire à la Charia)

Richard Amiel McGough : « pourquoi je quitte le christianisme »

http://www.biblewheel.com/forum/showthread.php?2368-Why-I-quit-Christianity

sur mon ancien blog maintenant détruit « Recherche de la vérité » j’ai passé pas mal de temps à ce que j’appelais « arithmosophie », à savoir sur les valeurs numériques des arrangements de lettres et de mots ou versets , en hébreu ou en grec, de la Bible (hébraïque ou grecque).

J’ai soudainement compris que j’avais peut être tort, et que je commettais peut être le MAL, aussi ai je pris la dcision soudaine, un beau matin, de détruire le blog, et pourtant je n’avais pas un seul millionième de gramme d’alcool dans le sang ce jour là ! 

(une autre raison, moins cruciale, est que je mélangeais des articles liés à la politique actuelle, d’importance toute relative donc, voire nulle dirais je maintenant, et des articles de philosophie, visant donc à la Vérité, mélange infâme qui revient à du relativisme et donc au MAL)

Comment est ce que je SAIS (et non pas je crois) que j’avais tort ?

à cause de cette simple citation de Brunschvicg, qui représente à mon avis la totalité de ce qu’il faut savoir pour entreprendre l’acheminement de l’âme vers Dieu :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/raison_et_religion.html

(voir page 114 du document Word):

« Et le paradoxe de l’attitude spinoziste était encore accru par la revendication énergique des droits de la conscience, par la récusation inflexible du symbole et de la lettre. Si la parfaite indifférence aux cérémonies extérieures du culte ne permet plus d’opposer le christianisme au judaïsme comme une Église à une Église, elle s’accompagne cependant d’une sympathie naturelle qui ne gêne en rien la liberté de la pensée. De même que l’astronome n’a pas à s’offusquer des erreurs de l’ignorant, qui dérivent nécessairement des conditions organiques de la vision, pas davantage le philosophe ne conteste au vulgaire son image subjective et illusoire du salut, récompense ultra-terrestre de sa conduite ici-bas.

Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : Qui n’est pas avec moi est contre moi, et la voie large : Qui n’est pas contre moi est avec moi. Mais pour accomplir l’Évangile, il faut aller jusqu’à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n’a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi. Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour, l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire. »

Brunschvicg dit bien :

l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire

et donc si l’on ajoute une vérité, que ce soit un dogme, ou un mythe, tiré de la Bible, ou du Coran, ou des Vedas, ou une équation arithmosophique sur les valeurs numériques de la Bible, ou de l’Evangile, ou du Coran, on ne peut qu’ajouter…du faux !

L’unique vérité qui nous vient de Dieu n’est pas une « vérité » dogmatique que l’on peut « imposer » aux masses de « disciples » : c’est une vérité « pour soi même », dans le secret du coeur, de ce que j’appelle :

l’ Internel

ce que nous dit ici Brunschvicg, c’est que la seule philosophie suffit, pour trouver la religion véritable, parce que la seule philosophie EST la religion véritable, et qu’elle est tout entière contenue dans cette ligne, cette thèse, ou plutôt cette proposition de vie et d’action :

« l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour est l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire. »

Seulement ce n’est pas une phrase qu’il nous faudrait méditer confortablement installé dans notre fauteuil, ou à propos de laquelle nous pourrions débattre pendant des siècles (comme sur les Evangiles), écrire des livres savants, former des écoles de pensée rivales, tout simplement parce que ce n’est pas une « vérité », une affirmation qui soit vraie ou fausse…si vous relisez bien, Brunschvicg ne nous dit pas que ce soit « vrai » , il nous dit que seul celui qui aura su reconnaître ce programme d’action et de pensée comme valide sera capable de ne pas se comporter comme un fanatique (comme Badiou, par exemple), qu’il soit athéer, chrétien, juif, musulman, etc…mais sera capable de dire à ceux qui le haïssent et veulent l’éliminer :

« toi qui es contre moi, tu es encore avec moi »

la vérité, l’unique vérité, c’est Dieu qui la dispense, Dieu à savoir ce mouvement de transcendement (mais qui n’est pas une Transcendance), de dépassement perpétuel de nous même que nous avons EN NOUS, et qui peut s’appeler Raison, ou un autre terme si cela fait plaisir …

et cette « unique vérité » n’est pas une proposition, qui serait « prononcée » en direction d’un « autre », d’un « esclave de Dieu » , elle est cette voix qui retentit en nous même (si nous savons faire silence nous l’entendrons) et qui nous « dit » sans parler :

l’unique façon de vivre qui soit digne et bonne, c’est d’étendre à l’infini son intelligence POUR parvenir à l’absolu désintéressement de l’amour.

Et, si je ne me trompe, c’est là le programme de vie chrétien !

alors pourquoi le christianisme (ou plutôt les différentes formes de christianisme) s’est il révélé incapable du plus petit commencement de volonté de réalisation de ce programme, qui n’est autre que « la voie, la vérité et la vie »?

parce qu’il s’est voulu « supérieur » à la philosophie , selon une prétendue « Révélation » adressée à la Foi, qui serait supérieure à la Raison, considérée comme simple servante !

seulement la Raison ne sera jamais servante, ni de la Foi, ni de la Loi !

si vous cheminez réellement sur la Voie de la Raison, alors plus besoin de foi ni de loi !

après ce long préambule , revenons aux Nombres de la Bible (ils sont aussi dans le Coran, écrit par Waraqa Ibn Nawfal qui connaissait très bien la Bible, l’hébreu et la qabbalah) et notamment au site Biblewheel fondé par Richard Amiel McGough :

http://www.biblewheel.com/

qui s’appelle maintenant « Bibles, wheels and brains » et se déclare ouvert à tous les « libres penseurs »… il y a du changement, et Richard s’explique là dessus de façon très claire, et je trouve assez bouleversante, en expliquant pourquoi il quitte le christianisme :

http://www.biblewheel.com/content.php?15-Why-I-Quit-Christianity

« So here are three of the primary issues that conspired to finally convince me that the traditional Christian faith is not true:

1) The Doctrine of Hell
I cannot conceive of a good God who would design an eternal evil in which souls suffer eternal conscious torment. This is a central doctrine accepted by the vast majority of Christians. It always bothered me throughout my time as a Christian, but I put it on the “back burner” and didn’t think about it much.

2) The Bible contains many errors, contradictions, logical absurdities, and moral abominations attributed to God.
This point covers a very large class of problems. Many recent threads on my forum deal with them. The most significant to me are the moral abominations attributed to God, such as his command to kill all the men, women, and children of people in Canaan, or the slaughter of all the Midianites except 32,000 virgins that were then distributed to the soldiers (Numbers 31).

3) God does not, as a general rule, answer prayers.
This fact seems incontrovertible and it directly contradicts the central promises of the Bible. It was the “final straw” for me. It has nothing to with any personal prayers that were not answered. The problem is that the promises in the Bible simply are not true. »

 

quant à moi, j’aurais pu répondre au point 3 que si Dieu (le vrai Dieu, c’est à dire le Dieu des philosophes et des savants) répondait aux prières, alors cela voudrait dire qu’il ne serait pas Dieu !

Il explique aussi pourquoi il était devenu chrétien, en des termes que Descartes n’aurait pas désavoués :

http://www.biblewheel.com/content.php?19-Why-I-became-a-Christian

« Religious beliefs are largely determined by the mere chance event of where you were born. Folks tend to adopt the dominant religion of the region of their birth unless their immediate family follows a different tradition. But neither geography nor family fully determines religious belief. Temperament and life experience play important roles. Not everyone is satisfied with their inherited religion, while others simply have no interest in the big question of « what it’s all about. » Some are looking for certainty in this disturbingly chaotic world. Religion gives answers, like a parent telling a child « everything will be alright. » Others are catapulted into a search for meaning by the traumas of life. Siddhartha, who became the Buddha, left his sheltered home to begin his famous quest for enlightenment after encountering suffering, disease, and death. Though I can’t claim to have achieved his goal, my motivations were largely the same.
I was born into a traditional Roman Catholic family but was raised by an atheist father. He encouraged me to think freely and question everything. Nothing was off limits for discussion. This influenced me a lot, but other forces came into play. His mother and siblings were active in the church and raised their children in it. He was the « black sheep » of the family. I bonded strongly with his mother because she helped raise me and my two sisters for about three years after our parents divorced in 1960 when I was still an infant. « 

bien entendu je ne prétends pas résumer ici tout ce chemin de vie, mais je ne puis que dire que les religions (à église, et prophètes) sont ce qui reste en nous de l’état d’enfance….

enfin Richard s’explique sur son blog sur l’ origine de ces merveilleuses et surprenantes structures (« patterns ») numériques qu’il avait trouvées (il est mathématicien) et qu’il avait appelées « Biblewheel » :

http://www.biblewheel.com/blog/index.php/2011/11/27/an-evolutionary-explanation-of-the-bible-wheel/

ces splendides structures ne sont évidemment pas dûes au hasard, pas plus que celles du Coran, elles s’expliquent par un schéma analogue à celui de la théorie de l’évolution !

« I think I’ve finally found a way to explain the Bible Wheel without any appeal to God, angels, or any other metaphysical woo-woo. I think the Bible Wheel evolved through a scribal selection process as the text was edited and rearranged by the countless scribes over the centuries before the printing press. »

bien évidemment, l’attitude de Richard doit nous servir d’exemples à tous, que nous soyions chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes, hindouistes…

la seule philosophie suffit !

 

encore un effort pour être vraiment nihilistes, mes bien chers frères et sœurs !

Il y a un moment très particulier, vers la fin du film « Margin Call » :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/05/04/margin-call-un-tres-grand-film-glacant-et-terrifiant/

où Sam Rogers (Kevin Spacey), le « capitaine » des traders (celui qui mène ces soldats à l’attaque, contrairement aux généraux d’état major qui ne se soucint pas de ces contingences, et ont justement besoin des officiers inférieurs pour faire le sale boulot) monte au restaurant « s »expliquer » avec le grand patron de la firme :

John Tuld, joué par Jeremy Irons

ce nom renvoie évidemment à celui du PDG de Lehman Brothers :

Richard Fuld (surnommé parait il Big Dick, mais mes connaissances en anglais sont assez pauvres )

http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_S._Fuld,_Jr.

n intéressant article sur la morale sexuelle de « ces gens là » : tout collaborateur de haut niveau devait être marié, et fidèle (enfin…sauf les « à côté » avec les escorts et les filles nues venues faire de l’animation pour les jours d’anniversaire mais ça..) :

http://www.vanityfair.com/business/features/2010/04/test2

ce haut sens moral rappelle un peu celui , dans « Casino » de Scorcese, des pontes mafiosi du Middle West  qui « ne pouvaient pas aller plus loin que Kansas City sans se faire arrêter » et qui détestent que leurs « collaborateurs », à flingue ou à mallette, couchent avec la femme du voisin, c’est mauvais pour les affaires….. ils détestent tellement ça que celui qui passe outre , il ne lui reste quand les « pontes » l’apprennent, que quelques heures à vivre….

Bref… au cours de cet entretien à haute teneur « philosophique » au restaurant, Jeremy Irons alias John Tuld alias « Big dick » Dick Fuld , le big boss, qui lui peut aller (ou pouvait aller, à cette époque) partout sans se faire arrêter, finit par lâcher :

« si ce que nous faisons est vain, alors tout cela (il montre l’extérieur du building) est vain »

si je ne me trompe, de tels propos figurent déjà dans la Bible, non ?

« 1.2   Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité.

1.3   Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil?

1.4   Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours.

1.5   Le soleil se lève, le soleil se couche; il soupire après le lieu d’où il se lève de nouveau.

1.6   Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits.

1.7   Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent.

1.8   Toutes choses sont en travail au delà de ce qu’on peut dire; l’oeil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre.

1.9   Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »

http://bible.evangiles.free.fr/ecclesiaste%201.html

seulement il y a une différence énorme entre les deux « discours philosophiques », comme quoi Big Dick Fuld ne l’a quand même pas aussi grosse que YHVH….

cette différence est dans le :

SI

comme le diable dans les détails

SI cela est vain, alors tout est vain…

et soyons sincères : bien que nous ne soyions pas tous aussi bien « pourvus » , par la nature ou par l’esprit, que « Big dick » Fuld, nous sommes tous empêtrés dans ce détestable « SI » (IF, en anglais, titre d’un autre film admirable sorti vers 1969 avec Malcolm Mc Dowell qui devait en 1971 devenir Alex dans « Orange mécanique »)…

osons nier que nous ne nous surprenons pas quelquefois à penser :

« SI je ne parviens pas à mes fins sur ce coup là, alors tout est vain »

alors bien sûr, nous « évacuons » ce genre de mauvaises pensées, en buvant  un coup ou autre « acte libérateur »…

mais le mal est fait, ou pensé, ce qui est pire !

car :

« Tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. « 

http://www.aelf.org/bible-liturgie/Lc/chapitre/chapitre/12

comme dit Notre Seigneur, celui que Renan appelle le Grand Maître de la morale, ce dont conviendront sûrement les pontes mafiosi du Middle West, tous bons catholiques…

Au fond, le salut spirituel (qui n’est pas forcément celui des judéo-chrétiens comme Big Dick Fuld ou les pontes mafiosi) est « sagesse de femme et jeu d’enfant » comme l’ancienne Alchimie : il ne réclame pas de « faire quelque chose » mais de défaire, et de laisser tomber le SI !

Et de dire avec l’Ecclésiaste :

Tout est vanité !

Raymond Chandler (qui avait ses habitudes à Hollywood) l’a dit avec encore plus de classe dans « La dame du lac » (me semble t’il) par la voix du détective privé Phillip Marlowe :

« Rien n’est plus vide qu’une piscine vide »

dans le même roman il décrit la lutte intérieure d’un ivrogne avec la tentation de finir la bouteille et Marlowe désabusé déclare :

« comme toujours ce fut la bouteille qui gagna« 

Eh oui !

au fond le monde, et tous ses plaisirs ou chagrins (« la joie venait toujours après la peine ») , qu’est il d’autre qu’une immense piscine vide ?

pourquoi pas celle de Sunset Boulevard (« Boulevard du crépuscule » ), où au début du film les rats voisinent avec les feuilles mortes ?

et pourtant dans cette piscine vide, certains se noient , d’autres surnagent, et quelques uns (les « happy few », mais je doute que Stendhal ait visé ce genre de salopards) , se changent de « rats » en requins (de la finance ou d’autre chose)… jamais en baleine blanche, ce serait plus poétique ! ?

pourquoi se lever puisqu’il faudra se recoucher ? pourquoi faire des enfants puisqu’ils devront disparaitre, quelques années après nous ?

et la bouteille est toujours finie avant le petit matin !

c’est intolérable : on nous joue, on nous manoeuvre sur l’échiquier du Néant !

Oui, laissons tomber le « SI » , et de requin, ou de mouton (ou maton) de Panurge nous deviendrons… philosophes , engagés dans ce qui n’est pas vain, la recherche de la Vérité !

car enfin : un animal, entièrement « comblé » par le jeu de la vie , ce chatoyant et cruel spectacle, pourrait il émettre un tel jugement sur « la globalité du spectacle » ?

Si nous laissons tomber le « SI » , et sommes persuadés de ce que nous disons, alors nous disposons d’une première vérité !

une drôle de vérité d’ailleurs, qui ne passerait pas la barre au concours des mathématiciens traders (ou « spécialistes des fusées » ) car elle est auto-réfutante :

car si je dis en le pensant que « Tout est vanité » et que tout est effectivement vain, alors je dispose d’une Vérité éternelle, et tout n’est donc pas vain…

l’éternité c’est quelque chose !

« Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours »

seulement l’Ecclésiaste nous attaque de manière perfide et tente de nous forcer à jeter ce premier acquis bien maigre :

« 1.12Moi, l’Ecclésiaste, j’ai été roi d’Israël à Jérusalem.

1.13J’ai appliqué mon coeur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux: c’est là une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l’homme.

1.14J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil; et voici, tout est vanité et poursuite du vent.

1.15Ce qui est courbé ne peut se redresser, et ce qui manque ne peut être compté.

1.16J’ai dit en mon coeur: Voici, j’ai grandi et surpassé en sagesse tous ceux qui ont dominé avant moi sur Jérusalem, et mon coeur a vu beaucoup de sagesse et de science.

1.17J’ai appliqué mon coeur à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie; j’ai compris que cela aussi c’est la poursuite du vent.

1.18 Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur. »

seulement il se passe ici quelque chose d’inouï qui rend tout eoil immobile :

« Mais alors il advint quelque chose qui fit taire  tout discours et rendit tout rebard immobile . Car pendant ce temps le danseur de corde s’était mis à l’ouvrage  »

http://fr.wikisource.org/wiki/Ainsi_parlait_Zarathoustra/Premi%C3%A8re_partie/Le_prologue_de_Zarathoustra

nous avons donné dans un autre blog des leçons à Allah :

http://horreurislamique.wordpress.com/

nous n’hésiterons pas à faire de même avec YHVH ici, ne fût ce que pour un noble motif de non discrimination laïque et égalitaire !

Il n’est pas vrai que « rien de nouveau sous le soleil »

certes les kabbalistes nous assurent que le « Soleil » dont il est parlé ici est en fait la Sephira « Tipheret », et que ce qui est « sous le soleil » désigne les Sephirot inférieures, Malkuth , Yesod , Hod, Netzah…

Eh bien non ! nous refsuons ce genre de facilités « ésotérique » et mystérieuses…

démocrate, rationaliste et laïque jusqu’au bout des ongles, vous dit le Monsieur !

il y a bien quelque chose de nouveau qui vient après la Sagesse, certes admirable, de la Bible, c’est Copernic, Galilée, Descartes, Spinoza et la science moderne !

et je suis bien désolé de dire en face (tout en restant en vie, faisant mentir Avenou Moshe) à D-ieu que je préfère à tous les Livres sacrés , comme aux soupes de lentilles, mon modeste crouton de pain consistant en cette première vérité :

« tout est vain, donc émettre ce jugement n’est pas vain puisque c’est vrai, donc tout n’est pas vain »

il me semble que le grand Herman Melville parlait à des gens tels que nous lorsqu’il commençait son « Pierre ou les ambiguïtés » par :

« O toi ! malheureux à qui la Vérité, en ses premières vagues, n’apporte que des épaves »

Renan : l’avenir de la science

« L’avenir de la science » d’Ernest Renan est un livre dont la lecture constitue à elle seule une véritable élévation spirituelle.

Le texte est ici en pdf :

http://ecole-alsacienne.org/CDI/pdf/1400/14052_RENA.pdf

ou ici sur Gallica :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k107920k

ou ici sur le site canadien des Classiques où se trouve aussi l’oeuvre de Brunschvicg :

http://classiques.uqac.ca/classiques/renan_ernest/avenir_de_la_science/avenir_de_la_science.html

Le commencement même du livre (page 34 du document Word)  est absolument admirable, et situe la perspective d’ensemble :

« Une seule chose est nécessaire ! J’admets dans toute sa portée philosophique ce précepte du Grand Maître de la morale. Je le regarde comme le principe de toute noble vie, comme la formule expressive, quoique dangereuse en sa brièveté, de la nature humaine, au point de vue de la moralité et du devoir. Le premier pas de celui qui veut se donner à la sagesse, comme disait la respectable antiquité, est de faire deux parts dans la vie : l’une vulgaire et n’ayant rien de sacré, se résumant en des besoins et des jouissances d’un ordre inférieur (vie matérielle, plaisir, fortune, etc.) ; l’autre que l’on peut appeler idéale, céleste, divine, désintéressée, ayant pour objet les formes pures de la vérité, de la beauté, de la bonté morale, c’est-à-dire, pour prendre l’expression la plus compréhensive et la plus consacrée par les respects du passé, Dieu lui-même, touché, perçu, senti sous ses mille formes par l’intelligence de tout ce qui est vrai, et l’amour de tout ce qui est beau. C’est la grande opposition du corps et de l’âme, reconnue par toutes les religions et toutes les philosophies élevées, opposition très superficielle si on prétend y voir une dualité de substance dans la personne humaine, mais qui demeure d’une parfaite vérité, si, élargissant convenablement le sens de ces deux mots et les appliquant à deux ordres de phénomènes, on les entend des deux vies ouvertes devant  l’homme. Reconnaître la distinction de ces deux vies, c’est reconnaître que la vie supérieure, la vie idéale, est tout et que la vie inférieure, la vie des intérêts et des plaisirs, n’est rien, qu’elle s’efface devant la première comme le fini devant l’infini, et que si la sagesse pratique ordonne d’y penser, ce n’est qu’en vue et comme condition de la première. »

cette seule chose nécessaire, c’est évidemment ce « Bien unique » dont parle Spinoza dans le Traité de la réforme de l’entendement , qu’il oppose aux pulsions dirigées vers l’avoir, le pouvoir ou le plaisir (auxquelles Pascal ajouterait la libido sciendi, pulsion de savoir pour savoir, ou bien peut être pour briller dans les salons ?), parce que ce Bien seul (autre nom de Dieu, ou de l’amor Dei intellectualis) peut procurer une éternité de joie continue et souveraine.

http://hyperspinoza.caute.lautre.net/spip.php?article1464

« L’expérience m’avait appris que toutes les occurrences les plus fréquentes de la vie ordinaire s’ont vaines et futiles ; je voyais qu’aucune des choses, qui étaient pour moi cause ou objet de crainte, ne contient rien en soi de bon ni de mauvais, si ce n’est à proportion du mouvement qu’elle excite dans l’âme : je résolus enfin de chercher s’il existait quelque objet qui fût un bien véritable, capable de se communiquer, et par quoi l’âme, renonçant à tout autre, pût être affectée uniquement, un bien dont la découverte et la possession eussent pour fruit une éternité de joie continue et souveraine. »

Mais Renan vit en un temps « positiviste » , deux siècles après Spinoza, et il doit prendre ses précautions, car il est vrai que de telles « envolées spirituelles » risquent de déclencher l’hilarité générale (et que dire de notre temps alors ?) :

« En débutant par de si pesantes vérités, j’ai pris, je le sais, mon brevet de béotien. Mais sur ce point je suis sans pudeur ; depuis longtemps je me suis placé parmi les esprits simples et lourds qui prennent religieusement les choses. J’ai la faiblesse de regarder comme de mauvais ton et très facile à imiter cette prétendue délicatesse, qui ne peut se résoudre à prendre la vie comme chose sérieuse et sainte ; et, s’il n’y avait pas d’autre choix à faire, je préférerais, au moins en morale, les formules du plus étroit dogmatisme à cette légèreté, à laquelle on fait beaucoup d’honneur en lui donnant le nom de scepticisme, et qu’il faudrait appeler niaiserie et nullité«  »

« comment peut on être béotien ?  »

 lui demanderait à brûle-pourpoint un « esprit fort » , ou un « libertin » (mot si prisé par nos modernes émancipés depuis un certain 14 mai 2011, dont c’est bientôt le premier anniversaire)… quant à moi, au risque de me faire rire au nez, je confesse ma très grande faute, mea maxima culpa : oui j’ai accompli, au cours de ma vie déjà longue, des frasques assez stupides et laides, mais je refuse de m’en couvrir d’un titre de gloire et de prétendue « liberté »…

et puis, pourrait on demander à nos chers « multiculturalistes » :

les béotiens n’ont ils pas eux aussi le droit de vivre et d’être « fiers » de leur particularité ?

mais la formulation de Renan devient vraiment frappante, rien de tel que ces lignes pour se « réveiller » (d’entre les morts sans doute, comme diraient Messieurs Boileau-Narcejac) :

 » S’il était vrai que la vie humaine ne fût qu’une vaine succession de faits vulgaires, sans valeur suprasensible, dès la première réflexion sérieuse, il faudrait se donner la mort ; il n’y aurait pas de milieu entre l’ivresse, une occupation tyrannique de tous les instants, et le suicide. Vivre de la vie de l’esprit, aspirer l’infini par tous les pores, réaliser le beau, atteindre le parfait, chacun suivant sa mesure, c’est la seule chose nécessaire. Tout le reste est vanité et affliction d’esprit. »

Renan rattache cet « itinéraire de l’âme vers le Seul » à l’ascétisme chrétien et au « Maître de la morale », le Christ, et il a raison. Mais l’on doit quand même rappeler qu’il a pris ses distances avec la religion populaire, celle qui « espère un salut sous forme de récompense après le Jugement dernier » etc..

Mais le salut, et le Jugement, c’est maintenant !

à l’heure de notre mort, qui est maintenant !

car c’est à chaque instant que nous nous laissons happer et détourner du seul but assurant le salut , par les distractions, les plaisirs, les ambitions terrestres, bref par la mort !

Oui, des esprits comme Renan, ou Brunschvicg, ou quelques autres (comme Lachelier, Lagneau) sortent du christianisme traditionnel, mais par le haut !

pas par le bas, le marécage des prétendus « libertins »….

et Renan explique très bien, juste après les lignes déjà commentées ici,  la rupture, absolument nécessaire, avec la religion populaire, mais pas avec la racine de la religion, qui sera toujours nécessaire :

« L’ascétisme chrétien, en proclamant cette grande simplification de la vie, entendit d’une façon si étroite la seule chose nécessaire que son principe devint avec le temps pour l’esprit humain une chaîne intolérable. Non seulement il négligea totalement le vrai et le beau (la philosophie, la science, la poésie étaient des vanités) ; mais, en s’attachant exclusivement au bien, il le conçut sous sa forme la plus mesquine : le bien fut pour lui la réalisation de la volonté d’un être supérieur, une sorte de sujétion humiliante pour la dignité humaine : car la réalisation du bien moral n’est pas [p. 83] plus une obéissance à des lois imposées que la réalisation du beau dans une œuvre d’art n’est l’exécution de certaines règles. Ainsi la nature humaine se trouva mutilée dans sa portion la plus élevée »

car du christianisme, je ne vois pas comment on pourrait ne pas retenir au moins ceci, qui est le vademecum de Brunschvicg :

« Dieu est Esprit, et il doit être adoré en esprit et en vérité« 

d’ailleurs le dialogue de Jésus-Christ avec le « jeune homme riche », dans l’Evangile de Matthieu 19, ne débouche t’il pas directement sur la « seule chose nécessaire » de Renan ?

http://www.ebible.free.fr/livre.php?_id=mt&_chap=19

« Et voici, un homme s’approcha, et dit à Jésus: Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle? [17] Il lui répondit: Pourquoi m’interroges-tu sur ce qui est bon? Un seul est le bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. [18] (19-17) Lesquels? lui dit-il. (19-18) Et Jésus répondit: Tu ne tueras point; tu ne commettras point d’adultère; tu ne déroberas point; tu ne diras point de faux témoignage; [19(19-18) honore ton père et ta mère; (19-19) et: tu aimeras ton prochain comme toi-même. [20Le jeune homme lui dit: J’ai observé toutes ces choses; que me manque-t-il encore? [21] Jésus lui dit: Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. [22] Après avoir entendu ces paroles, le jeune homme s’en alla tout triste; car il avait de grands biens. »

quels peuvent être ces « biens » qui empêchent le « jeune homme » de trouver le salut de l’immanence radicale, qui lui permettrait de « ne pas goûter de la mort » ?

pas seulement les biens matériels !

l’important est ici le pluriel :

si « un seul est le bon », alors plusieurs biens est le mal !

pauvres de nous, tiraillés entre l’épouse, la ou les maîtresses, le scotch 12 ans d’âge, la promotion professionnelle, les vacances à …(pas de pub, en tout cas pas à Tombouctou par les temps qui courent !), et bien sûr notre belle conscience immaculée, qui est toujours « pour nous », quand tout le reste nous lâche…

mais j’arrête ces jérémiades, car je m’aperçois que je suis moi aussi « sans pudeur », mais pas d’aussi belle façon que Renan !

allez, encore un petit coup de Renan, mais du Renan devenu vieux, qui se tourne vers ce livre de jeunesse  datant de 1848 , exactement comme Brunschvicg retrouvant en 1942 son « carnet  » datant de 1892 et écrivant le merveilleux « Agenda retrouvé »:

« J’eus donc raison, au début de ma carrière intellectuelle, de croire fermement à la science et de la prendre comme but de ma vie. Si j’étais à recommencer, je referais ce que j’ai fait, et, pendant le peu de temps qui me reste à vivre, je continuerai. L’immortalité, c’est de travailler à une œuvre éternelle. Selon la première idée chrétienne, qui était la vraie, ceux-là seuls ressusciteront qui ont servi au travail divin, c’est-à-dire à faire régner Dieu sur la terre. La punition des méchants et des frivoles sera le néant. Une formidable objection se dresse ici contre nous. La science peut-elle être plus éternelle que l’humanité, dont la fin est écrite par le fait seul qu’elle a commencé ? N’importe ; il n’y a guère plus d’un siècle que la raison travaille avec suite au problème des choses. Elle a trouvé des merveilles, qui ont prodigieusement multiplié le pouvoir de l’homme. Que sera-ce donc dans cent mille ans ? Et songez qu’aucune vérité ne se perd, qu’aucune erreur ne se fonde »