Archives du mot-clé Léon Brunschvicg

L’évolution de « Higher algebra » en 130 ans

Un livre remarquable datant de 1887:

https://www.forgottenbooks.com/en/download/HigherAlgebra_10021865.pdf

La dernière œuvre de Jacob Lurie en 2017, titrée aussi « Higher algebra »:

http://www.math.harvard.edu/~lurie/papers/HA.pdf

Entre les deux, la révolution de l’algèbre moderne , culminant avec l’émergence de la théorie des catégories en 1945:

http://www.math.harvard.edu/~lurie/papers/HA.pdf

Un bouleversement traduit par cet article opposant Grothendieck à Lautman (élève de Brunschvicg , mort fusillé pour Résistance par les nazis en 1944) et les mathématiques « modernes », qui privilégient le notion de structure et de domaine sur celle de nombre, aux mathématiques « classiques »:

https://www.erudit.org/fr/revues/philoso/2010-v37-n1-philoso3706/039718ar/

J’éprouve une grande admiration pour SImone Weil, mais dois reconnaître qu’elle s’est totalement trompée en associant l’algèbre à la pensée machinale, c’est à dire à la non-pensée :

https://www.laurentlafforgue.org/textes/SimoneWeilMathematique.pdf

http://pensees.simoneweil.free.fr/armal.html

https://mathesismessianisme.wordpress.com/2015/05/13/simone-weil-science-et-perception-dans-descartes/

https://mathesismessianisme.wordpress.com/2015/06/16/simone-weil-et-la-mathematique-suite-la-sphere-et-la-croix/

Une fois encore c’est Léon Brunschvicg ( qui fut son professeur à Normale,et qui ne sut pas reconnaître son génie mais elle non plus ne le tenait pas en Haute considération) qui avait raison !

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Article de Boutroux sur Jules Lachelier (1832-1918)

http://alain.institut.free.fr/Lachelier/Boutroux%201921.rtf

« La morale répond, dans la pratique, à la plus haute affirmation [18] théorique de la pensée : celle de la liberté, comme source première de toute existence. C’est en se détachant du monde donné et en s’efforçant de se penser elle-même que la pensée est conduite a concevoir cette forme suprême de l’être. Ainsi ce n’est pas par un développement continu, c’est, au contraire, par un renoncement à soi-même que le moi qui appartient à la nature pourra se transformer en ce moi spirituel, parent du moi divin, dont il porte en lui l’idée confuse. Certes, une voix secrète nous avertit que nous sommes faits pour l’universel et l’éternel. Notre raison même n’est autre chose que l’effort pour penser le monde dans son rapport à l’être véritable. Mais entre la vie de l’esprit pur et notre vie naturelle, il y a une absolue solution de continuité. Une sorte de miracle est nécessaire pour nous faire franchir cet infini.
Qu’est-ce à dire ? La raison nous impose un devoir et nous dit, dans une certaine mesure, en quoi ce devoir consiste, Mais, en même temps, elle nous démontre que, par nous-mêmes, nous sommes incapables de l’accomplir. Il est, en effet, logiquement inconcevable, il est contradictoire qu’un être se nie et se supprime lui-même.
D’ailleurs, si notre raison trace le cadre de cette vie transcendante, elle ne réussit pas à en décrire le contenu. À cet égard encore, il faut que l’homme, se détachant des choses et de la société humaine elle-même, s’isolant et sondant les profondeurs de sa conscience, s’efforce à percevoir et atteindre, par delà toute sa science, une lumière et une force véritablement surnaturelles. Ainsi seulement il pourra se représenter et vivre la vie parfaite à laquelle il se sent destiné.
Qu’est-ce à dire, sinon que la vocation de l’homme est de vivre en Dieu et par Dieu ? La philosophie le conduit à l’idée de Dieu ; mais elle ne peut lui faire franchir l’abîme qui sépare l’idée de Dieu de sa réalité. Un raisonnement classique, le célèbre argument dit ontologique, prétend, il est vrai, opérer ce passage par les seules forces de la raison. Vaine tentative ! L’argument de saint Anselme n’est qu’un sophisme s’il n’enveloppe une démarche tout autre qu’un simple raisonnement, à savoir le pari de PASCAL : le pari, expression humaine et comme symbolique de l’acte de foi : kalÕj k…ndunoj .
Toute philosophie reste abstraite et formelle, simple aspiration ou folle exigence de la pensée, qui ne s’achève que dans la religion. C’est en Dieu et en lui seul que se trouve, dans sa réalité et dans [19] sa plénitude, l’être, le mouvement et la vie. Nous ne pouvons cesser de nous vouloir nous-mêmes que si Dieu condescend à se vouloir en nous.
Das Unzulängliche,
Hier wird’s Ereignis ;
Das Unbeschreibliche,
Hier ist’s getan.
« Ici l’inaccessible est atteint ; Ici l’indéfinissable est réalisé. » »

Cette « absolue solution de continuité entre la vie de l’esprit pur et notre vie naturelle » c’est l’Ouvert :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/a-propos-de-ce-blog-plan-vital-et-plan-spirituel-dans-leur-dualite-qui-est-louvert/

Pour nous faire franchir cet infini, aucun miracle n’est nécessaire, mais un travail énorme et un héroïsme de la Raison, qui ne nous propose que des devoirs que nous sommes capables d’accomplir. Brunschvicg a tout reçu de Lagneau et Lachelier mais il a heureusement émondé ce dernier de son funeste penchant pour le surnaturel:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/sortir-de-la-caverne-de-platon-du-plan-vital-pour-respirer-en-un-monde-sans-surnaturel-ni-bondieuseries-le-plan-spirituel/

La Bible et le Coran du point de vue de la différence hénologique : plan vital-plan spirituel

J’ai déjà reconnu dans ce blog,à plusieurs reprises, la dualité entre plan vital et plan spirituel dans la séparation, la distinction au début de « Genèse 1 » entre terre (Ha-Aretz, plan vital,הָאָרֶץ) et cieux ( Ha-Shamayim, plan spirituel, הַשָּׁמַיִם). Un nombre 2 sous l’idée duquel est placé tout ce chapitre , à commencer par la lettre Beith = 2 , de surcroît une « Grande lettre » , de taille anormale, comme il en existe 37 dans le Tanakh dites « lettres rabbaty » (« Autioth rabbatioth »), voir:

https://arithmosophia.wordpress.com/2012/02/17/les-grandes-lettres-du-tanakh-sont-au-nombre-de-37/

Voir ici le texte hébreu avec la traduction en français du chapitre 1:

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft0101.htm

Mon opinion est que les scribes qui ont écrit ce texte voulaient ainsi attirer l’attention sur le nombre 2 et la séparation entre terre et cieux, entre plan vital et plan spirituel. Mais y a t’il dans le texte un autre indice, une autre confirmation de la validité de cette interprétation dont j’ai eu l’idée en lisant « Raison et religion » de Brunschvicg :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-raison-et-religion/

Oui , il existe un tel indice confirmant cette interprétation et il se situe dans le texte de « Genèse Bereschit » au chapitre 2 verset 4, mais il faut lire le texte hébreu pour le déceler:

« אֵלֶּה תוֹלְדוֹת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, בְּהִבָּרְאָם: בְּיוֹם, עֲשׂוֹת יְהוָה אֱלֹהִים–אֶרֶץ וְשָׁמָיִם. « 
Ce qui se lit ( de droite à gauche):
 » Eleh Toldoth ha shamayim ve ha aretz, behibbar’am beyom ‘asoth YHVH Elohim Aretz ve Shamayim »
Et se traduit mot à mot  » voici les engendrements des cieux et de la terre, lorsqu’ils furent créés, le jour où YAhweh -les-dieux fit les cieux et la terre »
Je traduis YHVH Elohim par YAhweh-les-dieux puisque le mot Elohim est un pluriel et de Meme Shamayim qui est un pluriel et même un duel il me semble, par cieux.
La traduction usuelle, celle du site, est :
« Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu’ils furent créés; à l’époque où l’Éternel-Dieu fit une terre et un ciel.
Le mot hébreu important est « Toldoth » qui vient de la racine YLD : enfanter, et doit donc être traduit par « enfantements, engendrements, voire générations ( la forme -oth est celle du féminin pluriel) . Traduire comme le fait le site par « les origines » n’est pas faux, mais affaiblit considérablement le lien avec l’idée de successions des générations, qui est celle principale du plan vital, et fait perdre l’idée d’enfantement ( YLD). Rappelons que le début de l’Ecclesiastse traite le plan vital, succession des générations , de « vanité des vanités et poursuite du vent » .Mais là aussi le retour au texte hébreu donne des enseignements importants. Voir ici :

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft3101.htm
Le mot qui est traduit au verset 14 par « vent » est Ruah qui se traduit aussi par « esprit » et l’expression complète est Ra’uth Ruah qui est traduite par « pâture du vent ». Je ne comprends pas bien : que veut dire pâture sinon nourriture (d’un troupeau de vaches par exemple)? Je n’ai pas ici de dictionnaire hébreu pour vérifier, mais je remarque que les deux premières lettres de ce mot Ra’uth traduit par pâture sont Resch ר et ע ´Ayin (lettre dont le nom veut dire source et œil).Or ces deux lettres ensemble forment le mot Ra’רע qui veut dire « mal » dans ‘etz Tov va Ra’ : arbre de (la connaissance du) bien et du mal. N’étant pas un grand hébraïsant, j’hésite donc entre deux traductions : pâture au sens de nourriture de l’esprit, ou bien en prenant en compte le sens de Ra’=mal : souffrance, affliction de l’esprit .
Ce qui veut dire que le plan vital est du point de vue du plan spirituel: mal, affliction..
Mais revenons au chapitre 2 de Genèse et examinons les textes grec (Bible des Septante) et latin( Vulgate clémentine) qui ont longtemps donné accès au texte biblique en Occident , parce que la connaissance de l’hébreu n’était pas répandue en dehors des cercles d’orientalistes.
Voici le texte grec:

http://ba.21.free.fr/septuaginta/genese/genese_2.html

Ici un livre fait son apparition, le livre de la naissance ( de l’engendrement, de la génération) du ciel et de la terre.
Est ce là le « Livre de la Nature » dont parlait Galilée pour dire qu’il est écrit en langage mathématique?
Le texte grec est :
« Αὕτη ἡ βίβλος γενέσεως οὐρανοῦ καὶ γῆς, ὅτε ἐγένετο, » :voici le livre de la génération du ciel et de la terre, quand elle advint…
Remarquons que dans cette expression, spécifique au texte grec, les deux plans se touchent : « livre » est une notion appartenant au plan spirituel, « génération » est la notion caractéristique du plan vital, charnel.le texte hébreu lui est plus abrupt  » voici les engendrements du ciel et de la terre, quand ils furent créés ».. Pas de création du ciel et de la terre (création est de surcroît contradictoire avec engendrements)dans le texte grec des Septante.

Voyons le texte latin de la Vulgate, qui est ici:

http://www.drbo.org/lvb/chapter/01001.htm
et pour le chapitre 2:

http://www.drbo.org/lvb/chapter/01002.htm

« Istae sunt generationes caeli et terrae, quando creata sunt, in die quo fecit Dominus Deus caelum et terram »
« Voici les générations du ciel et de la terre quand ils furent créés, le jour où le Signeur Dieu fit le ciel et la terre »
Le livre des générations disparaît, mais l’idée de création du ciel et de la terre revient . De plus Dieu prend du galon : il devient le Seigneur, le Maître.le texte latin colle de plus près au texte hébreu , il distingue comme celui ci deux idées : création du ciel et de la terre ( en hébreu : » behibbar’am » : quand ils furent créés) et « dieu fit le ciel et la terre », en hébreu ‘asoth, en latin fecit .. Or je mentionne pour mémoire (car je n’ai pas une grande estime pour la kabbale) que ces deux verbes correspondent à deux « mondes » parmi les quatre de la kabbale : beri’ah création et ‘assiah « monde du faire  »
Résumons ce que nous avons constaté : la traduction en latin, en grec et surtout en français moderne affaiblit l’idée initiale que nous avons repérée dans le texte hébreu originel : idée qui n’a rien à voir avec la cosmologie, qui est objet de la science moderne, mais avec la dualité humaine fondamentale, séparation entre Nature et esprit. Tout le sens de l’existence humaine (si l’on pense que celle ci n’est pas totalement absurde, comme le pensent Sartre ou Samuel Beckett) est de définir correctement la différence entre les deux , afin de ne pas mélanger Nature et Esprit ( ce qui est à la base de tous les fanatismes sectaires) et ensuite de réunifier les deux en une « pensée selon l’Un » ( Henosophia ») puisque tout dualisme radical, irréconciliable est insupportable à la Raison; de Meme les arts martiaux ( karaté aïkido) sont des voies spirituelles et corporelles en même temps qui recherchent la réunification du corps et de l’esprit, séparés par le méchant dualisme cartésien occidental. Mais si corps et esprit n’avaient pas été séparés par le dualisme des méchants occidentaux cartésiens, il n’y aurait pas à les réunir, et les professeurs d’arts martiaux seraient tous au chômage, ou devraient se contenter d’enseigner la self-défense aux riches clientes effrayées par l’insécurité.
Bref la Bible ne dit pas ce que l’on croit communément et n’enseigne pas ces fables ridicules d’un Dieu Tout Puissant qui en 6 jours crée de rien tout l’espace immense des galaxies qu’étudie notre science . Il est encore plus facile de croire les thèses de Max Tegmark qui affirme que cet espace immense est l’apparence que prend une structure mathématique:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/03/02/our-mathematical-universe-de-max-tegmark-un-platonisme-pythagorisme-extreme/

Au moins une structure mathématique on sait ce que c’est (si l’on a étudié les maths) tandis qu’un dieu tout puissant…et puis pourquoi lui faut il 6 jours s’il est si fort ?
Non, suivant cette nouvelle clef interprétative la Bible parle de ce que chacun peut vérifier en lui même : une immanence spirituelle, plan des idées, et une extériorité corporelle spatio temporelle , plan vital des besoins , des désirs et des pulsions. Pas de croyance nécessaire ou ordonnée ici…
Seulement il se passe que ce savoir de la différence entre plan spirituel de l’immanence radicale que chacun peut connaître en soi même, en sa propre conscience réflexive, et plan vital qui est celui de la vie dans le monde naturel et dans la société, ce savoir se dégrade en des croyances en des fables et des dogmes à propos des origines du monde et la faute n’en incombe pas totalement à la traduction de l’hébreu en langues modernes. Relisons le chapitre 1 de Genèse :

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft0101.htm

Il faut avouer que si ce n’est pas un récit cosmologique fabuleux et mythologique, cela y ressemble fort!

 »
Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut.
1.4
Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres.
1.5
Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour.
1.6
Dieu dit: Qu’il y ait une étendue entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux.
1.7
Et Dieu fit l’étendue, et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l’étendue d’avec les eaux qui sont au-dessus de l’étendue. Et cela fut ainsi.
1.8
Dieu appela l’étendue ciel. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le second jour.
1.9
Dieu dit: Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ainsi.
1.10
Dieu appela le sec terre, et il appela l’amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon.
1.11
Puis Dieu dit: Que la terre produise de la verdure, de l’herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi. »

La tendance naturelle est de prendre ces lignes au mot, et de ne pas imaginer un sens symbolique où terre voudrait dire  » ordre de la matière et de la vie » , mais de prendre terre comme signifiant cette terre où nous vivons tous.
Ce qui est oublié dans cette mauvaise compréhension qui de surcroît n’a plus aucun intérêt de nos jours puisque c’est la science , la physique qui étudie les origines et le devenir du cosmos, c’est la distinction entre structure du réel (et non pas du monde ou de l’univers, puisque le monde est juste le plan vital) qui est l’objet du chapitre 1 et histoire du devenir de l’homme vivant qui fait l’objet de la suite de la Bible à partir du chapitre 2 lorsque les « générations » du ciel et de la terre sont introduites au verset 4. Or nul ne peut ignorer que ce qui est resté des récits de la Bible dans la mentalité populaire, ce sont surtout ces récits (basés sur quelles connaissances ?) des générations successives de l’humanité depuis les premiers parents Adam et Ève au jardin d’Eden jusqu’aux hébreux esclaves en Égypte et à l’arc-en-ciel dans le désert du peuple élu de Dieu vers la Terre promise : Israël. Ces récits doivent évidemment être pris au sens symbolique : le peuple hébreu symbolise l’humanité entière, l’esclavage en Égypte symbolise l’homme déchu prisonnier du plan vital où il est esclave de ses passions et de son ignorance, la Terre promise symbolise la rédemption de cet homme déchu qu’il lui faut conquérir de haute lutte après avoir traversé le désert symbolisant le retrait dans la solitude méditative et l’ascèse du renoncement au monde et à ses désirs naturels. Mais si l’on n’a pas reconnu dès le chapitre 1 la structure du réel scindé en plan vital et plan spirituel, on prend ces récits au sens propre, celui des générations successives d’un peuple particulier qui fait alliance avec le Dieu Tout Puissant qui a créé l’univers ( si l’on prend le chapitre 1 au sens cosmologique et non pas au sens Hénologique ce genre de confusion est inévitable).
Et l’on obtient comme résultat l’Histoire universelle des religions avec en prime le guerre actuelle au Moyen Orient.
Le christianisme n’ait comme mutation de la « religion » du peuple ayant passé une alliance avec le Dieu créateur de l’Univers, mutation rendue nécessaire par l’incompréhension du sens réel de ces récits, incompréhension que nous venons d’expliquer et qui consiste dans le glissement du sens réel hénosophique (ce que René Guénon nomme les « Grand Mystères » et Raymond Abellio la structure , qui s’est conservée selon lui dans la kabbale) au sens cosmologique ( ce que René Guénon nomme les « petits Mystères ») .Seulement ce que Guénon, obsédé par son rejet de tout ce qui est « occidental » et donc de la science moderne, qu’il imagine née des rebuts d’une science faisant partie d’une Tradition Primitive ( Leibniz et Descartes auraient été selon lui influencés par des « initiés » se faisant passer pour des « Rose-Croix ») c’est que la cosmologie est maintenant le thème des recherches de la physique moderne. Abellio le polytechnicien le sait mieux, mais cela ne l’empêche pas de se réfugier dans de fumeuses rêveries numérologique et kabbalistiques , dans « Introduction à une théorie des nombres bibliques » qu’il écrit en compagnie du rabbin Charles Hirsch . On doit cependant convenir que dans sa notion de « structure absolue » apparaît une image assez proche de la vérité de la différence entre plan vital et plan spirituel dévoilée par Brunschvicg et qui sort plutôt de Spinoza et de Platon que de la Torah ( Brunschvicg était notoirement apostat et laïque ) . Abellio est mort en 1986, lisant paraît il sans arrêt un vieil exemplaire de l’Ethique de Spinoza sur son lit de mort.. Peut être à t’il entrevu comme Balthasar Claes dans « La recherche de l’Absolu » livre qu’il admirait, un rayon du Soleil de Vérité et de Justice qui d’ailleurs brille pour tout le monde, pas seulement pour les mathématiciens ou philosophes spinozistes fussent ils un peu kabbalistes…
Mais revenons au christianisme, universalisation des fables juives : la différence béante entre plan vital (appelé « chair » dans l’Evangile) et plan spirituel (appelé « Royaume des cieux ») y est comblée (puisque nous avons dit que tout dualisme radical est insupportable pour la Raison) par la Personne Meme de Jésus Christ, à la fois humain en tant que membre de l’ordre des générations successives humaineset divin en tant que représentant le plan spirituel appelé « Saint Esprit » . c’est pour cette raison que Jésus se nomme lui meme « Fils de l’Homme » mais que les théologiens chrétiens le disent « Fils de Dieu » ou « Fils du Père » et qu’il est aussi réputé fils d’une Vierge qui n’a jamais été touchée par un homme. Légende qui doit être comprise symboliquement, de même que la Résurrection sur le Croix , dont la dualité de deux branches figure la dualité entre plan vital (branche horizontale) et plan spirituel (branche verticale, éternité). Tout cela est un peu dur à comprendre et à admettre pour ceux que Brunschvicg appelle les « juifs charnels » attachés à la lettre de la Loi plutôt qu’à l’Esprit qui sont sans doute la majorité , tout comme les « chrétiens charnels » d’ailleurs. Le sens véritable de l’Evangile ainsi que des propos de Saint Paul restera aussi incompris et comme le dit Brunschvicg l’éclipse des valeurs spirituelles,qui sont celles de la philosophie véritable platonicienne, sera totale . mais la scission entre deux communautés rivales , celles des juifs et des chrétiens, charnels plus que spirituels, favorisera l’éclosion d’une Troisième Révélation entièrement soumise à l’ordre de la chair celle là : le Coran issu des antiques lectionnaires de la communauté nazaréenne « judéo-chrétienne » en tant qu’admettant à le fois l’évangile (de Matthieu) et la Loi de Moïse. Cette nouvelle communauté composée de tribus arabes abusées et recrutées par les Nazaréens pour reconquérir Jérusalem, puis soumettre la totalité des terres habitées à la Loi du Dieu d’Israel devenue entre temps la Sharia d’Allah , se prendra, sur l’autorité menteuse de la Sourate 3 verset 110 du Coran imposteur pour la « meilleure de communautés » chargée par Allah de soumettre l’humanité à Dieu, c’est à dire à lui même, Allah . Et nous en sommes maintenant au bord d’une nouvelle guerre mondiale, car évidemment les peuples anciennement païens puis chrétiens d’Europe refusent de se soumettre à ce prétendu « Dieu » dont ils connaissent trop la généalogie..ou les engendrements ( » Toldoth »). Maintenant que nous disposons de la science moderne  » déplacement dans l’axe de la vie religieuse » et de l’appréciation véritable de la philosophie et de sa vérité dans Platon, est il vraiment nécessaire que nous tentions de débrouiller ce noeud gordien de « mystères enchevêtrés » que sont les Écritures sacrées des trois « religions » abrahamiques ?
Non du point de vue du plan spirituel car nous disposons dans le mythe de la Carverne de Platon d’un récit bien plus clair:

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/a-propos/

encore que fabuleux aussi, sur ce qu’est le plan vital empli d’obscurité (Caverne = plan vital) et sur la façon dont les prisonniers de la Caverne peuvent s’en évader durant leur vie même comme les y appelle Brunschvicg à la fin de « Raison et religion »
Mais oui du point de vue du plan vital des générations successives au les premiers musulmans, juifs ou chrétiens ont à notre époque des descendants qui croient dur comme fer à la vérité des récits qui leur ont été transmis et se croient chargés par un Diru transcendant (surtout les chargés de mission d’Allah ) de faire bénéficier les autres communautés , bénéficiaires d’une autre transmission , de la Vérité universelle qui est bien sûr la leur, qui leur a été transmise par leurs parents. Si nous ne faisons rien ,pour débrouiller ce « noeud de vipères » des trois dieux uniques cette bombe à retardement va nous exploser à la figure et nous n’aurons pas le temps de nous consacrer à la véritable religion, qui consiste à se libérer des entraves du plan vital ou des illusions sous forme de reflets de la Caverne.
Cette véritable religion, entièrement dé socialisée, Brunschvicg nous y invite en conclusion de « Raison et religion »:

«  LII. — Bon gré, mal gré, il faudra en arriver à poser en termes nets et francs le problème que l’éclectisme cherchait à embrouiller ou à dissimuler, et dont aussi bien dépend la vocation spirituelle de l’humanité. Dira-t-on que nous nous convertissons à l’évidence du vrai lorsque nous surmontons la violence de l’instinct, que nous refusons de centrer notre conception du monde et de Dieu sur l’intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d’une ambition fallacieuse lorsque nous prétendons, vivants, échapper aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour respirer dans un monde sans Providence et sans prières, sans sacrements et sans promesses ?
La clarté de l’alternative explique assez la résistance à laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait pas acception des personnes, un Dieu qui n’intervient pas dans le cours du monde et en particulier dans les événements de notre planète, dans le cours quotidien de nos affaires, « les hommes n’ont jamais songé à l’invoquer ». Or, remarque M. Bergson, « quand la philosophie parle de Dieu, il s’agit si peu du Dieu auquel pensent la plupart des hommes que, si, par miracle, et contre l’avis des philosophes, Dieu ainsi défini descendait dans le champ de l’expérience, personne ne le reconnaîtrait. Statique ou dynamique, en effet, la religion le tient avant tout pour un Être qui peut entrer en rapport avec nous » . En vain donc le rationalisme invoquera ses titres de noblesse, tentera de faire valoir « quelque idéal de sagesse ou de beauté, il ne saurait grouper qu’une rare élite et, s’il se borne aux horizons terrestres, il succombe avec l’individu » .

LII. — Bon gré, mal gré, il faudra en arriver à poser en termes nets et francs le problème que l’éclectisme cherchait à embrouiller ou à dissimuler, et dont aussi bien dépend la vocation spirituelle de l’humanité. Dira-t-on que nous nous convertissons à l’évidence du vrai lorsque nous surmontons la violence de l’instinct, que nous refusons de centrer notre conception du monde et de Dieu sur l’intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d’une ambition fallacieuse lorsque nous prétendons, vivants, échapper aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour respirer dans un P199 monde sans Providence et sans prières, sans sacrements et sans promesses ?
La clarté de l’alternative explique assez la résistance à laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait pas acception des personnes, un Dieu qui n’intervient pas dans le cours du monde et en particulier dans les événements de notre planète, dans le cours quotidien de nos affaires, « les hommes n’ont jamais songé à l’invoquer ». Or, remarque M. Bergson, « quand la philosophie parle de Dieu, il s’agit si peu du Dieu auquel pensent la plupart des hommes que, si, par miracle, et contre l’avis des philosophes, Dieu ainsi défini descendait dans le champ de l’expérience, personne ne le reconnaîtrait. Statique ou dynamique, en effet, la religion le tient avant tout pour un Être qui peut entrer en rapport avec nous » . En vain donc le rationalisme invoquera ses titres de noblesse, tentera de faire valoir « quelque idéal de sagesse ou de beauté, il ne saurait grouper qu’une rare élite et, s’il se borne aux horizons terrestres, il succombe avec l’individu » .
Mais ce qui s’imagine au-delà des horizons terrestres ne s’étale-t-il pas encore dans l’espace, comme le temps de la vie future, à laquelle l’individu serait appelé par un démenti éclatant aux conditions de l’existence naturelle, est seulement un temps indéfiniment allongé, image évidemment décevante de l’éternité intrinsèque et véritable ? L’immortalité de l’âme ne se conçoit que dans la conception naïve, que dans l’illusion primitive, d’un temps qui serait un substantif, entité simple et homogène par rapport à soi. Pour nous le problème du temps, et particulièrement du temps religieux, se précise de façon toute différente. Le bienfait dont nous serons redevables à l’histoire même de l’éclectisme, c’est de nous mettre définitivement en garde contre l’obscurité née de l’interférence entre des mouvements inverses de flux et de reflux, allant tantôt de l’ancien au nouveau, du statique au dynamique, et tantôt, au contraire, revenant au statique pour tenter d’y appuyer le dynamique, pour faire rentrer, suivant la formule de Comte, la marche du progrès dans la loi de l’ordre.
Et ce qui est vrai du temps de l’histoire est à plus forte raison vrai du temps de la personne. Là aussi, chaque moment apparaît décisif, par cette option qu’il nous propose entre la poussée en quelque sorte rectiligne du temps biologique et l’effort de redressement qui est nécessaire pour nous arracher à la tyrannie inconsciente du passé. En nous retournant sur lui, en le reconnaissant comme passé, nous nous rendrons capable de le soumettre à l’épreuve du jugement, fondé sur l’enchaînement, de mieux en mieux établi à travers les siècles de notre humanité, entre les antécédents et les conséquents.
Nous nous affranchirons du temps simplement vital, dans la mesure où nous en découvrirons la racine intemporelle. La vie, à la prendre en général dans l’absolu de son concept, nous savons trop qu’elle est sans pitié pour les vivants. Elle peut se définir comme l’ensemble des forces qui résistent à la mort ; mais ce n’est là qu’une expression provisoire jusqu’à l’inévitable dénouement qui la révèle comme l’ensemble des forces qui acheminent à la mort. Il est malaisé de décider si l’armée des vivants peut avoir l’espérance, suivant la magnifique image que nous a proposée M. Bergson, de « culbuter la mort » ; mais, puisque le salut est en nous, n’est-il pas assuré que l’armée des esprits débouche dans l’éternité, pourvu que nous ayons soin de maintenir à la notion d’éternité sa stricte signification d’immanence radicale ?
Nous le disons à notre tour : il ne s’agit plus pour l’homme de se soustraire à la condition de l’homme. Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai du jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent, qui permet d’intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l’expérience du passé, celles-là mêmes aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l’avenir.
Rien qui ne soit ici d’expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l’univers qui nous écrase ; nous dominons le temps qui nous emporte ; nous sommes plus qu’une personne dès que nous sommes capable de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne, et fonde dans autrui la personnalité à laquelle nous nous attachons. Ainsi, par-delà toutes les circonstances de détail, toutes les vicissitudes contingentes, qui tendent à diviser les hommes, à diviser l’homme lui-même, le progrès de notre P201 réflexion découvre dans notre propre intimité un foyer où l’intelligence et l’amour se présentent dans la pureté radicale de leur lumière. Notre âme est là ; et nous l’atteindrons à condition que nous ne nous laissions pas vaincre par notre conquête, que nous sachions résister à la tentation qui ferait de cette âme, à l’image de la matière, une substance détachée du cours de la durée, qui nous porterait à nous abîmer dans une sorte de contemplation muette et morte. La chose nécessaire est de ne pas nous relâcher dans l’effort généreux, indivisiblement spéculatif et pratique, qui rapproche l’humanité de l’idée qu’elle s’est formée d’elle-même.
Si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon.
Dieu difficile sans doute à gagner, encore plus difficile peut-être à conserver, mais qui du moins rendra tout facile. Comme chaque chose devient simple et transparente dès que nous avons triomphé de l’égoïsme inhérent à l’instinct naturel, que nous avons transporté dans tous les instants de notre existence cette attitude d’humilité sincère et scrupuleuse, de charité patiente et efficace, qui fait oublier au savant sa personnalité propre pour prendre part au travail de tous, pour ne songer qu’à enrichir le trésor commun !
Aller jusqu’au bout dans la voie du sacrifice et de l’abnégation, sans chercher de compromis entre les deux mouvements inverses et inconciliables de marche en avant et de retour en arrière, nous avons à cœur de dire, une fois de plus, que ce n’est nullement, selon nous, rompre l’élan imprimé à la vie religieuse par les confessions qui ont nourri la pensée de l’Occident, contredire l’exemple de leurs héros et de leurs saints. Nous avons appris de Pascal que la lutte n’est pas entre l’Ancien et le Nouveau Testament, mais dans l’Ancien même entre les « juifs charnels » et les « juifs spirituels », comme dans le Nouveau entre les « chrétiens spirituels » et les « chrétiens charnels ». Et la parole demeure, qui passe outre à la séduction pieuse de l’éclectisme : On ne sert pas deux maîtres à la fois, seraient-ce (oserons-nous conclure) la puissance du Père et la sagesse du Fils. »

Mathematics without apologies : le programme « Univalent foundations »

Qu’il me soit donné ici l’occasion de faire connaître un blog intéressant, créé par Michael Harris, professeur de mathématiques à l’université de Columbia et à Paris-Diderot :

https://mathematicswithoutapologies.wordpress.com/about-the-author/
L’article qui a attiré mon attention porte sur le programme des « univalent foundations for mathematics »:

https://mathematicswithoutapologies.wordpress.com/2015/05/13/univalent-foundations-no-comment/

La réaction disons « modérée » des petits génies des maths (dont Jacob Lurie)interrogés sur cette question peut s’interpréter de deux façons, favorable ou défavorable.. Ainsi quand Jacob Lurie répond : » No comment » cela peut signifier qu’il refuse tout « sensationnalisme » et demande de pouvoir creuser la question avant de donner un avis. En d’autres termes, cela peut être une preuve de rigueur intellectuelle et d’honnêteté d’esprit et c’est bien ainsi que je l’interprète…
Même chose pour Terry Tao, dont le blog sur WordPress est ici:

https://terrytao.wordpress.com

On parle ici de ce prodige:

http://www.science-et-vie.com/2015/10/un-prodige-des-maths-resout-une-conjecture-quasi-centenaire-et-bat-lordinateur-a-plate-couture/

mais comme je l’ai déjà dit toute insistance sur le génie individuel va mal avec la philosophie de ce blog, et avec la notion de dés-individuation prônée dans le « Manifeste pour l’autonomie » par André Simha:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/01/24/brunschvicgintroduction-un-manifeste-pour-lautonomie/
Donc quand je lis ici ces lignes « sensationnalistes » suggérant un « duel au sommet » à propos de la célèbre « conjecture de Goldbach » où intervient aussi Terence Tao le petit prodige qui a paraît il lu (et compris) Grothendieck d’un bout à l’autre:

http://obamaths.blogspot.fr/2013/05/conjecture-de-goldbach-terence-tao.html
J’avoue que je m’inquiète un peu…
Comme le dit très bien André Simha apres Brunschvicg, il n’y a qu’un unique Sujet c’est l’Esprit et la particularité de la Mathesis c’est qu’elle permet de comprendre cela très clairement.et dans le « Manifeste » André Simha, analysant le rôle de la Mathesis dans l’Histoire de l’esprit selon Brunschvicg, comprend le « progrès » comme un progrès de la conscience individuelle vers la « communauté des esprits » dans la recherche rationnelle du vrai et du juste. C’est ainsi aussi que j’interprète les propos de Jésus dans l’évangile selon Thomas (qui malheureusement n’a pas été retenu par l’Eglise, ce qui eut changé l’Histoire):

http://www.naghammadi.org/traductions/textes/evangile_thomas.asp

« Logion 1. Il a dit : Celui qui trouvera l’interprétation de ces paroles ne goûtera pas la mort.

Logion 2. (1) Jésus a dit : 15 Celui qui cherche, qu’il ne cesse de chercher jusqu’à ce qu’il trouve ; (2) quand il aura trouvé, il sera troublé ; (3) troublé, il s’étonnera et il régnera sur le Tout. »

Cela correspond à mon avis à ce que dit Brunschvicg quand il parle de « renoncement à la mort » (à la fin justement de ce livre « Introduction à la vie de l’esprit ») Seul un individu peut mourir mais si je suis parvenu en poussant jusqu’au bout le travail spirituel de la dés-individuation à « devenir l’Esprit », comme nous y appelle Brunschvicg, il ne reste plus d’individu , agrégat de déterminations c’est à dire de négations, qui puisse mourir, disparaître .
Voici en tout cas les archives du blog de Terence Tao (qui exerce ses talents prodigieux en théorie des nombres, l’un des domaines les plus fascinants de la mathématique) sur la conjecture de Goldbach, en passe d’être résolue d’après ce que je sais:

https://terrytao.wordpress.com/tag/goldbach-conjecture/

Venons en maintenant à ce fameux programme de recherche sur les « univalent foundations » inspiré à la fois des travaux de Cantor et Grassman et de ceux de Grothendieck:

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Univalent_foundations

Et nous amène à la théorie des « Homotopy types » qui fait l’objet d’un livre:

Homotopy type theory:

The HoTT Book

Et d’un blog:

http://homotopytypetheory.org

et l’on comprend d’après la caractérisation suivante que cela mène directement l’esprit vers les notions d’isomorphisme et d’équivalences en théorie des catégories:

« Homotopy Type Theory refers to a new interpretation of Martin-Löf’s system of intensional, constructive type theory into abstract homotopy theory. Propositional equality is interpreted as homotopy and type isomorphism as homotopy equivalence.  »
L’homotopie est une notion de la topologie,caractérisant une transformation ou  » déformation continue » entre deux fonctions elles mêmes continues reliant deux espaces topologiques ( rappel: une fonction entre deux espaces topologiques est dite continue si l’image inverse d’un ouvert est un ouvert) qui sont dite alors homotopiques:

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Homotopy

Voici un exposé Video de Vladimir Voevodsky sur le sujet à l’ Insitute for advanced studios:

https://video.ias.edu/univalent/voevodsky

Qui nous ramène à la « higher category theory »:

« The correspondence between homotopy types and higher categorical analogs of groupoids which was first conjectured by Alexander Grothendieck naturally leads to a view of mathematics where sets are used to parametrize collections of objects without « internal structure » while collections of objects with « internal structure » are parametrized by more general homotopy types. Univalent Foundations are based on the combination of this view with the discovery that it is possible to directly formalize reasoning about homotopy types using Martin-Lof type theories. »
Par un autre raccourci de l’esprit nous voyons apparaître dans la marge de droite le nom de Patricia Crone, récemment décédée, qui a fait avancer l’islamologie moderne dans le même sens que Gallez, c’est à dire vers la compréhension de l’origine humaine du Coran chez les judéo-chrétiens (« Nazaréens »):

https://video.ias.edu/crone-remembrance
on parle de ses travaux dans cet article sur les origines nazaréennes de l’Islam:

http://www.salve-regina.com/salve/Le_mystère_des_origines_de_l’Islam_enfin_éclairci

Il y a bien une cohérence profonde de la Raison  » désintéressée qui aperçoit le Dieu des philosophes et des savants » et de son combat pour l’autonomie donc contre le pseudo -Dieu de l’hétéronomie, de la Sharia ..le travail de la dés-individuation passe aussi par la « dés appropriation parfaite et réciproque de Dieu et de l’homme » que fixe Brunschvicg pour but ultime du travail spirituel et scientifique dans la troisième opposition fondamentale entre le Dieu vraiment divin et le Dieu humain des religions, dans « Raison et religion » , voir:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/08/14/brunschvicgraisonreligion-troisieme-opposition-fondamentale-dieu-humain-ou-dieu-divin/

« En essayant d’atteindre Dieu comme cause efficiente du monde, nous nous sommes soumis à l’obligation de proportionner sa divinité à ce que le monde en révèle, avec le risque de dégrader Dieu et de rabaisser en nous son idée. Le Deus artifex sera aussi loin que possible du Deus sapiens qu’on aurait voulu découvrir et vénérer.

Nous touchons le point où un pieux désarroi se manifeste à l’intérieur d’une même tradition ecclésiastique et parfois dans P046 l’œuvre d’un même apologiste. L’effort pour donner un Dieu à la nature en faisant fond sur la causalité se dédouble en explications opposées, qui alternent et mutuellement se ruinent. Tantôt on appuiera sur la ressemblance de l’effet à la cause, et l’on célébrera les merveilles de la nature, signes et reflets d’une gloire divine ; tantôt on mettra en relief le contraste de la cause créatrice et de l’effet créé, on cherchera dans les insuffisances de l’effet, dans sa contingence et sa précarité, la preuve même qu’à la source il y a l’être souverain, nécessaire et absolu.
Cette impuissance dialectique traduit l’angoisse de l’humanité qui consulte l’univers sur Dieu et qui toujours demeure déconcertée et rebutée par l’écart grandissant, à mesure qu’elle observe et réfléchit davantage, entre le monde tel qu’elle l’attendrait d’un Dieu et le monde tel qu’il se manifeste à son regard. L’élan de confiance s’achève en réaction de désespoir lucide.
Nous accorderons donc à la science moderne qu’elle a pu atteindre son but dans le domaine de la nature inanimée, non certes qu’elle ait éliminé le mystère comme on l’a dit imprudemment ; mais elle a résolu, ou plus exactement elle a découvert, assez de problèmes dans des conditions admirablement délicates et imprévues, pour que nous soyons en état de nous donner l’assurance qu’en dehors
de méthodes positives il n’y a pas à entrevoir de salut par la vérité. Il reste cependant certain que l’on compromettrait la portée solide des résultats obtenus par la physique depuis les trois siècles de sa constitution, si on étendait cette conclusion à la biologie. Plus nous devons reconnaître que les diverses opérations de la vie, prises chacune à part, sont régies par les lois chimico-physiques, plus nous devons admirer la coordination qui s’établit entre ces opérations. Elles apparaissent dirigées dans un sens qui, d’une façon générale, coïncide avec la préservation et le développement de l’organisme, présentant dans le choix des moyens une richesse d’invention, une subtilité d’anticipation, faites pour étonner, sinon pour convertir, le sceptique le plus endurci. La finalité rentre ici chez soi, finalité individuelle ou finalité grégaire, comportement tantôt d’apparence simple, tantôt d’une complication réellement invraisemblable, disproportionnée en tout cas aux ressources propres des êtres qui semblent suivre l’impulsion d’un instinct sans avoir la moindre conscience du but auquel tend leur activité. N’est-il donc pas raisonnable de chercher le secret de cette activité hors d’eux et plus haut qu’eux, dans une intelligence transcendante qui soit capable de lire leur avenir en leur passé, d’amener par l’efficacité de sa prévoyance la convergence des mouvements chez chaque unité d’un groupe, leur harmonie dans le sein de l’espèce, la hiérarchie enfin des espèces entre elles ?

…L’ascèse idéaliste permet donc de conclure à l’existence de Dieu comme thèse rigoureusement démontrée si l’on a su retrancher de la notion d’existence tout ce qui tendrait à situer Dieu dans un plan de réalité matérielle où il viendrait, soit s’ajouter, comme chose numériquement différente, à l’ensemble des choses données dans l’expérience du monde, soit se confondre avec lui. Créationisme et panthéisme sont également hors de jeu, parce qu’ils définissent Dieu par rapport à la réalité de la nature. Or il faut, de toute nécessité, que le progrès de la critique ait spiritualisé l’être pour que soit séparé de son image, atteint dans sa pureté, le Dieu qui seul pourra être avoué comme divin.
Cependant il reste un problème capital à trancher. Le Dieu des philosophes, Dieu pauvre, dépouillé, auquel sont refusés tout à la fois la floraison des symboles, l’encens des prières, la majesté des pompes liturgiques, est-il capable de satisfaire l’instinct religieux de l’humanité ? Le mouvement de conversion que nous nous sommes efforcés de suivre, requiert donc, pour s’achever, un élan de désintéressement pratique, capable de renouveler jusque dans sa racine spéculative notre idée de l’âme, d’en assurer l’entière spiritualité….

…Pour nous la leçon est péremptoire. Nous n’attendrons notre salut que de la réflexion rationnelle, portée à ce degré d’immanence et de spiritualité où Dieu et l’âme se rencontrent. Si Dieu est vérité, c’est en nous qu’il se découvre à nous, mais à la condition que Dieu ne soit que vérité. Le péril mortel serait que la profondeur idéaliste souffrît d’être indûment transposée, que l’imagination de l’être réapparût subrepticement qui aurait pour effet inévitable d’assimiler Dieu à un objet quelconque dans le champ de la réalité vulgaire, de transformer dès lors l’intuition d’ordre spirituel en un paralogisme ontologique.
On a beau vouloir mettre la spéculation d’un côté, la pratique de l’autre, tout est compromis du moment que le progrès ne s’accomplit pas à la fois dans l’un et l’autre des deux ordres. A quoi bon répéter la parole qui a traversé les siècles : Dieu est amour, si on allait en altérer immédiatement le sens parce qu’on se représenterait le lien de l’homme et de Dieu sur le modèle du rapport qui s’établit dans notre monde entre personne et personne, entre moi et autrui ? Dieu n’est pas aimant ou aimé à la manière des hommes ; mais il est ce qui aime en nous, à la racine de cette puissance de charité qui nous unit du dedans, de même qu’il est à la racine du processus de vérité qui fonde la réalité des choses extérieures à nous comme il fonde la réalité de notre être propre.
Le service que rend la philosophie à la religion consisterait donc à mettre en évidence que c’est un même progrès de pensée dans le sens du désintéressement et de l’objectivité qui préside à la triple option dont nous nous sommes efforcés de préciser les conditions intellectuelles, qu’il s’agisse de l’homme ou du monde ou de Dieu. L’ennemi sera toujours le mirage de la chose ensevelie dans la matérialité de son expression verbale, qui fait que le moi s’acharne à la vaine poursuite d’une âme dissimulée derrière sa spiritualité, comme d’un Dieu caché par-delà sa divinité. Le réalisme se fait ombre à lui-même.
 »

Et voici le passage le plus important de « Raison et religion »:

« Ce n’est donc pas un hasard, non seulement si le cartésianisme concorde, à l’intérieur même de l’Église, avec le mouvement qui marque la revanche de la théologie augustinienne du Verbe sur la théologie thomiste des intermédiaires, mais si avec le Traité théologico-politique et l’Éthique la voie royale de la spiritualité s’est trouvée définitivement ouverte. Peut-être le souvenir de certains Marranes, chez qui les frontières de culte entre juifs et catholiques tendaient à s’effacer au profit de la communauté de sentiment, avait-il contribué à détacher Spinoza de tout préjugé particulariste. En tout cas, à travers le langage substantialiste et l’appareil euclidien, qui pourraient à chaque instant donner le change sur la tendance profonde du système, s’accomplit la désappropriation réciproque et parfaite de Dieu et de l’homme. Le Dieu infiniment infini n’est pas seulement dégagé de toute image plastique suivant le commandement du Décalogue, mais, ce qui est beaucoup plus important et plus rare, affranchi de toute image psychologique. Dès lors nous ne pouvons plus accepter que nous soyons un autre pour lui, et il cesse d’être un autre pour nous. Il n’est pas la puissance supérieure vers laquelle se tourne l’être qui dure, et qui prie pour être soustrait aux lois de la durée. Il est la vérité éternelle en qui une âme pensante acquiert le sentiment et l’expérience intime de l’éternité de la pensée. Ni le soleil ni la mort ne peuvent se regarder fixement, considérés avec les yeux du corps ; mais l’homme dont on peut affirmer sans mentir qu’il est deux fois né, l’astronome d’après Copernic, le philosophe d’après Spinoza, aura la force de les envisager avec les « yeux de l’esprit que sont les démonstrations ». »

Lore (film de 2012)

J’ai eu une bonne surprise en regardant « Lore » mercredi soir sur Arte:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Lore_(film)

On peut voir ce film en deux parties sur Dailymotion , en allemand avec sous titres en anglais:

et

A noter que « Lore » veut dire en anglais « tradition » , correspondant à Qabbalah en hébreu. Le prénom complet de la jeune fille est Hannelore.
Un film émouvant parce que l’histoire semble se téléscoper actuellement :1945 a été une année très dure pour le peuple allemand, dont témoigne un livre comme « Automne allemand » de Stig Dagerman:

https://charybde2.wordpress.com/2015/03/31/note-de-lecture-automne-allemand-stig-dagerman/

et en particulier pour les femmes allemandes, victimes de viols quotidiens et monstrueux qui n’étaient pas tous commis par des soldats russes ivres de vodka. Certaines scènes de « Lore » montrent cette terrible réalité, révélée aussi par le livre « Une femme à Berlin »:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Une_femme_%C3%A0_Berlin

La situation qui prévalait dans le chaos de ces mois et années là était tout simplement la réalisation de « l’idéal » d’Hitler et de ses complices: le règne sans aucune « digue morale ou spirituelle »de l’état de Nature, c’est à dire du « plan vital » absolument séparé du « plan spirituel »dont c’est l’office des religions (ne parlons même pas ici de philosophie, les « intellectuels » étaient aux abonnés absents) d’être le représentant, ou la voie d’accès  :concurrence de tous et toutes pour la survie, seuls les plus forts (et sans doute les plus cruels, les moins scrupuleux) , les « plus aptes à la survie » sont sélectionnés par la « nature » et restent en vie, les autres, les « plus faibles » qui selon le Führer « ne méritent pas de vivre » (comme s’il y avait quelque chose comme le mérite ou la valeur sur le « plan vital »!) sont éliminés…ou s’éliminent eux mêmes en se suicidant. Il me semble que de telles périodes du plus grand danger pour une civilisation ou bien comme actuellement ou bien il y a 70 ans pour ´humanité dans son ensemble « mais où croît la plante qui sauve » correspondent à ces occasions dont l’Evangile dit que « le Royaume des cieux s’est rapproché de la terre »ou bien, comme le dit un Psaume je crois , « où la Vérité germera de la Terre »..en fait c’est le Psaume 85:11

http://saintebible.com/psalms/85-11.htm

« La vérité germera de la terre, et la justice regardera des cieux. »
Vérité : אֱ֭מֶת = Aleph dans Meth (=mort) (penser à la légende du Golem qui s’animait quand les rabbins lui adjoignaient un Aleph au front devant les lettres de Meth ce qui donnait Emeth et redevenait inerte lorsqu’ils l’en levaient ne laissant que Meth =mort
Germera: titzmeah תצמח
De la terre : meeretz
מֵאֶ֣רֶץ

Le kabbaliste Carlo Suares interprète Aleph comme  » vie-mort » donc soit :équivalence de la vie et de la mort, ce qui est une compréhension dépassant la contradiction ultime ;stade de compréhension et dépassement des contradictions nommé « point Suprême » dans le Zohar , soit succession indéfiniment répétée du cycle vie-mort qui désigne les générations: c’est ce que nous nommons ici « plan vital » et qui est le « mauvais infini » de Hegel et cela ne m’étonnerait pas que les anciens gnostiques en aient fait un dieu ou un Archonte et ne l’aient adoré, les Ophites par exemple, en lui consacrant force récits mythologiques . En tout cas Aleph désigné ce qui joint le « plan vital  » (succession indéfinie vie-mort) et le « plan spirituel » (équivalence dialectique de la vie et de la mort) c’est donc ce mystérieux élément neutre de Wronski « identité primitive de l’être et du Savoir » ou du plan vital et du plan spirituel, du multiple et de l’Un si l’on veut,que nous cherchons dans les foncteurs et les morphismes géométriques de la « Higher topos theory » de Jacob Lurie mais que les anciens hébreux, qui se torturaient moins les méninges, auraient caché dans l’Alphabet avec certaines clefs contenues dans le Tanakh et la Qabbalah. Cette porte est cependant fermée pour nous autres, et je préfère encore me fier à Lurie et Lawvere qui est d’ailleurs hégélien…
On notera en tout cas dans le verset 85:11 le curieux jeu des lettres Aleph, Mem, Tav, Tsadeh et Heth que Carlo Suares aurait certainement remarqué…le royaume des cieux dans les passages évangéliques ou bibliques dont je parlais plus haut désigne le plan spirituel royaume des Idées comme « Vérité » et « Justice » (qui doit être le Bien au delà de l’être de Platon, le Bien Ineffable, l’Un) justice qui regarde donc depuis son Royaume le « plan vital » en bas, plan de l’Histoire et notamment l’histoire du petit peuple « élu » qui chemine dans le désert. qu’est ce que tout ce fatras veut dire? Que les valeurs, appartenant au plan des Idées, ensemencent , par l’intermédiaire de l’esprit humain, la « terre » le plan vital de l’histoire des humains et ceci se produit le plus violemment et clairement lorsque le ciel se rapproche de la terre, le plan spirituel du plan vital, alors les « prophètes » se mettent à dire dans des « visions » : « repentez vous car le royaume des cieux est proche! » Repentez vous veut dire en fait « retournez vous, changez votre orientation » et cela évoque la metanoià la conversion, le changement d’attraction et de polarité qui est symbolisé dans le Tarot par la lame XII du Pendu et correspond dans la mythologie scandinave au dieu Odin qui pendit Neuf jours et Neuf nuits au Frêne universel Yggdrasil à la recherche de la Connaissance secrète, la Gnose et trouva apres cette ascèse les Runes (la Gnose sacrée); le fait de se trouver pendu par les pieds (comme dans la lame 12 du Tarot) signifie inverser l’attraction, en donnant désormais la prédominance au plan spirituel, à la recherche de la Gnose (les runes d’Odin) par rapport au plan vital.
Le Sepher Yetsirah, ou « Livre de la création » , très ancien traité de « science des lettres », distingue trois lettres-mères, fondamentales : Aleph, Mem et Shin:

http://www.hermetics.org/pdf/Sefer_Yetzirah_Kaplan.pdf
que l’on peut identifier me semble t’il aux trois « éléments primitifs » de Wronski et confirme le rôle d’élément neutre d’Aleph, identité primitive du plan vital représenté par la lettre Mem = Mayim= Eau et du plan spirituel Shin ש
A noter que Aleph suivi de Shin donne אש = Esh = le feu tandis que Aleph suivi de Mem est la mère אם. Mem suivi de Tav signifie « mort » מת mais ces deux lettres dans l’ordre inverse, Tav suivi de Mem signifie « Parfait » תם
Ces deux mêmes lettres Mem et Tav combinées avec Aleph donnent Emeth אמת
Tav n’est pas une lettre mère mais désigne la Croix, d’ailleurs dans certaines Lames 12 du Pendu dans le Tarot l’arrière plan du personnage pendu à la forme d’un Tav et ses jambes forment une Croix
image

Le pendu désigne le stade spirituel où l’attraction s’inverse et où le plan spirituel de l’Idée et de l’immanence prédomine sur le plan vital Mem (Eau) de la transcendance « mondaine » ou de celle pseudo-religieuse des fausses conceptions de Dieu, différentes du Dieu des philosophes et des Savants « aperçu par la Raison désintéressée », transcendance calquée comme le dit André Simha dans son « Manifeste pour l’autonomie », sans doute le lien le plus important de ce blog, sur les rapports hiérarchiques propres au plan vital et aux sociétés humaines donc fort peu spirituel ( et contradictoire, car Transcendance ne peut que signifier absence de liens, de rapports, de morphismes):

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/01/24/brunschvicgintroduction-un-manifeste-pour-lautonomie/

Le Pendu a l’attitude inverse de celle de Narcisse, attiré par l’eau où sa beauté se reflète tellement bien qu’il tombe dans le fleuve pour se confondre avec son image: le narcissique reste pris au piège du psychique , impuissant à s’élever au plan spirituel par l’inversion des pôles symbolisée par le Pendu, qui n’est autre que la dés-individuation expliquée par André Simha dans son « manifeste pour l’autonomie » (page 10); rien ne pourrait être plus préjudiciable que d’interpréter les appels à l’intériorité de Brunschvicg sur le plan psychique, comme une obsession narcissique de soi meme, et d’ailleurs Brunschvicg met clairement en garde contre ce danger inhérent aux recours seulement psychiques à la « méditation », seule la mathesis peut éviter ce danger de complaisance envers soi meme, c’est pour cette raison que Brunschvicg insiste tellement dessus, et aussi Malebranche quand il dit que « la mathématique est la plus parfaite application de l’esprit à Dieu »
Notons aussi que si l’on retire le Mem central au mot Emeth = vérité restent Aleph et Tav dans le mot Eth qui en hébreu sert à désigner le complément d’objet, la « totalité objectifiée » ainsi au verset 1de la Torah le mot « Eth » précède les deux compléments directs de l’action d’Elohim  » eth ha-aretz » (la terre c’est à dire le plan vital) et « eth ha Shamayim » ( les cieux=plan spirituel) voir la gematria de ce verset 1, sans doute le plus important de la Bible hébraïque sur Biblewheel:

http://www.biblewheel.com/GR/GR_Database.php?bnum=1&cnum=1&vnum=1

Bereshit (Au commencement, Dans le Principe) bara Elohim (créa Lui-les-Dieux) eth ha Shamayim ( le ciel’ le plan spirituel) ve-eth ha-aretz ( et la terre, le plan vital)

Voilà pourquoi Louis Lambert dans la comédie humaine de Balzac dit que « trois et sept sont les deux plus grands nombres spirituels »
Trois : nombre des lettres mères Aleph, Mem, Shin du « Sepher Yetsirah » et des éléments primitifs de Wronski
Retirez 3 de 22, nombre total des lettres de l’alphabet hébreu, restent 19 autres lettres ( le fameux nombre 19 qui obsède tant les musulmans) et :

19= 7 + 12

7 ( dont le nom hébreu désigne un cycle, un retour au point de départ) est le nombre du Temps et des planètes ( ou lettres doubles de l’Alphabet hébreu) et 12 est le nombre de l’Espace, des signes du Zodiaque ( mentionné explicitement dans le « Sepher Yetsirah ») et des lettres simples. 3, 7 et 19 sont des nombres premiers (divisibles seulement par 1et par eux mêmes) de rang 3, 5 et 9 (ou 2, 4 et 8 soit trois puissances de 2 successives si l’on considère que 1 n’est pas un nombre mais le Tout et que la suite des nombres premiers commence avec 2)

Quel rapport avec notre film ? C’est que « Lore » nous montre justement l’une de ces périodes, en 1945, où « les cieux sont ouverts » et où la metanoia, la conversion est possible, période terrible bien sûr, période apocalyptique (mot grec en rapport avec la Révélation, donc la compréhension de la Vérité qui « germe de la terre », du plan vital, du déroulement des événements de l’Histoire. C’est pourquoi le scénario introduit Thomas, le jeune juif échappé d’un camp d’extermination que rencontrera Lore la fille d’un haut dignitaire nazi et qui cheminera un temps avec elle et ses frères et sœurs et les aidera.
Ici on pourrait croire à un conte à l’eau de rose « antiraciste » comme on les affectionne dans les bars de luxe de St Germain des prés: juifs gentils, méchants allemands , si tous les gars et toutes les filles du monde voulaient bien danser en se tenant la main, et aussi la queue lol pour « fraterniser » etc..etc.. Mais ce n’est justement pas le cas, Lore reste marquée par la haine anti juive que lui a inculquée son père nazi , et Thomas le jeune juif est aussi très ambivalent. Ces deux là éprouvent une attraction qui n’est pas du tout noble et spirituelle et ils commettront un crime , tuant un allemand qui se préparait à violer Lore qui fait alors semblant d’être consentante, laissant approcher Thomas qui tue l’homme à coups de pierres. S’ensuit une scène très belle où Lore se précipite dans l’eau du fleuve (Mem, plan vital) avec le bébé qui est son petit frère, et est sauvée au denier moment de la noyade par Thomas. Cette scène symbolise selon moi l’immersion complète dans le plan vital qui est le sens symbolique profond du baptême. Elle est préparée par la scène précédente montrant l’homme qui sera tué par Thomas avec la complicité de Lore pêchant des poissons dans le fleuve et les mettant en réserve dans un seau d’eau. Or la pêche a toujours symbolisé la recherche de la connaissance d’En Haut dans le plan d’En Bas ( le plan vital) et les poissons comme habitants du plan vital (du fleuve) sont l’analogie des oiseaux comme habitants naturels du plan spirituel (du ciel) : pêcher les poissons et les ramener à l’air veut dire prendre du plan vital ce qui y est disponible pour le « plan spirituel », voir aussi la pêche miraculeuse et l’expression « pêcheur d’hommes » dans l’Evangile.
Le geste inverse ( abattre un oiseau pour le « fixer » en terre) correspond au meurtre du Soi, de l’Esprit : d’où la malédiction qui frappe le Vieux Marin dans le poème de Coleridge  » Rime of the anciens mariner » apres qu’il ait tué l’Albatros, symbole du plan spirituel et du Christ:
« With My cross bow I shot the Albatross »

Voir sur ce poème qui est sans doute l’œuvre littéraire qui m’a le plus influencé et bouleversé les liens suivants:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/coleridge-le-dit-du-vieux-marin/

https://horreurislamique.wordpress.com/2015/07/20/premiere-partie-du-dit-du-vieux-marin-de-coleridge/

https://horreurislamique.wordpress.com/2015/07/19/derniere-partie-du-dit-du-vieux-marin-de-samuel-taylor-coleridge/

https://horreurislamique.wordpress.com/2015/07/20/explication-sommaire-des-deux-passages-du-dit-du-vieux-marin/

et l’article suivant fait le lien entre ce poème et les deux plans, vital et spirituel, de « Raison et religion » de Brunschvicg:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2015/05/27/brunschvicgraisonreligion-exemple-4-des-opositions-fondamentales-le-dit-du-vieux-marin-de-coleridge/

Mais si le film ne vise pas à être un nième « conte à l’eau de rose pour Bisounours » moqués à juste titre par Éric Zemmour, pourquoi introduire un jeune juif et une jeune allemande en fuite fille d’un dignitaire nazi ? Je vais essayer de montrer pour terminer cet article un peu en fouillis qu’il y a là une dimension plus profonde.. Pourquoi cette haine universelle contre les juifs, non seulement en Islam et chrétienté mais aussi paraît il au Japon ou en Chine où il n’y a jamais eu de présence juive importante ? une haine démoniaque dont Hannelore se libère dans le film au contact de Thomas, mais cela ne finit pas sur un happy end à la guimauve style « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » sinon nous serions dans « Qu’est ce qu’on a fait au Bon Dieu » qui est un film fort suspect comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire…
Un Dieudonné , fort habile, niera cette haine en prétendant qu’il ne hait que les « sionistes » mais cela ne trompe plus personne apres les attentats de 2015, un Askolovitch, juif lui même me semble t’il, ne songera qu’à dédouaner son cher Islam au moyen d’un traitement de choc au « CÉPALISLAM »

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Je vais expliquer ici la raison, fort peu rationnelle, de cette démoniaque haine universelle avec un sentiment aigu de ma responsabilité : la « raison » en est que les juifs sont justement associés dans les représentations collectives des peuples occidentaux (influencés par la Bible) à la dichotomie entre plan vital et plan spirituel qui est la grande affaire de l’humanité (et apres cette haine ou cet « effroi sacré » se transmettent aux autres peuples non concernés par la Bible à cause de la domination mondiale de l’Occident depuis 5 siècles)
C’est de plusieurs façons que les juifs, ou les hébreux (Israel) sont associés inconsciemment dans la psyché collective des peuples : d’abord parce que c’est aux israélites que Moïse transmet les Tables de la Loi divines, les juifs jouent donc le rôle de « Surmoi » de l’humanité dans l’inconscient collectif, de « frère aîné grincheux » venant donner des leçons aux autres . Mais le parcours même des juifs , de la sortie d’Egypte ( plan vital) à la Terre promise d’Israël ( plan spirituel) symbolise celui qui est la grande affaire de tout être humain désireux de salut: être libéré des servitudes du plan vital et accéder au plan spirituel qui est la promesse d’un sens à son existence d’esclave.
Mais il y a une troisième association plus obscure, des juifs (ou plutôt des représentations collectives les concernant) avec ces périodes dont je parlais plus haut de grand danger d’anéantissement total de l’humanité où « le royaume des cieux semble ouvert » et où il est important de se repentir, c’est à dire de se convertir du plan vital au plan spirituel en adoptant l’attitude de Metanoia (retournement) symbolisée par le Pendu du Tarot. Cette association provoque l’effroi sacré et la Terreur, chez les juifs eux mêmes, chez qui l’angoisse est remémorée à chaque fête de Pessah, ramenant les consciences « in illo tempore » vers la Sortie d’Egypte coïncidant avec l’extermination des nouveaux nés d’Egypte pour inciter le Pharaon à laisser partir les esclaves hébreux . L’interprétation de ces fables est pour moi très claire: ce sont des hébreux présents comme esclaves dans toutes les maisons d’Egypte et non l’Ange du Seigneur qui ont marqué les maisons des hébreux du sang d’un agneau pour indiquer qu’elles devaient être épargnées , et au cours le la nuit ce sont des hébreux qui ont massacré les nouveaux nés égyptiens sur l’ordre de Moïse : Dieu a bon dos! comment un « Dieu » pourrait il parcourir le pays (il a donc des jambes, une voiture) en massacrant cruellement les uns, et épargnant les autres? Tout cela est absurde et je me demande comment des gens instruits peuvent encore se complaire dans les bondieuseries suivantes, voir:

https://bible.org/node/17612

La conception du Dieu-Idée doit absolument être épurée par la Raison désintéressée , Raison universelle des esprits de ces horreurs ridicules qui acheminent l’humanité à l’athéisme , au désespoir et au nihilisme du consumérisme roi et de l’oubli de l’Esprit et de l’Un (plutôt que de l’Etre) dans une partouze générale qui laissera une terrible gueule de bois! Si du moins il y a un « après »
La fête de Purim commémore par contre le livre d’Esther qui décrit comment les juifs ont échappé à une extermination et à l’anéantissement total :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Pourim

Bref les juifs sont forcément associés dans les représentations collectives à effroi, terreur, danger imminent d’anéantissement , toutes notions propres au plan vital parce que comme le remarque Brunschvicgles religions sont restées prisonnières du plan vital, incapables d’assurer leur office qui est de libérer les âmes (les consciences) du plan vital et de les acheminer au plan spirituel:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

« si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon.


le propre de l’esprit est de s’apparaitre à lui même dans la certitude d’une lumière croissante, tandis que la vie est essentiellement menace et ambiguïté. Ce qui la définit c’est la succession fatale de la génération et de la corruption. Voilà pourquoi les religions, établies sur le plan vital, ont beau condamner le manichéisme, il demeure à la base de leur représentation dogmatique…  »
Si Le film « Lore » introduit donc dans l’intrigue un réfugié juif, ce qui est normal dans l’Allemagne de 1945, c’est aussi pour la raison plus profonde que je viens d’expliquer : la période terrible décrite par ce film est l’une de ces périodes de grand danger, mais où le « Royaume des cieux » , le plan spirituel, est « proche » et les juifs sont associés collectivement et « métaphysiquement » à de telles périodes.

Et il me semble que la phase historique de guerre mondiale terrifiante que nous vivons actuellement, 70 ans après 1945 , est aussi une telle période.

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#BrunschvicgIntroduction un manifeste pour l’autonomie

Le livre de Brunschvicg « Introduction à la vie de l’esprit » est paru en 1901, on peut encore facilement le trouver sur des sites spécialisés dans les ouvrages anciens ou épuisés comme Chapitre, mais il a récemment été réédité chez Hermann avec une embarqua le introduction-préface d’André Simha « Un manifeste pour l’autonomie », on peut acheter ce livre pour le lire sur une tablette ou bien en lire ici-bas préface d’André Simha  » un manifeste our l’autonomie » véritable précis d’initiation à la conversion véritable, qui est conversion de l’existence à l’esprit:

Où l’on peut lire les pages 2 jusqu’à 16 (introduction d’André Simha)
Ici le même extrait du livre, mais en format pdf:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/11/26/brunschvicg-introduction-a-la-vie-de-lesprit-extrait/

Un livre qui contient en germe tous les ouvrages ultérieurs car Brunschvicg n’a jamais renié son idéalisme platonicien mathématisant, même après Juin 1940 lorsqu’il a dû fuir Paris et sa belle bibliothèque .
Et ici un article précédent de ce hashtag #BrunschvicgIntroduction consacré à ce livre :

https://mathesisuniversalis2.wordpress.com/2015/08/31/brunschvicgintroduction-leon-brunschvicg-introduction-a-la-vie-de-lesprit

« Serons nous une chose ou deviendrons nous l’esprit ? » : cette question de Brunschvicg lui même et choisie par André Simha pour introduire sa préface définit bien l’alternative qui est le sens de toute existence humaine en toute époque et en tout lieu et qui constitue donc le problème universel du choix entre deux orientations et deux seulement, ce qui est donc un « point » selon Badiou (terme venant de la théorie des topoi): vers le plan spirituel et l’autonomie, ou bien vers le plan vital et l’hétéronomie.
C’est là à mes yeux la principale limite de Finkielkraut : manquer de la radicalité de Brunschvicg, à cause d’une trop grande proximité avec Lévinas et refuser la rupture complète avec l’hétéronomie héritée du Judaisme, ou plutôt de la fascination individuelle de Finkielkraut pour l’héritage juif, au lendemain des horreurs nazies.
Mais s’il est un passage important dans ces quelques pages d’André Simha, c’est celui page 10 qui nous met en garde contre la fascination pour l’intériorité psychique et individuelle, par exemple dans les fameuses méthodes pseudo-orientales de méditation tellement en vogue aujourd’hui:

 » La liberté qui nous fait tout autres que des choses exige une véritable « dés individuation »: toutedétermination , rappelait Spinoza, estnégation, et ce qui décide pour nous, en nous-même, ce qui a, dans notre histoire et dans notre milieu particulier, constitué notre personnalité particulière, ne peut qu’empêcher, en s’opposant au mouvement de la pensée, notre vocation à tendre verstoutce que nous pouvons être. Hors de la vie de l’esprit règne l’hétéronomie. Entre l’hétéronomie d’une individualité qui doit sa forma tion à l’extériorité, et l’autonomie véritable de l’être qui par la spontanéité de l’activité de penser, s’affranchit de soi,notre irréductible pouvoir de juger doit trancher. »
Quant à l’esprit, il n’est pas une mystérieuse substance d’ordre surnaturel, mais activité et effort : pas de monde intelligible ou « suprasensible » ( à la façon dont en parlent théosophes et anthroposophes) en dehors de l’effort d’intellection d’une conscience humaine (personnellement je n’en connais pas d’autre).C’est ici que se situe la différence (radicale) entre le spinozisme ( qui est selon André Simha le cartésianisme affranchi de ses craintes révérencieuses pour l’Eglise) brunschvicgien et Hegel. A la place du fameux  » de l’Absolu il faut dire qu’il est essentiellement Résultat, qu’il n’est qu’à la fin ce qu’il est en vérité » de la préface à la phénoménologie de l’Esprit nous proposerons :  » de l’Absolu il faut dire qu’il est essentiellement effort de compréhension, activité intellectuelle tendu vers la vérité » et comme c’est Dieu il me semble qui le dit dans le « prologue au ciel » du Faust de Goethe :

« Celui qui toujours s’efforce, celui là nous pouvons le sauver » …à condition qu’il s’efforce vers la vérité et l’autonomie bien sûr, et non pas à apprendre par cœur tel livre pseudo-sacré comme le Coran.
Et Faust lui même dit dans le livre de Goethe, imitant la Genèse :  » Au commencement était l’action ».
La différence avec Hegel se situe aussi dans le rôle prédominant accordé à la mathesis, rappelé par André Simha page 14 au paragraphe 2:

« 2 La passion de l’intellect et le rôle de la mathesis dans l’histoire »

 » Devenir l’esprit est donc la norme d’une vie dont la conscience, en progrès incessant, s’étend indéfiniment par sa compréhension de l’univers et d’elle même. Devenirl’espritdonne le sens de l’effort spirituel, orienté par la tâche humaine universelle de penser le réel en vérité. Or cette norme de vie et de pensée, cette intelligence du réel tel que le construit indéfiniment le jugement dans le travail scientifique, a pour Brunschvicg une signification politique et morale fondamentale, puisqu’elle enseigne à chaque homme son humanité, cette vocation à progresser vers la communauté des esprits dans la recherche du vrai et du juste »
André Simha emploie le terme « mathesis » d’une part bien sûr pour évoquer la  » mathesis universalis » de Descartes, mais surtout parce que ce mot signifie l’activité intellectuelle au fondement de la mathématique, et non pas le résultat de cette activité qui est le ma thème, mot privilégié comme par hasard par Lacan et Badiou.
Nous sommes donc fondés à rejeter Hegel et son mépris de la méthode mathématique en philosophie, comme privilégiant le résultat objectif (mathème) sur l’activité ou mathesis qui le fonde cf le site de Jean Zin dont j’ai donné le lien hier et qui est lui même criticable dans son évaluation défavorable des sciences comme « nouvelle religion »

http://jeanzin.fr/ecorevo/philo/hegel/preface.htm

« Hegel met ensuite en cause la méthode mathématique en philosophie, méthode de Spinoza par exemple, dont la déduction dogmatique objective le monde et empêche toute nouveauté, toute histoire. Il met sur le même plan le discours courant, utilitaire, qui réduit le discours à sa signification immédiate, à l’évidence de l’objet qui exclut le sujet du libre arbitre qui constitue pourtant cet objet dans son intentionnalité. Le thème principal de la Préface est, toujours, cette réintroduction du sujet dans l’objectivation du monde, l’affirmation que la vérité est sujet, c’est-à-dire processus historique, dialectique et temporelle, et non pas simple découverte d’une certitude éternelle. C’est la résolution des antinomies de Kant qui avait montré qu’il y avait contradiction entre la pensée théorique réflexive (constituant l’objet spatio-temporel déterminé) et la pensée pratique constituant la liberté du sujet, contradiction qu’il n’a pu résoudre que par le mythe de la chose-en-soi et que Hegel élimine au profit de la dialectique du sujet et de l’objet. »
Ce qui est historique et sujet à un renouveau constant c’est la mathesis qui constitue la liberté du sujet vis à vis des manipulations métaphysiques d’ordre théologique, ce qui se produit dans l’Histoire humaine précisément avec les Lumières radicales spinozistes, véritables Lumières comme « sortie de l’humanité hors de l’état de tutelle dont elle est elle même responsable » comme l’affirme Kant dans  » Qu’est ce que les Lumières? » Je vois une contradiction entre Spinoza (et Brunschvicg) et Hegel , mais pas entre Spinoza et Kant.
Comme le rappelle André Simha page 15:
« la notion de transcendance est régressive. Elle introduit dans l’expérience spirituelle les préjugés réalistes et matérialistes de la pensée préscientifique. Préjugés dont la mathesis nous a appris à nous délivrer, en faisant apparaître dans l’idée qui se construit, dans cet acte même de penser, la norme de vérité, indépendamment de toute attestation externe. Avec l’universalisation de lamathesisdans la science moderne, à partir de Descartes, la puissance du jugement humain se découvre autonome et illimitée. »
Seulement évidemment si le Résultat ( mathème) prend la place de l’activité-mathesis, l’illusion théologique et ses préjugés dont nous avait délivrés Descartes et sa méthode vient recouvrir la merveilleuse liberté de l’autonomie promise par Brunschvicg en 1901.
L’existence humaine à bien un sens universel(mais il ne s’agit pas d’un sens à la façon des « Grands Récits », donné par Dieu à tout Israel assemblé devant Moïse): parvenir à l’autonomie consistant à être l’esprit qui comme le Fils de l’homme n’a pas « où reposer la tête », pas de séjour assignable, pas de domicile fixe, puisqu’il est progrès éternel cf page 9 de la préface , ou plutôt manifeste pour la philosophie d’André Simha, bien plus juste que celui de Badiou qui a beau jeu de répéter sans cesse « émancipation..émancipation » mais on pourrait lui rétorquer comme Schopenhauer à Hegel:
 » votre panneton a beau être compliqué, vous n’arrivez pas à ouvrir la serrure »
Ce qui si je ne m’abuse est aussi une citation extraite du Faust.

Cohesive ∞-topoi

J’ai parlé à la fin du dernier article sur les « adjoint triples and quadruples » de cette note d’Urs Schreiber sur n-category cafe:

https://golem.ph.utexas.edu/category/2010/10/cohesive_toposes.html

La définition rigoureuse de la notion de « gros topos » est donnée ici:

https://golem.ph.utexas.edu/category/2010/10/cohesive_toposes.html

En gros (c’est le cas de le dire) il s’agit d’un topos dont chaque objet F a pour correspondant un topos, appelé « petit topos », 

P(F) qui est un espace où l’on peut faire de la géométrie ( se rappeler qu’un topos peut être vu comme la généralisation d’un espace topologique, c’est à dire un ensemble de points muni d’une topologie, qui est une collection de parties (de sous ensembles)appelées « ouverts »,  de cet ensemble, collection obéissant à certaines conditions, voir:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Espace_topologique

Noter que dans le gros topos le petit topos associé à l’objet terminal 1, soit P(1) est appelé « topos des points » du gros topos (notion à garder en mémoire):

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Initial_and_terminal_objects

La note d’Urs Shreiber donne un exemple précis de quadruplet de foncteurs en adjonction (adjoint quadruple) dont nous avons parlé dans l’article récent:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/12/23/triplets-et-quadruplets-dadjonctions-adjoint-triples-and-quadruples/

f! ⊣f * ⊣ f * ⊣ f !

Le foncteur principal Γ d’un topos cohésif E est appelé foncteur  » section globale » c’est un morphisme géométrique :

Γ: E → S où S est le topos des ensembles et ce foncteur associeà un objet X du topos E, qui est un espace, l’ensemble Γ(X) des points de cet espace X c’est à dire la pure multiplicité de ses « points ».
Quelques précisions ici sur les notations employées : dans l’article de n-category cafe ou de Nlab:

https://ncatlab.org/nlab/show/cohesive+topos

qui est en anglais on emploie la lettre S pour Set, qui veut dire « ensemble », mais en francais cela risque d’introduire une infusion puisque la lettre qui correspond à  » Ensemble » est justement E, et non plus S. Nous introduirons donc les lettres H (comme Henologie ou Henosophia) à la place de E pour un topos cohésif et O(comme Ontologie) à la place de S et noterons ce foncteur section globale:

Γ : H → O
Où O est le topos Ens des ensembles qui , selon la doctrine de Badiou dans l’Etre et l’événement , correspond à l’ontologie qui traite de la multiplicité pure  » sans Un » , qui est ici la multiplicité pure des points de l’espace, en oubliant la cohésion .
Une première adjonction est :

Disc ⊣ Γ
(Γ est adjoint à droite de Disc)
Où Disc est le foncteur qui envoie un ensemble de points ,pure multiplicité sans cohésion, sur la meme multiplicité mais structurée par la topologie discrète ( dans le cas d’une structure topologique)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Topologie_discrète

Rappelons qu’une topologie sur un ensemble X de points consiste en une collection de sous-ensembles de X obéissant à certaines conditions, sous-ensembles appelés « ouverts ». Cette topologie discrète est en même temps la topologie maximale possible : tout sous ensemble est un ouvert.
La topologie minimale, la plus « grossière », est appelée « codiscrete » : seuls l’ensemble vide (sans aucun point) et l’ensemble total sont des ouverts, ce qui est toujours le cas dans toute topologie.
Le foncteur Codisc, envoyant un ensemble de points sur la structure codiscrete définie sur cet ensemble, correspondant est adjoint à droite du foncteur Γ.
Enfin un quatrième foncteur Π vient s’ajouter aux trois précédents:

Π : H → O (voir le rappel sur nos notations plus haut: O comme  » Ontologie »est le topos des ensembles, du multiple pur « sans Un, sans cohésion  » et H comme  » Henosophia » est le topos cohésif.
Ce foncteur est un peu plus compliqué : dans le cas n= 1 il envoie un espace sur ses composantes connexes, et pour les niveaux supérieurs cela se généralise à la « truncation de niveau (n-1) du groupoide fondamental :

https://ncatlab.org/nlab/show/fundamental+groupoid

Qui a pour objets les points de l’espace de départ (de l’ensemble de points) X et pour morphismes les  » chemins » d’un point à l’autre, définis à une homotopie près.
Le groupoide fondamental est une généralisation du groupe fondamental d’un espace topologique et ces deux notions se généralisent d’un espace topologique à un topos:

https://ncatlab.org/nlab/show/fundamental+group+of+a+topos
Ce foncteur Π est adjoint à gauche du foncteur Disc.
Nous avons donc une série de trois adjonctions entre les quatre foncteurs définis , ce qui répond bien à la définition d’un quadruplet (« adjoint quadruple »):

https://ncatlab.org/nlab/show/adjoint+quadruple

Ce quadruplet est la généralisation cherchée d’un morphisme géométrique, et il est orienté tout comme un morphisme géométrique qui est une paire de foncteurs adjoints. L’orientation va de H (topos cohésif, hénosophique) vers O ( topos des ensembles, ontologique ) et c’est ainsi que Lawvere définit les topoi cohésifs.
La seconde partie de la note d’Urs Schreiber titrée  » A remark on Lawvere’s work » est extrêmement importante, en voici les extraits cruciaux:
« He is really at heart a physicist, in the following sense: he is deeply interested in the mathematical model building of reality He is searching for those structures in abstract category theory that do reflect the world. He is asking: What is a space in which physics can take place? Concretely: What is the abstract context in which one can talk about continuum dynamics? I gather even though he is an extraordinary mind, he did not push beyond continuum mechanics, otherwise he would also be asking: What is the abstract context in which quantum field theory takes place? »

(Lawvere réputé comme un logicien, a d’abord pour préoccupation la physique, en s’arrêtant à la mécanique sans aborder le domaine quantique)

Puis
« As Jacob Lurie says rightly: Higher category theory is not theory for its own sake, but for the sake of other theory. And fundamental theoretical physics is all about scanning the space of theories for those that fit reality (as opposed to the physics that most theoretical physicists do, which is scanning the phenomena of one fixed theory.) »
Et enfin la fin de l’article :

« I wish there were more people like Lawvere around, with his perspective on the general abstract basis of everything and at the same time with the overview over modern derived ∞-topos theory and the understanding that the richer structure people are seeing in these is Lawvere’s observation that reality springs out of topos theory taken to full blossoming: reality springs out of ∞-topos-theory »

Ces deux deux dernieres observations font ressortir l’exceptionnelle importance de la  » higher topoi theory » de Jacob Lurie qui n’est pas du tout une généralisation pour le plaisir de « faire compliqué » mais comme dit Schreiber:
 » a full blossoming of topos theory « d’où jaillit la Rélité » ( « reality springs out of ∞-topos-theory »)
J’ai déjà commencé à étudier le « magnum opus » de Jacob Lurie  » Higher topos theory », voir:

https://mathesismessianisme.wordpress.com/2015/09/04/higher-topos-theory-des-n-categories-aux-∞n-categories/

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/tag/higher-topos-theory-2/

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/08/27/preface-de-higher-topos-theory-n-champs-n-stacks/

Il s’agit d’un travail énorme ( mais moins énorme que celui accompli par Lurie!) et j’espère avoir montré ici qu’il ne s’agit pas d’un jeu gratuit ayant pour but de fuir la réalité insupportable qui est la nôtre (celle de l’Europe de nouveau en guerre 70 ans apres 1945) dans de creuses et vaines abstractions mais justement d’un souci de la Réalité qui comme le dit Shreiber « jaillit de la théorie des topoi et surtout de sa pleine floraison : la théorie des ∞-topoi »
La Réalité ce n’est pas le « plan vital » de l’actualité et de l’Histoire mais le plan spirituel qui est celui où vivent les « clercs véritables » (tels Jacob Lurie) que Julien Benda appelait en 1927 de ses vœux:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-raison-et-religion/

https://apodictiquemessianique.wordpress.com/julien-benda-la-trahison-des-clercs/

« Clercs » véritables qui sont « le sel de la Terre » comme le dit l’Evangile:

http://saintebible.com/matthew/5-13.htm