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la culpabilité de l’Occident sadien

les interconnexions entre Los Angeles (Hollywood), Black dahlia et « vérité sadienne », dont nous parlons ici :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/06/04/black-dahlia-los-angeles-les-anges/

elles peuvent s’étendre de manière à peu près indéfinie !

Aisni prenez le film « Chinatown » réalisé par Polanski en 1975 : le rôle de Noah Cross, patriarche abusif ayant violé et mise enceinte sa propre fille (jouée par Faye Dunaway) , y est tenu par … John Huston !

John Huston qui est accusé par certains sites d’avoir participé au viol collectif de Tamar Hodel qui aurait débouché sur la relation incestueuse dont a été accusé le chirurgien, et dont il a été acquitté, mais l’on sait que des hommes richissimes et influents peuvent aux USA bénéficier des services d’avocats spécialisés et quasiment certains d’obtenir l’acquittement.

Ce même Polanski qui a vu sa femme Sharon Tate, enceinte, être assassinée par des membres de la « famille », une secte d’inspiration hippie dirigée par le « gourou » Charles Manson…

et qui vers 1976 a été accusé d’avoir violé et sodomisé une adolescente de 13 ans après l’avoir saoûlée au champagne et autres produits ; certes celle ci n’en était semble t’il pas à son coup d’ essai, et sa mère l’encourageait à « faire carrière » à Hollywood au moyen de tels « stratagèmes », mais ceci est il une excuse ?

Une fois que l’on ouvre les vannes, on ne peut plus arrêter les flots déchaînés de l’inondation; d’autres auteurs (comme René Guénon) ont employé l’image du Mur qui se lézarde et se brise, laissant passer les influences infernales du « monde souterrain » (célébré par le cinéaste d’avant garde américain Kenneth Anger); que l’on pense aussi au film « The Wall » !

Est ce simplifier outrageusement les choses que de dépeindre cette évolution comme l’affrontement de deux camps :

-celui des « progressistes » sadiens, comme Mehdi Belhaj Kacem, qui pensent que l’essence de la civilisation mondiale qui vient est pornographique et sadienne, et que toute réaction contre cette évolution est « fasciste » et aboutit aux camps de Staline, Hitler ou Pol Pot , comme le voudrait selon lui le « platonisme » de Badiou… d’autres sont plus « modérés », voire plus lâches, et se contentent de sussurer « je ne comprends pas comment en 2012 on peut encore être opposé au mariage gay », bref de remplacer le débat argumenté par la flèche du temps, qui va forcément du moins bien vers le mieux

– et celui des « réactionnaires », tenants de l’ordre moral pur et dur et du « retour en arrière » ou bien, là encore, plus « modérés » (à l’exemple de Finkielkraut, Régis Debray , et bien d’autres personnages très différents)

non, ce n’est pas simpliste si l’on pense avec Badiou que tout moment crucial de choix pour l’humanité doit pouvoir se formaliser par un « point », c’est à dire un choix entre deux possibilités; oui c’est simpliste si l’on remarque que les deux « camps », et surtout le second, regroupe des tendances qui n’ont rien à voir entre elles.

Je récuse pour ma part entièrement le terme de « réactionnaire » : les réactionnnaires sont certes les intégristes, religieux ou autres, qui abondent aux USA , et qui parlent du « retour aux valeurs morales » jusqu’à ce qu’ils soient accusés de vilaines affaires d’adultère, ou pire, de viol ou pédophilie.

Et je récuse symétriquement le terme de « progressistes » appliqué aux « matons de Panurge » obsédés par le « vide juridique » (dernier exemple en date : celui du « harcèlement sexuel » ) , par la « diversité », la parité et autres salades.

Je me réclame d’un auteur comme Brunschvicg qui a écrit « Le progrès de la conscience dans la philosophie occidentale » , et qui certainement n’encouragerait jamais le « retour » en arrière vers les temps de l’enfance de l’humanité que sont les époques d’avant Descartes, d’avant la physique mathématique.

Seulement il faut bien voir que ce sont les « faux progressistes », tenants d’une évolution inéluctable vers « plus de droits individuels », plus de « diversité », qui en réalité tuent toute diversité réelle et appellent en retour la réaction et l’obscurantisme (islamique, notamment).

Une page magnifique comme celle ci de Brunschvicg (vers 1930) sur l’homme occidental :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/lhomme-occidental/

permet de jeter la pleine lumière sur l’évolution sadienne de l’Occident : les « les jugements de l’Orient sur l’anarchie et l’hypocrisie de notre civilisation » , ce sont évidemment les condamnations « morales » de la part de vertueux religieux des dépravations et turpitudes dont témoignent la vie d’une ville comme Los Angeles, « capitale de la saoûlographie » vers l’époque des années 40 selon un cinéaste de Hollywood, ville aussi de toutes les débauches sous un vernis « américano- chrétien ».

Mais il est facile de comprendre que tout retour en arrière (à supposer d’ailleurs qu’il y ait eu des lieux et des époques exempts de débauche ?) est impossible, puisque le passé a pu mener à ce qui existe là sous nos yeux comme « présent ».

Le seul progrès possible passe par l’idéal de réflexion intellectuelle et d’unité morale qui est celui de l’Occident véritable. Il va de la nature, domaine du « moi vital », à l’Esprit, et au « moi spirituel ».

quelle est la « coulpe vitale » de l’Occident, ou du monde moderne, sadien ?

elle est de se limiter au « seulement vital » justement : analysez les vies entrecroisées de toutes les personnes vivant dans une grande métropole comme Los Angeles en 1947 (ou de nos jours, ce qui fait deux villes très différentes certes) , vous aurez sous les yeux un « mouvement brownien » de « fourmis » affairées (pour la plupart en tout cas) par les seuls soucis du « vital », à savoir la nourriture, l’habitat, le travail et la subsistance, et le plaisir et le sexe.

Or le domaine du « seulement vital » est celui de la mort : la vie est équivalente à la mort, puisque tout ce qui est né doit périr.

La fascination pour le sexe est la fascination pour la mort : cela est très sensible dans certains ouvrages de Georges Bataille, très influencé par Sade, comme « Le bleu du ciel », où la scène centrale est celle du personnage qui jouit (sexuellement) au spectacle d’une morte qui n’est autre que sa mère… Bataille parle d’ailleurs des « outrances monstrueuses de ce livre », dont il n’aurait pas souhaité la publication…

un peu facile !

en somme, la fascination pour le sexe, qui est fascination pour la mort, cela revient à ne pas « renoncer à la mort », c’est à dire à refuser toute « vie religieuse » réelle…

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La (seule) vraie religion

J’ai déjà parlé du livre de Brunschvicg :

« Introduction à la vie de l’esprit »

qui est un ouvrage de jeunesse (je crois qu’il date de 1900) et qui vient d’être réédité chez Hermann.

Il n’est pas lisible sur Internet, c’est l’un des seuls, avec aussi « L’esprit européen », cette série bouleversante de leçons donnée à la Sorbonne de l’automne 1939 à Mars 1940, pendant la période de la « drôle de guerre ».

je ne puis résister à l’idée de m’attarder encore sur ces lignes magnifiques , étonnantes et semblant incompréhensibles, voire scandaleuses,  pour un contemporain, lignes qui constituent la fin de l’introduction à la vie de l’esprit…

« l’univers est bon, absolument bon, du moment que nous savons le comprendre; car nous sommes maîtres de n’y voir que ce qui s’unit à nous »

première perplexité !

car qui pourrait se vanter de « comprendre l’univers » ?

pas les physiciens en tout cas, comme Smolin pour qui « rien ne va plus en physique« , ou Feynman qui déclare :

« si vous avez compris quelque chose à la mécanique quantique, c’est que vous n’avez rien compris à la mécanique quantique »

c’est sans doute pour cela que nous avons du mal à trouver bon l’univers, cet univers absurde qui nous « écrase » de son immensité sans bornes.

Mais Brunschvicg voulait parler de la recherche de la vérité comme tâche et effort infini vers un idéal qui ne sera jamais atteint dans le temps de l’histoire.

« Il n’y aura pas d’épiphanie de la vérité » déclare Badiou…

Il n’y a qu’une progression infinie  vers la vérité qui est Dieu (comme le dit Spinoza dans le « Court traité ») , progression de la conscience de l’humanité, et la théorie des topoi dont j’ai commencé ici l’étude en est un bon exemple, car elle est en train de bouleverser complètement la physique, témoin ce livre formidable qui est en lecture partielle sur Google :

Deep beauty : understanding the quantum world through mathematical

 innovation

http://books.google.fr/books?id=s1dZ1vskM94C&pg=PA237&lpg=PA237&dq=deep+beauty+topos+quantum&source=bl&ots=hWFi8o7sW9&sig=Kh7BUizH4DRwunvGSZgefhRd15I&hl=fr&sa=X&ei=EFuRT77qE9T08QO3yMnCBA&sqi=2&ved=0CDUQ6AEwAA#v=onepage&q=deep%20beauty%20topos%20quantum&f=false

ainsi la théorie des topoi est en train de faire mentir Feynman dans sa tombe !

on ne pourra pas indéfiniment « casser » la matière dans des accélérateurs de particules à des échelles de plus en plus petites, car cela réclame des énergies de plus en plus grandes, et l’actuel LHC, dans lequel les scientifiques placent de grands espoirs, représente peut être la limite de cette « progression » vers l’infiniment petit..

par contre on pourra toujours progresser dans les disciplines purement rationnelles : mathématique , et philosophie enfin scientifique depuis qu’elle peut se doter de ce merveilleux instrument d’investigation des idées, sans passer par le langage « commun » soumis aux illusions perceptives anthropomorphiques, qu’est la théorie des catégories.

Cette philosophie du futur qui commence à se dessiner , nous l’appelons ici mathesis universalis.

Mais revenons au texte de Brunschvicg :

« il n’est pas au pouvoir de la souffrance physique ou de la douleur individuelle d’usurper sur l’esprit »

là encore affirmation qui semble scandaleuse de nos jours, mais dont une démonstration a été donnée par Brunschvicg lui même dans les dernières années de sa vie, de 1940 à 1944, passées dans la clandestinité :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/le-destin-dun-philosophe-sous-loccupation/

et aussi par des philosophes comme Lavelle qui ont affronté dignement les horreurs de la guerre de 14-18 (sans cependant aimer « notre mère la guerre » comme Ernst Jünger).

« Rien ne peut interdire à l’intelligence de rencontrer dans le monde uniquement ce qui est fait pour elle, la loi d’où naît la vérité. Il n’y a pas d’évènement quelqu’inattendu qu’il soit , quelque contraire à nos tendances personnelles, qui ne serve à enrichir le domaine de notre connaissance.

Nous n’avons à redouter d’autre ennemi que l’erreur; et l’erreur, si nous savons l’avouer avec sincérité et nous en délivrer scrupuleusement, ne fait qu’augmenter le prix de la vérité définitvement possédée.

Rien ne peut empêcher la volonté de rencontrer dans le monde uniquement ce qu’elle cherche, l’occasion de se dévouer à l’intérêt supérieur de l’humanité; elle n’a rien  à craindre, hors ses propres défaillances. »

se dévouer à l’intérêt supérieur de l’humanité, ce n’est pas déclencher l’intervention militaire de l’OTAN contre un dictateur monstrueux (certes !) mais avec les retombées que l’on voit actuellement en Lybie (les islamistes, les armes partout, la Shari’a, les menaces de guerre civile).

C’est plutôt participer à la recherche de la vérité, par exemple en travaillant à la théorie des topoi…

« Les obstacles qu’on dresse devant nous, les haines qui nous sont manifestées, ne servent qu’à purifier et à approfondir notre amour des hommes »

Brunschvicg faisait sans doute allusion, en parlant de ces « haines », à l’affaire Dreyfus, encore toute « fraîche » en 1900. Il ne pouvait pas savoir qu’il devrait affronter ces mêmes haines en 1940 avec l’arrivées des nazis, et qu’il serait chassé de son bel appartement parisien, que sa belle bibliothèque serait pillée…

« Une fois que nous avons rempli l’univers de notre esprit.. »

(à la fin des temps, qui par définition ne se situe pas dans le temps historique)

« il est incapable de nous rien renvoyer si ce n’est la joie et le progrès de l’esprit.

Et dés lors, ce que nous avons dit de l’univers, il faut le dire aussi de la vie.

La vie est bonne absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité, au dessus de la mort.

La vraie religion est le renoncement à la mort;

elle fait que rien ne passe et rien ne meurt pour nous, pas même ceux que nous aimons; car de toute chose, de tout être qui apparaît et qui semble disparaître, elle dégage l’idéal d’unité et de perfection spirituelle, et pour toujours elle lui donne un asile dans notre âme »

Gabriel Marcel ne prenait pas au sérieux ces lignes, lors d’un colloque où Brunschvicg lui avait suggéré que « Mr Brunschvicg accorde sans doute beaucoup moins d’importance à sa propre mort que Mr Gabriel Marcel », il avait répondu du tac au tac :

« et la mort de Mme Brunschvicg ? »

Il est facile de se méprendre sur le sens de ces phrases.

Le fait que « rien ne passe, de ce qui semble disparaître  » ne doit pas être conçu comme une survie « après » la mort comme dans les religions populaires.

Dégager l’idéal d’unité et de perfection spirituelle, c’est tout simplement accéder à la « pensée selon l’un », qui n’est pas « naturelle », aussi cela réclame un effort gigantesque !

J’ai moi même été confronté, de juin 2008 à novembre 2011, au déclin et au décès de mon père, dont je me suis occupé jusqu’à la fin.

Je comprends maintenant que si je crois avoir compris ces lignes, alors je n’y ai rien compris.

Oui, j’ai été confronté directement, sans bouclier, sans intermédiaire « religieux ou culturel » à l’indicible, au temps « qui gagne comme le feu dans l’herbe » selon les paroles de Jaccottet dans ce livre qui m’a depuis toujours tellement obsédé:

L’obscurité

http://mathesis.blogg.org/date-2009-12-29-billet-1128011.html

http://mathesis.blogg.org/date-2009-12-30-billet-1128436.html

http://mathesis.blogg.org/date-2009-12-31-billet-1128887.html

et je ne me paierai pas d’illusions : non, je n’ai pas renoncé à la mort parce que je suis encore plongé au beau milieu de la « pensée selon l’être », otage du temps qui nous précipite vers le néant, et dont Sartre donne une image saisissante, celle d’un train qui fonce dans la nuit sans que personne ne puisse le freiner, à la fin de « La mort dans l’âme », dernier roman de sa trilogie « Les chemins de la liberté ».

Lors de l’enterrement de mon père, alors que nous étions tous en rang devant le caveau ouvert où étaient les cercueils de la « famille », celui de ma mère notamment, j’ai pu assister à ce qu’est le délire de la religion populaire, sous sa forme islamique.

Une personne qui m’est très proche est marié à une musulmane, et comme nous étions tous penchés sue le caveau, sur le néant, elle « réconfortait »  son mari, et pensait elle moi même, en lui faisant part de ce qu’elle « voyait » derrière l’étoffe de la réalité prosaîque :

« sa femme, votre mère est là qui l’attend, ils sont de nouveau ensemble pour l’éternité, une éternité de joie au paradis »

etc..etc.. on connaît la chanson !

non, je n’ai pas renoncé à la mort mais je refuse de me conforter de pieuses illusions: l’asile dont parle Brunschvicg, il n’est pas un prétendu « paradis après la mort », il est notre âme remémorante !

et je suis persuadé que mon père est plutôt dans ces « souvenirs » que je garde de lui, ceux qui sont dignes d’être conservés, car ils se rapprochent de « cet idéal d’unité et de perfection spirituelle », dont le dernier que je garde est le plus bouleversant, c’était à l’hopital, quelques jours avant la fin…je trouvai mon père les cheveux en désordre, personne ne s’en était soucié avant ma venue, mais je savais qu’il n’aimait pas être ainsi décoiffé.

 aussi trouvai je un peigne, et lui arrangeai les cheveux…

il ne pouvait plus parler, mais le regard de remerciement et de joie qu’il m’adressa ne pouvait pas être trompeur : avec ce geste si simple, j’ en ai plus fait pour le réconforter que tout ce que j’avais fait les mois précédents.

Et je sais qu’il est là, d’une présence spirituelle, dans ce simple souvenir; la présence physique, en face à face, incarnée, n’est souvent qu’une absence , un dialogue de sourds !

mais je termine avec la fin du livre de Brunschvicg :

« alors, vivant dans notre idéal, et nous en entretenant avec nous mêmes, nous connaissons le sentiment de sécurité profonde, et de repos intime qui est l’essence du sentiment religieux, et qui n’est autre que la pureté absolue de l’esprit »

ces mots m’évoquent irrésistiblement les vers de Gottfried Benn que j’ai recopiés ici :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/18/un-hymne/

 »

« déblayer les taupinières

quand les nains veulent se grandir,

se mettre à table avec soi-même

indivisible

et pouvoir faire aussi cadeau de la victoire »

et je ne puis que conclure avec lui :

un hymne à un tel homme

 

Descartes : Regulae ad directionem ingenii, I

Le samedi 27 janvier 1945, lorsque tant de nobles esprits se sont réunis (pour la première fois depuis juin 1939) pour commémorer le souvenir des morts à travers celui de Léon Brunschvicg  :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/07/nous-tacherons-demain-darmer-la-sagesse/

tout était encore possible !

La France, l’Europe , étaient en grande partie détruites, il fallait reconstruire, et ce fut fait, en quelques années qui signèrent le début de ce que l’on a coutume d’appeler « les trente glorieuses ».

Seulement on oublia le principal :

armer la sagesse

ce qui signifie peut être (plutôt que mettre les avions de l’OTAN sous les ordres des pitoyables « intellectuels » du 5 ème arrondissement) : faire en sorte que « de notre rapport à l’esprit l’ on ne puisse plus douter » et donc garantir l’impossibilité future de tout « triomphe brutal de l’extériorité », comme le fut indubitablement l’invasion de Mai 1940 (précédée de tant d’horreurs déjà) qui chassa tant de malheureux de chez eux, et parmi eux : Brunschvicg.

C’est cela, l’idéalisme brunschvigcien, la « spiritualité brunschvicgienne », à laquelle est consacré un article de Bastide dans le numéro de la revue de métaphysique et de morale de 1945 déjà cité (à partir de la page 21) :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113603/f25.image.langFR

reconstruire ? oui ! mais ne pas mettre la charrue avant les boeufs, le confort matériel retrouvé dès les années 60 (avec aussi les concerts de rock  qui évoquaient à je ne sais plus qui les discours d’Hitler au Reichstag) avant la pureté et la liberté de l’esprit.

C’est donc exactement le contraire de la sagesse pratique de Brunschvicg, Lachelier ou Lagneau qui fut fait, et les conséquences sont visibles aujourd’hui, et depuis longtemps… plus longtemps encore que Mai 68 ou les concerts de Johnny à l’Olympia.

Mais cela les participants à la séance du 27 janvier 1945 ne pouvaient pas le savoir : ils étaient encore habités par l’immense espérance de « trouver du nouveau sous le soleil », de  bâtir un:

« miracle d’un rare dessein,
Ce palais de plaisance ensoleillé sur l’abîme glacé  »

http://www.citizenkane-video.com/pages/kubla2.html

en d’autres termes : ils vivaient encore (à crédit, car on sait que la philosophie d’après guerre a totalement rompu avec l’idéalisme mathématisant pour la brutalité de l’extériorité marxo-freudienne) sur la vertu d’espérance que promet et surtout promeut la pensée de Brunschvicg, et qui est exprimé avec tant de bonheur à la fin d’Introduction à la vie de l’esprit :

« l’univers est bon, absolument bon, du moment que nous savons le comprendre ; car nous sommes maîtres de n’y voir que ce qui s’unit à nous…rien ne peut interdire à l’intelligence de rencontrer dans le monde uniquement ce qui est fait pour elle, la loi d’où naît la vérité…rien ne peut empêcher la volonté de rencontrer dans le monde uniquement ce qu’elle cherche , l’occasion de se dévouer à l’intérêt supérieur de l’humanité ; elle n’a rien à craindre hors ses propres défaillances…une fois que nous avons rempli l’univers de notre esprit, il est incapable de nous rien renvoyer si ce n’est la joie et le progrès de l’esprit..

la vie est bonne, absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité, au dessus de la mort.

La vraie religion est le renoncement à la mort ; elle fait que rien ne passe, rien ne meurt pour nous, pas même ceux que nous aimons; car de toute chose, de tout être qui apparaît et qui semble disparaître, elle dégage l’idéal d’unité et de perfection spirituelle, et lui donne pour toujours asile dans notre âme. »

Nous sommes ici très proches des passages les plus sublimes de la Bhagavad-Gîtâ, mais très loin des mythes populaires de la réincarnation repris par la théosophie de Blavatsky et consors !

http://www.bhagavad-gita.org/Gita/verse-02-20.html

http://fr.wikisource.org/wiki/La_Bhagavad-G%C3%AEt%C3%A2,_ou_le_Chant_du_Bienheureux/Chapitre_2

« 11. « Tu pleures sur des hommes qu’il ne faut pas pleurer, quoique tes paroles soient celles de la sagesse. Les sages ne pleurent ni les vivants ni les morts ;

12. Car jamais ne m’a manqué l’existence, ni à toi non plus, ni à ces princes ; et jamais nous ne cesserons d’être, nous tous, dans l’avenir. »

Brunschvicg est encore plus clair dans « Raison et religion » :

« il ne s’agit plus pour l’homme de se soustraire à la condition de l’homme. Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent, qui permet d’intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l’expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l’avenir.  »

mais revenons à la fin admirable d’Introduction à la vie de l’esprit :

« Alors, vivant dans notre idéal, et nous en entretenant avec nous mêmes, nous connaissons le sentiment de sécurité profonde et de repos intime qui est l’essence du sentiment religieux, et qui n’est autre que la purté absolue de l’esprit« 

appelons « essence d’un être » cet idéal d’unité et de perfection spirituelle, nous pouvons alors peut être admettre que , temporellement, c’est à dire illusoirement, dans l’extériorité spatio-temporelle, l’existence précède l’essence ?

or, comme nous ne savons pas élever la vie au dessus de la mort, tout devient pour nous…mort !

processus décrit dès les années 60 dans « Les choses » de Perec, ou au début des années 80 dans la trilogie « Welcome in Vienna » au cinéma par Axel Corti

http://www.le-pacte.com/france/a-l-affiche/detail/trilogie-welcome-in-vienna/

nous aimons encore les rencontres, mais au lieu de chercher celles dans lesquelles l’intelligence rencontre uniquement ce qui est fait pour elle, nous nous adressons à Meetic , ou pire …

du trou d’être à la béance de la bêtise …

mais si nous ne sommes pas encore tout à fait morts, nous restons libres de renverser ce mouvement funeste !

la philosophie s’offre alors à nous, telle une maîtresse sévère et sans complaisance aucune pour nos lâchetés et pusillanimités intimes, la philosophie véritable, celle qui remonte à Descartes.

Et avant les Meditationes, il faudra décidément commencer par les Regulae de 1628, que Marion décrète « ontologie grise de Descartes, et les Regulae en latin s’il vous plaît : renverser le mouvement, c’est faire s’effondrer l’effondrement de l’enseignement et de la culture, et donc reprendre l’étude du latin et du grec (auxquels on pourra adjoindre le sanscrit et l’hébreu), et le latin de Descartes semble un peu plus aisé que celui de Cicéron, et moins pompier (ou disons militaire) que celui de la « Guerre des gaules » !

les Regulae que Brunschvicg signale comme « borne et jalon » dès le début de son « Humanisme de l’Occident » :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1.html

« Théophraste se demande si le mouvement circulaire n’est pas au contraire d’une nature inférieure à celui de l’âme surtout au mouvement de la pensée, duquel naît ce désir où Aristote lui-même a cherché la source du mouvement du ciel. »

A la question précisée par ce fragment de Théophraste, qui sonne comme un adieu de l’Occident à lui-même, nous savons

qu’il a fallu attendre plus de vingt siècles pour que Descartes y apporte enfin la réponse. Dans l’intervalle, l’éclipse des valeurs proprement et uniquement spirituelles sera complète dans la littérature européenne : la voie est libre aussi bien pour l’importation directe des divers cultes d’Égypte ou d’Asie que pour les fantaisies de synthèses entre le vocabulaire des Écoles philosophiques et la tradition des récits mythologiques.

C’est de Descartes que date le retour à la spiritualité pure par laquelle Platon avait mis en évidence le caractère de la civilisation occidentale : « Toutes les sciences (écrit-il dans la première des Règles pour la direction de l’esprit), ne sont rien d’autre que la sagesse humaine, laquelle demeure toujours une et identique, tout en s’appliquant à divers sujets, sans se laisser différencier par eux, plus que la lumière du soleil par la variété des choses qu’elle éclaire. » Mais l’humanisme de la sagesse ne manifestera toute sa vertu dans la recherche de la vérité, que s’il a conquis, par une ascèse préalable, sa liberté totale à l’égard des préjugés de la conscience collective. De cette ascèse, Descartes sera redevable aux Essais de Montaigne. »

car il est vrai que la cure préparatoire à la médecine (un peu violente) du cartésianisme commence avec ce qui ressemble à un relativisme multiculturel (si prisé à notre époque) chez Montaigne :

« Voici donc ce qui se dégage avec les Essais pour former comme la première assise du spiritualisme occidental : une histoire naturelle des croyances au surnaturel, cette histoire même que Fontenelle et Bayle, Hume et Voltaire, de nos jours enfin MM. Frazer et Lévy-Bruhl, poursuivent, embrassant un champ de plus en plus vaste, selon des procédés de plus en plus assurés. Les explications totales, celles qui apportent à l’homme la clé de n’importe quelle énigme, depuis la création du monde jusqu’à la survie ou la résurrection des morts, sont, pour reprendre le titre de l’excellent ouvrage de M. Daniel Essertier, des formes inférieures d’explication. Dieu n’a pu être élevé au-dessus du principe d’identité que par des hommes demeurés eux-mêmes au-dessous du seuil de la logique. Tout recours au primat de la tradition nous rejette donc dans le lointain de la « mentalité primitive », à partir de laquelle se déroule, ininterrompu, le tissu mystique, ou mystifiant pour parler plus exactement, des représentations collectives. Pas de peuple d’élection, pas de culte d’exception. Ce n’est pas défendre l’Occident que de plaider pour l’incarnation du Christ contre l’incarnation du Bouddha ; au contraire, le trait caractéristique des communautés orientales est que chacune met sa propre Église et sa propre orthodoxie en concurrence avec les Églises voisines et les orthodoxies rivales. Par delà les luttes perpétuelles des espèces éclate, aux yeux d’un observateur impartial et désintéressé, l’identité du genre.  »

seulement attention : l’âme n’est pas l’esprit, l’intériorité seulement individuelle et subjective des goûts et des humeurs n’est pas l’intériorité spirituelle dans sa véritable dimension d’universalité, qui est celle à laquelle nous engagent à nous unir Descartes, Malebranche et Brunschvicg :

« Telle est la première perspective de la sagesse occidentale selon Montaigne, et telle déjà elle inquiétait la clairvoyance de Pascal. Mais, depuis Descartes, on ne peut plus dire que la vérité d’Occident tienne tout entière dans la critique historique et sociologique des imaginations primitives. Sortir de la sujétion de ses précepteurs, s’abstenir de lire des livres ou de fréquenter des gens de lettres, rouler çà et la dans le monde, spectateur plutôt qu’acteur en toutes les comédies qui s’y jouent, ce ne seront encore que les conditions d’une ascétique formelle. A quoi bon avoir conquis la liberté de l’esprit si l’on n’a pas de quoi mettre à profit sa conquête ? Montaigne est un érudit ou, comme dira Pascal, un ignorant ; dans le réveil de la mathématique il ne cherche qu’un intérêt de curiosité, qu’une occasion de rajeunir les arguties et les paradoxes des sophistes. L’homme intérieur demeure pour lui l’individu, réduit à l’alternative de ses goûts et de ses humeurs, penché, avec une volupté que l’âge fait de plus en plus mélancolique, sur « la petite histoire de son âme ». Or, quand Descartes raconte à son tour « l’histoire de son esprit », une tout autre perspective apparaît : la destinée spirituelle de l’humanité s’engage, par la découverte d’une méthode d’intelligence. Et grâce à l’établissement d’un type authentique de vérité, la métaphysique se développera sur le prolongement de la mathématique, mais d’une mathématique renouvelée, purifiée, spiritualisée, par le génie de l’analyse. »

Nous trouvons ici, si nous savons lire, l’explication des trois mondes de Popper et surtout de Penrose :

http://online.itp.ucsb.edu/online/plecture/penrose/oh/01.html

or on sait que Brunschvicg récuse les notions de « monde intelligible » ou « monde spirituel » !

toute cette aventure « platonicienne » (pour notre temps, bien plus que les retraductions récentes de Badiou) commence donc avec la règle I pour la direction de l’esprit :

http://www.hs-augsburg.de/~harsch/Chronologia/Lspost17/Descartes/des_re01.html

Studiorum finis esse debet ingenii directio ad solida et vera, de iis omnibus quae occurrunt, proferenda judicia.

http://fr.wikisource.org/wiki/R%C3%A8gles_pour_la_direction_de_l%E2%80%99esprit

Le but des études doit être de diriger l’esprit de manière à ce qu’il porte des jugements solides et vrais sur tout ce qui se présente à lui.

« car comme les sciences toutes ensemble ne sont rien autre chose que l’intelligence humaine, qui reste une et toujours la même quelle que soit la variété des objets auxquels elle s’applique, sans que cette variété apporte à sa nature plus de changements que la diversité des objets n’en apporte à la nature du soleil qui les éclaire, il n’est pas besoin de cir­conscrire l’esprit humain dans aucune limite ; en effet, il n’en est pas de la connaissance d’une vérité comme de la pratique d’un art ; une vérité découverte nous aide à en découvrir une autre, bien loin de nous faire obstacle« 

on voit que nous sommes ici très loin de la réforme des Universités chargée de les préparer à remplir leur rôle de formation des futrus officiers dans la guerre économique mondiale !

Nous tâcherons demain d’armer la sagesse

Une des plus formidables épopées philosophiques de l’esprit est la création (par Léon Brunschvicg, Xavier Léon et Elie Halevy)  et la continuation presqu’ininterrompue depuis 1893 de la « Revue de métaphysique et de morale » , une aventure de pensée que l’on peut suivre en quasi-totalité sur Internet :

sur le site Gallica les numéros disponibles vont maintenant de 1893 à 1986

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb343491074/date

les articles des années 2000 à 2007 sont accessibles intégralement sur Cairn :

http://www.reseau-mirabel.info/?action=show&object=revue&id=602

http://www.cairn.info/revue-de-metaphysique-et-de-morale.htm

quelques numéros aussi sur Wikisource :

http://fr.wikisource.org/wiki/Revue_de_m%C3%A9taphysique_et_de_morale

Il faut saluer l’effort de la BnF , car longtemps les numéros disponibles n’allaient que jusqu’en 1939.

Et nous attendions avec impatience de pouvoir consulter les numéros de 1944-1945 qui marquent la reprise de la parution après l’interruption de la guerre.

Le numéro 1 de 1945 contient les exposés de la séance du samedi 27 janvier 1945 consacrée à la mémoire de « tous les morts » à travers celui de Léon Brunschvicg, mort le 18 janvier 1944.

27 janvier 1945 !

la guerre n’était pas encore tout à fait finie, elle en avait encore pour trois mois sur le sol européen (allemand), un peu plus en Asie.

Les philosophes et scientifiques (dont De Broglie) qui débattaient ce jour là étaient ils au courant de ce qui se tramait dans le désert de Los Alamos, et qui allait éclater aux yeux du monde épouvanté le 6 août 1945 , à Hiroshima ?

L’exposé de Raymond Aron le 28 avril 1944 à l’Institut français de Londres est reproduit en page 127 à 140 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113603/f131.image.langFR

et les si belles paroles de la fin, page 140, doivent être méditées à la lumière de ce que nous savons maintenant , après les guerres de décolonisation, du Vietnam, du Golfe, d’Afghanistant et d’Irak :

« pas plus que le philosophe (i e Brunschvicg) les Français ne regrettent d’avoir préféré la paix à la guerre; ils ne se lasseront pas de répéter avec lui que la méditation de la guerre pour la guerre, qui nous détourne et nous divertit de nous mêmes, demeure aussi courte et stérile que la méditation de la mort.

Ils ne se lasseront pas de répéter avec lui que la liberté politique, comme l’étendue intelligible de Malebranche, est le lieu des esprits, un et indivisible.

d’où il résulte que la démocratie s’impose.

« nous sommes embarqués, mais avec la nécessité d’agir dans le cadre de la démocratie et de courir le risque que la démocratie court et fait courir à l’humanité« 

en vérité la France ne regrette et ne regrettera rien de ce qu’elle a espéré, rien de ce qu’elle a voulu.

La leçon qu’elle a bien apprise, qu’elle n’est pas prête d’oublier, c’est que les fous tirent aujourd’hui de l’art de gouverner et de la science de détruire des ressources illimitées.

Nous tâcherons demain d’armer la sagesse

mais nous ne laisserons pas prescrire les valeurs humaines que Brunschvicg enseigna et dont il fut le vivant modèle »

mais que veut dire « armer la sagesse » ?

cela consiste t’il pour les intellectuels médiatiques de St Germain des Prés à enfiler le treillis militaire par dessus la chemise blanche au col ouvert et à déclencher des frappes aériennes sur la Lybie ?

pour s’apercevoir quelques mois après que le « nouveau régime fort » donne une large place aux islamistes et ne réagit pas aux tortures sur les prisonniers et aux exactions racistes contre les africains ?

la sagesse qui devient militaire est elle encore véritablement la sagesse ?

et dans les années 30, « préférer la paix à la guerre », c’est à dire indubitablement armer la sagesse, n’eût il pas consisté à écraser, quand c’était encore possible,  l’oeuf du serpent, pour reprendre le titre du film d’Ingmar Bergman consacré aux débuts du nazisme ?

http://fr.wikipedia.org/wiki/L’%C5%92uf_du_serpent