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« Le nombre 23 » de Joel Schumacher

La mise en scène de Joel Schumacher (réalisateur en 1993 de ce qui est à mon avis un chef d’oeuvre : « Falling down » avec Michael Douglas) est souvent très décriée, qualifiée de « spectaculaire, narcissique, publicitaire ») et ce film sorti en 2007 n’échappe pas à la règle:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Nombre_23

Cette critique me semble assez équitable :

http://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-nombre-23.html

Bien sûr ce n’est pas un grand film, du niveau de « Falling down » (« Chute libre ») mais il a un sens qui se rapproche des préoccupations de ce blog.

Qu’est ce qui arrive à Walter Sparrow (joué par Jim Carrey) qui sombre dans une obsession délirante à propos du nombre 23 , à la suite de la lecture d’un mystérieux livre trouvé par son épouse Agatha (= « celle qui est bien » en grec, mais cela peut aussi renvoyer au terme d’Agartha qui désigne un royaume mystérieux dans les livres dits « ésotériques » et « théosophiques » ?).
On apprendra à la fin que c’est lui qui a écrit le livre, qu’il a assassiné la femme qu’il aimait, Laura, qui lui a transmis cette « maladie » du nombre 23, qu’il a tenté de se suicider, et a perdu toute mémoire de ce qu’il était avant…)
C’est le parfait représentant de ce que j’appelle ici le « plan vital », plan des pulsions incontrôlées, des désirs, sexuels notamment , mais comme ce plan exclut toute réelle conscience, et se limite aux aspects animaux de la personne, il n’est pas satisfaisant pour un être humain, ou plutôt en voie d’humanisation : Walter le comprend bien obscurément, puisqu’il affirme que le seul problème vraiment philosophique (= dépassant les pures questions vitales : comment s’aprovisionner, comment trouver des partenaires sexuelles, etc..) est de décider s’il faut se suicider ou non.
Il rencontre Laura qui est déjà malade de cette obsession mentale du nombre 23, maladie qu’elle lui transmettra, et qui est accompagnée de pulsions sexuelles sado-masochistes incontrôlables et incontrôlées.
Nous en savons la raison : le sexe est le symbole privilégié du « plan vital », et les oeuvres du Marquis de Sade nous apprennent que la pulsion sexuelle, qui est la pulsion vitale par excellence, est toujours accompagnée de celle du meurtre ou du suicide, parce que le niveau vital, « naturel », réclame non seulement les naissances, mais aussi les morts pour assurer le remplacement des générations.

C’est, si l’on veut, l’unique vérité dont la Nature (ou le Diable) ait à nous instruire, pour paraphraser de façon humoristique-sérieuse le propos de Brunschvicg nous appelant à apercevoir « en l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire« .

l’obsession crédule et maladive pour le nombre 23, ou pour certains nombres, ou pour la numérologie en général, correspond à une régression de la conscience au niveau de la « crédulité théosophique » qui résulte du schisme des Pythagoriciens entre mathématiciens (privilégiant les démonstrations rationnelles) et « acousmatiques » privilégiant le pseudo-savoir « occulte » des mystérieuses analogies entre nombres, ce qui mènera à la Kabbale et à l’Abjad coranique (prétendue « ilm al huruf » science des lettres à partir de leur valeur numérique).

Là encore c’est Brunschvicg qui en parle le mieux, par exemple:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1_intro.html

« La civilisation d’Occident affleure, dans l’histoire, avec l’arithmétique de Pythagore, avec la maïeutique de Socrate. Et certes, à travers les siècles de la décadence hellénistique, Pythagore et Socrate retomberont au niveau où les légendes orientales laissent leurs héros : ils deviendront maîtres de divination ou faiseurs de miracles. Cependant il suffit de savoir qu’un schisme s’est produit effectivement à l’intérieur de l’école pythagoricienne, entre acousmatiques et mathématiciens, c’est-à-dire entre traditionalistes de la fides ex auditu et rationalistes de la veritas ex intellectu, pour avoir l’assurance que, bien avant l’ère chrétienne, l’Europe a conçu l’alternative de la théosophie et de la philosophie sous une forme équivalente à celle qui se pose devant la pensée contemporaine. »

ou bien;

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html

« Ces observations contiennent le secret de l’histoire du pythagorisme. L’homo sapiens, vainqueur de l’homo faber, y est vaincu par l’homo credulus. Grâce aux démonstrations irréprochables de l’arithmétique pythagoricienne, l’humanité a compris qu’elle possédait la capacité de se certifier à elle-même, non pas des vérités qui seraient relatives au caractère de la race ou du climat, subordonnées au crédit des magiciens ou des prêtres, à l’autorité des chefs politiques ou des pédagogues, mais la vérité, nécessairement et universellement vraie. Elle s’est donnée alors à elle-même la promesse d’une rénovation totale dans l’ordre des valeurs morales et religieuses. Or, soit que l’homo sapiens du pythagorisme ait trop présumé de sa force naissante, dans la lutte contre le respect superstitieux du passé, soit qu’il n’ait même pas réussi à engager le combat, on ne saurait douter que le succès de l’arithmétique positive ait, en fin de compte, servi d’argument pour consolider, pour revivifier, à l’aide d’analogies mystérieuses et fantaisistes, les propriétés surnaturelles que l’imagination primitive associe aux combinaisons numériques. La raison, impatiente de déployer en pleine lumière sa vertu intrinsèque et son efficacité, s’est heurtée à ce qui apparaît du dehors comme la révélation d’une Parole Sacrée, témoin « le fameux serment des Pythagoriciens : « Non, je le jure par Celui qui a révélé à notre âme la tétractys (c’est-à-dire le schème décadique formé par la série des quatre premiers nombres) qui a en elle la source et la racine de l’éternelle nature… » Le caractère mystique du Pythagorisme (ajoute M. Robin) se révèle encore par d’autres indices : c’est caché par un rideau, que le Maître parle aux novices, et le fameux : Il l’a dit (αὐτὸς ἔφα) ne signifie pas seulement que sa parole doit être aveuglément crue, mais aussi que son nom sacré ne doit pas être profané » »

les accents du serment des pythagoriciens, c’est à dire des acousmatiques, non des mathématiciens, sont bien proches de certains passages du Coran…

Or c’est ici, sur les blogs « 

Mathesis universalis οντοποσοφια

 » la thèse suivante que je propose, en termes empruntés à Alain Badiou :

« les deux conditions de la philosophie, c’est à dire de l’accès à la sagesse, sont l’art et la science universelle, la mathesis »

Je supprime donc parmi les quatre conditions de Badiou : la politique, et l’amour (entre deux êtres).
Et j’avoue avoir même la tentation de ne laisser comme seule condition la mathesis, ce que je traduis par:

« 

la seule voie d’accès au plan spirituel est la mathesis

 »

Or la numérologie, ou bien ses niveaux « supérieurs » dans ce que l’on appelle « arithmosophie » (par exemple dans « Les harmonies de l’être » de l’abbé Lacuria, qui possède un intérêt philosophique éminent) consiste à détruire la mathesis (activité intellectuelle qui est la condition de la véritable mathématique, qui consiste en la démonstration des « vérités éternelles » que sont les théorèmes) en la « recouvrant » et en l’étouffant par de pseudo-vérités à partir d’analogies réelles ou supposées entre les nombres, ou certains nombres.

On comprend donc facilement que si ce que j’affirme est exact, à savoir que la mathesis est le seule voie d’accès vers le plan spirituel, ou bien la voie d’accès privilégiée, détruire la mathesis en y introduisant la mystique (comme le font les acousmatiques, et leurs descendants les kabbalistes, numérologues et autres charlatans) est un crime très grave, LE crime contre l’Esprit qui ne sera pas pardonné…ce qui ne veut pas dire qu’un Dieu imaginaire va les punir, mais qu’ils se punissent eux mêmes en perdant toute possibilité de libération vis à vis du plan vital , dans lequel ils s’enferment eux mêmes en s’imaginant avoir trouvé la porte de sortie dans l’activité pseudo-scientifique de l’arithmosophie.

Il existe cependant des niveaux supérieurs de l’arithmosophie, j’ai cité Lacuria, je pourrais aussi citer les travaux de Vernon Jenkins sur la Bible :

http://homepage.virgin.net/vernon.jenkins/

ou bien celles du site Biblewheel:

http://www.biblewheel.com/Wheel/intro.php

mais peut être doit on dire que ces versions « supérieures » (Jenkins était professeur de mathématiques il me semble) sont encore plus dangereuses si elles nous détournent de la science réelle, et de sa condition transcendantale la mathesis universalis οντοποσοφια.

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Brunschvicg : Les étapes de la philosophie mathématique

Tous les livres de Brunschvicg sont d’égale importance, mais celui ci est peut être « plus égal » que d’autres.
Alain Badiou est l’héritier de cette « philosophie mathématique brunschvicgienne » (aussi appelée par Brunschvicg lui-même « idéalisme mathématisant ») sans que jamais il ne prononce le nom de Brunschvicg ni ne reconnaisse sa dette.

Car ce serait reconnaître la période idéaliste honnie depuis 1945.

Le livre « Etapes de la philosophie mathématique » peut être lu sur Archive, en divers formats (pdf, djvu, Kindle, etc..):

https://archive.org/details/lestapesdelaph00brun

il est annoncé « en préparation » depuis assez longtemps sur le site des Classiques des sciences sociales:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/brunschvicg_leon.html

et il est accessible sur le site d’une université américaine, là encore en plusieurs formats (image de page, pdf ou texte simple):

http://quod.lib.umich.edu/u/umhistmath/aan8827.0001.001/601?view=image

ou

http://quod.lib.umich.edu/cgi/t/text/text-idx?c=umhistmath;idno=AAN8827

Et cliquer sur « View entire text » pour obtenir:

http://quod.lib.umich.edu/u/umhistmath/AAN8827.0001.001?rgn=main;view=fulltext

Commençons donc l’étude du livre:

« LIVRE PREMIER ARITHMÉTIQUE 1. – C’est sans doute un préjugé de croire que les notions les plus simples et les plus anciennement conquises par l’humanité soient aussi celles dont il est le plus facile de reconstituer la genèse et de déterminer la nature. En fait, il n’est guère de notion qui, de nos jours, ait soulevé plus de discussions, qui ait prêté à plus d’interprétations diverses, que la notion de nombre, principe de la science élémentaire par excellence, de l’arithmétique. La méthode historique, dont nous voudrions faire un usage constant, peut-elle même être directement appliquée à l’éclaircissement de la notion de nombre? L’histoire de la philosophie mathématique s’ouvre avec le pythagorisme, qui est l’une des doctrines les plus éclatantes, mais aussi l’une des plus mal connues, de l’antiquité. Si nous laissons de côté les conjectures sur la part qui revient aux représentants successifs de l’École dans la constitution de la doctrine, ou les connexions souvent étranges et mystérieuses par lesquelles les données purement scientifiques se reliaient à la tradition des prescriptions morales ou des croyances religieuses, un problème subsiste où il serait essentiel d’avoir l’appui d’une documentation positive. Nous aurions à déterminer le progrès d’ordre technique auquel correspond la philosophie du pythagorisme; pour cela nous devrions pouvoir suivre la culture hellénique dans la continuité de sa croissance, savoir ce qu’elle a emprunté aux civilisations de l’Asie ou de l’Egypte. Plus encore, partant du premier systènme qui confère une valeur absolue aux objets de la science mathématique, nous aurions besoin de remonter jusqu’aux premieres lueurs qui manifestent dans l’humanité l’éveil de la pensée scientifique. Or, ici, l’histoire est presque silencieuse. Nous ne trouvons d’indications suffisamment précises que dans quelques documents égyptiens d’une antiquité reculée, dont le papyrus Rhind demeure le plus important. Notre seule ressource est de tourner la difficulté, de substituer aux recherches sur l’ère primitive de nos civilisations, les observations que, de nos jours, on fait directement sur les Sociétés inférieures. L’ethnographie, exerçant une sorte de function vicariante, permet de combler en une large mesure les lacunes de la préhistoire, et, par une hypothèse qui est assurément invérifiable, mais qui du moins a pour elle la vraisemblance, de rétablir dans ses grandes lignes le cours naturel de l’évolution humaine. Ainsi l’étude de la constitution de l’arithmétique comportera l’examen de trois questions distinctes:

1~ De quelle manière les hommes effectuent-ils les premieres opérations du calcul?

2Quels résultats étaient obtenus dans la pratique au moment de la rédaction du papyrus Rhind?

3~ Comment la science des nombres a-t-elle conduit, dans l’École pythagoricienne, à une representation intégrale el à une explication de l’univers?

2. – Ces trois ordres de recherches, dans l’état actuel de notre information, ne se font pas suite l’un à l’autre, non seulement parce qu’ils n’appartiennent pas à une même histoire, mais aussi parce que logiquement ils se déroulent dans des plans différents. Lorsque nous étudions le pythagorisme, nous avons pour tache de déterminer la conception que les Pythagoriciens se faisaisent de la science, la portée qu’ils attribuaient à la notion de nombre et aux relations numériques; notre exposé doit coincider avec la réflexion consciente des penseurs du VIe ou du Ve siècle avant Jésus-Christ. Au contraire, lorsque nous étudions les procédés de calcul ou de numération dont les peuplades de l’océanie ou du Brésil central font usage, nous avons affaire à des phénomènes dont les esprits humains sont le siège, mais qui ne sont pas pour ces mêmes esprits l’objet d’une réflexion consciente.

Les non-civilisés se livrent à des actes d’échange, à des operations de calcul, sans avoir aucune idée des règles d’égalité, des lois d’addition ou de multiplication qui confèrent à leurs pratiques un caractère de vérité; le sociologue est placé devant la pensée primitive, dont il essaie de saisir l’évolution, comme le physicien ou le physiologiste devant la nature extérieure dont il essaie de fixer les lois »

La distinction des deux plans : plan de la réflexion consciente et de l’idée, plan de la technique et de la vie (sociale) est capitale.
Dans les lignes suivantes Brunschvicg la clarifie encore en opposant les résultats de l’étude des religions comparées et les ecrits

« Les études qui constituent ce premier livre seront donc faites de deux points de vue différents. Nous examinerons les premières manifestations de l’art de compter du point de vue critique où la science se place aujourd’hui afin de rétablir le déterminismemental dont ces manifestations sont le produit, tandis que l’analyse des speculations pythagoriciennes nous reporte nécessairement dans le cadre du dogmatisme antique. Une semblable dualité paraît inévitable; elle est liée au progrès même de la science, qui montre la disproportion entre la croissance spontanée des phénomènes sociaux et la représentaLion que les sociétés s’en font. L’étude comparée des religions donne par exemple, de l’origine effective des croyances chrétiennes une idée qui n’a aucune commune mesure avec les systêmes de théologie que les docteurs des Eglises chrétiennes ont construits à différentes époques. Comnme le dit fort bien M. Lévy-Bruhl les Australiens connaissent admirablement les rites, cérémonies et pratiques de leur religion si compliquée: il serait ridicule de leur en attribuer la science. Mais cette science qu’il leur est impossible même de concevoir, les sociologues l’établissent »

Ce qui rappelle ce célèbre propos de Brunschvicg:

« l’histoire de l’Egypte, c’est l’histoire de l’égyptologie »

On pourrait dire aussi : « l’histoire de l’islam c’est l’histoire de l’islamologie » en gardant conscience de ce que cette histoire a enregistré une cassure entre islamologie musulmane, croyant aux fables sur la Révélation du Coran en 23 ans à MAHOMET par un Archange, et islamologie scientifique, dont l’ultime aboutissement est la théorie scientifique du Père Gallez sur l’origine nazaréenne de l’islam (et du Coran, collationné en plus de deux siècles à partir de lectionnaires judéo-nazaréens).

Voir là dessus:

https://bibliothequedecombat.files.wordpress.com/2014/12/le-grand-secret-de-lislam-nov2014.pdf

et

Youtube : les trois visages du Coran

ainsi que le site de Gallez:

http://www.lemessieetsonprophete.com

ou la récente thèse de Jean-Jacques Walter qui démontre par les moyens mathématiques de l’Analyse de données textuelles que le Coran n’a pu être écrit que par plus de vingt auteurs différents et sur plus de deux siècles :

Jean-Jacques Walter: le Coran révélé par la théorie des codes

et

http://www.eecho.fr/islamologie-mathematiques-appliquees-au-coran/

au fond le propos de Brunschvicg (qui a fait scandale) ne revient il pas à cette profonde vérité:

« le réel c’est le rationnel; le rationnel c’est le réel »

L’évidence du MAL

http://christinetasin.over-blog.fr/article-a-propos-des-epouvantables-fusillades-de-toulouse-et-montauban-101886387.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Soif_du_mal

http://en.wikipedia.org/wiki/Touch_of_Evil

Notre pays est attaqué par le terrorisme qui a frappé des militaires et

une école juive à Toulouse et Montauban !

et comme je l’ai dit ici :

http://philosophiecontresuperstition.wordpress.com/2012/03/19/la-france-est-attaquee/

on peut penser à plusieurs pistes, sans aucune certitude encore.

Mais quelles que soient les motivations du Monstre qui a perpétré cette, ou ces tueries , nous devons ici, en ce blog qui se veut un Temple de la Raison, où ne doit entrer aucune des divinités étrangères (à la Raison)  et non universelles (celles de religions particulières), rechercher quelle est la CAUSE de l’ irruption maintenant évidente du MAL sur notre territoire, et cette cause est évidente : c’est l’éclipse de la Raison au profit des idolâtries que sont , par exemple, les différents matérialismes, ou les nombreux mysticismes, souvent d’origine orientale, sans oublier bien sûr le nihilisme qui gagne chaque jour du terrain dans les consciences fatiguées des « modernes ».

Je ne peux mieux faire pour caractériser cette éclipse que de citer encore les premières lignes d’un livre de Brunschvicg, évoquant les sombres prédictions de son maître Darlu en 1893, prédictions qui se sont réalisées en 1914.

Ce livre est :

« De la vraie et de la fausse conversion »

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/vraie_et_fausse_conversion/vraie_et_fausse_conversion.html

« En tête du premier numéro de la Revue de Métaphysique et de Morale, Darlu, à qui Xavier Léon avait naturellement confié la charge de définir l’inspiration de son entreprise, écrivait : « Le sol de la société paraît près de se soulever sous l’action de forces aveugles et terribles. Au milieu de ces inquiétudes, entre le positivisme courant qui s’arrête aux faits, et le mysticisme qui conduit aux superstitions, la lumière de la raison est aussi faible, aussi vacillante que jamais . »

Ces lignes avaient suscité la raillerie que l’on pouvait prévoir : comment, pour le redressement moral dont notre troisième République avait alors besoin, et qu’aussi bien, aujourd’hui même, ses dirigeants la condamnent à espérer encore, faire fond sur une lumière dont on commençait par avouer qu’il « est probablement impossible qu’elle éclaire le travail de la foule humaine » ?

Les choses, à les prendre du dehors, ne paraissent guère avoir changé depuis 1893. Le sol de l’Europe s’est, en effet, soulevé dans une convulsion qui a porté le drame au paroxysme, du point de vue d’une philosophie de la vie, attentive à l’avenir de l’animal humain. Mais, pour une philosophie de l’esprit, qui considère avant tout l’être spécifiquement raisonnable, le centre de l’intérêt est ailleurs, non dans le spectacle d’une humanité envisagée en extension, mais dans l’idée de l’homme en compréhension. Or, entre le spectacle et l’idée, jamais le contraste n’a été plus frappant qu’à l’heure actuelle. La complexité du savoir, croissant en même temps que la restriction du loisir pour la réflexion, fait qu’un Cantor ou un Einstein a sans doute moins de contemporains que jadis un Descartes ou un Newton. »

Et mon premier devoir, à moi qui me soucie, en paroles du moins, de la pensée à vocation universelle qui se nomme « philosophique », doit être de prendre conscience de mes propres manquements à « cette petite flamme plus vacillante que jamais : la Raison ».
Pendant un an et demi, sur mon ancien blog maintenant détruit « La recherche de la Vérité« , je me suis rendu hélas complice du MAL, de ceux qui veulent souffler sur cette petite flamme vacillante pour l’éteindre.
 
Et cela bien plus sûrement que si j’avais diffusé des slogans nazis ou islamiques, ou bien de la pornographie.
 
J’ai en effet publié  des recherches et des « découvertes » que j’appelais « arithmosophiques » , d’ordre mystique donc, inspirées du pythagorisme.
 
Or il ne faut jamais oublier cette mise en garde solennelle de Brunschvicg :
 
 
« La civilisation d’Occident affleure, dans l’histoire, avec l’arithmétique de Pythagore, avec la maïeutique de Socrate. Et certes, à travers les siècles de la décadence hellénistique, Pythagore et Socrate retomberont au niveau où les légendes orientales laissent leurs héros : ils deviendront maîtres de divination ou faiseurs de miracles. Cependant il suffit de savoir qu’un schisme s’est produit effectivement à l’intérieur de l’école pythagoricienne, entre acousmatiques et mathématiciens, c’est-à-dire entre traditionalistes de la fides ex auditu et rationalistes de la veritas ex intellectu, pour avoir l’assurance que, bien avant l’ère chrétienne, l’Europe a conçu l’alternative de la théosophie et de la philosophie sous une forme équivalente à celle qui se pose devant la pensée contemporaine. « 
 
les terribles exigences de l’époque exigent de nous que nous fassions preuve d’une fidélité héroïque (cet héroïsme de la Raison dont parlait Husserl en 1936 dans la Krisis) à notre mère chérie l’Europe !
 
ce qui signifie : que nous prenions place au delà de la ligne cartésienne de partage des Temps, et non pas en deçà :
 
 
et donc du côté de la Veritas ex intellectu, de la philosophie, plutôt que de la théosophie, et de la fides ex auditu .
 
Que nous soyions rationalistes et mathématiciens, avec les exigences ascétiques de rigueur et de renoncement que cela implique, plutôt que « acousmatiques » et traditionnalistes.
 
Sur le blog « Recherche de la Vérité« , j’ai manqué à ce devoir !
 
Je pourrais chercher des explications qui seraient des « excuses », dire que je voyais tous les soirs mon père dont je m’occupais décliner et s’acheminer vers la mort qui l’a finalement frappé sous mes yeux épouvantés…
 
je ne le ferai pas, ce serait trop facile : dans le domaine de la pensée, c’est à dire de l’immanence radicale, on n’a jamais aucune excuse puisque l’on est, par définition, absolument libre !
 
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts : à la suite de la mort de mon père j’ai traversé une période de dépression terrible.
 
Mais je ne me suis pas tué, et je suis donc de nouveau vivant.
 

Me revoici, et je veux désormais consacrer ma vie à la Raison !

 

Bastide et la notion de conversion chez Brunschvicg

http://marianus.blog.lemonde.fr/2010/10/01/georges-bastide-une-philosophie-de-lesprit/

l’exposé de Georges Bastide sur la spiritualité brunschvicgienne en janvier 1945 est ici, à partir de la page 21 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113603/f25.image.langFR

et il explique page 23 que la clef de la doctrine de Brunschvicg est la notion de « conversion », qui est le thème du livre « Vraie et fausse conversion » :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/vraie_et_fausse_conversion/vraie_et_fausse_conversion.html

et qui fait aussi l’objet du livre important de Marie-Anne Cochet :

« La conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg »

dont j’ai transcrit un passage significatif ici :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/la-conversion-spirituelle/

La philosophie de Brunschvicg est difficile, quoiqu’exposée en termes clairs :

« le contact intime avec l’esprit de la doctrine est subtil et souvent fuyant : il risque à chaque instant de se perdre dans la finesse et la complexité de la trame historique sur laquelle est tissée la pensée, et par laquelle se glissent tous les préjugés de culture qu’apporte l’esprit du lecteur »

mais l’idée de conversion permet un accès direct au centre de cette pensée en éclairant du dedans les trois dimensions de la conscience philosophique, et en traçant ainsi la ligne de démarcation entre vrai et faux rationalisme, vrai et faux idéalisme, vrai et faux spiritualisme.

Vraie et fausse conversion correspondent aux deux mouvements que distingue Platon au livre VII de la République :

« les yeux sont troublés de deux façons et par deux causes opposées : par le passage de la lumière à l’obscurité et par celui de l’obscurité à la lumière »

la vraie conversion est progrès de l’ombre à la clarté, la fausse est régression de la clarté à l’ombre.

La vraie conversion est celle qui nous situe dans l’intériorité réflexive authentique, en saisissant le cogito dans l’unité de la cogitatio, et nous fait coïncider avec l’acte de pensée dans toute sa fécondité , « produisant de lui même la vérité ».

la fausse conversion au contraire « cherche la vérité dans la mise en relation d’un Ego  supposé donné dans sa subjectivité pure, et de cogitata supposées données elles aussi, dans une extériorité radicale.

peut on donner un exemple de cela ? il me semble que l’on ne peut pas trouver mieux , comme exemple de « fausse conversion », que ces élucubrations islamistes à propos du nombre 19, supposé omniprésent dans le Coran , et supposé ayant un statut spécial et unique comme Nombre.

Voir par exemple :

The secret code of GOD (code secret supposé être bien sûr dans le Coran) :

http://www.ali-pi.com/pdf/19%20-%20The%20Secret%20Code%20of%20God.pdf

Ultimate mathematics :

http://journal_of_submission.homestead.com/files/Ultimath.pdf

bien entendu tout ceci n’a rien à voir avec les mathématiques, « ultimes » ou ante-pénultièmes !

Il vaut la peine, ne fût ce que pour se divertir, de feuilleter ces « recueils » de faits surprenants sur les nombres, et surtout sur le nombre 19, dont on donne (dans le premier de ces articles, le plus dingue et de loin) une liste des « proriétés » qu’il est le seul à avoir.

Oui mais ce que l’on ne dit pas c’est que l’on peut dresser une telle liste pour tous les nombres entiers.

Donnons un exemple de ce que Bastide entend par l’extériorité radicale des cogitata , et que l’on trouve dans les deux articles:

le nombre de sourates du Coran, 114, est un multiple de 19 :

114 = 6 x 19

jusque là ça va !

mais nos professeurs Diafoirus sont pris d’une sorte de transe (non alcoolique bien sûr) quand ils constatent que le 114 ème nombre premier est :

619

C’est exact, et cela peut être vérifié sur la liste des nombres premiers donnée ici :

http://oeis.org/A000040

http://oeis.org/A000040/b000040.txt

oui, sauf que ceci n’est valable que si l’ on prend comme nombre premier de début de liste le nombre 2

si l’on débute avec 1, considéré comme un nombre premier (ce qui a longtemps été le cas, jusqu’au 20 ème siècle) alors 619 n ‘est plus le 114 ème nombre premier, mais le 115 ème !

cet article par exemple donne des arguments (non pas mathématiques, mais « divins ») pour considérer 1 comme le « premier » nombre premier :

http://www.fivedoves.com/revdrnatch/Does_God_think_1_is_prime.htm

mais laissons cela : tous ces « faits » ou « arguments », ce sont des cogitata (car il faut bien que le lecteur les « pense » pour les comprendre), seulement ils ne résultent pas du dynamimse créateur de la pensée mathématicienne, mais ce sont des « faits de pensée » qui s’imposent à l’esprit, depuis une extériorité radicale donc supposée (de façon obscurantiste) être celle de Dieu.

Donnons maintenant un exemple du mouvement opposé, qui situe l’esprit du lecteur (faisant l’effort de suivre la pensée mathématicienne) dans l’unité du Cogito sans séparation entre un Ego supposé « pur » et des cogitata supposées extérieures.

Cet exemple est celui de la conjecture de Catalan, qui est restée longtemps une conjecture mais a été démontrée en 2002 par Mihailescu :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9or%C3%A8me_de_Catalan

et vous avez ici une démonstration :

http://www.math.polytechnique.fr/xups/xups05-01.pdf

Ici le fait que les deux seules puissances de nombres entiers qui soient successives (leur différence est 1) sont 8 et 9, le cube de 2 et le carré de 3, ce fait ne s’impose pas comme un cogitatum extérieur, transcendant et pour tout dire divin.

Il résulte de la démonstration, en fait assez difficile, résumée par Henri Cohen, et nos islamistes seraient bien en peine sans doute de la retrouver dans le Coran , cette preuve !

Nous avons là un nouvel exemple de la ligne de partage des temps :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/la-ligne-de-partage-des-temps/

avant la ligne (qui est celle de la révolution cartésienne  et de la science moderne) , nous avons l’obscurantisme de la pensée théosophique archaïque, résultant d’une « décomposition régressive » du pythagorisme. Pensée divine et pensée humaine se situent dans une extériorité radicale, dans la perspective d’une transcendance absolue

après la ligne nous rencontrons la science mathématique (révolutionnée par Descartes) et ses démonstrations « qui sont les yeux de l’âme » (selon Spinoza)

avant la ligne nous avons le « Dieu » de l’homo faber; après la ligne nous avons le Dieu véritable, Dieu des philosophes et des savants, centre de pensée pure radicalement immanent à la conscience « du géomètre et du juste » qu’est la philosophie.

Comme le précisent admirablement ces citations de Brusnchvicg :

« …ainsi, par-delà toutes les circonstances de détail, toutes les vicissitudes contingentes, qui tendent à diviser les hommes, à diviser l’homme lui-même, le progrès de notre  réflexion découvre dans notre propre intimité un foyer où l’intelligence et l’amour se présentent dans la pureté radicale de leur lumière. Notre âme est là ; et nous l’atteindrons à condition que nous ne nous laissions pas vaincre par notre conquête, que nous sachions résister à la tentation qui ferait de cette âme, à l’image de la matière, une substance détachée du cours de la durée, qui nous porterait à nous abîmer dans une sorte de contemplation muette et morte. La chose nécessaire est de ne pas nous relâcher dans l’effort généreux, indivisiblement spéculatif et pratique, qui rapproche l’humanité de l’idée qu’elle s’est formée d’elle-même….

 

…si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon.

….Le drame de la conscience religieuse depuis trois siècles est défini avec précision par les termes du Mémorial du 23 novembre 1654 : entre le Dieu qui est celui d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et le Dieu qui est celui des philosophes et des savants, les essais de synthèse, les espérances de compromis, demeurent illusoires.

 Le fait décisif de l’histoire, ce serait donc, à nos yeux, le déplacement dans l’axe de la vie religieuse au XVIIe siècle, lorsque la physique mathématique, susceptible d’une vérification sans cesse plus scrupuleuse et plus heureuse, a remplacé une physique métaphysique qui était un tissu de dissertations abstraites et chimériques autour des croyances primitives.L’intelligence du spirituel à laquelle la discipline probe et stricte de l’analyse élève la philosophie, ne permet plus, désormais, l’imagination du surnaturel qui soutenait les dogmes formulés à partir d’un réalisme de la matière ou de la vie. L’hypothèse d’une transcendance spirituelle est manifestement contradictoire dans les termes ; le Dieu des êtres raisonnables ne saurait être, quelque part au delà de l’espace terrestre ou visible, quelque chose qui se représente par analogie avec l’artisan humain ou le père de famille. Étranger à toute forme d’extériorité, c’est dans la conscience seulement qu’il se découvre comme la racine des valeurs que toutes les consciences reconnaissent également. »