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#BrunschvicgRaisonReligion troisième opposition fondamentale : Dieu humain ou Dieu divin

Le chapitre 3 du livre paru en 1939 « Raison et religion »:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/raison_et_religion.html

est sans doute le centre du livre, et le sommet de la philosophie universelle: certes les dialogues de Platon peuvent à bon droit être réputés plus beaux, plus « artistiques » mais nous sommes à une époque où la beauté ne nous semble plus autant nécessaire ni sublime :

«  « Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient.
Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. − Et je l’ai trouvée amère. − Et je l’ai injuriée.
Je me suis armé contre la justice.
Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c’est à vous que mon trésor a été confié!
Je parvins à faire s’évanouir dans mon esprit toute l’espérance humaine. Sur toute joie pour l’étrangler j’ai fait le bond sourd de la bête féroce.
 »

Seulement cela ce n’est que l’ascèse préalable, exprimée excellemment par Rimbaud, qui doit nous désintoxiquer du jargon des belles âmes subventionnées par les ministères, et nous mettre en condition pour la philosophie et la mathesis.
Nous avons déjà traité sous le hashtag #BrunschvicgRaisonReligion les deux premières oppositions fondamentales:
Moi vital ou moi spirituel (nous disons aussi plan vital ou plan spirituel, plan de l’Idée):

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

et seconde opposition fondamentale entre monde imaginaire et monde véritable:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2015/08/03/brunschvicgraisonreligion-seconde-opposition-fondamentale-monde-imaginaire-ou-monde-veritable/

et le chapitre 2 finit justement sur ces lignes qui annoncent la solution du chapitre 3 au

problème universel

de la vie religieuse : remplacer Le Dieu des religions , Dieu de la superstition et de l’instinct, par le Dieu des philosophes et des savants, « Dieu pauvre et dépouillé » qui n’intervient pas dans le cours de l’Histoire et ne peut donc pas « être avec nous », c’est à dire toujours avec une communauté et une armée particulières : « Gott mît uns » ou :

עמנאל

(« Dieu avec nous ») qui devient

EMMANUEL

Voici cette fin prodigieuse du chapitre 2:

« Entre la vie scientifique et la vie religieuse doit-il y avoir séparation radicale, dualité de rythme et d’orientation ? La religion conserve-t-elle encore un sens si elle se fait à son tour inhumaine, si elle refuse la consolation que dès le lointain des âges le sentiment a puisée dans l’espérance et dans la promesse de l’au-delà ? Ou n’est-ce pas la tâche qui apparaît héroïque et pieuse par excellence, de dépouiller le vieil homme, et, quoi qu’il en coûte à notre amour-propre, de déborder les limites mesquines de la chronologie mosaïque ou de l’horizon géocentrique pour substituer au Dieu du réalisme physique ou biologique le Dieu de l’intelligence et de la vérité ? »
Or le chapitre 3 commence par une mise en perspective de la troisième opposition fondamentale avec les deux premières:

« L’antithèse des manières selon lesquelles l’homme se représente l’univers ou avant ou après la science positive nous renvoie aux conclusions que laissait entrevoir l’analyse des manières selon lesquelles le moi se conçoit lui-même, ou comme sujet personnel, dominé et limité par les conditions de la vie organique, par les perspectives de l’ordre social, ou comme sujet spirituel, capable de tout le développement que comportent l’infinité et l’universalité d’une raison désintéressée. L’alternative commande à son tour la façon dont nous allons aborder pour lui-même le problème de la religion, le plan de conscience, comme nous avons dit, auquel se rapportera notre tentative pour conquérir Dieu. »

A la question posée à la fin du chapitre 2:
« Entre la vie scientifique et la vie religieuse doit-il y avoir séparation radicale, dualité de rythme et d’orientatioN? »

il faut répondre avec force non, puisque l’émergence de la science impulse un déplacement dans l’axe de la vie religieuse.
Mais tout dépend là aussi du

plan de conscience

à partir duquel on aborde le problème religieux: a t’on dépouille de vieil homme, ou bien à t’on été incapable de renoncer à « la consolation que dès le lointain des âges le sentiment a puisée dans l’espérance et dans la promesse de l’au-delà »?

Car nombreux sont les « croyants » qui justement en appellent à une religion et une science qui marcheraient « main dans la main »!
Ce qu’ils entendent par là, c’est que la science se plierait aux exigences des religions « consolatrices » et « collaborerait » avec elles.

Seulement comment cela serait il possible puisque la science, qui est de par son essence même vérifiable mais aussi donc réfutable, peut toujours en cas de nouvelles observations envoyer promener ses constructions même les plus récentes ?
Le changement d’axe de la vie religieuse ne vient d’une nouvelle théorie : il vient d’un changement total et d’une conversion complète de la mentalité humaine qui amène justement à l’attitude vraiment religieuse comme il est dit dans la suite du chapitre 3:

« L’homme religieux, au sens plein du mot, c’est celui qui accepte courageusement de se confronter à son passé, de rompre avec le préjugé du sacré comme avec le « respect humain » si tel est l’impératif de sa conscience. Son parti est pris de naviguer libre sur la mer libre, sans se préoccuper de revenir au port d’attache, sans même savoir s’il existe ailleurs des havres de grâce préparés pour accueillir et pour réconforter le voyageur fatigué. En d’autres termes, Dieu ne nous est pas donné tout fait. C’est un bien véritable, que nous devrons gagner à la sueur de notre front, non seulement dans la réalité de son existence, mais dans l’essence de sa divinité. »

NON, Dieu ne nous est pas donné tout fait, comme il arrive dans les paquets cadeaux des religions : il vous suffit d’accepter les dogmes et les commandements infâmes de l’Islam par exemple, et Allah vous est donné par surcroît, et avec lui les « récompenses dans l’au delà » pour ceux qui acceptent de courber l’échine.

Seulement la liberté de conscience est intraitable et incorruptible : si c’est oui c’est oui, si c’est non c’est non.
Et pour ce qui en est de celui qui écrit cet article :

C’est non

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La table d’émeraude, la Τοποσοφια μαθεσις uni√ersalis οντοποσοφια et le matérialisme

Suite de :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/07/12/la-table-demeraude-et-la-henosophia-τοποσοφια-οντοποσοφια-μαθεσι/

Commençons par souligner combien cette « pensée selon l’un » opposée par Brunschvicg à la pensée selon l’être, du multiple, ontologique, que nous retrouvons dans le platonisme et le néo-platonisme, ainsi que dans l’hermétisme, est incompatible avec les différentes variantes (qui peuvent être très éloignées les unes des autres) du matérialisme, ancien ou moderne.
Je parle ici du matérialisme philosophique, pas du « matérialisme » vulgaire de Mr Tout-le-monde.
Voir aussi sur les deux pensées opposées ontologique et hénologique :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/2012/09/12/pensee-selon-letre-et-selon-l-un-categories-topoi-ensembles/

Frank Jdrzejewski les considère comme duale l’une de l’autre, en un sens de « dualité » analogue à celui de la théorie des catégories:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/24/en-france-du-nouveau-franck-jedrzejewski-diagrammes-et-categories-these-et-introduction/

la dualité prenant différents sens en mathématiques:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Dualité_(mathématiques)

Comme d’habitude, pour ceux qui lisent l’anglais, la page du Nlab est la plus profonde, mais elle réclame une étude détaillée, qui doit accompagner celle de la thèse de Jedrzejewski:

http://ncatlab.org/nlab/show/duality

Certes il y a différentes variantes du matérialisme mais TOUTES, y compris celle du matérialisme dialectique de Badiou, se rattachent à la pensée ontologique.

Adoptons la terminologie de l’article précédent sur la table d’émeraude et la mathesis universalis HENOSOPHIA basée sur les trois éléments primitifs de Wronski.
Tout matérialisme philosophique, que l’on peut supposer donc conséquent, ne peut que proclamer la primauté de l’élément-être, à l’ordre duquel appartient ce qu’il appelle « matière » ou « réel » ou « ce qui existe vraiment » ou même « ce qui résiste » (à l’effort physique).
Quant au savoir, aux théories scientifiques et à l’Un ou aux Idées, ce sont des superstructures idéologiques en dépendance de l’économie, de l’histoire, du social, du langage …

Ainsi pour Badiou c’est le multiple pur qui est premier, c’est à dire l’être : l’Un n’est que le compte-pour-un ensembliste.
Mais il est vrai que lorsqu’il dit :
« Il n’y a que des corps et des langages sinon qu’il y a des vérités éternelles »
il sort à mon avis du matérialisme, alors qu’il ne reconnaît que son opposition au matérialisme démocratique. La partie « il n’y a que des corps et des langages » décrit le plan vital, le « sinon qu’il y a des vérités » correspond au plan spirituel, à l’élément savoir.

Quant à l’Un il n’est pas: c’est la conclusion selon la méditation un de « L’être et l’événement »du Parmenide de Platon.
Brunschvicg disait : « être et un ne sont pas convertibles l’un en l’autre » (« nés et un un non converti tir »).
Il ne faut jamais oublier que Badiou est influencé par la pensée brunschvicgienne, sans jamais le reconnaître.

passons aux néo-platoniciens : la conversion (retour du multiple à l’un par conversion intellectuelle philosophique) n’est possible que parce qu’il « y a eu », (mais pas dans le Temps, d’où les guillemets) procession, que l’Un est devenu le multiple : toutes, ou beaucoup de mythologies antiques, en parlent, notamment les Brahmanas hindous avec le mythe de l’œuf de Brahma, et scandinaves.
Les mythologies monothéistes introduisent ensuite la fable de la création de l’Univers par Dieu (et par qui d’autre puisqu’il n’y a que lui ?) tout en identifiant ce Dieu créateur et protecteur (de sa tribu particulière et plus tard de sa communauté des « vrais croyants », les autres devant se soumettre ou être tués) à l’Un : ceci dans le « Shma Israël » biblique ou dans la sourate 112 du Coran.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Chema_Israël

http://islamfrance.free.fr/doc/coran/sourate/112.html

Seulement jamais personne n’a pu comprendre, ni donc expliquer, sauf dans le fanatisme des assemblées cultuelles galvanisées par les sermons ou, peut être, dans les étreintes passionnées des amants (ou en dépassant les 5 grammes d’alcool par litre) comment l’Un peut créer quelque chose en dehors de lui, ou même avoir des volontés, des projets de changement.
Bien sûr il y a la Qabbale ou plutôt les Qabbales (l’ésotérisme hébraïque) et leurs explications abstruses et invérifiables. Toutes ces vieilleries sont totalement caduques depuis la naissance de la science.

Nous ne suivons pas ici la voie néo-platonicienne, mais bien sûr il faudra y revenir, ceci n’est qu’un survol.
Si nous ne voulons pas retomber dans la pensée ontologique et le matérialisme, il ne nous reste donc qu’une seule option: l’idéalisme philosophique, qui consiste à donner la prédominance à l’élément-savoir, au plan de l’idée.
D’ailleurs nous y sommes déjà entrés si nous lisons ce qui est dit ici, et qui se situe sur le plan des idées, surtout si nous l’interprétons mathématiquement comme nous l’avons suggère avec le schéma d’un foncteur entre deux topos.

Le plus grand commentateur de Wronski, à savoir Francis Warrain, a affirmé pour cette raison que l’élément-savoir conditionne l’élément-être et non l’inverse.
Signalons aussi que la triade des éléments primitifs EE, ES, En est aussi celle de l’Alchimie : souffre, sel et mercure. Nous comprenons alors qu’il ne s’agit pas du mercure, Ou du soufre « vulgaires » : l’alchimie est entièrement spirituelle, ce qui veut dire qu’elle se situe au plan de l’idée, pas au plan de la matière et des « souffleurs »: le « fourneau » est philosophal, pas physique. Sinon nous serions dans une cuisine, celle que Faust nomme « la cuisine des sorcières ».
J’entends aujourd’hui lundi 13 juillet sur France Info, dans « Le monde des idées », le physicien Étienne Klein.
Il dit (ce matin) que les Indiens ont la même raison que nous européens, mais que nous sommes les seuls à avoir la science, c’est ce qui nous distingue.
C’est évident : tous les êtres humains ont la même raison, que l’on peut donc appeler avec Malebranche « Raison universelle des esprits ».
Seulement l’esprit européen est le seul à pratiquer la « pauvreté en esprit », c’est à dire à avoir abandonné le culte d’une Raison ou d’une science qui saurait tout et pourrait résoudre tous les problèmes. C’est là ce qui rend la science possible.
Il dit aussi que les Indiens ont gardé le « sentiment » d’une communauté universelle de tous les étants : « nous sommes la même chose que le planète Mars », ce qui garantit qu’ils n’essaieront pas de dominer et d’exploiter la nature.

Tout cela est fort bien, mais cela se situe encore sur le plan de l’être, avec une vague prescience de l’Un.
Une citation souvent utilisée par moi permet de comprendre la différence radicale de l’esprit européen créateur de la science grâce à l’idéalisme philosophique et mathématisant hérité de Platon : nous ne sommes pas le Soleil mais nous, ou plutôt les philosophes-savants européens sont ceux qui rendu le monde vrai en faisant en sorte que

la pensée se détache de son centre biologique pour s’installer dans le Soleil

Très belle définition de l’idéalisme qui fonde la science véritable, la science européenne.
Les musulmans et autres primitifs en sont incapables puisque lorsqu’ils remercient Allah (leur idole sanguinaire et tribale) de toutes les bonnes choses qu’il a créées pour qu’ils puissent se nourrir ils restent sur le « plan vital » ou le Bien se limite à l’agréable. Ils ne réussissentas à émanciper la pensée de son centre biologique pour l’installer dans le « centre qui est partout et tout le temps ».

« Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent, qui permet d’intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l’expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l’avenir. Rien ici qui ne soit d’expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l’univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu’une personne dès que nous sommes capables de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne…. » (Leon Brunschvicg)
Il y a une autre citation de Brunschvicg où il évoque le souvenir émouvant d’une petite écolière, lors d’une cérémonie de remise des prix, qui parlait du Paradis de Dieu où des îles flottantes en sucre glissant dans des fleuves de miel ou de vanille.
Le Coran est encore plus ridicule, et surtout plus dégoûtant, lorsqu’il décrit dans la sourate 56 la fornication des « élus » avec les houris, après s’être « mis en forme » en tripotant les garçons « éternellement jeunes » qui leur servent à boire : ainsi Allah récompense t’il ses fidèles.

http://islamfrance.free.fr/doc/coran/sourate/56.html

Étienne Klein dit encore sur France Info, en citant une conférence d’Einstein, que « la science dit ce qui se passe, pas ce qu’il faut faire ». Et il dénonce à propos des nanotechnologies et les rêves délirants d’immortalité qu’elles provoquent chez certains (américains surtout) le mixage d’un projet technologique et d’un projet métaphysique. « La science ne nous dit pas s’il faut sortir ou non de la condition humaine, c’est à chacun d’en décider ».

La science ne nous dit pas cela parce qu’elle parle de « ce qui arrive », du plan physique , mais à partir du plan des idées (mathématiques)où elle établit la pensée.
Que cela soit à chacun d’en décider, d’accord : mais à condition que son esprit soit établi, grâce à la connaissance de la science, sur ce plan de l’idée. La démocratie et la liberté sans connaissance réelle sont illusoires.
Et Brunschvicg dit fort justement:

« Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible »

Avoir des rêves délirants d’immortalité signifie simplement que l’on n’a pas renoncé à la mort, c’est à dire que l’on a été incapable d’établir la pensée sur le plan spirituel, « centre non biologique qui est partout et nulle part, tout le temps parce qu’en dehors du temps »

« It follows » de David Robert Mitchell (catégorie : horreur et épouvante)

Quels ont été les signes avant coureurs du nazisme ?

Entre autres : l’occultisme de la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, à Vienne, l’apparition de revues pornographiques d’un type très particulier, où des beautés blondes étaient soumises et violées par des individus patibulaires et…juifs.

Mystère (paranormal, surnaturel, occulte) et sexe (sous sa forme la plus sadique) : voilà le cocktail fort peu spirituel qui a été employé, par des gens qui étaient rien moins que nazis ou « nationalistes » pour dépraver les psychés (je n’ose dire les esprits) et les « préparer » à la future « Bête immonde ».

Ce que je dis là ressemble fort à de la théorie du complot, et j’en suis fort marri…disons que je n’oserais pas le dire sous cette forme à mes collègues , gens tous rationalistes purs et durs (comme moi) et souvent marxistes (pas comme moi, de plus je pense que cela se situe en contradiction avec le rationalisme, mais passons).

Quoiqu’il en soit, sans la première guerre mondiale et ses suites, le nazisme ne serait jamais apparu: mais je suis convaincu qu’il n’a pas comme seules causes le désastre économique de l’après guerre et de 1929, ou l’humiliation de la part des vainqueurs, qui fut réelle.

Pourquoi ce long préambule pour un film très surfait et sans aucun intérêt (autre que le succès commercial et remplir les poches de certains) ?

Parce que là aussi joue à plein le cocktail sexe et « paranormal- épouvante » : une mystérieuse maladie se transmet lors de rapports sexuels, la victime voit des apparitions horribles qui la menacent et que leur entourage ne voit pas.

Les apparitions « existent », il suffit de prendre certaines drogues ou même de boire beaucoup d’alcool pour en « voir »: mais elles ne sont pas « réelles » au sens d’avoir des effets physiques, ce qui est le cas avec celles du film (les autres, non contaminés, ne les voient pas mais peuvent leur tirer dessus sur les indications de la victime malade qui les « voit » et les blesser…
En plus cela se passe à Détroit !

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/It_Follows

Le sommet du ridicule est atteint quand des garçons amoureux de la fille lui proposent de coucher afin qu’elle leur transmette la maladie et en soit elle même libérée : et elle accepte…en tout cas le premier s’en mord les doits car il finit violé puis tué par une apparition qui ressemble comme deux gouttes d’eau à sa maman…de mon temps c’était plutôt l’aïeule démoniaque devenue vampire qui se chargeait de cette basse besogne…mais je ne suis pas né à Détroit, ni de la dernière pluie…
Le sommet bis du ridicule est atteint quand toute la bande des copains copine de la pauvre Jay disposent tout un tas d’enregistreurs sophistiqués autour de la piscine où elle entre, cela rend l’apparition furibonde et elle jette les appareils sur la pauvre Jay puis tente de la noyer…pas cool le fantôme!

Ensuite elle couche avec le second garçons, l’autre assassiné et violé (ou l’inverse) par sa maman n’étant plus vraiment disponible (sauf cas de nécrophilie, mais il faut bien que le ridicule s’arrête quelque part car s’il était infini il serait le génie absolu, hors d’atteinte du cinéma).

Lors de la dernière scène on les voit marcher dans la rue, main dans la main…ah c’est beau l’amour..sauf qu’ils sont suivis à distance par une personne de grande stature, et l’on comprend qu’il va leur arriver des bricoles incompatibles avec un orgasme heureux et pacifié..

mais au fait : si l’apparition est surnaturelle comment pourrait elle être enregistrée par des dispositifs techno-scientifiques ? et comment pourrait elle avoir des effets physiques alors que seule la « victime » la voit ?

Bref ce film se situe dans une longue série d’œuvre sur où la nunucherie le dispute à l’obscurantisme : car cela fait quatre siècles que la science a fort heureusement libéré l’humanité des fantômes, goules et autres revenants…

la série des Rec, Blair winch et aussi celle dont j’ai oublié le nom (ce dont je me fous) où des fantômes viennent perturber des couples d’amoureux en impressionnant les plaques photographiques..
certes la science rencontre des tas de choses inexplicables…pour le moment, mais ces énigmes se situent généralement à l’échelle des galaxies ou des particules sub-quantiques, et je proclame ici que les histoires de maisons hantées sont des balivernes machinées par des personnes humaines bien vivantes, le plus souvent pour se remplir les poches ou bien se venger d’autres personnes..

Le thème réel de « It follows » est évident : le malaise des jeunes générations face à la crise économique, aux problèmes sexuels et à l’invasion du porno, à la drogue, au vide de tout sens de l’existence…

Le maléfique, l’épouvante, l’horreur n’ont rien de paranormal : elles se situent dans les relations entre les êtres (domination, exploitation, tromperies et abus divers, etc..)

Alors pourquoi ne pas les prendre directement pour thèmes de films à portée sociale ou philosophique au lieu d’inventer ces histoires ridicules d’apparitions paranormales ?

Ah oui par ce que cela génèrerait moins de profit…suis je bête !

En tout cas, j’observe que ce genre de saletés sont en train de désorienter intellectuellement et psychiquement toute une génération, plusieurs même, comme l’alliance de l’occultisme et de la pornographie racialiste à Vienne au début du vingtième siècle..

Pour faire naître quelle nouvelle bête immonde ou nouveau démon (ce qui est le thème de « Rosemary’s baby » de Polanski en 1966-67)?

Le nouveau nazisme du 21 eme siècle, dont les prémisses sont clairement visibles dans DAESH ?

image

encore un effort pour être vraiment nihilistes, mes bien chers frères et sœurs !

Il y a un moment très particulier, vers la fin du film « Margin Call » :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/05/04/margin-call-un-tres-grand-film-glacant-et-terrifiant/

où Sam Rogers (Kevin Spacey), le « capitaine » des traders (celui qui mène ces soldats à l’attaque, contrairement aux généraux d’état major qui ne se soucint pas de ces contingences, et ont justement besoin des officiers inférieurs pour faire le sale boulot) monte au restaurant « s »expliquer » avec le grand patron de la firme :

John Tuld, joué par Jeremy Irons

ce nom renvoie évidemment à celui du PDG de Lehman Brothers :

Richard Fuld (surnommé parait il Big Dick, mais mes connaissances en anglais sont assez pauvres )

http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_S._Fuld,_Jr.

n intéressant article sur la morale sexuelle de « ces gens là » : tout collaborateur de haut niveau devait être marié, et fidèle (enfin…sauf les « à côté » avec les escorts et les filles nues venues faire de l’animation pour les jours d’anniversaire mais ça..) :

http://www.vanityfair.com/business/features/2010/04/test2

ce haut sens moral rappelle un peu celui , dans « Casino » de Scorcese, des pontes mafiosi du Middle West  qui « ne pouvaient pas aller plus loin que Kansas City sans se faire arrêter » et qui détestent que leurs « collaborateurs », à flingue ou à mallette, couchent avec la femme du voisin, c’est mauvais pour les affaires….. ils détestent tellement ça que celui qui passe outre , il ne lui reste quand les « pontes » l’apprennent, que quelques heures à vivre….

Bref… au cours de cet entretien à haute teneur « philosophique » au restaurant, Jeremy Irons alias John Tuld alias « Big dick » Dick Fuld , le big boss, qui lui peut aller (ou pouvait aller, à cette époque) partout sans se faire arrêter, finit par lâcher :

« si ce que nous faisons est vain, alors tout cela (il montre l’extérieur du building) est vain »

si je ne me trompe, de tels propos figurent déjà dans la Bible, non ?

« 1.2   Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité.

1.3   Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil?

1.4   Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours.

1.5   Le soleil se lève, le soleil se couche; il soupire après le lieu d’où il se lève de nouveau.

1.6   Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits.

1.7   Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent.

1.8   Toutes choses sont en travail au delà de ce qu’on peut dire; l’oeil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre.

1.9   Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »

http://bible.evangiles.free.fr/ecclesiaste%201.html

seulement il y a une différence énorme entre les deux « discours philosophiques », comme quoi Big Dick Fuld ne l’a quand même pas aussi grosse que YHVH….

cette différence est dans le :

SI

comme le diable dans les détails

SI cela est vain, alors tout est vain…

et soyons sincères : bien que nous ne soyions pas tous aussi bien « pourvus » , par la nature ou par l’esprit, que « Big dick » Fuld, nous sommes tous empêtrés dans ce détestable « SI » (IF, en anglais, titre d’un autre film admirable sorti vers 1969 avec Malcolm Mc Dowell qui devait en 1971 devenir Alex dans « Orange mécanique »)…

osons nier que nous ne nous surprenons pas quelquefois à penser :

« SI je ne parviens pas à mes fins sur ce coup là, alors tout est vain »

alors bien sûr, nous « évacuons » ce genre de mauvaises pensées, en buvant  un coup ou autre « acte libérateur »…

mais le mal est fait, ou pensé, ce qui est pire !

car :

« Tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. « 

http://www.aelf.org/bible-liturgie/Lc/chapitre/chapitre/12

comme dit Notre Seigneur, celui que Renan appelle le Grand Maître de la morale, ce dont conviendront sûrement les pontes mafiosi du Middle West, tous bons catholiques…

Au fond, le salut spirituel (qui n’est pas forcément celui des judéo-chrétiens comme Big Dick Fuld ou les pontes mafiosi) est « sagesse de femme et jeu d’enfant » comme l’ancienne Alchimie : il ne réclame pas de « faire quelque chose » mais de défaire, et de laisser tomber le SI !

Et de dire avec l’Ecclésiaste :

Tout est vanité !

Raymond Chandler (qui avait ses habitudes à Hollywood) l’a dit avec encore plus de classe dans « La dame du lac » (me semble t’il) par la voix du détective privé Phillip Marlowe :

« Rien n’est plus vide qu’une piscine vide »

dans le même roman il décrit la lutte intérieure d’un ivrogne avec la tentation de finir la bouteille et Marlowe désabusé déclare :

« comme toujours ce fut la bouteille qui gagna« 

Eh oui !

au fond le monde, et tous ses plaisirs ou chagrins (« la joie venait toujours après la peine ») , qu’est il d’autre qu’une immense piscine vide ?

pourquoi pas celle de Sunset Boulevard (« Boulevard du crépuscule » ), où au début du film les rats voisinent avec les feuilles mortes ?

et pourtant dans cette piscine vide, certains se noient , d’autres surnagent, et quelques uns (les « happy few », mais je doute que Stendhal ait visé ce genre de salopards) , se changent de « rats » en requins (de la finance ou d’autre chose)… jamais en baleine blanche, ce serait plus poétique ! ?

pourquoi se lever puisqu’il faudra se recoucher ? pourquoi faire des enfants puisqu’ils devront disparaitre, quelques années après nous ?

et la bouteille est toujours finie avant le petit matin !

c’est intolérable : on nous joue, on nous manoeuvre sur l’échiquier du Néant !

Oui, laissons tomber le « SI » , et de requin, ou de mouton (ou maton) de Panurge nous deviendrons… philosophes , engagés dans ce qui n’est pas vain, la recherche de la Vérité !

car enfin : un animal, entièrement « comblé » par le jeu de la vie , ce chatoyant et cruel spectacle, pourrait il émettre un tel jugement sur « la globalité du spectacle » ?

Si nous laissons tomber le « SI » , et sommes persuadés de ce que nous disons, alors nous disposons d’une première vérité !

une drôle de vérité d’ailleurs, qui ne passerait pas la barre au concours des mathématiciens traders (ou « spécialistes des fusées » ) car elle est auto-réfutante :

car si je dis en le pensant que « Tout est vanité » et que tout est effectivement vain, alors je dispose d’une Vérité éternelle, et tout n’est donc pas vain…

l’éternité c’est quelque chose !

« Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours »

seulement l’Ecclésiaste nous attaque de manière perfide et tente de nous forcer à jeter ce premier acquis bien maigre :

« 1.12Moi, l’Ecclésiaste, j’ai été roi d’Israël à Jérusalem.

1.13J’ai appliqué mon coeur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux: c’est là une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l’homme.

1.14J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil; et voici, tout est vanité et poursuite du vent.

1.15Ce qui est courbé ne peut se redresser, et ce qui manque ne peut être compté.

1.16J’ai dit en mon coeur: Voici, j’ai grandi et surpassé en sagesse tous ceux qui ont dominé avant moi sur Jérusalem, et mon coeur a vu beaucoup de sagesse et de science.

1.17J’ai appliqué mon coeur à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie; j’ai compris que cela aussi c’est la poursuite du vent.

1.18 Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur. »

seulement il se passe ici quelque chose d’inouï qui rend tout eoil immobile :

« Mais alors il advint quelque chose qui fit taire  tout discours et rendit tout rebard immobile . Car pendant ce temps le danseur de corde s’était mis à l’ouvrage  »

http://fr.wikisource.org/wiki/Ainsi_parlait_Zarathoustra/Premi%C3%A8re_partie/Le_prologue_de_Zarathoustra

nous avons donné dans un autre blog des leçons à Allah :

http://horreurislamique.wordpress.com/

nous n’hésiterons pas à faire de même avec YHVH ici, ne fût ce que pour un noble motif de non discrimination laïque et égalitaire !

Il n’est pas vrai que « rien de nouveau sous le soleil »

certes les kabbalistes nous assurent que le « Soleil » dont il est parlé ici est en fait la Sephira « Tipheret », et que ce qui est « sous le soleil » désigne les Sephirot inférieures, Malkuth , Yesod , Hod, Netzah…

Eh bien non ! nous refsuons ce genre de facilités « ésotérique » et mystérieuses…

démocrate, rationaliste et laïque jusqu’au bout des ongles, vous dit le Monsieur !

il y a bien quelque chose de nouveau qui vient après la Sagesse, certes admirable, de la Bible, c’est Copernic, Galilée, Descartes, Spinoza et la science moderne !

et je suis bien désolé de dire en face (tout en restant en vie, faisant mentir Avenou Moshe) à D-ieu que je préfère à tous les Livres sacrés , comme aux soupes de lentilles, mon modeste crouton de pain consistant en cette première vérité :

« tout est vain, donc émettre ce jugement n’est pas vain puisque c’est vrai, donc tout n’est pas vain »

il me semble que le grand Herman Melville parlait à des gens tels que nous lorsqu’il commençait son « Pierre ou les ambiguïtés » par :

« O toi ! malheureux à qui la Vérité, en ses premières vagues, n’apporte que des épaves »

Renan : l’avenir de la science

« L’avenir de la science » d’Ernest Renan est un livre dont la lecture constitue à elle seule une véritable élévation spirituelle.

Le texte est ici en pdf :

http://ecole-alsacienne.org/CDI/pdf/1400/14052_RENA.pdf

ou ici sur Gallica :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k107920k

ou ici sur le site canadien des Classiques où se trouve aussi l’oeuvre de Brunschvicg :

http://classiques.uqac.ca/classiques/renan_ernest/avenir_de_la_science/avenir_de_la_science.html

Le commencement même du livre (page 34 du document Word)  est absolument admirable, et situe la perspective d’ensemble :

« Une seule chose est nécessaire ! J’admets dans toute sa portée philosophique ce précepte du Grand Maître de la morale. Je le regarde comme le principe de toute noble vie, comme la formule expressive, quoique dangereuse en sa brièveté, de la nature humaine, au point de vue de la moralité et du devoir. Le premier pas de celui qui veut se donner à la sagesse, comme disait la respectable antiquité, est de faire deux parts dans la vie : l’une vulgaire et n’ayant rien de sacré, se résumant en des besoins et des jouissances d’un ordre inférieur (vie matérielle, plaisir, fortune, etc.) ; l’autre que l’on peut appeler idéale, céleste, divine, désintéressée, ayant pour objet les formes pures de la vérité, de la beauté, de la bonté morale, c’est-à-dire, pour prendre l’expression la plus compréhensive et la plus consacrée par les respects du passé, Dieu lui-même, touché, perçu, senti sous ses mille formes par l’intelligence de tout ce qui est vrai, et l’amour de tout ce qui est beau. C’est la grande opposition du corps et de l’âme, reconnue par toutes les religions et toutes les philosophies élevées, opposition très superficielle si on prétend y voir une dualité de substance dans la personne humaine, mais qui demeure d’une parfaite vérité, si, élargissant convenablement le sens de ces deux mots et les appliquant à deux ordres de phénomènes, on les entend des deux vies ouvertes devant  l’homme. Reconnaître la distinction de ces deux vies, c’est reconnaître que la vie supérieure, la vie idéale, est tout et que la vie inférieure, la vie des intérêts et des plaisirs, n’est rien, qu’elle s’efface devant la première comme le fini devant l’infini, et que si la sagesse pratique ordonne d’y penser, ce n’est qu’en vue et comme condition de la première. »

cette seule chose nécessaire, c’est évidemment ce « Bien unique » dont parle Spinoza dans le Traité de la réforme de l’entendement , qu’il oppose aux pulsions dirigées vers l’avoir, le pouvoir ou le plaisir (auxquelles Pascal ajouterait la libido sciendi, pulsion de savoir pour savoir, ou bien peut être pour briller dans les salons ?), parce que ce Bien seul (autre nom de Dieu, ou de l’amor Dei intellectualis) peut procurer une éternité de joie continue et souveraine.

http://hyperspinoza.caute.lautre.net/spip.php?article1464

« L’expérience m’avait appris que toutes les occurrences les plus fréquentes de la vie ordinaire s’ont vaines et futiles ; je voyais qu’aucune des choses, qui étaient pour moi cause ou objet de crainte, ne contient rien en soi de bon ni de mauvais, si ce n’est à proportion du mouvement qu’elle excite dans l’âme : je résolus enfin de chercher s’il existait quelque objet qui fût un bien véritable, capable de se communiquer, et par quoi l’âme, renonçant à tout autre, pût être affectée uniquement, un bien dont la découverte et la possession eussent pour fruit une éternité de joie continue et souveraine. »

Mais Renan vit en un temps « positiviste » , deux siècles après Spinoza, et il doit prendre ses précautions, car il est vrai que de telles « envolées spirituelles » risquent de déclencher l’hilarité générale (et que dire de notre temps alors ?) :

« En débutant par de si pesantes vérités, j’ai pris, je le sais, mon brevet de béotien. Mais sur ce point je suis sans pudeur ; depuis longtemps je me suis placé parmi les esprits simples et lourds qui prennent religieusement les choses. J’ai la faiblesse de regarder comme de mauvais ton et très facile à imiter cette prétendue délicatesse, qui ne peut se résoudre à prendre la vie comme chose sérieuse et sainte ; et, s’il n’y avait pas d’autre choix à faire, je préférerais, au moins en morale, les formules du plus étroit dogmatisme à cette légèreté, à laquelle on fait beaucoup d’honneur en lui donnant le nom de scepticisme, et qu’il faudrait appeler niaiserie et nullité«  »

« comment peut on être béotien ?  »

 lui demanderait à brûle-pourpoint un « esprit fort » , ou un « libertin » (mot si prisé par nos modernes émancipés depuis un certain 14 mai 2011, dont c’est bientôt le premier anniversaire)… quant à moi, au risque de me faire rire au nez, je confesse ma très grande faute, mea maxima culpa : oui j’ai accompli, au cours de ma vie déjà longue, des frasques assez stupides et laides, mais je refuse de m’en couvrir d’un titre de gloire et de prétendue « liberté »…

et puis, pourrait on demander à nos chers « multiculturalistes » :

les béotiens n’ont ils pas eux aussi le droit de vivre et d’être « fiers » de leur particularité ?

mais la formulation de Renan devient vraiment frappante, rien de tel que ces lignes pour se « réveiller » (d’entre les morts sans doute, comme diraient Messieurs Boileau-Narcejac) :

 » S’il était vrai que la vie humaine ne fût qu’une vaine succession de faits vulgaires, sans valeur suprasensible, dès la première réflexion sérieuse, il faudrait se donner la mort ; il n’y aurait pas de milieu entre l’ivresse, une occupation tyrannique de tous les instants, et le suicide. Vivre de la vie de l’esprit, aspirer l’infini par tous les pores, réaliser le beau, atteindre le parfait, chacun suivant sa mesure, c’est la seule chose nécessaire. Tout le reste est vanité et affliction d’esprit. »

Renan rattache cet « itinéraire de l’âme vers le Seul » à l’ascétisme chrétien et au « Maître de la morale », le Christ, et il a raison. Mais l’on doit quand même rappeler qu’il a pris ses distances avec la religion populaire, celle qui « espère un salut sous forme de récompense après le Jugement dernier » etc..

Mais le salut, et le Jugement, c’est maintenant !

à l’heure de notre mort, qui est maintenant !

car c’est à chaque instant que nous nous laissons happer et détourner du seul but assurant le salut , par les distractions, les plaisirs, les ambitions terrestres, bref par la mort !

Oui, des esprits comme Renan, ou Brunschvicg, ou quelques autres (comme Lachelier, Lagneau) sortent du christianisme traditionnel, mais par le haut !

pas par le bas, le marécage des prétendus « libertins »….

et Renan explique très bien, juste après les lignes déjà commentées ici,  la rupture, absolument nécessaire, avec la religion populaire, mais pas avec la racine de la religion, qui sera toujours nécessaire :

« L’ascétisme chrétien, en proclamant cette grande simplification de la vie, entendit d’une façon si étroite la seule chose nécessaire que son principe devint avec le temps pour l’esprit humain une chaîne intolérable. Non seulement il négligea totalement le vrai et le beau (la philosophie, la science, la poésie étaient des vanités) ; mais, en s’attachant exclusivement au bien, il le conçut sous sa forme la plus mesquine : le bien fut pour lui la réalisation de la volonté d’un être supérieur, une sorte de sujétion humiliante pour la dignité humaine : car la réalisation du bien moral n’est pas [p. 83] plus une obéissance à des lois imposées que la réalisation du beau dans une œuvre d’art n’est l’exécution de certaines règles. Ainsi la nature humaine se trouva mutilée dans sa portion la plus élevée »

car du christianisme, je ne vois pas comment on pourrait ne pas retenir au moins ceci, qui est le vademecum de Brunschvicg :

« Dieu est Esprit, et il doit être adoré en esprit et en vérité« 

d’ailleurs le dialogue de Jésus-Christ avec le « jeune homme riche », dans l’Evangile de Matthieu 19, ne débouche t’il pas directement sur la « seule chose nécessaire » de Renan ?

http://www.ebible.free.fr/livre.php?_id=mt&_chap=19

« Et voici, un homme s’approcha, et dit à Jésus: Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle? [17] Il lui répondit: Pourquoi m’interroges-tu sur ce qui est bon? Un seul est le bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. [18] (19-17) Lesquels? lui dit-il. (19-18) Et Jésus répondit: Tu ne tueras point; tu ne commettras point d’adultère; tu ne déroberas point; tu ne diras point de faux témoignage; [19(19-18) honore ton père et ta mère; (19-19) et: tu aimeras ton prochain comme toi-même. [20Le jeune homme lui dit: J’ai observé toutes ces choses; que me manque-t-il encore? [21] Jésus lui dit: Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. [22] Après avoir entendu ces paroles, le jeune homme s’en alla tout triste; car il avait de grands biens. »

quels peuvent être ces « biens » qui empêchent le « jeune homme » de trouver le salut de l’immanence radicale, qui lui permettrait de « ne pas goûter de la mort » ?

pas seulement les biens matériels !

l’important est ici le pluriel :

si « un seul est le bon », alors plusieurs biens est le mal !

pauvres de nous, tiraillés entre l’épouse, la ou les maîtresses, le scotch 12 ans d’âge, la promotion professionnelle, les vacances à …(pas de pub, en tout cas pas à Tombouctou par les temps qui courent !), et bien sûr notre belle conscience immaculée, qui est toujours « pour nous », quand tout le reste nous lâche…

mais j’arrête ces jérémiades, car je m’aperçois que je suis moi aussi « sans pudeur », mais pas d’aussi belle façon que Renan !

allez, encore un petit coup de Renan, mais du Renan devenu vieux, qui se tourne vers ce livre de jeunesse  datant de 1848 , exactement comme Brunschvicg retrouvant en 1942 son « carnet  » datant de 1892 et écrivant le merveilleux « Agenda retrouvé »:

« J’eus donc raison, au début de ma carrière intellectuelle, de croire fermement à la science et de la prendre comme but de ma vie. Si j’étais à recommencer, je referais ce que j’ai fait, et, pendant le peu de temps qui me reste à vivre, je continuerai. L’immortalité, c’est de travailler à une œuvre éternelle. Selon la première idée chrétienne, qui était la vraie, ceux-là seuls ressusciteront qui ont servi au travail divin, c’est-à-dire à faire régner Dieu sur la terre. La punition des méchants et des frivoles sera le néant. Une formidable objection se dresse ici contre nous. La science peut-elle être plus éternelle que l’humanité, dont la fin est écrite par le fait seul qu’elle a commencé ? N’importe ; il n’y a guère plus d’un siècle que la raison travaille avec suite au problème des choses. Elle a trouvé des merveilles, qui ont prodigieusement multiplié le pouvoir de l’homme. Que sera-ce donc dans cent mille ans ? Et songez qu’aucune vérité ne se perd, qu’aucune erreur ne se fonde »

racisme et communautarisme ethno-religieux

tout ce dont les membres, exempts de pathologies mentales graves,  d’une communauté linguistique peuvent parler en se faisant comprendre  « existe », il n’y aurait aucun sens à le nier.

Ainsi cette table, devant moi, cet arbre au loin, ils « existent ».

Et pourtant, peut on dire qu’il « existent absolument » ?

la table a été construite par des hommes, pour des usages humains, elle ne peut ‘exister » indépendamment des savoirs faire industriels humains, acquis au cours de l’Histoire.

De même l’arbre, ou tout autre objet naturel, est une « abstraction » si on le conçoit isolé du monde qui l’entoure : il a besoin pour continuer à « être là » des minéraux que ses racines puisent dans le sol, de l’atmosphère (si elle est trop polluée il meurt).

A la limite il n’existe « dans l’Absolu » rien d’autre que le Tout : et ce Tout est bien plus que ce que nous appelons « le monde ».

Car il est le « Tout » dont on parle, dont je parle actuellement : en en parlant je me situe en quelque sorte « en dehors » du Tout, ce qui m’amène à penser que la notion de « Tout dont on parle » est autocontradictoire.

Hamlet dit à Horatio:

 «  il y a plus de choses sur terre et dans le ciel que dans toute votre philosophie »

seulement, comme le note Brunschvicg,  il parle de la philosophie de son époque, la philosophie scolastique, sorte de mixte entre la philosophie aristotélicienne et les mythologies chrétienne, juive ou musulmane.

La science véritable, et donc la philosophie véritable, ayant affaire à la Vérité pure et non pas aux mensonges de la physique « aristotélicienne » esclave des illusions de la perception, font leur entrée en scène avec Copernic, Galilée, et surtout Descartes.

Et la philosophie « remonte au ciel » selon la belle expression de Guéroult à propos du malebranchisme.

Qu’est ce que la terre ? qu’est ce que le ciel ?

la science montre enfin que les « cieux » , l’espace immense des planètes, des astres et des galaxies, ne sont pas d’une nature différente de celle de notre planète.

La « terre », c’est donc pour nous le monde sensible, celui des perceptions, sensations, …des êtres vivants (et donc mortels) que nous sommes.

Le « ciel » c’est l’espace « intérieur » , ou « internel » selon ce mot que je trouve si beau, et que j’avais trouvé je ne sais plus où…

C’est l’intériorité pure où seulement nous pouvons nous acheminer vers « Dieu » qui est, comme je l’ai démontré, l’Absolu en tant que Raison immanente.

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/une-demonstration-irrefutable-de-lexistence-de-dieu/

Seulement ici attention à ne pas tomber dans un piège terrible !

 cette intériorité est l’universalité véritable, si justement elle dépasse ce qui constitue la prison de la « fausse intériorité » celle des fantasmes et obsessions égocentriques , celle qui me constitue comme « cette personne unique », avec mes goûts, mes pulsions, mes illusions.

Or il n’y a rien là d’unique, parce que tout le monde se prend pour le centre du monde et croit que sa petite personne est l’aboutissement de l’Histoire universelle… tout au moins à notre époque dite « individualiste », celle de la « télé réalité » où tout le monde adore parler de « soi », des ses obsessions médiocres (en général sexuelles », etc…

Seulement l’universalité de la Raison, c’est à dire de l’intériorité vraie, ne commence qu’une fois franchie cette barrière du singulier (mes caractéristiques individuelles quantifiables ou « ineffables », qui disparaîront dans la tombe avec moi), et du niveau « particulier » de ma personnalité, liée à ma « culture » nationale ou tribale , à ma religion éventuelle, et qui en aucun cas n’est universel ni universalisable, sauf fanatisme barbare, celui que nous connaissons trop de nos jours).

A partir de la ligne de partage des temps, à partir de Descartes :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/la-ligne-de-partage-des-temps/

on peut et on doit donc inverser l’appréciation d’Hamlet :

« il y a plus de choses dans la vraie philosophie qui est « itinerarum mentis in Deum », acheminement de l’âme dans le ciel internel vers la Raison Absolue, que sur la terre des êtres sensibles, soumis au vieillissement, à l’entropie et à la mort »

certes, Descartes et Malebranche restent chrétiens, et Descartes dit fort justement, en universalisant pour une fois son comportement particulier, qu’il « est toujours resté fidèle à la religion de sa nourrice », et, implicitement, que c’est ce que tout le monde devrait faire !

eh oui ! c’était le temps où il y avait encore des nourrices, et encore des religions dignes de ce nom (quoique…après la Saint Barthélémy, il nous soit peut être impossible de dire ça) !

ils restent chrétiens, mais leur philosophie, même si elle trouve sa condition de possibilité dans le christianisme, en dépasse les aspects purement religieux, c’est à dire particuliers… et ce même pour Malebranche qui déclare :

« la foi passera mais l’intelligence subsistera éternellement »

ce long préambule pour en venir au terrible problème du racisme et du communautarisme, qui menacent maintenant directement notre république !

de même que cette table, cet arbre, cette maison, « existent », puisque nous pouvons en parler en nous faisant comprendre, de même les « races » existent!

certes elles n’existent pas pour la science, mais pour celle ci, pour la physique mathématique née au 17 ème siècle, naissance en laquelle  Brunschvicg voit le fait capital de l’évolution humaine, cette table, cet arbre n’existent pas non plus !

je dirais même que les « races » existent encore plus qu’il y a 40 ans, en France, et dans la tête des gens : chacun sait, avec certitude, qu’il est « blanc », « noir » « asiatique », « arabe » etc.. cela ne rime à rien de prétendre le contraire !

si l’on se limite aux aspects physicalistes, alors toute pensée raciste est propre à des attardés qui restent prisonnier du plan de la perception vitale, alors que depuis le commencement de la civilisation il y a 4 siècles, la science moderne affranchit les hommes de cette prison matérialiste… mais combien sont ils, ceux qui acceptent de faire usage de cette clé et de se libérer de leur prison mentale ?

seulement dans le choses humaines le « culturel » prime le « naturel » et le « physique » : et c’est ici que s’introduisent les « communautés », religieuses entre autres..

le racisme purement « physicaliste » et « biologique » est intenable, on le voit bien : seulement s’ il évolue et se pare des « plumes » du communautarisme , alors il est bien plus difficile d’en venir à bout, et je dirais même que le racisme, sous sa forme communautariste, n’a fait, en France, que croître et embellir depuis qu’il existe des organisations « antiracistes » !

pourquoi ? à cause de ce phénomène propre aux hommes non encore affranchis de leur être « naturel » par la science et la philosophie.

Chacun croit être le centre du monde, au niveau singulier, mais cette illusion s’étend au plan « particulier », celui des cultures et des religions : chacun croit que sa communauté, sa religion, est « supérieure » aux autres !

sinon il en changerait !

certes, à cause du « politiquement correct » ambiant en Occident, la plupart enterrent cette croyance en leur coeur, et la taisent…

mais ce n’est pas le cas de tous, et pas avec la même intensité : il est facile de se rendre compte, par exemple, que la plupart des musulmans sont persuadés que l’Islam est la seule religion agrée par Dieu… c’est même dit dans le Coran !

alors comment sortir de cette barbarie, de cette illusion propre aux peuples non émancipés par la Raison, qui menace de ruiner toute civilisation ?

certainement pas par le métissage et le mélange chaotique de toutes les « cultures » et « religions » sur un même sol !

Un Alain Finkielkraut l’a bien compris.

En Yougoslavie, les mariages entre personnes de « religion » et « communauté »différentes étaient fort nombreux, cela n’a aucunement empêché une guerre atroce dans les années 90.

Les cultures européennes et les cultures islamiques, ou africaines, ou asiatiques, sont absolument incompatibles.

Certes il n’est pas question d’interdire les mariages « métissés », tout retour en arrière est impossible.

Mais il est fou de placer un quelconque espoir dans le métissage généralisé, bien au contraire : si les histoire d’ amour finissent mal en général, c’est le cas toujours , ou pratiquement, pour les amours « transculturelles », ou « transreligieuses ».

Les cas où cela se passe bien sont TOUJOURS ceux où l’un des deux partenaires accepte de « céder » et d’abandonner certains traits de sa « culture »… ne fût ce qu’au moment où les enfants naissent  car dans quelle religion vont ils être élevés ? vont ils preier à l’église avec maman et manger du jambon, ou bien suivre papa à la mosquée ?

l’Islam a là dessus une réponse simple, voire simpliste, et inacceptable : l’Islam est la Vérité, donc les enfants d’un couple mixte seront musulmans , que cela plaise ou non au conjoint non musulman !

Un chrétienne ou une juive épousant un musulman est fortement « encouragé » à devenir musulmane, quoique non obligée… par contre, et toujours selon le Coran, qui est pour les musulmans parole  de Dieu, un non musulman que désire épouser une musulmane DOIT se convertir à l’Islam !

or si l’on trouve cela bien, on reconnaît que certaines « communautés », certains « particularismes », sont supérieurs à d’autres !

c’est le droit de chacun de penser cela : mais pourquoi tombe t » on à bras raccourcis sur les européens qui veulent que les autres « cultures » installées sur le sol européen fassent un effort d’assimilation, alors que l’on ne dit rien contre les musulmans qui refusent que leur fille épouse un chrétien ou un juif ?

Non, la voie de sortie hors du racisme, hors du communautarisme, est ailleurs que dans le mélange et le métissage généralisés !

paradoxalement, je ne peux me rapprocher de l’Autre que si je « plonge » en moi même, franchissant définitivement la « barrière » de la fausse intériorité dont je parlais plus haut, et accédant à l’universalité de la Raison où nous sommes tous « en chemin vers l’Unité ».

La religion véritable, religion de la Raison, est forcément affranchissement des barrières du groupe social, ethnique ou « racial » , comme le dit Lachelier cité par Brunschvicg :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/raison_et_religion.html

« Par religion (disait Jules Lachelier au cours d’un dialogue mémorable où il se confrontait à Émile Durkheim) je n’entends pas les pratiques religieuses ou les croyances particulières, qui trop évidemment varient d’un état social à un autre. Mais la vraie religion est bien incapable de naître d’aucun rapprochement social ; car il y a en elle une négation fondamentale de tout donné extérieur et par là un arrachement au groupe, autant qu’à la nature. L’âme religieuse se cherche et se trouve hors du groupe social, loin de lui et souvent contre lui… . L’état de conscience qui seul peut, selon moi, être proprement appelé religieux, c’est l’état d’un esprit qui se veut et se sent supérieur à toute réalité sensible, qui s’efforce librement vers un idéal de pureté et de spiritualité absolues, radicalement hétérogène à tout ce qui, en lui, vient de la nature et constitue sa nature »

l’état d’un esprit qui « se veut et se sent supérieur à toute réalité sensible », c’est celui d’une âme humaine qui se libère du carcan de la pensée « matérialiste », soumise à la perception vitale et à ce que nous appelons ici le « selon l’être », soumise aux illusions du multiple donc, et qui adopte la « pensée selon l’un ».

Si Badiou déclare que l’ontologie ne peut être que celle du multiple pure, il a raison ; mais quand il identifie mathématique (sous forme de théorie des ensembles) et ontologie, alors il ferme tout simplement la porte de la prison et empêche l’évolution dont parle Lachelier.

Et après il vient vitupérer le « racialisme » dont il est, inconsciemment, le promoteur et le garde-chiourme !

non, la mathématique  ne s’identifie pas avec l’ontologie ni avec la théorie des ensembles et des multiplicités pures !

sous sa forme catégorique moderne, elle dépasse la théorie des ensembles qui ne forment qu’une catégorie parmi les autres en nombre indéfini.

Ce qui veut dire que la Mathesis universalis, la philosophie fondée sur la mathématique, constitue, et elle seule,  la voie de sortie hors de la prison du sensible, et donc, la libération vis à vis de tout racisme et de tout communautarisme !

 

 

Descartes : Regulae ad directionem ingenii, I

Le samedi 27 janvier 1945, lorsque tant de nobles esprits se sont réunis (pour la première fois depuis juin 1939) pour commémorer le souvenir des morts à travers celui de Léon Brunschvicg  :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/07/nous-tacherons-demain-darmer-la-sagesse/

tout était encore possible !

La France, l’Europe , étaient en grande partie détruites, il fallait reconstruire, et ce fut fait, en quelques années qui signèrent le début de ce que l’on a coutume d’appeler « les trente glorieuses ».

Seulement on oublia le principal :

armer la sagesse

ce qui signifie peut être (plutôt que mettre les avions de l’OTAN sous les ordres des pitoyables « intellectuels » du 5 ème arrondissement) : faire en sorte que « de notre rapport à l’esprit l’ on ne puisse plus douter » et donc garantir l’impossibilité future de tout « triomphe brutal de l’extériorité », comme le fut indubitablement l’invasion de Mai 1940 (précédée de tant d’horreurs déjà) qui chassa tant de malheureux de chez eux, et parmi eux : Brunschvicg.

C’est cela, l’idéalisme brunschvigcien, la « spiritualité brunschvicgienne », à laquelle est consacré un article de Bastide dans le numéro de la revue de métaphysique et de morale de 1945 déjà cité (à partir de la page 21) :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113603/f25.image.langFR

reconstruire ? oui ! mais ne pas mettre la charrue avant les boeufs, le confort matériel retrouvé dès les années 60 (avec aussi les concerts de rock  qui évoquaient à je ne sais plus qui les discours d’Hitler au Reichstag) avant la pureté et la liberté de l’esprit.

C’est donc exactement le contraire de la sagesse pratique de Brunschvicg, Lachelier ou Lagneau qui fut fait, et les conséquences sont visibles aujourd’hui, et depuis longtemps… plus longtemps encore que Mai 68 ou les concerts de Johnny à l’Olympia.

Mais cela les participants à la séance du 27 janvier 1945 ne pouvaient pas le savoir : ils étaient encore habités par l’immense espérance de « trouver du nouveau sous le soleil », de  bâtir un:

« miracle d’un rare dessein,
Ce palais de plaisance ensoleillé sur l’abîme glacé  »

http://www.citizenkane-video.com/pages/kubla2.html

en d’autres termes : ils vivaient encore (à crédit, car on sait que la philosophie d’après guerre a totalement rompu avec l’idéalisme mathématisant pour la brutalité de l’extériorité marxo-freudienne) sur la vertu d’espérance que promet et surtout promeut la pensée de Brunschvicg, et qui est exprimé avec tant de bonheur à la fin d’Introduction à la vie de l’esprit :

« l’univers est bon, absolument bon, du moment que nous savons le comprendre ; car nous sommes maîtres de n’y voir que ce qui s’unit à nous…rien ne peut interdire à l’intelligence de rencontrer dans le monde uniquement ce qui est fait pour elle, la loi d’où naît la vérité…rien ne peut empêcher la volonté de rencontrer dans le monde uniquement ce qu’elle cherche , l’occasion de se dévouer à l’intérêt supérieur de l’humanité ; elle n’a rien à craindre hors ses propres défaillances…une fois que nous avons rempli l’univers de notre esprit, il est incapable de nous rien renvoyer si ce n’est la joie et le progrès de l’esprit..

la vie est bonne, absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité, au dessus de la mort.

La vraie religion est le renoncement à la mort ; elle fait que rien ne passe, rien ne meurt pour nous, pas même ceux que nous aimons; car de toute chose, de tout être qui apparaît et qui semble disparaître, elle dégage l’idéal d’unité et de perfection spirituelle, et lui donne pour toujours asile dans notre âme. »

Nous sommes ici très proches des passages les plus sublimes de la Bhagavad-Gîtâ, mais très loin des mythes populaires de la réincarnation repris par la théosophie de Blavatsky et consors !

http://www.bhagavad-gita.org/Gita/verse-02-20.html

http://fr.wikisource.org/wiki/La_Bhagavad-G%C3%AEt%C3%A2,_ou_le_Chant_du_Bienheureux/Chapitre_2

« 11. « Tu pleures sur des hommes qu’il ne faut pas pleurer, quoique tes paroles soient celles de la sagesse. Les sages ne pleurent ni les vivants ni les morts ;

12. Car jamais ne m’a manqué l’existence, ni à toi non plus, ni à ces princes ; et jamais nous ne cesserons d’être, nous tous, dans l’avenir. »

Brunschvicg est encore plus clair dans « Raison et religion » :

« il ne s’agit plus pour l’homme de se soustraire à la condition de l’homme. Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent, qui permet d’intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l’expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l’avenir.  »

mais revenons à la fin admirable d’Introduction à la vie de l’esprit :

« Alors, vivant dans notre idéal, et nous en entretenant avec nous mêmes, nous connaissons le sentiment de sécurité profonde et de repos intime qui est l’essence du sentiment religieux, et qui n’est autre que la purté absolue de l’esprit« 

appelons « essence d’un être » cet idéal d’unité et de perfection spirituelle, nous pouvons alors peut être admettre que , temporellement, c’est à dire illusoirement, dans l’extériorité spatio-temporelle, l’existence précède l’essence ?

or, comme nous ne savons pas élever la vie au dessus de la mort, tout devient pour nous…mort !

processus décrit dès les années 60 dans « Les choses » de Perec, ou au début des années 80 dans la trilogie « Welcome in Vienna » au cinéma par Axel Corti

http://www.le-pacte.com/france/a-l-affiche/detail/trilogie-welcome-in-vienna/

nous aimons encore les rencontres, mais au lieu de chercher celles dans lesquelles l’intelligence rencontre uniquement ce qui est fait pour elle, nous nous adressons à Meetic , ou pire …

du trou d’être à la béance de la bêtise …

mais si nous ne sommes pas encore tout à fait morts, nous restons libres de renverser ce mouvement funeste !

la philosophie s’offre alors à nous, telle une maîtresse sévère et sans complaisance aucune pour nos lâchetés et pusillanimités intimes, la philosophie véritable, celle qui remonte à Descartes.

Et avant les Meditationes, il faudra décidément commencer par les Regulae de 1628, que Marion décrète « ontologie grise de Descartes, et les Regulae en latin s’il vous plaît : renverser le mouvement, c’est faire s’effondrer l’effondrement de l’enseignement et de la culture, et donc reprendre l’étude du latin et du grec (auxquels on pourra adjoindre le sanscrit et l’hébreu), et le latin de Descartes semble un peu plus aisé que celui de Cicéron, et moins pompier (ou disons militaire) que celui de la « Guerre des gaules » !

les Regulae que Brunschvicg signale comme « borne et jalon » dès le début de son « Humanisme de l’Occident » :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1.html

« Théophraste se demande si le mouvement circulaire n’est pas au contraire d’une nature inférieure à celui de l’âme surtout au mouvement de la pensée, duquel naît ce désir où Aristote lui-même a cherché la source du mouvement du ciel. »

A la question précisée par ce fragment de Théophraste, qui sonne comme un adieu de l’Occident à lui-même, nous savons

qu’il a fallu attendre plus de vingt siècles pour que Descartes y apporte enfin la réponse. Dans l’intervalle, l’éclipse des valeurs proprement et uniquement spirituelles sera complète dans la littérature européenne : la voie est libre aussi bien pour l’importation directe des divers cultes d’Égypte ou d’Asie que pour les fantaisies de synthèses entre le vocabulaire des Écoles philosophiques et la tradition des récits mythologiques.

C’est de Descartes que date le retour à la spiritualité pure par laquelle Platon avait mis en évidence le caractère de la civilisation occidentale : « Toutes les sciences (écrit-il dans la première des Règles pour la direction de l’esprit), ne sont rien d’autre que la sagesse humaine, laquelle demeure toujours une et identique, tout en s’appliquant à divers sujets, sans se laisser différencier par eux, plus que la lumière du soleil par la variété des choses qu’elle éclaire. » Mais l’humanisme de la sagesse ne manifestera toute sa vertu dans la recherche de la vérité, que s’il a conquis, par une ascèse préalable, sa liberté totale à l’égard des préjugés de la conscience collective. De cette ascèse, Descartes sera redevable aux Essais de Montaigne. »

car il est vrai que la cure préparatoire à la médecine (un peu violente) du cartésianisme commence avec ce qui ressemble à un relativisme multiculturel (si prisé à notre époque) chez Montaigne :

« Voici donc ce qui se dégage avec les Essais pour former comme la première assise du spiritualisme occidental : une histoire naturelle des croyances au surnaturel, cette histoire même que Fontenelle et Bayle, Hume et Voltaire, de nos jours enfin MM. Frazer et Lévy-Bruhl, poursuivent, embrassant un champ de plus en plus vaste, selon des procédés de plus en plus assurés. Les explications totales, celles qui apportent à l’homme la clé de n’importe quelle énigme, depuis la création du monde jusqu’à la survie ou la résurrection des morts, sont, pour reprendre le titre de l’excellent ouvrage de M. Daniel Essertier, des formes inférieures d’explication. Dieu n’a pu être élevé au-dessus du principe d’identité que par des hommes demeurés eux-mêmes au-dessous du seuil de la logique. Tout recours au primat de la tradition nous rejette donc dans le lointain de la « mentalité primitive », à partir de laquelle se déroule, ininterrompu, le tissu mystique, ou mystifiant pour parler plus exactement, des représentations collectives. Pas de peuple d’élection, pas de culte d’exception. Ce n’est pas défendre l’Occident que de plaider pour l’incarnation du Christ contre l’incarnation du Bouddha ; au contraire, le trait caractéristique des communautés orientales est que chacune met sa propre Église et sa propre orthodoxie en concurrence avec les Églises voisines et les orthodoxies rivales. Par delà les luttes perpétuelles des espèces éclate, aux yeux d’un observateur impartial et désintéressé, l’identité du genre.  »

seulement attention : l’âme n’est pas l’esprit, l’intériorité seulement individuelle et subjective des goûts et des humeurs n’est pas l’intériorité spirituelle dans sa véritable dimension d’universalité, qui est celle à laquelle nous engagent à nous unir Descartes, Malebranche et Brunschvicg :

« Telle est la première perspective de la sagesse occidentale selon Montaigne, et telle déjà elle inquiétait la clairvoyance de Pascal. Mais, depuis Descartes, on ne peut plus dire que la vérité d’Occident tienne tout entière dans la critique historique et sociologique des imaginations primitives. Sortir de la sujétion de ses précepteurs, s’abstenir de lire des livres ou de fréquenter des gens de lettres, rouler çà et la dans le monde, spectateur plutôt qu’acteur en toutes les comédies qui s’y jouent, ce ne seront encore que les conditions d’une ascétique formelle. A quoi bon avoir conquis la liberté de l’esprit si l’on n’a pas de quoi mettre à profit sa conquête ? Montaigne est un érudit ou, comme dira Pascal, un ignorant ; dans le réveil de la mathématique il ne cherche qu’un intérêt de curiosité, qu’une occasion de rajeunir les arguties et les paradoxes des sophistes. L’homme intérieur demeure pour lui l’individu, réduit à l’alternative de ses goûts et de ses humeurs, penché, avec une volupté que l’âge fait de plus en plus mélancolique, sur « la petite histoire de son âme ». Or, quand Descartes raconte à son tour « l’histoire de son esprit », une tout autre perspective apparaît : la destinée spirituelle de l’humanité s’engage, par la découverte d’une méthode d’intelligence. Et grâce à l’établissement d’un type authentique de vérité, la métaphysique se développera sur le prolongement de la mathématique, mais d’une mathématique renouvelée, purifiée, spiritualisée, par le génie de l’analyse. »

Nous trouvons ici, si nous savons lire, l’explication des trois mondes de Popper et surtout de Penrose :

http://online.itp.ucsb.edu/online/plecture/penrose/oh/01.html

or on sait que Brunschvicg récuse les notions de « monde intelligible » ou « monde spirituel » !

toute cette aventure « platonicienne » (pour notre temps, bien plus que les retraductions récentes de Badiou) commence donc avec la règle I pour la direction de l’esprit :

http://www.hs-augsburg.de/~harsch/Chronologia/Lspost17/Descartes/des_re01.html

Studiorum finis esse debet ingenii directio ad solida et vera, de iis omnibus quae occurrunt, proferenda judicia.

http://fr.wikisource.org/wiki/R%C3%A8gles_pour_la_direction_de_l%E2%80%99esprit

Le but des études doit être de diriger l’esprit de manière à ce qu’il porte des jugements solides et vrais sur tout ce qui se présente à lui.

« car comme les sciences toutes ensemble ne sont rien autre chose que l’intelligence humaine, qui reste une et toujours la même quelle que soit la variété des objets auxquels elle s’applique, sans que cette variété apporte à sa nature plus de changements que la diversité des objets n’en apporte à la nature du soleil qui les éclaire, il n’est pas besoin de cir­conscrire l’esprit humain dans aucune limite ; en effet, il n’en est pas de la connaissance d’une vérité comme de la pratique d’un art ; une vérité découverte nous aide à en découvrir une autre, bien loin de nous faire obstacle« 

on voit que nous sommes ici très loin de la réforme des Universités chargée de les préparer à remplir leur rôle de formation des futrus officiers dans la guerre économique mondiale !