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Lore (film de 2012)

J’ai eu une bonne surprise en regardant « Lore » mercredi soir sur Arte:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Lore_(film)

On peut voir ce film en deux parties sur Dailymotion , en allemand avec sous titres en anglais:

et

A noter que « Lore » veut dire en anglais « tradition » , correspondant à Qabbalah en hébreu. Le prénom complet de la jeune fille est Hannelore.
Un film émouvant parce que l’histoire semble se téléscoper actuellement :1945 a été une année très dure pour le peuple allemand, dont témoigne un livre comme « Automne allemand » de Stig Dagerman:

https://charybde2.wordpress.com/2015/03/31/note-de-lecture-automne-allemand-stig-dagerman/

et en particulier pour les femmes allemandes, victimes de viols quotidiens et monstrueux qui n’étaient pas tous commis par des soldats russes ivres de vodka. Certaines scènes de « Lore » montrent cette terrible réalité, révélée aussi par le livre « Une femme à Berlin »:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Une_femme_%C3%A0_Berlin

La situation qui prévalait dans le chaos de ces mois et années là était tout simplement la réalisation de « l’idéal » d’Hitler et de ses complices: le règne sans aucune « digue morale ou spirituelle »de l’état de Nature, c’est à dire du « plan vital » absolument séparé du « plan spirituel »dont c’est l’office des religions (ne parlons même pas ici de philosophie, les « intellectuels » étaient aux abonnés absents) d’être le représentant, ou la voie d’accès  :concurrence de tous et toutes pour la survie, seuls les plus forts (et sans doute les plus cruels, les moins scrupuleux) , les « plus aptes à la survie » sont sélectionnés par la « nature » et restent en vie, les autres, les « plus faibles » qui selon le Führer « ne méritent pas de vivre » (comme s’il y avait quelque chose comme le mérite ou la valeur sur le « plan vital »!) sont éliminés…ou s’éliminent eux mêmes en se suicidant. Il me semble que de telles périodes du plus grand danger pour une civilisation ou bien comme actuellement ou bien il y a 70 ans pour ´humanité dans son ensemble « mais où croît la plante qui sauve » correspondent à ces occasions dont l’Evangile dit que « le Royaume des cieux s’est rapproché de la terre »ou bien, comme le dit un Psaume je crois , « où la Vérité germera de la Terre »..en fait c’est le Psaume 85:11

http://saintebible.com/psalms/85-11.htm

« La vérité germera de la terre, et la justice regardera des cieux. »
Vérité : אֱ֭מֶת = Aleph dans Meth (=mort) (penser à la légende du Golem qui s’animait quand les rabbins lui adjoignaient un Aleph au front devant les lettres de Meth ce qui donnait Emeth et redevenait inerte lorsqu’ils l’en levaient ne laissant que Meth =mort
Germera: titzmeah תצמח
De la terre : meeretz
מֵאֶ֣רֶץ

Le kabbaliste Carlo Suares interprète Aleph comme  » vie-mort » donc soit :équivalence de la vie et de la mort, ce qui est une compréhension dépassant la contradiction ultime ;stade de compréhension et dépassement des contradictions nommé « point Suprême » dans le Zohar , soit succession indéfiniment répétée du cycle vie-mort qui désigne les générations: c’est ce que nous nommons ici « plan vital » et qui est le « mauvais infini » de Hegel et cela ne m’étonnerait pas que les anciens gnostiques en aient fait un dieu ou un Archonte et ne l’aient adoré, les Ophites par exemple, en lui consacrant force récits mythologiques . En tout cas Aleph désigné ce qui joint le « plan vital  » (succession indéfinie vie-mort) et le « plan spirituel » (équivalence dialectique de la vie et de la mort) c’est donc ce mystérieux élément neutre de Wronski « identité primitive de l’être et du Savoir » ou du plan vital et du plan spirituel, du multiple et de l’Un si l’on veut,que nous cherchons dans les foncteurs et les morphismes géométriques de la « Higher topos theory » de Jacob Lurie mais que les anciens hébreux, qui se torturaient moins les méninges, auraient caché dans l’Alphabet avec certaines clefs contenues dans le Tanakh et la Qabbalah. Cette porte est cependant fermée pour nous autres, et je préfère encore me fier à Lurie et Lawvere qui est d’ailleurs hégélien…
On notera en tout cas dans le verset 85:11 le curieux jeu des lettres Aleph, Mem, Tav, Tsadeh et Heth que Carlo Suares aurait certainement remarqué…le royaume des cieux dans les passages évangéliques ou bibliques dont je parlais plus haut désigne le plan spirituel royaume des Idées comme « Vérité » et « Justice » (qui doit être le Bien au delà de l’être de Platon, le Bien Ineffable, l’Un) justice qui regarde donc depuis son Royaume le « plan vital » en bas, plan de l’Histoire et notamment l’histoire du petit peuple « élu » qui chemine dans le désert. qu’est ce que tout ce fatras veut dire? Que les valeurs, appartenant au plan des Idées, ensemencent , par l’intermédiaire de l’esprit humain, la « terre » le plan vital de l’histoire des humains et ceci se produit le plus violemment et clairement lorsque le ciel se rapproche de la terre, le plan spirituel du plan vital, alors les « prophètes » se mettent à dire dans des « visions » : « repentez vous car le royaume des cieux est proche! » Repentez vous veut dire en fait « retournez vous, changez votre orientation » et cela évoque la metanoià la conversion, le changement d’attraction et de polarité qui est symbolisé dans le Tarot par la lame XII du Pendu et correspond dans la mythologie scandinave au dieu Odin qui pendit Neuf jours et Neuf nuits au Frêne universel Yggdrasil à la recherche de la Connaissance secrète, la Gnose et trouva apres cette ascèse les Runes (la Gnose sacrée); le fait de se trouver pendu par les pieds (comme dans la lame 12 du Tarot) signifie inverser l’attraction, en donnant désormais la prédominance au plan spirituel, à la recherche de la Gnose (les runes d’Odin) par rapport au plan vital.
Le Sepher Yetsirah, ou « Livre de la création » , très ancien traité de « science des lettres », distingue trois lettres-mères, fondamentales : Aleph, Mem et Shin:

Cliquer pour accéder à Sefer_Yetzirah_Kaplan.pdf


que l’on peut identifier me semble t’il aux trois « éléments primitifs » de Wronski et confirme le rôle d’élément neutre d’Aleph, identité primitive du plan vital représenté par la lettre Mem = Mayim= Eau et du plan spirituel Shin ש
A noter que Aleph suivi de Shin donne אש = Esh = le feu tandis que Aleph suivi de Mem est la mère אם. Mem suivi de Tav signifie « mort » מת mais ces deux lettres dans l’ordre inverse, Tav suivi de Mem signifie « Parfait » תם
Ces deux mêmes lettres Mem et Tav combinées avec Aleph donnent Emeth אמת
Tav n’est pas une lettre mère mais désigne la Croix, d’ailleurs dans certaines Lames 12 du Pendu dans le Tarot l’arrière plan du personnage pendu à la forme d’un Tav et ses jambes forment une Croix
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Le pendu désigne le stade spirituel où l’attraction s’inverse et où le plan spirituel de l’Idée et de l’immanence prédomine sur le plan vital Mem (Eau) de la transcendance « mondaine » ou de celle pseudo-religieuse des fausses conceptions de Dieu, différentes du Dieu des philosophes et des Savants « aperçu par la Raison désintéressée », transcendance calquée comme le dit André Simha dans son « Manifeste pour l’autonomie », sans doute le lien le plus important de ce blog, sur les rapports hiérarchiques propres au plan vital et aux sociétés humaines donc fort peu spirituel ( et contradictoire, car Transcendance ne peut que signifier absence de liens, de rapports, de morphismes):

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/01/24/brunschvicgintroduction-un-manifeste-pour-lautonomie/

Le Pendu a l’attitude inverse de celle de Narcisse, attiré par l’eau où sa beauté se reflète tellement bien qu’il tombe dans le fleuve pour se confondre avec son image: le narcissique reste pris au piège du psychique , impuissant à s’élever au plan spirituel par l’inversion des pôles symbolisée par le Pendu, qui n’est autre que la dés-individuation expliquée par André Simha dans son « manifeste pour l’autonomie » (page 10); rien ne pourrait être plus préjudiciable que d’interpréter les appels à l’intériorité de Brunschvicg sur le plan psychique, comme une obsession narcissique de soi meme, et d’ailleurs Brunschvicg met clairement en garde contre ce danger inhérent aux recours seulement psychiques à la « méditation », seule la mathesis peut éviter ce danger de complaisance envers soi meme, c’est pour cette raison que Brunschvicg insiste tellement dessus, et aussi Malebranche quand il dit que « la mathématique est la plus parfaite application de l’esprit à Dieu »
Notons aussi que si l’on retire le Mem central au mot Emeth = vérité restent Aleph et Tav dans le mot Eth qui en hébreu sert à désigner le complément d’objet, la « totalité objectifiée » ainsi au verset 1de la Torah le mot « Eth » précède les deux compléments directs de l’action d’Elohim  » eth ha-aretz » (la terre c’est à dire le plan vital) et « eth ha Shamayim » ( les cieux=plan spirituel) voir la gematria de ce verset 1, sans doute le plus important de la Bible hébraïque sur Biblewheel:

http://www.biblewheel.com/GR/GR_Database.php?bnum=1&cnum=1&vnum=1

Bereshit (Au commencement, Dans le Principe) bara Elohim (créa Lui-les-Dieux) eth ha Shamayim ( le ciel’ le plan spirituel) ve-eth ha-aretz ( et la terre, le plan vital)

Voilà pourquoi Louis Lambert dans la comédie humaine de Balzac dit que « trois et sept sont les deux plus grands nombres spirituels »
Trois : nombre des lettres mères Aleph, Mem, Shin du « Sepher Yetsirah » et des éléments primitifs de Wronski
Retirez 3 de 22, nombre total des lettres de l’alphabet hébreu, restent 19 autres lettres ( le fameux nombre 19 qui obsède tant les musulmans) et :

19= 7 + 12

7 ( dont le nom hébreu désigne un cycle, un retour au point de départ) est le nombre du Temps et des planètes ( ou lettres doubles de l’Alphabet hébreu) et 12 est le nombre de l’Espace, des signes du Zodiaque ( mentionné explicitement dans le « Sepher Yetsirah ») et des lettres simples. 3, 7 et 19 sont des nombres premiers (divisibles seulement par 1et par eux mêmes) de rang 3, 5 et 9 (ou 2, 4 et 8 soit trois puissances de 2 successives si l’on considère que 1 n’est pas un nombre mais le Tout et que la suite des nombres premiers commence avec 2)

Quel rapport avec notre film ? C’est que « Lore » nous montre justement l’une de ces périodes, en 1945, où « les cieux sont ouverts » et où la metanoia, la conversion est possible, période terrible bien sûr, période apocalyptique (mot grec en rapport avec la Révélation, donc la compréhension de la Vérité qui « germe de la terre », du plan vital, du déroulement des événements de l’Histoire. C’est pourquoi le scénario introduit Thomas, le jeune juif échappé d’un camp d’extermination que rencontrera Lore la fille d’un haut dignitaire nazi et qui cheminera un temps avec elle et ses frères et sœurs et les aidera.
Ici on pourrait croire à un conte à l’eau de rose « antiraciste » comme on les affectionne dans les bars de luxe de St Germain des prés: juifs gentils, méchants allemands , si tous les gars et toutes les filles du monde voulaient bien danser en se tenant la main, et aussi la queue lol pour « fraterniser » etc..etc.. Mais ce n’est justement pas le cas, Lore reste marquée par la haine anti juive que lui a inculquée son père nazi , et Thomas le jeune juif est aussi très ambivalent. Ces deux là éprouvent une attraction qui n’est pas du tout noble et spirituelle et ils commettront un crime , tuant un allemand qui se préparait à violer Lore qui fait alors semblant d’être consentante, laissant approcher Thomas qui tue l’homme à coups de pierres. S’ensuit une scène très belle où Lore se précipite dans l’eau du fleuve (Mem, plan vital) avec le bébé qui est son petit frère, et est sauvée au denier moment de la noyade par Thomas. Cette scène symbolise selon moi l’immersion complète dans le plan vital qui est le sens symbolique profond du baptême. Elle est préparée par la scène précédente montrant l’homme qui sera tué par Thomas avec la complicité de Lore pêchant des poissons dans le fleuve et les mettant en réserve dans un seau d’eau. Or la pêche a toujours symbolisé la recherche de la connaissance d’En Haut dans le plan d’En Bas ( le plan vital) et les poissons comme habitants du plan vital (du fleuve) sont l’analogie des oiseaux comme habitants naturels du plan spirituel (du ciel) : pêcher les poissons et les ramener à l’air veut dire prendre du plan vital ce qui y est disponible pour le « plan spirituel », voir aussi la pêche miraculeuse et l’expression « pêcheur d’hommes » dans l’Evangile.
Le geste inverse ( abattre un oiseau pour le « fixer » en terre) correspond au meurtre du Soi, de l’Esprit : d’où la malédiction qui frappe le Vieux Marin dans le poème de Coleridge  » Rime of the anciens mariner » apres qu’il ait tué l’Albatros, symbole du plan spirituel et du Christ:
« With My cross bow I shot the Albatross »

Voir sur ce poème qui est sans doute l’œuvre littéraire qui m’a le plus influencé et bouleversé les liens suivants:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/coleridge-le-dit-du-vieux-marin/

https://horreurislamique.wordpress.com/2015/07/20/premiere-partie-du-dit-du-vieux-marin-de-coleridge/

https://horreurislamique.wordpress.com/2015/07/19/derniere-partie-du-dit-du-vieux-marin-de-samuel-taylor-coleridge/

https://horreurislamique.wordpress.com/2015/07/20/explication-sommaire-des-deux-passages-du-dit-du-vieux-marin/

et l’article suivant fait le lien entre ce poème et les deux plans, vital et spirituel, de « Raison et religion » de Brunschvicg:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2015/05/27/brunschvicgraisonreligion-exemple-4-des-opositions-fondamentales-le-dit-du-vieux-marin-de-coleridge/

Mais si le film ne vise pas à être un nième « conte à l’eau de rose pour Bisounours » moqués à juste titre par Éric Zemmour, pourquoi introduire un jeune juif et une jeune allemande en fuite fille d’un dignitaire nazi ? Je vais essayer de montrer pour terminer cet article un peu en fouillis qu’il y a là une dimension plus profonde.. Pourquoi cette haine universelle contre les juifs, non seulement en Islam et chrétienté mais aussi paraît il au Japon ou en Chine où il n’y a jamais eu de présence juive importante ? une haine démoniaque dont Hannelore se libère dans le film au contact de Thomas, mais cela ne finit pas sur un happy end à la guimauve style « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » sinon nous serions dans « Qu’est ce qu’on a fait au Bon Dieu » qui est un film fort suspect comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire…
Un Dieudonné , fort habile, niera cette haine en prétendant qu’il ne hait que les « sionistes » mais cela ne trompe plus personne apres les attentats de 2015, un Askolovitch, juif lui même me semble t’il, ne songera qu’à dédouaner son cher Islam au moyen d’un traitement de choc au « CÉPALISLAM »

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Je vais expliquer ici la raison, fort peu rationnelle, de cette démoniaque haine universelle avec un sentiment aigu de ma responsabilité : la « raison » en est que les juifs sont justement associés dans les représentations collectives des peuples occidentaux (influencés par la Bible) à la dichotomie entre plan vital et plan spirituel qui est la grande affaire de l’humanité (et apres cette haine ou cet « effroi sacré » se transmettent aux autres peuples non concernés par la Bible à cause de la domination mondiale de l’Occident depuis 5 siècles)
C’est de plusieurs façons que les juifs, ou les hébreux (Israel) sont associés inconsciemment dans la psyché collective des peuples : d’abord parce que c’est aux israélites que Moïse transmet les Tables de la Loi divines, les juifs jouent donc le rôle de « Surmoi » de l’humanité dans l’inconscient collectif, de « frère aîné grincheux » venant donner des leçons aux autres . Mais le parcours même des juifs , de la sortie d’Egypte ( plan vital) à la Terre promise d’Israël ( plan spirituel) symbolise celui qui est la grande affaire de tout être humain désireux de salut: être libéré des servitudes du plan vital et accéder au plan spirituel qui est la promesse d’un sens à son existence d’esclave.
Mais il y a une troisième association plus obscure, des juifs (ou plutôt des représentations collectives les concernant) avec ces périodes dont je parlais plus haut de grand danger d’anéantissement total de l’humanité où « le royaume des cieux semble ouvert » et où il est important de se repentir, c’est à dire de se convertir du plan vital au plan spirituel en adoptant l’attitude de Metanoia (retournement) symbolisée par le Pendu du Tarot. Cette association provoque l’effroi sacré et la Terreur, chez les juifs eux mêmes, chez qui l’angoisse est remémorée à chaque fête de Pessah, ramenant les consciences « in illo tempore » vers la Sortie d’Egypte coïncidant avec l’extermination des nouveaux nés d’Egypte pour inciter le Pharaon à laisser partir les esclaves hébreux . L’interprétation de ces fables est pour moi très claire: ce sont des hébreux présents comme esclaves dans toutes les maisons d’Egypte et non l’Ange du Seigneur qui ont marqué les maisons des hébreux du sang d’un agneau pour indiquer qu’elles devaient être épargnées , et au cours le la nuit ce sont des hébreux qui ont massacré les nouveaux nés égyptiens sur l’ordre de Moïse : Dieu a bon dos! comment un « Dieu » pourrait il parcourir le pays (il a donc des jambes, une voiture) en massacrant cruellement les uns, et épargnant les autres? Tout cela est absurde et je me demande comment des gens instruits peuvent encore se complaire dans les bondieuseries suivantes, voir:

https://bible.org/node/17612

La conception du Dieu-Idée doit absolument être épurée par la Raison désintéressée , Raison universelle des esprits de ces horreurs ridicules qui acheminent l’humanité à l’athéisme , au désespoir et au nihilisme du consumérisme roi et de l’oubli de l’Esprit et de l’Un (plutôt que de l’Etre) dans une partouze générale qui laissera une terrible gueule de bois! Si du moins il y a un « après »
La fête de Purim commémore par contre le livre d’Esther qui décrit comment les juifs ont échappé à une extermination et à l’anéantissement total :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Pourim

Bref les juifs sont forcément associés dans les représentations collectives à effroi, terreur, danger imminent d’anéantissement , toutes notions propres au plan vital parce que comme le remarque Brunschvicgles religions sont restées prisonnières du plan vital, incapables d’assurer leur office qui est de libérer les âmes (les consciences) du plan vital et de les acheminer au plan spirituel:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

« si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon.


le propre de l’esprit est de s’apparaitre à lui même dans la certitude d’une lumière croissante, tandis que la vie est essentiellement menace et ambiguïté. Ce qui la définit c’est la succession fatale de la génération et de la corruption. Voilà pourquoi les religions, établies sur le plan vital, ont beau condamner le manichéisme, il demeure à la base de leur représentation dogmatique…  »
Si Le film « Lore » introduit donc dans l’intrigue un réfugié juif, ce qui est normal dans l’Allemagne de 1945, c’est aussi pour la raison plus profonde que je viens d’expliquer : la période terrible décrite par ce film est l’une de ces périodes de grand danger, mais où le « Royaume des cieux » , le plan spirituel, est « proche » et les juifs sont associés collectivement et « métaphysiquement » à de telles périodes.

Et il me semble que la phase historique de guerre mondiale terrifiante que nous vivons actuellement, 70 ans après 1945 , est aussi une telle période.

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C.S. Lewis et Joy Gresham épouse de William Lindsay Gresham : « les ombres du coeur »(amour,cancer, whisky, paranormal et vérité)

J’avais rédige il y a quelques semaines un article après avoir vu le très beau film de Richard Attenborough : « Les ombres du coeur »
Voir cet article:

https://mathesismessianisme.wordpress.com/2015/06/24/les-ombres-du-coeur-shadowlands-c-s-lewis-et-joy-gresham/
Et voici la page Wikipedia du film:
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Les_Ombres_du_cœur
Notons pour commencer que Clivés Staples Lewis est un auteur très nfluencé par les thèmes chrétiens et par l’anthroposophie (comme Owen Berfield) et d’ailleurs le monde de Narnia n’est il pas une image mythique et romancée de ce que nous appelons ici le « monde ou plan spirituel » et que nous opposons au « plan vital » » , tout en en donnant une image beaucoup plus intellectualiste que Lewis et Steiner dans ce qu’il appelle « monde spirituel » en anthroposophie ( qui a intéressé des mathématiciens comme Ehresmann et Grothendieck) .
Or après avoir revu le film, une chose me paraît évidente : C.S.Lewis s’intéresse à Joy Gresham parce qu’elle lui tient tête et arrive , seule, à le déstabiliser, a le faire tomber de son piédestal de « théoricien intellectualiste » ( sur lequel il est horriblement seul et ne se sent pas du tout à l’aise,d’où son attirance pour les thèmes de la magie dans Narnia ) pour lui faire comprendre combien il a peur de l’expérience réelle . Peur de quoi ? d’être déçu bien sûr, mais aussi de ne pas être à la hauteur ;faire réellement une expérience consiste à se haurter à une altérité irréductible, au réel en tant que « ce qui résiste », à la « forme d’extériorité » dira Brunschvicg et les doctrines idéalistes de l ‘immanence pure comme celle de Brunschvicg courront toujours le risque de se faire accuser de recul ,de timidité, de fuite, voire de lâcheté devant ce qui est irréductiblement autre, et ne se plie donc pas à nos cadres mentaux. Tous les « maîtres spirituels  » (ce qui est certes un bien grand mot) insistent bien là dessus : l’expérience véritablement spirituelle est plus que simplement intellectuelle, c’est même là le principal danger de confusion chez l’élève, confondre l ‘intellect et l’esprit, ou l’intellectuel et le spirituel .
En fait la question doit se poser à plusieurs niveaux : à nous mêmes d’abord, en tant que « lecteurs méditatifs » : toi que voilà, pourquoi choisis tu ou préfères tu les doctrines de sagesse comme celles de Beunschvicg ou Spinoza plutôt que les doctrines de la Transcendance ou de l’Altérité comme celles de Lévinas ? Ensuite au niveau des oeuvres que nous étudions ici : celle de Brunschvicg et celle de C S Lewis . Et enfin, en un troisième temps, il s’agit de nous demander quels sont les arguments et les développements de pensée qui font que ces deux maîtres, Brunschvicg et C S Lewis ont plutôt choisi l’intellectuelisme spiritualiste et l’idéalisme mathématisant (pour ce qui est de Brunschvicg) que le réalisme de la transcendance ? Ici nous devons d’ailleurs plutôt mettre l’accent sur CS Lexis et ce qui est suggéré de lui dans le film ‘Les ombres du coeur », à travers sa rencontre amoureuse avec Joy Grssham qui est d’ailleurs une rencontre « hors normes » (aurait il pu en être autrement à propos de ces deux personnages puisqu’il commence par l’épouser « légalement  » pour lui permettre d’acquérir le droit de réésideren Angleterre quand elle le souhaite, sans avoir de problèmes vec les sevices d’immigraion . Ils se sont connus aupravant ,c’est le film qui nousl’apprend, elle a résidé chez lui avec son petit garçon douglas,et lui a fait part de sa situation conjugale aux USA avec son mari alcoolique, infidèle et violent qui s’avère être William Lindsay Gresham , écrivain lui aussi et auteur de « Nightmare alley  » (« Le charlatan ») adapté au cinéma par Edmund Goulding dans un film absolument effrayant (tout en n’étant pas un film d’horreur ) parce qu’il montre les tenebreux « dessous » de l’âme humaine losqu’elle se laisse aller aux péchés « capitaux de l’ivrognerie et de la tricherie dans les « numéros  » dits occultes suggérant le surnaturel , le parapsychique ou les connaissances « magiques » .
Je ne me souviens plus si j’ai donné dans l’arti cle précédent le lien Youtube pour voir ce film extraordinaire d’Edmund Goulding(un réalisateur hors normes lui aussi, et trop peu connu) avec Tyrone Power (film de 1947) le voici :
https://www.youtube.com/watch?v=UyEkriOXMjE
il existe aussi en une play list de NA 1 à NA 12 qui commence ici :

https://www.youtube.com/watch?v=W0sSCoBXPQM
le livre de William Lindsay Gresham a été publié en 1946 voir :
https://en.wikipedia.org/wiki/Nightmare_Alley

et la première rencontre entre Joy Gresham et C S Lexis a eu lieu à Oxford en 1952 .
Joy a commencé par entretenir une correspondance épistolaire avec Cs Lewis à propos de l’oeuvre de celui ci et elle est venue ensuite à Oxford pour le rencontrer alors qu’elle n’avait pas encore divorcé de Bill Gresham
Joy Gresham était née Helen Joy Davidman en 1915, d’une famille juive laïque originaire d’Europe :

https://en.wikipedia.org/wiki/Joy_Davidman

elle avait eu des sympathies communistes dans les années 30 et était devenue athée convaincue , mais s’était déjà désillusionnée sur le communisme lorsqu’elle avait été se battre, comme Simone Weil( je ne sais pas si elles se connaissaient) , contre les fascistes au cours de la guerre civile espagnole au milieu des années 30 .
Voici la page Wiki consacrée à William Lindsay Gresham qui est devenu son mari en 1942, ils se sont rencontrés par suite de leurs sympathies communistes (Bill Gresham a lui aussi été se battre contre le fascisme espagnol en 1936):
https://en.wikipedia.org/wiki/William_Lindsay_Gresham

Nous avons donc là un noeud de tois destinées humaines d’abord, et philosophico-politico-religieuses (si l’on y inclut C S Lewis) où judaïsme , christianisme, alcoolisme (pour ce qui est de Bill Gresham) et communisme jouent un rôle majeur. Dans le livre et le fim qui en est tiré en 1947 titré en français « Le charlatan » , Bill Gresham a sans doute mis beaucoup de lui même : le personnage principal Stanton Carlisle, joué par Tyrone Power) , sombre dans l’ivrognerie, la luxure et la dépression au fur et à mesure qu’il s’éloigne du souci de la vérité et de l’honnêteté intellectuelle
pour devenir un « charlatan » dans les milieux des numéros de cirque ou de cabarets truqués pour faire croire aux spectateurs que l’artiste accomplissant le numéro truquépossède des dons paranormaux de « magicien » ,le Tarot intervient bien entendu dans ces parages louches,on sait que je m’en inspire ici aussi mais dans une optique rationaliste et philosophique où je privilégie deux Lames, l’Amoureux et le Pendu , je m’en suis expliqué ici :

https://mathesisuniversalis2.wordpress.com/2015/05/07/le-tarot-sur-mathesis-universalis/

mais le destin de Bill Gresham avec qui pour des raisons personnelles et privées je me sens des affinités m’évoque bien sûr la lame 1 Le Bateleur qui dans les Tarots américains devient « The Magician »; peut être aussi pourrions nous penser aussi à la Lame XV « Le diable » , tout en nous gardant de toute naïveté « manichéenne » ?

1-bateleur (2)

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Cabbale_Tarot_Le_Diable
donc nous rencontrons ici un noeud de destinées dont la mienne propre (pour des raisons privées sur lesquelles je ne puis m’étendreici ) : Bill Gresham, joy Gresham , C S Lewis, moi même pauvre ombre qui tiens ce blog, auxquelles il faut ajouter l’actirce Helen Welker qui dans « Nightmare alley  » joue le rôle de la psychiatre Lilith qui mérite bien son nom , quelle lame pourrions nous bien lui accoler ? La papesse ou l’impératrice ? ou bien peut être l’une des deux femmes del a lame VI l’Amoureux, celle qui invite le personnagee de l ‘Amoureux à la voie facile qui mène à la perdition, à la luxure ?
l’alcool joue hélas une grand rôle dans sa destinée , pour son malheur :

https://en.wikipedia.org/wiki/Helen_Walker

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le Tarot est un merveilleux outil pour le mise en ordre des pensées dans leur portée symbolique, un outil favorisant la rationalité qui est justement le mise en ordre des pensées donc, par contre je m’élève contre toute utilisation de type « occulte » tendant à faire croire que « tirer les cartes  » permet de prévoir un évènement sur le point de se produire mais puisque j’ai eu l’imprudence d’inclure mon propre personneage parmi les autres du « noeud de destinnées » autour de « Nightmare alley » je précise comme je l’ai déjà fait que j’ai la volonté d’incarner les Lames de l’Amoureux et du Pendu en tant que cette dernière symbolise l’homme qui a réussi à inverser l’attraction du plan vital au plan spirituel enchoisissanrt entre les deux femmes qui se partagent son orientation: celle qui lui propose la voie de la difficulté (qui symbolise pour moi le mathématique sévère) et non pas celle qui lui propose la voie de la facilité , celle du plan vital et de la luxure.
Et voilà que cet articles est devenu une séance de psychanalyse à base de Tarot ….je m’en excuse auprès des lecteurs et des mânes de Lewis, Gresham (Joy et Bill) et Walker . Essayons de terminer sur une note plus philosophique…nous avons d’une pat Bill Gresham et les thèmes de la fraude « occultiste » , de la violence conjugale et de l’ivrognerie ainsi que de la luxure c’est à dire osons nommer les choses, du Mal qui est l’obstacle à la dimension proprement humaine de liberté, de vérité,d’universalité et d’autonomie. « La vérité vous rendra libres » . Certes cela ressemble au discours du PS, mais ce dernier, comme d’ailleurs toute la gauche sont ils fidèles à l’exigence de vérité justement ? là se situe , pour notre époque comme pour notre pays, la ligne de front où l’intelligence frznçzise se trahit elle même selon le diagnostice pessimisteque portait Hoené Wronski vers 1850 dans ses grandes oeuvres de la maturité telles la « Reforme absolue du Savoir humain » ou  » Prolégomènes au Messianisme : le destin de la France de l ‘Allemagne et de la Russie »annonçant ainsi un siècle à l’avance les trois sources majeures des « sinistres troubles révolutionnaires » au 20ème siècle.Plus précis’ment il oppose la grande Réforme philosophique entre prise en Allemagne à la suite de la réforme religieuse du protestantisme nécessitée par l’exigence d’une solution au Problème religieux du Verbe , solution qui consiste en la découverte (dans la science ) de la part de l’autonomie créatrice du savoir humain dans la constitution des réalités physiques, voir pages 159 et suivantes des « Prolégomènes »:

https://books.google.fr/books?id=XQsuAAAAYAAJ&pg=PA153&lpg=PA153&dq=wronski+impossibilit%C3%A9+de+d%C3%A9couvrir+la+v%C3%A9rit%C3%A9+absolue+France&source=bl&ots=-4KHmYMk7g&sig=DZRDwvZAmTDl3_glVtgQ8OeXZN0&hl=fr&sa=X&ved=0CDUQ6AEwBGoVChMI8fH9mKCKyAIVRWkUCh3BYAFN#v=onepage&q=wronski%20impossibilit%C3%A9%20de%20d%C3%A9couvrir%20la%20v%C3%A9rit%C3%A9%20absolue%20France&f=false
Plus précisément Wronski décèle dans l’attitude des intellectuels (y compris savants ) français un scepticisme vis à vis de la notion de « vérité inconditionnelle et Absolue » qui n’est rien d’autre que la tendance inscrite au plus profond de la Raison humaine et qui lui vient du Verbe même qui est selon le Prologue de l’2vengile de jean « auprès de Dieu, en Dieu et qui est Dieu « , scepticisme destructeur qui est la cause profonde des séismes meurtriers du 20ème siècle (communisme, nazisme, islamisme ,mafias, drogues, trafics d’êtres humains etc…car il détruit l’autonomie de la Raison elle même , la plus haute possibilité de l’esprit humain consistant en la Création même de la Vérité absolue par la « spontanéité ou virtuealité créatrice dela Raison) scpeticisme destructeur de l’humain donc annonçant pour un siècle plus tard un véritable effondrement de l’Europe .
Or ce chaos nous y sommes maintenant plongés ….
et il est sensible dans le climat oppressant du film « Nightmare alley  » tiré du roman de Bill Gresham où le protagoniste principal Stanton Carlisle v jusqu’à gruger de riches hommes d’affaires (avec la complicité de la psychiatre « Lilith » jouée par Helen Walker) en leur faisant croire que les personnes mortes qu’ils adoraient reviennent à la vie ( payant des actrices pour jouer ce rôle infâme de femmes décédées revenant à la vie, mais l’une d’elles ne le supportera pas et révèlera le « pot aux roses » à l’homme que Stanton Carlisle voulait berner en lui faisant croire que sa fille adorée est de nouveau vivante et que lui ,Stanton Carlisle, peut la faire apparaître, contre des grosses sommes d’argent bien sûr) .

Qui pourra maintenant douter que ce « noeud de destinées » que j’ai découvert dans le film de Richard Attenborough ‘ »Les ombres du coeur  » ,dépasse, quelle que puisse être leur immense stature individuelle (surtout Bill et Joy Gresham ainsi que C S Lewis) les protagonistes de cette histoire et nous concerne tous, en tant que nous nous impliquons comme c’est notre devoir dans les problème éternels de l’âme humaine en relation avec l’autonomie religieuse et intellectuelle, et en relation avec la Vérité qui ne peut qu’être éternelle inconditionnelle et Absolue, si du moins nous prenons au sérieux l’idée de Verbe telle qu’elle apparaît dans le prologue de l’Evangile de Jean et telle qu’elle est ensuite méditée par Brunschvicg, African Spir et Hoené Wronski:
https://apodictiquemessianique.wordpress.com/spir-wronski-et-brunschvicg/
si donc cette Idée de Verbe qui n’est autre que l’Idée de Dieu n’est pas une illusion, un mensonge vital comme celle du Dieu abrahamique (si tant est que ce soit une Idée,en tout cas plus qu’une fable)…
Que veut dire « nous impliquer » dans ce noeud de destinées , aller un peu plus loin donc que la simple admiration des chefs d’oeuvre comme « les ombres du coeur  » , « Nightmare alley » ou celles de C S Lewis : les chroniques de Narnia (les livres plutôt que les films )et la Trilogie cosmique ?
Cela veut dire lutter de toutes les forces de son âme et de son intellect du côté de la défense de la Vérité absoluereprésentée parmi les protagonistes par Joy Gresham et C S Lewis, contre la pernicieuse tendance au Mensonge telle qu’elle se fait jour actuellement dans le milieu médiatique, artistique , « intellectuel » et politique français et telle que l’avait annoncée Wronski ver le milieu du 19 ème siècle
Je viens d’apprendre que quelques jeunes français, hommes et femmes , anciens militaires en Afghanistan vont aller en Irak se battre contre Daesh et je veux ici rendre hommage à cette initiative courageuse et désintéressée appelée « Task force Lafayette« (leur ancien nom en Afghanistan) :

http://taskforcelafayette.com/
Sans vouloir mettre au même niveau la « guerre d’idées » prônée ici, il me sem ble cependant évident que si nous restons passifs face à la pernicieuse tendance au mensonge décrite ci dessus, tous les s acrifices viteux qui devront être consentis pour relever l’humanité et en particulier l’humanité européenne , resteront vains .
tant il est vrai que « seule la Vérité nous rendra libres » !
Poussé par le Maître intérieur qui dans mon cas ne peut être que le Diable ou le Verbe, je ressens le besoin impérieux, occulte et inexplicable de conclure cet article, très important à mes yeux par la Lame XIII la Mort, mais selon un modèle très différent de celui des Tarots classique (tarot de Marseille ou d’Oswald Wirth ou bien celui d’Arthur Waite qui influence tous les tarots anglo-saxons)
je donne à la suite la même lame XIII dansles versions classiques (tarot de Marseille, puis tarots anglo-saxons comme celui de Waite )

Voici donc cette image atypique de la lame XIII qui est ma favorite :

mort

puis la lame du Tarot de Marseille:

13-mortmarseille

et la lame d’Oswald Wirth

wirth-la-mort

enfin la lame d’Arthur Waite qui est d’un modèle différent :

waite-la-mort
Qu’est ce que sifgnifie l’arcane 13 « La mort » dans le Tarot ? pas la mort physique, ce  » peu profond ruisseau » calomnié qui n’a aucun sens mais la mort initiatique faisant passer du plan vital au plan spirituel et donc le sens est donc la conversion véritable .Latragédie des personnes mortes physiquement est qu’elles ne peuvent plus mourir ‘initiatiquement )
la supériorité del a lame atypique que j’i donnée en premier est qu’elle evite tous les poncifs liés à la mort physique (le squelette notamment, ce que ne font pas les autres) : l’image est nette ment séparée en deux moitiés la moitié supérieure oul’ on voit un soleil rouge et un arbre portant des feuilles représente le plan vital, lamoitié inférieureoù sont les racines de l’arbre représente le plan spirituel , il y a donc une inversion par rapport au premier verset de la bible où « les Cieux  » (« Shamayim ») signifizent le plan spirituel et  » la Terre  » (« Eretz ») signifie le plan vital .On voit aussi un personnage féminin deh aut rang (portant une couronne ) absolument pas décharné mais belle, d’une beauté sévère , vêtue pudiquement d’une robe extérieurement brune mais dont l’envers est rougeâtre de la même couleur que le soleil énorme tel un fruit mûr qui se dresse au dessus de l’horizon , cette femme couronnée touche l’arbre à la jointure entre les deux moiiés del a carte, elle représente donc le lien, la jonction entre le plan spirituel (sous la terre) et le plan vital (au dessus de la terre) elle est donc la mort initiatique et sa couronne signifie donc la noblesse inhérente à sa fonction initiatique de Sagesse .
Lorsque Brunschvicg dit (à la fin du livre de 1900 « Introduction à la vie de l’esprit ») :

« La vraie religion consiste à renoncer à la mort »
il veut parler de la mort physique , il veut dire comme Spinoza qu’il faut penser à rien de moins qu’à la mort physique ,qui est inévitable et n’a aucun sens philosophique et spirituel .
Il ne veut évidemment qu’il faut renoncer à la mort initiatique qui est le but suprême de la philosophie: , en quoi consiste la vraie religion
Ce n’est pas un hasard si dans le Tarot le lame XII de la mort suit immédiatement la lame XII du Pendu qui symbolise l’homme qui a réussi à inverser l’attraction du plan vital (de nature instinctive et égoïste ) en celle du plan spirituel (attraction des idées intellectuelles plutôt que des joissances instinctives promises par le plan vital, jusuà la mortphysique du moins)

le sens n’en est évidemment pas cette vérité triviale que l,homme pendu va mourir à courte échéance (d’ailleurs le personnage de la lame XII est pendu par le pied, comme Oedipe, ou aussi ODIN)

image

Liens sur l’œuvre mathématique de Wronski

Wronski est à la fois un mathématicien et un philosophe.

Mais, et c’est ce qui l’oppose aux autres mathématiciens qui s’intéressent à la philosophie, il ne fait des mathématiques que sous condition et en vue de la philosophie, philosophie qui devient ainsi « absolue ».

Je fais ici une liste des liens Internet portant sur les travaux mathématiques de Wronski, et les expliquant et les rendant plus clairs, car on doit avouer que l’accès de cette oeuvre (aussi bien mathématique que philosophique) est très ardu.

Solution du problème universel de Wronski (par Charles Lagrange)

http://adsabs.harvard.edu/abs/1896AnOBN…7a…1L

Trois articles d’Emile West :

Exposé des méthodes générales en Mathématiques; résolution et intégration des équations, applications diverses, d’après Hoené Wronski

Cliquer pour accéder à JMPA_1881_3_7_A1_0.pdf

Digression sur les séries

Cliquer pour accéder à JMPA_1881_3_7_A6_0.pdf

Exposé des méthodes en Mathématiques, d’après Wronski (suite)

Cliquer pour accéder à JMPA_1882_3_8_A2_0.pdf

Liens généraux vers le Journal de mathématiques pures et appliquées:

http://www-mathdoc.ujf-grenoble.fr/JMPA/feuilleter.php?id=JMPA_1882_3_8

http://www-mathdoc.ujf-grenoble.fr/JMPA/feuilleter.php?id=JMPA_1881_3_7

Vient ensuite la grande encyclopédie mathématique en 4 volumes de Sarrazin de Montferrier, accessible intégralement sur Gallica; les liens sont donnés ici :

http://mathdoc.emath.fr/cgi-bin/linum?aun=001541

A signaler aussi l’excellente revue de l’époque « Annales de Gergonne », on trouve sur le volume 3 de 1812-1813 deux articles de Gergonne lui même :

http://www.numdam.org/numdam-bin/feuilleter?id=AMPA_1812-1813__3_

Cliquer pour accéder à AMPA_1812-1813__3__51_1.pdf

Cliquer pour accéder à AMPA_1812-1813__3__137_1.pdf

on peut d’ailleurs lire tous les articles de Gergonne et de Kramp, dont les préoccupations et notations sont, au strict point de vue mathématique, fort proches de celles de Wronski :

http://www.numdam.org/numdam-bin/recherche?h=aur&aur=Gergonne&format=short

http://www.numdam.org/numdam-bin/recherche?h=aur&aur=Kramp&format=short

Article d’Abel Transon dans les « Nouvelles annales de mathématiques » portant sur la loi des séries de Wronski (démontrée par Cayley en 1875) :

http://www.archive.org/stream/nouvellesannale10terqgoog#page/n179/mode/2up (page 161 sq n181 et un second article page n333)

articles de E Marchand sur « le changement de variables », portant aussi sur la loi de Wronski (et citant Transon dans le premier)

http://www.numdam.org/numdam-bin/recherche?h=aur&aur=Marchand,+E.&format=short

Toujours sur la loi de Wronski :

On wronski’s expansion (par Echols ) :

http://projecteuclid.org/DPubS/Repository/1.0/Disseminate?handle=euclid.bams/1183407595&view=body&content-type=pdf_1

pour la démonstration par Cayley de la loi de Wronski, voir les mathematical papers de Cayley page 96 : « On Wronski’s theorem » :

http://www.archive.org/stream/collectedmathema09cayluoft#page/96/mode/2up

et l’article de Emory Mc Clintock dans American journal of mathematics vol 4 no 1 (1881) pp 16-24 : « On certain expansion theorems » :

http://www.jstor.org/stable/2369146?seq=4

« Notes on the life and works of Wronski » par Pragacz :

Cliquer pour accéder à hwa.pdf

Wronski’s canon of logarithms :

http://www.jstor.org/stable/2690379?seq=1

Montessus : sur la résolution numérique des équations:

Cliquer pour accéder à BSMF_1905__33__26_0.pdf

Wronski’s loi suprême vs Lagrange-Bürmann formula :

Cliquer pour accéder à maszczyk.pdf

Le mathématicien Alain Lascoux, admirateur de Wronski, lui consacre plusieurs papiers sur sa page personnelle :

http://www-igm.univ-mlv.fr/~al/

voir aussi de lui :

Cliquer pour accéder à ALCoursSf2.pdf

Cliquer pour accéder à 1989-1FonctorialiteContempMath.pdf

ses autres publications :

http://www.combinatorics.net/lascoux/pubFrench.html

Piotr Pragacz est un autre mathématicien moderne reprenant la pensée de Wronski :

Cliquer pour accéder à 9605014v1.pdf

Illuminati et …. Illuminati

Les Illuminati sont les descendants, ou héritiers, des Lumières par le biais de la secte, ou du « mouvement » , d’Adam Weishaupt.

Ils ont de fortes connexions avec les diverses théories du complot (conspiracy theories) qui font fortune sur Internet, comme un rapide examen le montre immédiatement. Aussi se trouve t’on confronté, si l’on s’intéresse à ce sujet, à un « tsunami » de données, très diverses voire contradictoires, qui comme le tourniquet du « Parménide » de Platon vous expose, comme le dit Badiou, à la « volupté de ne jamais pouvoir conclure »…

Ainsi  peut on se demander si le « diabolique » docteur Georges Hodel dont je parlais ici :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/06/04/black-dahlia-los-angeles-les-anges/

ne fait pas partie des Illuminati qui  » derrière le rideau mènent le monde »  (à sa ruine, selon beaucoup) ?

comme il provient d’une famille juive originaire de Russie , il appartiendrait, si c’est le cas, aux fractions « juives » des Illuminati, qui sont les sabbataïstes et les frankistes, héritiers du « Messie apostat » de Smyrne Shabbataï Tsevi  (ayant apostasié en 1666)  et de son continuateur polonais Jacob Frank (1726-1791) , qui est selon le grand érudit Gershom Sholem « la figure la plus effrayante du judaïsme de tous les temps » (donc plus effrayant encore que Georges Hodel !).

Signalons que certaines théories attribuent le mouvement de réforme de l’Islam ottoman des « jeunes turcs » et le génocide arménien à des sabbataïstes extérieurement musulmans (la version ottomane des sabbataïstes est appelée secte des Dunmehs) , voir :

http://nwo-satanismus.blogspot.fr/2009/09/jews-plotted-armenian-holocaust.html

mais en même temps ces « sabbatéistes » viseraient à provoquer un nouveau génocide des juifs en Israel :

http://www.rense.com/general66/dweyb2.htm

bien sûr parmi eux figure les Rothschild, « empereurs » des Illuminati.

Mais nous n’avons de chances d’échapper à la volupté du « tourniquet » qu’en essayant d’établir un peu d’ordre dans tout ce fatras ; c’est très simple, il y a deux en gros conceptions opposées des Illuminati :

-selon les uns (très majoritaires) ce sont des athées , héritiers de Weishaupt ou de Frank, ou de Jamal ud-Din Al Afghani (ami de Blavatsky) côté musulman, visant à mettre en place une dictature de la Terreur planétaire définitive  qui serait le « nouvel ordre mondial »  , un exemple particulièrement éclairant de ces conceptions est celui de David Livingstone , un historien converti à l’Islam auquel j’ai consacré un article :

http://horreurislamique.wordpress.com/2012/05/29/david-livingstone-dhimmi-converti-et-collabo/

article où je donne les liens de ses livres accessibles entièrement sur le web

-selon d’autres ils sont certes héritiers de Weishaupt et des Lumières européennes, mais s’opposent justement  aux « fascistes » qui veulent mettre en place le nouvel ordre mondial, et visent la liberté universelle, voir notamment ce site :

 http://www.armageddonconspiracy.co.uk/The-Illuminati(903482).htm

Je suis plutôt de l’avis de ce second site, qui de plus partage la conception de « Dieu » exposée ici comme « objet terminal », c’est à dire Idée régulatrice de la Raison pour l’humanité ou, selon le site des Illuminati , plus haut stade de la conscience intellectuelle et morale auquel puisse parvenir l’homme.

Et pourtant, malgré ces ressemblances extérieures, mes thèses sont opposées à l’une et à l’autre de ces conceptions, pour une raison bien simple à comprendre : les Lumières du 18 ème siècle, dont hérite Weishaupt, sont en régression par rapport à la vraie « révolution européenne » qui est celle du cartésianisme et du spinozisme au 17 ème siècle.

Livingstone voit en Platon et en le platonisme l’élément diabolique, héritier (par le biais des mages chaldéens) des « kabbbalistes lucifériens » qui ont tenté de détruire le judaïsme , et fondateur des doctrines totalitaires qui visent le Nouvel ordre mondial :

http://thedyinggod.com/node/105

« There is little that should impress you in the writings of Plato, who is supposedly the greatest philosopher in history. On the contrary, there is much that should concern you, as Plato has been the founder of many of the totalitarian doctrines that have plagued the twentieth century. Rather, the only reason he has achieved the reputation he has is that, throughout the history of the Western and Eastern occult tradition, Plato has been regarded as the godfather of its doctrines, and as the great representative of those ancient traditions associated with the Kabbalah….

It was in his Republic that Plato articulated the basis of the future totalitarian state, ruled by the elite, or “philosopher kings”, or “guardians”, instructed in the Kabbalah. Essentially, The Republic provided the basis for all future Illuminati projects, including communism, the elimination of marriage and the family, compulsory education, the use of eugenics by the state, and the employment of deceptive propaganda methods.

According to Plato, “all these women shall be wives in common to all the men, and not one of them shall live privately with any man; the children too should be held in common so that no parent shall know which is his own offspring, and no child shall know his parent.” ii This belief is associated with a need for eugenics, as “the best men must cohabit with the best women in as many cases as possible and the worst with the worst in the fewest, and that the offspring of the one must be reared and that of the other not, if the flock is to be as perfect as possible.” More pernicious still is his prescription for infanticide: “The offspring of the inferior, and any of those of the other sort who are born defective, they will properly dispose of in secret, so that no one will know what has become of them. That is the condition of preserving the purity of the guardians’ breed.”

It is for this reason that Plato has been at the center of all esoteric philosophy ever since, and been extolled by all the leading philosophers of the Illuminati, for whom he articulated the vision of a New World Order, like Kant, Hegel, Nietzsche, and recently, Leo Strauss, the guru of the neo-conservatives that have embarked America in proxy wars in the Middle East on behalf of Israel.

Strauss, like Plato, taught that within societies, some are fit to lead, while others only to be led. But for Strauss, it was Machiavelli who initiated the Enlightenment, by rejecting the purely theoretical world of Plato, in favor of a more practical interpretation of reality, thus creating political science. For Strauss, in accordance with Machiavellian thinking, virtue would not be applicable, because no regime could meet its standards. Rather, a new regime should be created, by accepting, understanding, and harnessing man’s tendency for self-interest, or “human nature”.

Strauss thought that those who are fit to rule are those who realize there is no morality. Therefore, Strauss believed the world to be a place where policy advisers may have to deceive their own publics, and even their rulers in order to protect their countries. If exposed to the absence of absolute truth, the masses would quickly succumb to nihilism or anarchy. They “can’t handle the truth”. Thus, according to Strauss, it is necessary to maintain these “pious frauds”, or “the Noble Lie”, as Plato would have referred to it. »

Ainsi, selon David Livingstone le converti à l’Islam, la philosophie occidentale et donc le devenir européen est entièrement satanique et totalitaire, depuis Platon jusqu’à ses héritiers Kant, Hegel, Marx (hégélien), et le « frankiste » Leo Strauss qui est le maître à penser des intellectuels « néo-conservateurs » américains qui ont organisé la guerre de Bush contre l’Islam (selon Livingstone, le terrorisme islamique d’Al Qaida est une création de l’Occident aux fins de disposer d’un prétexte pour déclencher la guerre contre l’Islam).

Remarquons que Livingstone le musulman ne dit pas autre chose que Mehdi Belhaj Kacem le « philosophe anarchiste et sadien », « libéré » de l’emprise de Badiou le platonicien, et selon lequel le platonisme est le Mal , qui  aboutit aux camps hitlériens ,  staliniens  , polpotiens, après 25 siècles d’évolution « platonicienne » de l’Occident.

Les deux se rencontrent donc dans leur projet d’abattre l’Occident « platonicien » et judéo-chrétien ; une volonté qui est aussi celel de Badiou leur « ennemi » supposé !!

comment comprendre cela ??

c’est très simple !

en réalité ils se rejoignent sur une compréhension de Platon qui lui refuse toute possibilité d’évolution.

(j’admets que pour Badiou c’est plus complexe, il parle d’un « Platon pour notre temps », mais en réalité il me semble qu’il refuse de rompre avec la « transcendance de l’Idée »).

Mais c’est aussi le cas des Illuminati seconde tendance : ils admirent Platon, lui accordent une grande importance spirituelle, mais  il s’agit du Platon mythologue du Timée et « pythagoricien » …. pas du platonisme renouvelé par Descartes où les Idées transcendantes descendent , non pas sur Terre, mais dans l’intériorité de l’esprit humain, et deviennent… les idées régulées par les normes intellectuelles-morales mathématiciennes des démonstrations qui sont « les yeux de l’âme ».

voir notamment :

http://www.armageddonconspiracy.co.uk/The-Incompleteness-Theorem(2151432).htm

« The Illuminati, from the very beginning under Pythagoras, saw that The Theory of Everything that would guide the human race forever had to be a unity of philosophy, religion, science, and, above all, mathematics as the instrument of precision. These were all aspects of one overarching structure, not competing elements.

Mathematics provided the accurate, solid and reliable foundations on which everything else could be built. ONLY mathematics could accomplish this. Every approach that had any different starting point was doomed from the outset.

Number is at the heart of mathematics and so Pythagoras revered Number above all things. The cosmos is based on mathematics so to understand the cosmos it is imperative to define exactly what cosmic mathematics consists of. To understand the mathematical thinking of the « Designer » is to understand the design. »

de plus la doctrine « Sin for salvation » (la rédemption par le péché) est directement inspirée de Jacob Frank et des gnostiques :

http://www.armageddonconspiracy.co.uk/Sin-for-Salvation(1641286).htm

http://www.armageddonconspiracy.co.uk/Sex-for-Salvation-I(2395054).htm

La conception de Brunschvicg à propos du platonisme est entièrement différente , et permet de justifier son statut de « vérité de la philosophie », sans l’enfermer dans ses dérives théosophiques et totalitaires, qui existent certes (dernier exemple en date : Badiou) .

Vouir par exemple l’introduction à l’humanisme de l’Occident :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1.html

« Et la même opposition, Orient et Occident pour parler un langage géographique, mais qui est aussi moyen âge et civilisation du point de vue historique, enfant et homme du point de vue pédagogique, a fait le fond de la littérature platonicienne. Quel est le rapport de la mythologie, fixée par le « Moyen âge homérique », à la dialectique issue des progrès de la mathématique ? Le problème s’est resserré sur le terrain de l’astronomie où devaient entrer en conflit, d’une façon décisive, le spiritualisme absolu de Platon et le réalisme d’Aristote. La valeur essentielle de la science, suivant Platon, est dans son pouvoir d’affranchissement à l’égard de l’imagination spatiale. Telle est la doctrine qui est au centre de la République. Selon le VIIe Livre, l’arithmétique et la géométrie ont une tout autre destinée que d’aider les marchands dans leur commerce ou les stratèges dans la manœuvre des armées ; elles élèvent l’âme au-dessus des choses périssables en lui faisant connaître ce qui est toujours ; elles l’obligent à porter en haut son regard, au lieu de l’abaisser, comme on le fait d’habitude, sur les choses d’ici-bas. Encore Platon n’emploie-t-il ces métaphores que pour avoir l’occasion d’insister sur leur sens métaphorique. Dans la considération de l’astronomie, enfin, la doctrine livre son secret, par l’antithèse qu’elle établit entre le réalisme de la matière et l’idéalisme de l’esprit, entre la valeur de la transcendance cosmique et la valeur de l’intériorité rationnelle. La dignité de l’astronomie n’est pas dans la supériorité locale de ses objets : « Tu crois donc que si quelqu’un distinguait quelque chose en considérant de bas en haut les ornements d’un plafond, il regarderait avec les yeux de l’âme et non avec les yeux du corps ?… Qu’on admire la beauté et l’ordre des astres dont le ciel est orné, rien de mieux ; mais, comme après tout ce sont des objets sensibles, je veux qu’on mette leurs objets bien au-dessous de la beauté véritable que produisent la vitesse et la lenteur réelles dans leurs rapports réciproques et dans les mouvements qu’ils communiquent aux astres, selon le vrai nombre et selon toutes leurs vraies figures. » Platon insiste encore d’une manière particulièrement significative dans le Phèdre : « Celui qui a le courage de parler de la vérité selon la vérité, doit chercher, à la fois un dehors du ciel et au delà de la poésie, ce qui existe sans aucune forme visible et palpable, objet de la seule intelligence par qui l’âme est gouvernée. » »

les « dérives » commencent immédiatement après Platon et signent l’adieu de l’Occident à lui même… jusqu’à Descartes du moins :

« Mais après Platon, ou du moins après Archimède, la spiritualité de la culture hellénique s’efface. L’animisme et l’artificialisme, qui caractérisent, selon les expressions de M. Piaget, la représentation du monde chez l’enfant, rentrent victorieusement en scène avec la métaphysique d’Aristote, incapable, pour parler avec M. Léon Robin, de « ménager de transition, sinon astrologique, entre l’intelligible et le sensible ». Dieu n’est plus ce qui est compris et aimé du dedans, tel l’Un-Bien de Platon ; c’est ce qui est imaginé en haut, c’est le moteur immobile auquel sont suspendues les âmes bienheureuses des astres ; l’ordonnance de la métaphysique aristotélicienne, de toutes les métaphysiques établies sur le modèle aristotélicien, implique une invention de créatures placées hiérarchiquement, c’est-à-dire situées topographiquement, au-dessus du monde sublunaire. La défaite de l’idéalisme platonicien sous les coups du réalisme aristotélicien engage la destinée de l’Europe pendant les vingt siècles qui vont s’écouler jusqu’à la renaissance cartésienne. »

Voici ce qu’il faut bien comprendre pour éviter de se faire piéger et de collaborer au Mal : l’Islam ne constitue pas un recours contre la dérive sadienne occidentale par un retour à l’âge d’or de l’origine , qu’il soit andalou ou des premiers siècles de Bagdad, parce qu’il se situe justement dans le prolongement de la mouvance sadienne qui est la corruption des Lumières !

le seul recours , qui n’est pas un « retour » au passé de « la barbarie des premiers siècles chrétiens » comme le dit si bien Wronski :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/06/04/wronski-la-ruine-du-monde-civilise/

c’est le platonisme revu par le cartésianisme, et l’oubli de Descartes après la mort de Malebranche en 1715, qui entraîne la corruption sadienne et « libertine » des Lumières (du 17 ème siècle ) est combattu seulement au 19 ème siècle  par…Wronski !

Wronski : la ruine du monde civilisé

Dans son « épître au Souverain Pontife » Léon XII, en 1827,  au tome II de la « Réforme absolue du savoir humain », tome portant sur la réforme de la philosophie (venant après la réforme des mathématiques au tome I), Wronski donne une description et une explication saisissantes de toute l’évolution (chrétienne, puis sadienne) occidentale (le « monde civilisé » , appelé à la ruine complète) dont nous avons parlés dans les deux articles précédents :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/06/04/black-dahlia-los-angeles-les-anges/

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/06/04/la-culpabilite-de-loccident-sadien/

Il caractérise le « point », ou choix fondamental entre « perversité et pornographie sadienne » et « platonisme » dont nous avons montré la nécessité, comme opposition entre les deux « partis » du droit divin (ou du « sentiment ») qui opérait aux temps chrétiens d’avant la Réforme, et du « droit humain » qui est celui de l’entendement pratique et limité au vital :

pages 400-401 du livre :

http://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=ucm.5305743815;page=root;view=image;size=100;seq=24;num=400

« Il est incontestable, en effet, que, dans la tendance actuelle des masses
opposées de l’humanité, le monde civilisé est menacé d’une ruine inévitable.
J’ai eu le premier le triste avantage de signaler, déjà en 1818, dans l’opus-
cule intitulé le Sphinx, les principes positifs de cette antinomie sociale ,
résultant de principes opposés de la raison humaine elle-même, sous les con-
ditions temporelles sous lesquelles l’homme peut l’exercer dans ce monde (2).
Il a été possible alors de reconnaître l’origine, les progrès et le terme fatal
de cette contradiction nécessaire dans la raison de l’homme, et par consé-
quent les lois funestes que suivent irrésistiblement les partis ennemis qui se
forment ainsi dans l’humanité. — Qui donc, en approfondissant de tels prin-
cipes, serait assez imprudent pour vouloir réprimer cette nécessaire opposition,
constituant un ouvrage du Créateur dans la vue des destinées de l’homme?
Et qui surtout pourrait alors s’abuser soi-même jusqu’à croire qu’il connaît
ces hautes destinées? — D’après les conditions caractéristiques de la vérité,

que je viens de me permettre d’annoncer ici, il est manifeste que la philoso-
phie absolue, si elle existe jamais, pourra seule éclairer l’humanité sur cet
état critique de son entraînement actuel.
Pour donner, tout à la fois, et une preuve positive et un exemple frappant
des dangereux écarts des deux partis qui, par suite de tels principes, com-
posent le monde civilisé, je dois supplier Votre Sainteté d’arrêter ses regards
sur les deux extinctions consécutives de la philosophie, telles qu’elles se
trouvent déduites dans les tableaux ci-joints. Elle y verra, d’abord , qu’après
le triomphe du christianisme, dans la troisième période historique , le parti
qui ne suit que l’appel du sentiment, repoussa tout savoir et développa ainsi
sur la terre une affreuse barbarie, laquelle, malgré la gloire de la religion,
brillant alors de son plus grand éclat, est si fortement opposée aux véritables
destinées des êtres raisonnables, que ce serait un blasphème de considérer
cet état de l’humanité comme étant le but de Dieu dans la création de
l’homme. Elle y verra, ensuite, qu’après le triomphe des idées libérales, à
la fin de la quatrième période historique, le parti opposé, qui ne suit que
l’appel de la cognition ou de la raison temporelle, repoussa tout sentiment
religieux et développa ainsi, à l’entrée de la sinistre révolution française, un
affreux abus de la civilisation, lequel, à son tour, malgré la gloire des
sciences, brillant alors de leur plus grand éclat, est de nouveau tellement
opposé aux véritables destinées de l’homme, que ce serait une dépravation de
le considérer comme le but de l’existence des êtres raisonnables.
Hélas , retournerons-nous aujourd’hui à l’ancienne barbarie des premiers
siècles du christianisme, pour revenir ensuite une seconde fois au moderne
abus des sciences et de la civilisation? Et, en nous laissant ainsi ballotter
perpétuellement, serait-ce par là que nous accomplirions nos destinées sur la
terre?—Ou plutôt, serait-ce que la fin du monde est près d’arriver, comme
le croient quelques hommes de bien , à qui il répugne de recommencer ce jeu
cruel?
Non, sans doute; ni l’un ni l’autre de ces aspects de l’œuvre divine ne
seraient glorieux pour le Créateur; car, sous l’un ou sous l’autre de ces as-
pects , il ne résulterait qu’un mauvais fruit de la création. — Vos lumières
personnelles, Très-Saint-Père, me permettent de dire ici, par anticipation sur
la philosophie absolue, qu’il n’existe qu’un seul moyen de tirer les hommes
de cette effrayante perplexité , et de remplir ainsi les vues du Créateur. Ce
moyen, très-simple, comme tout le monde en conviendra certainement, c’est
la DÉCOUVERTE DE LA VERITE.
Tout autre moyen de sauver l’espèce humaine de sa ruine imminente
serait actuellement sans aucune efficacité. — En effet, ce serait en vain qu’on
voudrait aujourd’hui, par les moyens connus, faire triompher exclusivement
la croyance religieuse , et, avec elle, l’ordre politique , dépendant de la

divinité; et ce serait également en vain qu’on voudrait, par les moyens con-
nus, faire de nouveau triompher exclusivement I’incrédulité religieuse, et,
avec elle , l’ordre politique dépendant purement de l’humanité. La presque
totalité du monde civilisé demande actuellement la certitude à la place de
la croyance; et réciproquement, cette même majorité du monde civilisé com-
mence déjà à demander des principes absolus à la place des simples faits
matériels du monde physique. Telle est aujourd’hui la culture intellectuelle
de l’espèce humaine; et cette culture, elle la doit précisément, d’abord, à
la religion, qui a indiqué à l’homme l’immortalité comme terme de son ac-
complissement, et, ensuite, aux sciences, qui ont réalisé ce premier degré
d’un tel accomplissement définitif.
Il faudrait donc faire rétrograder toute l’espèce humaine, pour la rejeter de
l’échelon actuel de sa culture dans son abrutissement primitif. Mais, cela serait,
tout à la fois, et inutile et impossible. —Cela serait inutile, dis-je, parce
que, lors même qu’on parviendrait à replonger l’humanité dans son premier
abrutissement où la croyance religieuse, sans aucune certitude , serait suffi-
sante à la tendance bornée de sa raison inculte, elle sortirait de cet état, à
l’aide précisément de notre sainte religion, comme elle l’a déjà fait une fois
pour parvenir à sa culture actuelle. Et ce qu’il faut bien remarquer, l’humanité
sortirait alors de cette nouvelle enfance par tous les échelons par lesquels,
comme le montrent les tableaux ci-joints, elle est déjà parvenue la première fois
au point où elle se trouve aujourd’hui. C’est là l’ordre immuable de Dieu; et
certes, Votre Sainteté est trop pieuse et trop éclairée pour ne pas prévoir que,
s’il en est ainsi effectivement, il n’existe point de puissance qui saurait anéantir
ou du moins fausser cet ordre éternel. — Mais, dis-je de plus , ce retour à
l’abrutissement primitif de l’espèce humaine serait même impossible aujourd’hui,
parce que plus de la moitié du monde civilisé a déjà obtenu des garanties
politiques, extrêmement puissantes, contre ce retour, non-seulement inutile
mais de plus impie, puisqu’il est opposé aux volontés du Créateur. S’il exis-
tait donc des Etats au milieu du monde civilisé, qui, par des motifs de
piété, pour arrêter le débordement actuel de l’incrédulité religieuse et de ses
suites funestes, prendraient des mesures tendant à ramener notre espèce, plus
ou moins, vers son abrutissement primitif, ils n’en retireraient que le triste
désavantage de se placer hors d’équilibre avec les États éclairés, et de perdre
ainsi, non-seulement leur rang politique, mais de plus et inévitablement, par
leur infériorité croissante, toutes les garanties de leur indépendance.
Il est donc incontestable, je le répète , qu’il n’existe aucun autre moyen
que celui de la découverte de la vérité, pour prévenir la ruine à laquelle
le monde civilisé se trouve aujourd’hui exposé inévitablement »

Il est difficile de trouver une page plus éclairante, et même illuminatrice (puisque tout le monde vante les « Lumières » de l’Aufklärung) dans toute la littérature philosophique : Wronski présente souvent certes des lourdeurs (un peu « germaniques » chez ce Slave) et des obscurités, mais là le Soleil (invaincu) de la Raison qui est Dieu brille à 100 % !

le « choix fondamental » entre les deux attitudes dont nous avons parlé sera sans portée réelle s’il ne sort pas de l’opposition stérile entre les deux « partis » du droti divin et du droit humain (dont l’opposition politique entre droite et gauche donne une image profondément faussée, car gauche comme droite, en Europe, ne se réclament que du droit humain, et laissent le droit divin au…vestiaire).

Or cette sortie ne peut être que la « découverte » de la Vérité, et sa fondation péremptoire sur la Terre, par la Raison absolue, qui est « dépassement » et « surmontement » (Aufhebung) de la raison seulement temporelle qui est l’entendement pratique (celui du « dernier homme » qui cligne de l’oeil et se montre le plus « malin » pour choisir un placement boursier par exemple…même et surtotu  quand les marchés s’effondrent )

nul n’entre ici s’il ne se soumet à la discipline fonctorielle

Un foncteur est un morphisme reliant deux catégories, c’est à dire un « passage » de l’une à l’autre respectant la structure.

La notion de « morphisme » est fondamentale en théorie des catégories, du point de vue philosophique aussi bien que mathématique.

Dans une catégorie on a deux sortes d’entités : les objets, et les morphismes reliant les objets entre eux.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_cat%C3%A9gories

Une catégorie \mathcal C, dans le langage de la théorie des classes, est la donnée de quatre éléments :

  • Une classe dont les éléments sont appelés objets ;
  • Un ensemble \mathrm{Hom}\big(A,B \big), pour chaque paire d’objets \quad A   et  \quad B, dont les éléments \quad f sont appelés morphismes (ou flèches) entre \quad A et \quad B, et sont parfois notés f:A\rightarrow\; B ;
  • Un morphisme \mathrm{id}_A:A\rightarrow\;A, pour chaque objet \quad A, appelé identité sur \quad A ;
  • Un morphisme g\circ f:A\rightarrow\;C pour toute paire de morphismes f:A\rightarrow\;B  et g:B\rightarrow\;C, appelé composée de \quad f et \quad g, tel que :
  • la composition est associative : pour tous morphismes f:c\rightarrow\;d, g:b\rightarrow\;c   et   h:a\rightarrow\;b,
(f\circ g)\circ h=f\circ(g\circ h) ;
  • les identités sont des éléments neutres de la composition : pour tout morphisme f:A\rightarrow\;B,
\mathrm{id}_B\circ f=f=f\circ\mathrm{id}_{A}.

On demande aussi que : \mathrm {Hom} (A, B) \cap \mathrm {Hom} (C, D) = \varnothing   si  \big(A, B\big)\neq \big(C, D\big).

Les catégories peuvent elles mêmes être les « objets » de nouvelles catégories, qui seront des catégories de catégories ; les morphismes, ou flèches, reliant les objets de ces nouvelles catégories, seront alors des foncteurs.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Foncteur

un foncteur respecte la structure parce qu’il envoie les morphismes identité sur les morphismes identité et conserve la composition des flèches d’une catégorie à l’autre :

« Un foncteur (ou foncteur covariant) F : \mathcal C\to\mathcal D d’une catégorie \mathcal C dans une catégorie \mathcal D est la donnée

  • d’une fonction qui, à tout objet A de \mathcal C, associe un objet \displaystyle F(A) de \mathcal D,
  • d’une fonction qui, à tout morphisme f : A \to B de \mathcal C, associe un morphisme F(f) : F(A)\rightarrow F(B) de \mathcal D,

qui

  • respectent les identités : pour tout objet A de \mathcal C,
\displaystyle F(\mathrm{Id}_A)=\mathrm {Id}_{F(A)} ,
  • respectent la composition : pour tous objets A, B et C et morphismes f : A \to B et g : B \to C de \mathcal C,
F(g\circ f)=F(g)\circ F(f).

Un foncteur contravariant G d’une catégorie \mathcal C dans une catégorie \mathcal D est un foncteur covariant de la catégorie opposée \mathcal C^{\mathrm{op}} dans \mathcal D (à tout morphisme f : A \to B de \mathcal C il associe donc un morphisme G(f) : G(B)\to G(A) de \mathcal D, et on a la « relation de compatibilité » G(g\circ f)=G(f)\circ G(g)).

On voit immédiatement que l’image d’un isomorphisme par un foncteur est un isomorphisme. »

Toute structure mathématique peut être vue comme une catégorie : ainsi un ensemble est une catégorie où il n’y a pas de flèches entre les objets; un foncteur entre deux ensembles est alors simplement une fonction.

De même un foncteur entre deux groupes (considérés comme catégories) est en fait un homomorphisme de groupes (conservant l’élément neutre et la composition).

 » La classe Grp des groupes comprend tous les objets ayant une « structure de groupe ». Plus précisément, Grp comprend tous les ensembles G munis d’une opération qui satisfait un certain ensemble d’axiomes (associativité, inversibilité, élément neutre). Des théorèmes peuvent ainsi être prouvés en effectuant des déductions logiques à partir de cet ensemble d’axiomes. Par exemple, ils apportent la preuve directe que l’élément identitéd’un groupe est unique.

Au lieu d’étudier simplement l’objet seul (les groupes) qui possède une structure donnée, comme les théories mathématiques l’ont toujours fait, la théorie des catégories met l’accent sur les morphismes et les processus qui préservent la structure entre deux objets. Il apparaît qu’en étudiant ces morphismes l’on est capable d’en apprendre plus sur la structure des objets.

Dans notre exemple, les morphismes étudiés sont les homomorphismes de groupes. Un homomorphisme de groupe entre deux groupes préserve la structure de groupe d’une manière très précise ; c’est un processus qui à un groupe en associe un autre, tout en préservant toutes les informations sur la structure du premier groupe au sein du second groupe. Ainsi :

  • à chaque élément x du groupe de départ est associé un élément f(x)du groupe d’arrivée ;
  • à chaque opération x \bullet y du groupe de départ est associée une opération f(x \bullet y) = f(x) \star f(y) du groupe d’arrivée.

Une manière équivalente de décrire cette préservation de structure est de dire que toutes les manières d’aller du couple d’éléments quelconques (x, y) à f(x) \star f(y) mènent au même résultat :

  • on peut d’abord aller de (x, y) à x \bullet y par la loi de composition \bullet, puis de x \bullet y à f(x \bullet y) par le morphisme f ;
  • ou bien l’on peut aller d’abord de (x, y) à (f(x), f(y)) par le morphisme f, puis de (f(x), f(y)) à f(x) \star f(y) par la loi de composition \star.

Pour dire que tous ces chemins mènent au même résultat, on peut énoncer que le diagramme qui les représente est commutatif, ou que f(x \bullet y) = f(x) \star f(y).

L’étude des homomorphismes de groupe fournit un outil pour étudier les propriétés générales des groupes et les conséquences des axiomes relatifs aux groupes. »

Il y a donc  la catégorie des groupes, ayant pour objets les groupes et pour morphismes les homomorphismes de groupes, mais un groupe particulier G peut être vu comme une catégorie à un seul objet, qui sera confondu avec le groupe et sera donc noté G.

Les éléments du groupe seront les morphismes, qui ne peuvent relier que G à G puisqu’il n’y a que ce seul objet, la composition des morphismes s’identifiera avec la composition des éléments du groupe, et le morphisme identité sera l’élément neutre. On voit alors immédiatement qu’un foncteur entre deux groupes G et H considérés comme catégories est tout simplement la même chose qu’un homomorphisme entre les deux groupes, considérés comme ensembles munis d’une loi de composition et d’un élément neutre.

On traduira et généralisera cela en disant que la notion de foncteur est la catégorification horizontale de celle d’homomorphisme , voir :

http://ncatlab.org/nlab/show/horizontal+categorification

La théorie des catégories met l’accent sur les morphismes, les transformations, plutôt que sur les objets, les substances.

A tel point que l’on peut même exposer la théorie en se passant de la notion d’objet, en idnetifiant un objet avec son morphisme identité; une catégorie C quelconque  est alors identitifée avec son foncteur Identité

Id : C ———> C  est identifié à C

comment ne pas voir qu’un foncteur, et plus généralement un morphisme, a à voir avec la notion de transformation, et donc de temps, d’évolution temporelle…

Si je puis parler de l’évolution d’un être vivant, ou d’une chose, ou d’un objet abstrait (une théorie, ou même un autre « objet » plus général) dans le temps, c’est bien que je puis parler de la « même chose » (mais changée, ayant évolué) à deux instants différents du temps; il doit donc y avoir un « foncteur temporel » faisant passer l’objet qui est la chose d’un état correspondant à l’instant 1 à l’état correspondant à l’instant 2.

La théorie des catégories met l’accent sur le temps, la transformation, elle est « héraclitéenne » plutôt que « parménidienne » , parce que le temps, qui correspond aux « objets » de l’esprit, est plus fondamental que l’espace.

Au fond, l’espace n’est qu’une abstraction, une « coupe instantanée » prise sur la devenir, qui seul est réel : quand vous regardez le ciel étoilé nocturne, vous regardez en fait dans le temps, dans le passé.

La notion de « substance », d’entité qui reste « la même » au cours du temps, provient du caractère fonctoriel du temps, qui « conserve » des invariants structurels : ainsi si je suis « le même personnage » qu’il y a un an (tout en étant plus vieux d’un an, et ayant changé donc), c’est que le foncteur du temps a conservé ma structure profonde, et pas seulement le squelette du corps.

Que le temps, l’élément spirituel, soit « conversion vers l’un » n’empêche pas qu’il ne puisse devenir exactement l’inverse pour les damnés de la terre : l’enfer, la damnation ne se situe pas dans un « outre-monde », mais ici, et il consiste en l’inversion du caractère « bon »‘ du Temps !

au lieu d’être conversion à l’un, celui ci est pour les damnés dispersion accélérée dans le multiple des « préoccupations », des désirs, des envies, des ressentiments, des frustrations.

Là encore, Balzac est le peintre de génie de cette réalité sordide et démoniaque : que l’on songe au Baron Hulot (dans « La cousine Bette » ), qui avec l’âge est de plus en plus obsédé par le sexe, et l’envie forcenée de « trousser des jeunes filles »…on en connaît des exemples de nos jours, n’est ce pas ?

tel est l’enfer sur Terre, ou l’une de ses formes, et telel est l’explication rationnelle, philosophique, des mythes chrétiens, dans leur sublimité souvent incompirse des foules qui s’en réclament !

La « conversion vers l’un », la fidélité au caractère « bon » du temps, ce n’est rien d’autre que la sagesse de Brunschvicg qui fait trouver la vie « absolument bonne » :

« la vie est bonne, absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité et de la mort »

seulement si l’ on n’a pas su renoncer à la mort,  si la vieillesse coïncide avec la dispersion dans la multiplicité chaotique des désirs et des pulsions, alors il n’est pas vrai que la vie est bonne : elle est au contraire absolument infernale !

On trouve une application de ces réflexions  sur lees foncteurs et morphismes comme modèles de l’volution temporelle dans cet article de Louis Crane :

http://arxiv.org/pdf/hep-th/9301061v1.pdf

voir page 2 : un « état de l’univers » en gravité quantique est dans ce schéma un foncteur de la catégorie des observations (définie page 2, un observateur est formalisé par une variété différentielle ) dans la catégorie des espaces vectoriels. Un état coîncide alors avec une TQFT (« topological quantum field theory »)

L’évolution temporelle entre deux états, qui sont deux focnteurs, est alors modélisée par un « morphisme de foncteurs », appelée « transformation naturelle »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Transformation_naturelle

C’est là une notion extrêmement importante, un peu dure à « capter » au début, mais finalement assez simple :

« Soient C et D deux catégories, F et G deux foncteurs covariants de C dans D. Une transformation naturelle η de F vers G est la donnée, pour tout objet X de C, d’un morphisme de D :

\eta_X : F(X) \rightarrow G(X),telle que pour tous objets X et Y de C et tout morphisme f de X dans Y, le diagramme suivant soit commutatif  :

NaturalTransformation-01.png

On peut de même définir la notion de transformation naturelle entre deux foncteurs contravariants en inversant uniquement le sens des flèches horizontales du diagramme ci-dessus.

Si pour tout objet X de C, \eta_X est un isomorphisme, on dit que \eta est une équivalence naturelle ou un isomorphisme naturel. »

Ainsi, en faisant le lien avec le texte de Wronski étudié hier :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/05/23/wronski-introduction-a-la-philosophie-des-mathematiques/

on peut dire que les « objets » d’une catégorie sont liés à la notion d’espace, de « coupe transversale » d’un processus semblant l’immobiliser (que l’on songe à la fameuse scène de « Vertigo » où James Stewart et Kim Novak se promenant en forêt se penchent sur un arbre coupé où l’on « voit spatialement » le déroulement du temps depuis sa naissance jusqu’à sa coupe)

Les morphismes (et foncteurs, et transformations naturelles) sont liés au temps.

https://twitter.com/philotopos/statuses/204650900382425089

le temps est tension, mouvement des étants vers l’Un, conversion ; l’espace est principe de dispersion, de multiplicité, procession.

Un autre lien important avec l’oeuvre mathématique de Wronski concerne les déterminants (de matrices, en algèbre linéaire) , qui sont les fonctions Schin de Wronski.

Or un déterminant peut être vu comme une transformation naturelle entre deux foncteurs :

http://www.case.edu/artsci/math/wells/pub/pdf/ttt.pdf

(voir page 14-15 du livre, pages 27-28 du document pdf ayant 303 pages)

Wronski : introduction à la philosophie des mathématiques

http://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=mdp.39015067101579

début de l’ouvrage page 1 :

http://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=mdp.39015067101579;page=root;view=image;size=100;seq=19;num=1;orient=0
« LE monde physique présente, dans la causalite non intelligente,
dans la nature, deux objets distincts : l’un, qui est la forme et la
manière d’être ; l’autre, qui est le contenu, l’essence même de
l’action physique.
La déduction de cette dualité de la nature, appartient à la Philo-
sophie : nous, nous contenterons ici d’en indiquer l’origine trans-
cendantale.–Elle consiste dans la dualité des lois de notre savoir,
et nommément dans la diversité qui se trouve entre les lois trans-
cendantales de la sensibilité (de la réceptivité de notre savoir), et
les lois transcendantales de l’entendement ( de la spontanéité ou de
l’activité de notre savoir). C’est, en effet, dans la diversité qui ré-
sulte de l’application de ces lois aux phénomènes donnés à pos-
teriori , que consiste la dualité de l’aspect sous lequel se présente
la nature; dualité que nous rangeons, conduits de nouveau par des
lois transcendantales, sous les conceptions de forme et de contenu
du monde physique.
Or la forme, la manière d’être de la nature ou du monde phy-
sique, est l’objet général des MATHÉMATIQUES; et son contenu, son
essence même, est l’objet général de la PHYSIQUE. — Mais, laissons
cette dernière, pour ne nous occuper ici que des Mathématiques.
La forme du monde physique, qui résulte de l’application des
lois transcendantales de la sensibilité aux phénomènes donnés à
posteriori, est le temps, pour tous les objets physiques eu général,
et l’ espace, pour les objets physiques extérieurs. — Ce sont donc
les lois du temps et de l’espace, en considérant ces derniers comme

appartenant au monde physique donné à posteriori, qui font le véri-
table objet des Mathematiques (*).
Telle est d’abord la détermination de l’objet en question, donnée
par la Philosophie en général, et nommément par l’Architectonique
du savoir humain. — La détermination ultérieure de cet objet,
appartient à la Philosophie des Mathématiques.
Cette dernière Philosophie a pour but l’application des lois pures
du savoir, transcendantales et logiques, à l’objet général des sciences
dont il s’agit, à l’objet général tel que nous venons de le déter-
miner ; et elle doit ainsi, suivant cette idée, déduire, par une voie
subjective, les lois premières des Mathématiques, ou leurs principes
philosophiques. — Les Mathématiques elles-mêmes partent de ces
principes, et en déduisent, par une voie purement objective , sans
remonter jusqu’aux lois intellectuelles, les propositions dont l’en-
semble fait l’objet de ces sciences.
Pour mieux approfondir la nature de la Philosophie des Mathé-
matiques, il faut savoir qu’il existe, pour les fonctions intellectuelles
de l’homme, des lois déterminées. Ces lois, transcendantales et
logiques , caractérisent l’intelligence humaine, ou plutôt constituent
la nature même du savoir de l’homme. Or, en appliquant ces lois,
prises dans leur pureté subjective, à l’objet général des Mathé-
matiques^ la forme du monde physique, il en résulte, dans le
domaine de notre savoir, un système de lois particulières, qui ré-
gissent les fonctions intellectuelles spéciales portant sur l’objet de
cette application, sur le temps et l’espace. — Ce sont ces lois par-
ticulières qui constituent les principes philosophiques des Mathé-
matiques, principes que nous avons nommés. — Il faut encore re-
marquer que, suivant cette exposition de la Philosophie des Mathé-
matiques , cette Philosophie donne, en même temps, l’explication

des phenomènes intellectuels que présentent les sciences mathéma-
tiques : en effet, l’ensemble de ces sciences forme un certain ordre
de fonctions intellectuelles, et ces fonctions sont de véritables phé-
nomènes; de manière que les lois de ces fonctions, qui sont, en
même temps, les lois de ces phénomènes, contiennent la condi-
tion de la possibilité de ces derniers, et donnent, par là, leur expli-
cation philosophique. »

à quoi Wronski ajoute en note page 2 :

« (*) Nous devons observer ici, pour les Philosophes, que nous dirons expressé-
ment que les Mathématiques ont pour objet les lois du temps et de l’espace, en
considérant ces derniers objectivement, c’est-à-dire, comme appartenant au monde
physique, donné à posteriori, et non subjectivement, comme lois transcendantales
de notre savoir, données à priori. — Les intuitions du temps et de l’espace , con-
sidérées sous ce dernier point de vue , font l’ objet de la Philosophie elle-même , et
spécialement de l’Esthétique transcendantale »

Cette « Introduction à la philosophie des mathématiques » date de 1811, elle est idsponible aussi sur Google :

http://books.google.fr/books?id=GeBJAAAAMAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

c’est un livre de jeunesse donc, se situant dans la veine du premier ouvrage de Wrsonki, en 1803, sur la « Philosophie critique découverte par Kant » :

http://balzacwronskimessianisme.wordpress.com/2012/04/06/wronski-philosophie-critique-decouverte-par-kant/

On raconte que Wronski, vers les années 1820, voulut un jour se rendre à Londres, il déposa donc une demande auprès de la préfecture de Police , et le fonctioonaire zélé qui s’acquitta de l’enquête à son propos nota uniquement ceci :

« ce n’est pas un fou dangereux »

et permission lui fut accordée de voyager !

eh bien oui ! je persiste et signe !

Wronski est selon moi l’un des philosophes ET mathématiciens les plus importants, et il est symptomatiques des temps de la Restauration (qui sont ceux des « Illusions perdues » de Balzac, voir :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/05/07/un-fameux-passage-des-illusions-perdues/  )

que la pensée de ce génie, sans doute aussi élevé que celui de Grothendieck, soit tournée en dérision par un bureaucrate aux ordres !

certes on doit convenir que la lourdeur de son expression, les redites, les longueurs, le style ampoulé, rendent  la plupart de ses ouvrages  presqu’ illisibles , et c’est bien dommage !

Il a totalement manqué , en mathématiques, le virage galoisien (pourtant il était contemporain de Galois) vers la théorie des groupes et des structures, et la mathématique a totalement changé de visage depuis son époque, aussi ses « lois absolues » sont elles devenues complètement…caduques!

Au fond, quel peut être un usage valide de Wronski et de son « messianisme » ?

à peu près le même que celui de l’Evangile pour le « christianisme des philosophes » : élaguer, élaguer, élaguer, et séparer le bon grain (spirituel) de l’ivraie (des fables et des « histoires »).

Il suffit d’envever du messianisme de Wronski tout ce qui est par trop … messianique : je veux dire par là que le messianisme ne se situe pas dans le futur imminent ou pas; le messianisme est « internel », ce qui veut dire qu’il arrive, par définition !

L’élément messianique, c’est ce qui est toujours « en instance d’arriver », de façon transcendantale !

ou encore : « il n’y aura pas d’épiphanie de la vérité » déclare Badiou ?

certes car la Vérité, c’est l’épiphanie !

la note en page 2 de Wronski est importante, car elle départage la philosophie de la mathématique.

La « loi de création » de Wronski est merveilleuse, mais elle n’a qu’un seul défaut : son bouclage , son statut « définitif » !

Nous refusons de parler de « transcendance », mais le transcendement, le « mouvement pour aller plus loin » de Malebranche, comme l’ignorer ?

 

La « voie » est pour nous l’acheminement de la conscience du multiple à l’un : la multiplicité pure est la matière, la « Materie » de l’Esthétique transcendantale de Kant, pure diversité, multiplicité « inconsistante » de Cantor et Badiou « en amont » du compte-pour-un ensembliste.

Nous retrouvons là la conception scolastique de la matière première comme principe d’individuation.

La philosophie commence avec les lois transcendantales des formes de l’espace et du temps considérés comme « a priori ».

elle passe ensuite le relais à la mathématique comme science des formes de l’espace et du temps mais considérés « a posteriori », phénoménalement.

Le problème du partage entre physique et mathématique est évidemment plus complexe que la simple séparation entre forme et contenu dont parle Wronski : la physique moderne traite de notre action (par le biais d’appareils fort complexes, comme des accélérateurs de particules) sur « la matière », et non pas sur « la matière » brute (qui est la multiplicité inconsistante), c’est pour cela qu’elle peut être mathématisée, notamment par la théorie des groupes de symétrie, qui se branche directement sur les « symétries » de nos actes et expériences.

Mais ce qui est important dans cette histoire, c’est que la mathématisation , une fois lancée, opère toute seule par la montée vers l’Absolu des « structures » de plus en plus complexes : ensembles, catégories, 2-catégories, etc..

Il suffit à la philosophie de suivre et de … réfléchir ce processus intellectuel qui semble marcher tout seul. 

Nous décrivons cela par un modèle fonctoriel entre « élément-être » et « élément-savoir » à la Wronski.

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/25/la-loi-de-creation-de-wronski-et-la-theorie-des-categories/

Il nous faut maintenant entrer dans la « jungle » où se trouve « la chose même » , qui est le paradis que non pas Cantor, mais Eilenberg et Mac Lane ont créé pour nous en 1945 :

http://en.wikipedia.org/wiki/Category_theory

http://en.wikipedia.org/wiki/Samuel_Eilenberg

http://en.wikipedia.org/wiki/Saunders_Mac_Lane

Oui, il nous faut « descendre » et nous mouiller : nous ne pouvons pas nous contenter, pour un tel travail, de rester des « aviateurs » et de survoler ces « terres » … nous laissons cela à MBK et ses nouveaux amis.

Certes nous ne renions pas ce que nous avons dit ici :

http://sedenion.blogg.org/date-2009-03-11-billet-990890.html

La mathesis universalis est « vol de l’aigle » , elle est de nature unitive et non pas encyclopédique; elle est semblable à ce « vol d’un avion » dont parle Whitehead au début de « Process and reality » … seulement pour décoller, l’avion doit atterrir, et réciproquement…

la stratégie de Badiou pour démontrer l’inexistence du Tout

Dans « Logiques des mondes » (LDM) , page 119, section 1, Badiou commence sa présentation du « concept de transcendantal » (qui sera pour nous attaché à la notion de topos, comme ce que l’on appelle « objet-vérité » Ω) en démontrant l’inexistence du Tout.

Seulement, fidèle à sa thèse de la théorie des ensembles (pas n’importe laquelle, celle axiomatisée par Zermelo-Fraenkel) comme ontologie, ou doctrine de l’être en tant qu’être, le Tout doit être pour lui la totalité de « ce qu’il y a » , et comme tout ce qu’il y a ce sont les multiples purs, les ensembles, le Tout doit être la totalité des ensembles.

Mais si le Tout doit être, comme ce qui est, ce sont les multiples, le Tout doit être un multiple, un ensemble.

Conclusion : le Tout doit être un ensemble, et il doit être la totalité des ensembles.

Il ne peut donc être que l’ensemble de tous les ensembles, et à ce titre il doit être élément de lui même.

De tels ensembles, qui sont éléments d’eux mêmes, sont appelés par Badiou « multiples réflexifs », et ils ont été considérés de longue date par les mathématiciens comme assez « problématiques », voire dangereux, à tel point que la théorie a jugé bon de créer un axiome, l’axiome de fondation, pour les écarter comme possibilité de pensée.

http://forums.futura-sciences.com/mathematiques-superieur/378117-ensemble-se-contenant-lui-meme.html

http://utilisateur-ianop.blogspot.fr/2008/01/lensemble-vide-est-lment-de-lui-mme.html

d’ailleurs, même en théorie « intuitive » ou « naïve », on a du mal à en trouver : je ne puis proposer que des formulations négatives, comme par exemple l’ensemble des ensembles dont la cardinalité est non bornée, ou supérieure à un nombre entier fini quelconque n.

Mais revenons à l’enchaînement de pensées de Badiou : supposons que le Tout soit, et qu’il soit donc ensemble de tous les ensembles (comme nous y sonnes forcés si nous suivons les thèses de Badiou sur l’ontologie du multiple) alors il y a au moins un ensemble élément de lui même, et il est consistant de dire que de tels ensembles (dits réfelxifs) existent.

Mais il est aussi consistant de dire que des ensembles qui ne sont pas éléments d’eux mêmes existent, et là on en trouve à foison.

Badiou cite comme exemple ces 5 poires qui sont là sur la table devant lui : on peut en former un ensemble, mais il n’a aucune chance d’être une poire, et donc il ne peut être élément de lui même, puisque tous ces éléments sont par construction…des poires !

Badiou poursuit : il est logiquement possible de séparer « tout ce qu’il y a », c’est à dire tous les multiples, en deux catégories : les réflexifs, et les non réflexifs.

Il est donc consistant de former l’idée du multiple de « tous les multiples non réflexifs », que Badiou appelle la Chimère.

Or cette Chimère, est elle réflexive ? elle est un ensemble, l’ensemble de tous les ensembles non réflexifs, mais peut elle être élément d’elle même ?

si elle l’était, cela voudrait dire qu’elle serait un ensemble non réflexif, puisque c’est la définition des éléments de la Chimère !

Conclusion : si la Chimère était réflexive, elle serait non réflexive !

Nous arrivons à une contradiction, une absurdité, donc la chimère ne peut être réflexive…

seulement nous arrivons au même genre de problèmes si nous la supposons non réflexive: car si elle est non réflexive, cela veut dire qu’elle est un ensemble qui n’est pas élément de lui même.

Donc elle appartient à l’ensemble des ensembles non réflexifs.

Or cet ensemble c’est elle même.

Donc elle appartient à elle même, elle est élément d’elle même.

Donc si nous supposons que la chimère est non réflexive, nous aboutissons à la conclusion qu’elle doit être réflexive !

Conclusion :

la Chimère est bien…chimérique, elle n’a pas d’être, elle ne peut être un

ensemble.

Et comme elle suivait de l’hypothèse de l’être du Tout, cette hypothèse, menant à des absurdités, doit être écartée.

Le Tout n’a pas d’être.

Seulement ceci n’est valable que dans le cadre des thèses ensemblistes de Badiou, et même dans ce cadre les mathématiciens ont depuis longtemps eu l’idée d’un axiome d’antifondation et d’ensembles dits « non well-founded », qui passent allègrement par dessus les prétendus interdits de « pensée philosophique » :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Axiome_d’anti-fondation

http://plato.stanford.edu/entries/nonwellfounded-set-theory/

mais selon moi le vrai problème est que Badiou ne part pas du véritable point de départ, qui est la dualité entre « élément-être » et « élément-savoir ».

Il parle seulement de l’idée du Tout, non pas du Tout lui même !

un ensemble n’est qu’une idée, et Badiou le reconnaît lui même avec son exemple de l’ensemble des 5 poires : c’est l’idée que nous nous formons de la collection des 5 poires, mais pas les 5 poires elles mêmes en leut être « massif », comme dirait Sartre, là devant nous, sur la table.

Si je suis sur le point de mourir de faim et de soif, ce n’est pas l’ensemble des 5 poires qui va me sauver : ce sont les 5 poires, et tout le monde le sait bien, qu’il soit idéaliste ou pas !

ou encore : c’est le chien qui aboie et qui mord, pas l’idée du chien !

Dans nos conditions d’existence incarnée, il est complètement absurde de vouloir « séparer » être et savoir, matière et esprit.

Mais, ce qui est la vérité éternelle de l’idéalisme, l’esprit possède  une prédominance évidente quand il s’agit de l’âme humaine et de son salut : sans les idées, et leur aboutissement la science, je pourrai cueillir les poires sur l’arbre, comme les anciennes tribus de sauvages , mais il me sera difficile de les faire venir sur ma table, sauf utilisation d’esclaves. Et encore devrai je savoir les faire pousser !

Qu’est ce que le Tout  : tous les étants « du monde extérieur » dont je puis former l’idée, moi ou n’importe qui d’autre, plus toutes les idées d’un étant quelconque ; cela fait du monde , car il y a en plus les idées d’idées (idées d’évènements par exemple).

Bref on comprend qu’il est insensé de vouloir avoir même l’idée d’en former un ensemble, ou une collection.

Le Tout serait en somme l’identité primitive de l’être et du savoir, dont nous avons constaté que la route est « barrée » à la pensée, sauf introduction du mysticisme dans la philosophie.

Le Tout est donc une idée mal formée, inconsistante : pas besoin de Zermelo-Fraenkel ni du paradoxe de Russell pour le comprendre !

Par contre si comme le dit Hegel « seul le vrai est le Tout », et que nous assignons à la philosophie , renommée par nous toposophie , la recherche et l’acheminement de l’âme vers la vérité, alors il devient licite d’envisager le Tout, comme l’Un ou l’Etre, comme limites : c’est là le schéma de pensée « fonctorielle » par lequel nous remplaçons les « arcanes du badiolisme » (pour reprendre ce néologisme, désignant l’école de pensée de Badiou, à son créateur François Laruelle).

la dualité de l’Etre et de l’Un

le terme « toposophists », ou « toposophers », est en provenance des « working mathematicians » dans la théorie des catégories, il possède sans doute une nuance « humoristique »…

bien entendu je ne suis pas digne de délier le lacet de la chaussure de ces grands Travailleurs, héros de la pensée pure, mais je me risquerai ici à emprunter ce terme pour désigner une nouvelle « discipline », ou plutôt le projet d’une telle innovation, qui est en dehors du strict domaine mathématique (sinon ce blog serait sans aucun intérêt, face aux centaines d’autres qui en restent à ce domaine), et vise à fonder une philosophie enfin entièrement « scientifique » et rigoureuse.

En un mot comme en cent : la toposophie consiste à utiliser la force-de-pensée (terme emprunté à François Laruelle) ou , disons,  la puissance de la pensée « solide » des mathématiques (et principalement de la théorie des topoi et des topoi supérieurs, ou n-topoi), pour fonder cette nouvelle et définitive philosophie, censée réaliser le vieux projet de Mathesis universalis cartésien et leibnizien, ou celui de « messianisme » de Wronski, en une union absolue de la science, de la philosophie et de la religion (appelée « christianisme de philosophes », et devant dépasser les logoi chrétiens et juifs en une fondation péremptoire de la Vérité sur la Terre, en une âme et un corps).

Donnons ici un premier exemple , très simple, dérivé presqu’ immédiatement des indications que j’ai données ici ou là sur l’essence fonctorielle de la loi de création de Wronski.

On sait que j’ai remplacé le vieux fatras métaphysique et « onto-théologique » de l’Etre et de l’Un par l’immanence duelle de deux orientations radicalement opposées de la pensée : selon l’Etre et selon l’Un.

J’ai aussi donné les références des travaux, extrêmement importants à mon sens, de Franck Jedrzejewski sur les diagrammes et les catégories :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/24/en-france-du-nouveau-franck-jedrzejewski-diagrammes-et-categories-these-et-introduction/

travaux de lecture assez « difficile » pour ceux qui ne sont pas habitués à la strict discipline du Mathème, de cette « mathématique sévère » qu’invoquait Lautréamont, mais pour lesquels nous avons heureusement une « introduction » en 6 pages très denses :

http://nessie-philo.com/Files/jedrzejewski_dcintro.pdf

notez la différence des attitudes entre les deux « femmes » qui tentent d’orienter l’Amoureux (aucun rapport avec la future ex-présidente de France et ses chansons niaises) de la Lame VI du Tarot : la femme de gauche est la mathématique sévère et austère, elle ne promet aucun vil plaisir, mais une joie continue et souveraine acquise au prix d’un travail très long et très dur : celle de droite invite l’Amoureux à  « se rendre dans une vile maison suspecte se plonger dans le bourbier des voluptés dangereuses » , pour reprendre les termes balzaciens des « Illusions perdues »…nul doute que si le Tarot était « moderne », il la représenterait seins nus, et la main tripotant l’Amoureux un peu plus bas!

Vénus des carrefours !

mais l’Amoureux (nous tous, et nous toutes, car le sexe perd sa prédominance dans le domaine de l’Esprit) est libre de choisir le sang, la sueur et les larmes, ou bien… d’autres fluides, ceux que le général Jack Ripper appelle « précieux fluides naturels » dans « Dr Strangelove » de Kubrick…

mais revenons aux topoi et aux Saintes catégories !

attachons nous ici aux deux derniers piliers de ce quadrilatère épistémique de Franck  Jedrzejewski, à savoir l’universalité et la dualité.

J’ai déjà indiqué la nature entièrement différente de l’universalisme de la pensée catégorique par rapport à celui, dérivant en matérialisme et communautarisme, de la pensée ensembliste :

http://leserpentvert.wordpress.com/universalisme-abstrait-ou-concret/

aussi me contenterai je ici de souligner la simplification et le clarification conceptuelle (sens auquel aurait dû se limiter l’Aufklärung) qu’apporte la théorie des catégories :

-la dualité consiste à inverser le sens des flèches dans une catégorie

– l’universalité (des constructions appelées « universelles » en théorie des catégories) c’est quand il n’y a qu’une seule flèche possible pour « boucler », ou « faire commuter », un diagramme.

Voir la thèse de Franck Jedrzejewski pour plus de précisions, ou bien ces liens :

http://ncatlab.org/nlab/show/universal+construction

http://en.wikipedia.org/wiki/Universal_property

mais donnons dès maintenant un exemple qui servira par la suite à de nombreuses reprises : celle des notions catégoriques généralisant le produit (la multiplication des nombres) et la notion duale de coproduit, généralisant la somme (l’addition des nombres).

http://en.wikipedia.org/wiki/Product_(category_theory)

La figure suivante est un diagramme dont la « limite » donne le produit  :

Universal product of the product
 
et la flèche f  unique (à un isomorphisme près) en pointillé faisant « commuter » le diagramme est le produit des deux morphismes f1 et f2
 
La précision « à un isomorphisme près » est importante , c’est toujours le cas pour une construction universelle; rappelons qu’un isomorphisme est tout simplement une flèche inversible :
 
« Dans une catégorie C, un isomorphisme est un morphisme f:A\to B tel qu’il existe un morphisme g:B\to A qui soit « inverse » de f à la fois à gauche (g\circ f=\mathrm{id}_A) et à droite (f\circ g=\mathrm{id}_B).Il suffit pour cela que f possède d’une part un « inverse à gauche » g et d’autre part un « inverse à droite » h. En effet, on a alors

g=g\circ\mathrm{id}_B=g\circ(f\circ h)=(g\circ f)\circ h=\mathrm{id}_A\circ h=h,

ce qui prouve en outre l’unicité de l’inverse »

la notion duale de celle du produit est le coproduit, qui appliqué aux nombres donne la somme, l’addition :

http://en.wikipedia.org/wiki/Coproduct

Coproduct-03.png
 
le produit est un exemple de la limite d’un diagramme, le coproduit un exemple de colimite :
 
signalons dès à présent une aporie entre ces notions modernes et la loi de création de Wronski appliquée aux mathématiques : selon lui, le produit est l’élément neutre, la somme et l’exponientiation sont EE et ES, or on attendrait que la somme soit duale du produit, et donc que l’exponentiation soit l’élément neutre EN
 
à creuser plus tard…
 
remarquons aussi que le terme, catégorique, de « problème universel » appartient à la terminologie de Wronski, où il désigne un objet de la loi de création…à creuser plus tard là aussi !
 

La thèse, cruciale à mon avis, de Franck Jedrzejewski, sur la dualité de l’Etre et de l’Un, prend alors selon le cadre de pensée que nous venons de définir, et qui s’appuie sur la « solidité » et la rigueur de la pensée mathématique tout en sortant du champ strictement mathématique, prend alors un sens très simple.

Nous avons défini les trois éléments primordiaux de Wronski : élément-être, élément-savoir et élément neutre comme une adjonction de foncteurs reliant deux « catégories » jouant le rôle de EE (élément-être) et ES (élément-savoir):

EE   ⇄  ES

Mais ceci n’est qu’une définition-projet, ou proposition hypothétique de définition ; nous pourrions aussi retenir tous les foncteurs entre les deux catégories.

La « pensée selon l’Un », par laquelle nous remplaçons, dans un cadre de stricte immanence, l’hénologie et l’Un « ineffable », cela consiste à retenir les foncteurs orientés de EE vers ES.

La « pensée selon l’Etre » cela consiste à inverser le sens des flèches (des foncteurs) et à ne garder que ceux orientés de ES vers EE.

Ces deux « pensées », qui remplacent pour nous les « ineffables » métaphysiques que sont l’Etre et l’Un, sont alors automatiquement duales au sens de la mathématique !

puisque la dualité, c’est quand on inverse le sens des flèches !

rappelons tout de même (deux précautions valent mieux qu’une) que nous sommes là sortis du champ mathématique : nous serions bien en peine de donner une définition mathématique des deux catégories EE et ES !

puisque ce sont là deux « éléments primitifs » au sens de Wronski, de nature transcendantale donc, et qui ne seront jamais « objets », mathématiques ou non…

mais le sens immanent de ces notions est clair :

penser selon l’Etre, c’est s’orienter de ES vers EE, donc « descendre » des niveaux « plus unifiés » vers le niveau (impensable) de la multiplicité dite « pure », ou « inconsistante ».

penser selon l’UN, c’est, au contraire, et en sens inverse (d’où notre vocabulaire mathématique-catégorique) , « monter » des niveaux « bas », pris dans le multiple, vers les niveaux « plus hauts », « supérieurs », plus unifiés.

Expliquer, donner du sens, de l’intelligibilité, c’est toujours résoudre une multiplicité en une unité (provisoire); analyser, c’est aller en sens inverse, résoudre une « unité » (apparente) en ses composantes, pour progresser en connaissances..

les deux mouvements sont nécessaires !

ceci rappelle évidemment l’interprétation que j’avais donnée, en termes disons plus poétiques (ou plutôt prosaïques) de l’Echelle de Jacob :

http://www.blogg.org/blog-30140-billet-suave_mari_magno-1121061.html

http://www.blogg.org/blog-30140-billet-le_second_degre_de_l_echelle_de_jacob___amour_universel-1121364.html

mais je préfère laisser la parole aux vrais poètes, à Lamartine et à cette immense chef d’oeuvre qu’est « La chute d’un ange » :

http://fr.wikisource.org/wiki/La_Chute_d%E2%80%99un_Ange

et à la fin, d’une beauté terrible (15 ème vision) :

A l’immobilité de ce funèbre groupe
Il reconnut la mort ! et, renversant la coupe,
Il regarda couler sa vie avec cette eau,
Comme un désespéré son sang sous le couteau !
Puis, se roulant aux pieds des êtres qu’il adore,
Et frappant de ses poings sa poitrine sonore,
Pour courir autour d’eux bientôt se relevant,
Tel qu’un taureau qui fait de la poussière au vent,
Il ramassait du sable en sa main indignée ;
Et contre un ciel d’airain le lançant à poignée,
Comme l’insulte au front que l’on veut offenser,
Il eût voulu tenir son cœur pour le lancer !

« O terre ! criait-il, ô marâtre de l’homme !
Sois maudite à jamais dans le nom qui te nomme !
Dans tout brin de ton sable, et tout brin de gazon
D’où la vie et l’esprit sortent comme un poison !
Dans la séve de mort qui sous ta peau circule,
Dans l’onde qui t’abreuve et le feu qui te brûle,
Dans l’air empoisonné que tu fais respirer
A l’être, ton jouet, qui naît pour expirer !
Dans ses os, dans sa chair, dans son sang, dans sa fibre,
Où le sens du supplice est le seul sens qui vibre !
Où de tout cœur humain les palpitations
Ne sont de la douleur que les pulsations !
Où l’homme, cet enfant d’outrageante ironie,
Ne mesure son temps que par son agonie !
Où ce souffle animé, qui s’exhale un moment,
Ne se connaît esprit qu’à son gémissement !
Tout être que de toi l’inconnu fait éclore .
Gémit en t’arrivant, en s’en allant t’abhorre !
Nul homme ne se lève un jour de son séant
Que pour frapper du pied et pleurer le néant !
Que maudite à jamais, qu’à jamais effacée,
Soit l’heure lamentable où je t’ai traversée !
Que ta fange m’oublie et ne conserve pas
Une heure seulement la trace de mes pas !
Que le vent, qui te touche à regret de ses ailes,
De nos corps consumés disperse les parcelles !
Que sur ta face, ô terre ! il ne reste de moi
Que l’imprécation que je jette sur toi ! »

Pour unique réponse à son mortel délire,
L’air muet retentit d’un long éclat de rire.
Derrière un monticule il vit de près surgir
Les fronts de cinq géants et du traître Stagyr.
« Meurs, lui crièrent-ils, vile brute aux traits d’ange !
Ta force nous vainquit, mais la fourbe nous venge.
Laissons cette pâture aux chacals des déserts ;
Sa mort nous laisse dieux, et l’homme attend nos fers ! »
Ils dirent ; et tournant le dos, ils disparurent,
Et leurs voix par degrés sur le désert moururent.

Cédar, dont leur mépris fut le dernier adieu,
A cet excès d’horreur se dressa contre Dieu.
Tout l’univers tourna dans sa tête insensée ;
Il n’eut plus qu’une soif, un but, une pensée :
Anéantir son cœur et le jeter au vent.
Comme un gladiateur blessé se relevant,
Il cueillit sur les flancs arides des collines
Une immense moisson de ronces et d’épines
Autour du groupe mort où son pied les roula,
En bûcher circulaire il les accumula ;
Puis, prenant dans ses bras ses enfants et sa femme,
Ces trois morts sur le cœur, il attendit la flamme.

La flamme, en serpentant dans l’énorme foyer
Que le vent du désert fit bientôt ondoyer,
Comme une mer qui monte au naufrage animée,
L’ensevelit vivant sous des flots de fumée.
L’édifice de feu par degrés s’affaissa.
Du ciel sur cette flamme un esprit s’abaissa,
Et d’une aile irritée éparpillant la cendre :
« Va ! descends, cria-t-il, toi qui voulus descendre !
Mesure, esprit tombé, ta chute et ton remord !
Dis le goût de la vie et celui de la mort !
Tu ne remonteras au ciel qui te vit naître
Que par les cent degrés de l’échelle de l’être,
Et chacun en montant te brûlera le pied ;
Et ton crime d’amour ne peut être expié.
Qu’après que cette cendre aux quatre vents semée,
Par le temps réunie et par Dieu ranimée,
Pour faire à ton esprit de nouveaux vêtements
Aura repris ton corps à tous les éléments,
Et, prêtant à ton âme une enveloppe neuve,
Renouvelé neuf fois ta vie et ton épreuve ;
A moins que le pardon, justice de l’amour.
Ne descende vivant dans ce mortel séjour ! »

L’ouragan, à ces mots se levant sur la plaine,
Souffla sur le bûcher de toute son haleine,
Et dispersa la cendre en pâles tourbillons,
Comme un semeur, l’hiver, la semence aux sillons.
L’immobile désert sentit frémir sa poudre,
L’occident se couvrit de menace et de foudre ;
Des nuages pesants, pleins de tonnerre et d’eau,
Posèrent sur les monts comme un sombre fardeau ;
L’homme, le front levé vers la céleste voûte,
Du déluge sentit une première goutte.

 
voici le double mouvement :
Va ! descends, cria-t-il, toi qui voulus descendre !
Mesure, esprit tombé, ta chute et ton remord !
Dis le goût de la vie et celui de la mort !
Tu ne remonteras au ciel qui te vit naître
Que par les cent degrés de l’échelle de l’être,
Et chacun en montant te brûlera le pied ;
 
l’épilogue qui vient juste après, et clôture le livre, a l’apparence et la nature d’une retombée :
« Et le vieillard finit en disant : « Gloire à Dieu !
Dieu, seul commencement, seule fin, seul milieu,
Seule explication du ciel et de la terre,
Seule clef de l’esprit pour ouvrir tout mystère ! »
Il étendit la main pour l’invoquer sur nous !
Nous pliâmes, contrits, nos fronts et nos genoux ;
Comme un homme qui craint de renverser un vase,
Nous sortîmes muets de l’antre de l’extase.
Le navire aux mâts nus, endormi sur les flots,
A l’ombre du Liban berçait nos matelots.
Sous la vergue où le câble avait roulé les voiles,
L’hirondelle du bord en becquetait les toiles.
Le sifflet réveilla le pilote dormant,
Et le vaisseau reprit son sillage écumant »
 
 
 

 

Un fameux passage des Illusions perdues

Illusions perdues…ne dirait on pas que cela sonne l’heure exacte ce matin ? sauf que depuis longtemps je ne me fais plus aucune illusion sur la situation politique de la France et du monde…

mais passons là dessus !

Balzac est pour moi le monde, le monde spirituel où je reviens toujours …surtout quand je suis écrasé par la « vie » et la (fausse) « réalité ».

Cela a commencé un certain jour de ma lointaine adolescence, je devais avoir 15 ans ? 16 ans ?, où j’ai lu d’une traite « Le lys dans la vallée »… perché sur un escabeau dans le séjour de l’appartement (de mes parents) où je vivais encore (à cet âge là c’est normal non ?).

oui, sur un escabeau !

pourquoi lire Balzac sur un escabeau ? je ne sais pas !

en tout cas ce jour a changé ma vie !

 j’ai dû lire le livre entier de 9h ou 10 h du matin à la fin de l’après midi, je n’ai pas pris le temps de manger tellement j’étais absorbé par la lecture…

je me souviens du torrent de larmes qui a jailli de mes yeux lorsque j’ai lu la lettre de Mme De Mortsauf à Felix de Vandenesse, qui clôt presque l’ouvrage :

http://artfl.uchicago.edu/cgi-bin/philologic31/getobject.pl?c.35:1.balzac

« page 479 :

Mon Dieu ! je suis restée neutre, fidèle à mon mari, ne vous laissant pas faire un seul pas, Félix, dans votre propre royaume. La grandeur de mes passions a réagi sur mes facultés, j’ai regardé les tourments que m’infligeait monsieur de Mortsauf comme des expiations, et je les endurais avec orgueil pour insulter à mes penchants coupables. Autrefois j’étais disposée à murmurer, mais depuis que vous êtes demeuré près de moi, j’ai repris quelque gaieté dont monsieur de Mortsauf s’est bien trouvé. Sans cette force que vous me prêtiez, j’aurais succombé depuis long-temps à ma vie intérieure que je vous ai racontée. Si vous avez été pour beaucoup dans mes fautes, vous avez été pour beaucoup dans l’exercice de mes devoirs. Il en fut de même pour mes enfants. Je croyais les avoir privés de quelque chose, et je craignais de ne faire jamais assez pour eux. Ma vie fut dès lors une continuelle douleur que j’aimais. En sentant que j’étais moins mère, moins honnête femme, le remords s’est logé dans mon coeur ; et, craignant de manquer à mes obligations, j’ai constamment voulu les outrepasser. Pour ne pas faillir, j’ai donc mis Madeleine entre vous et moi, et je vous ai destiné l’un à l’autre, en m’élevant ainsi des barrières entre nous deux. Barrières impuissantes ! rien ne pouvait étouffer les tressaillements que vous me causiez. Absent ou présent, vous aviez la même force. J’ai préféré Madeleine à Jacques, parce que Madeleine devait être à vous. Mais je ne vous cédais pas à ma fille sans combats. Je me disais que je n’avais que vingt-huit ans quand je vous rencontrai, que vous en aviez presque vingt-deux ; je rapprochais les distances, je me livrais à de faux espoirs. O mon Dieu, Félix, je vous fais ces aveux afin de vous épargner des remords, peut-être aussi afin de vous apprendre que je n’étais pas insensible, que nos souffrances d’amour étaient bien cruellement égales, et qu’Arabelle n’avait aucune supériorité sur moi. J’étais aussi une de ces filles de la race déchue que les hommes aiment tant. Il y eut un moment où la lutte fut si terrible que je pleurais pendant toutes les nuits : mes cheveux tombaient. Ceux-là, vous les avez eus ! Vous vous souvenez de la maladie que fit monsieur de Mortsauf. Votre grandeur d’âme d’alors, loin de m’élever, m’a rapetissée. Hélas ! dès ce jour je souhaitais me donner à vous comme une récompense due à tant d’héroïsme ; mais cette folie a été courte. Je l’ai mise aux pieds de Dieu pendant la messe à laquelle vous avez refusé d’assister. La maladie de Jacques et les souffrances de Madeleine m’ont paru des menaces de Dieu, qui tirait fortement à lui la brebis égarée. Puis votre amour si naturel pour cette Anglaise m’a révélé des secrets que j’ignorais moi-même. Je vous aimais plus que je ne croyais vous aimer. Madeleine a disparu. Les constantes émotions de ma vie orageuse, les efforts que je faisais pour me dompter moi-même sans autre secours que la religion, tout a préparé la maladie dont je meurs…..

page 481

Vous savez ce que je veux vous demander. Soyez auprès de monsieur de Mortsauf comme est une soeur de charité auprès d’un malade, écoutez-le, aimez-le ; personne ne l’aimera. Interposez-vous entre ses enfants et lui comme je le faisais. Votre tâche ne sera pas de longue durée : Jacques quittera bientôt la maison pour aller à Paris auprès de son grand-père, et vous m’avez promis de le guider à travers les écueils de ce monde. Quant à Madeleine, elle se mariera ; puissiez-vous un jour lui plaire ! elle est tout moi-même, et de plus elle est forte, elle a cette volonté qui m’a manqué, cette énergie nécessaire à la compagne d’un homme que sa carrière destine aux orages de la vie politique, elle est adroite et pénétrante. Si vos destinées s’unissaient, elle serait plus heureuse que ne le fut sa mère. En acquérant ainsi le droit de continuer mon oeuvre à Clochegourde, vous effaceriez des fautes qui n’auront pas été suffisamment expiées, bien que pardonnées au ciel et sur la terre, car ilest généreux et me pardonnera. Je suis, vous le voyez, toujours égoïste ; mais n’est-ce pas la preuve d’un despotique amour ? Je veux être aimée par vous dans les miens. N’ayant pu être à vous, je vous lègue mes pensées et mes devoirs ! Si vous m’aimez trop pour m’obéir, si vous ne voulez pas épouser Madeleine, vous veillerez du moins au repos de mon âme en rendant monsieur de Mortsauf aussi heureux qu’il peut l’être.

Adieu, cher enfant de mon coeur, ceci est l’adieu complétement intelligent, encore plein de vie, l’adieu d’une âme où tu as répandu de trop grandes joies pour que tu puisses avoir le moindre remords de la catastrophe qu’elles ont engendrée ; je me sers de ce mot en pensant que vous m’aimez, car moi j’arrive au lieu du repos, immolée au devoir, et, ce qui me fait frémir, non sans regret ! Dieu saura mieux que moi si j’ai pratiqué ses saintes lois selon leur esprit. J’ai sans doute chancelé souvent, mais je ne suis point tombée, et la plus puissante excuse de mes fautes est dans la grandeur même des séductions qui m’ont environnée. Le Seigneur me verra tout aussi tremblante que si j’avais succombé. Encore adieu, un adieu semblable à celui que j’ai fait hier à notre belle vallée, au sein de laquelle je reposerai bientôt, et où vous reviendrez souvent, n’est-ce pas ?
                     « HENRIETTE. »

et où vous reviendrez souvent n’est ce pas ?

Felix je ne sais pas…mais moi j’ai longtemps hanté cette « vallée » imaginaire, et cela m’arrive encore aujourd’hui…

mon rapport à la vie, à la « réalité », à l’amour des femmes (que je ne connaissais pas encore, eh oui, excusez nous, mais à cette époque là, nous étions encore vierges à 16 ans …surtout les garçons comme moi, qui avaient peur de tout)..

est ce cette lecture qui m’a évité de tomber dans le piège de Mai 68, et de perdre mon « pucelage », comme les autres, en cette Sorbonne qui selon les descriptions si poétiques de ceux qui y étaient (les « anciens combattants de 68 » ) : « ruisselait de sperme » ?

ou bien cette peur sans nom (héritée sans doute des camps de concentrations des années 40, dont mes parents qui y avaient échappé ne m’avaient parlé qu’en termes …vagues et irrationnels) qui me faisait fuir tout groupe, toute « manif »… ?

moi le frère de Brassens qui chante :

« Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sied au con…

quand on est plus de 4 on est une bande de cons…

bande à part sacrebleu c’est ma règle et j’y tiens..

au faisceau des phallus on verra pas le mien »

on connaît l’histoire, si simple en apparence, qui forme la trame du « Lys dans la vallée » : Felix de Vandenesse se remémore sa jeunesse, son premier amour pour Mme de Mortsauf, mariée à un noble dégénéré qui la rend malheureuse….mais qui reste , stoïque, pour élever leurs deux enfants…

Felix tombe follement amoureux de cette femme, et on apprend à la fin qu’elle n’était pas insensible à cet amour…lorsque succombant presque à la maladie qui la tue, elle rêve de « partir avec lui en Italie », d’être enfin heureuse…

mais elle ne succombera pas, ils ne seront jamais amants !

De nos jours, ce scénario susciterait les sourires entendus de nos modernes « libertins », qui imagineraient d’autres « issues » : la femme de 36 ans et le jeune puceau de 17 qui s’éclateraient enfin dans les boîtes à la mode de Djerba ou d’ailleurs, expérimentant les plaisirs sans nombre de la « modernité libérée de la chape de plomb du christianisme », et pourquoi pas la sexualité de groupe  …

oui pourquoi pas ? seulement nous ne sommes plus dans Balzac, mais dans le Nouvel Obs…

on m’excusera de préférer le monde réel, c’est à dire spirituel, dont la Comédie humaine nous ouvre des « accès », si l’on sait lire de manière « méditative »..

20 ans plus tard à peu près, déjà pas mal étrillé par la vie et par les « amours », j’ai lu pour la première fois avec attention les « Illusions perdues » …là encore la même sensation de passer dans un « autre monde »…

Il existe dans TOUS les ouvrages de Balzac de tels « moments » de lecture, que les pisse-froid appellent le « charabia » de Balzac…

en voici un ou deux tirés des « Illusions perdues » , livre II (« Un grand homme de province à Paris »):

http://artfl.uchicago.edu/cgi-bin/philologic31/getobject.pl?c.37:1.balzac

Lucien de Rubempré , venu d’Angoulême à Paris, est tiraillé entre deux influences, l’une céleste, celle du « cénacle » , ses amis Daniel d’Arthez , Michel Chrestien, et autres, hommes de pensée qui connaissent sa nature faible de « poète », et celle, infernale, du journalisme, c’est à dire la prostitution de la pensée selon Balzac (et selon moi).

Il se laissera tenter par la facilité, et choisira la mauvaise voie, trahissant ses amis..il trouvera l’amour d’une de ces « actrices » demi mondaines, Coralie, (je crois que la grande Sarah Bernhard a mené ce genre de vie à ses débuts) mais après avoir côtoyé la fortune facile les dettes le rattraperont , et il verra mourir sa maîtresse sans pouvoir la secourir, au milieu des saisies d’huisser…

voici le premier passage, page 386 :

« Lucien fut contraint par la misère d’aller chez Lousteau réclamer les mille francs que cet ancien ami, ce traître, lui devait. Ce fut, au milieu de ses malheurs, la démarche qui lui coûta le plus. Lousteau ne pouvait plus rentrer chez lui rue de la Harpe, il couchait chez ses amis, il était poursuivi, traqué comme un lièvre. Lucien ne put trouver son fatal introducteur dans le monde littéraire que chez Flicoteaux. Lousteau dînait à la même table où Lucien l’avait rencontré, pour son malheur, le jour où il s’était éloigné de d’Arthez. Lousteau lui offrit à dîner, et Lucien accepta !

Quand, en sortant de chez Flicoteaux, Claude Vignon, qui y mangeait ce jour-là, Lousteau, Lucien et le grand inconnu qui remisait sa garderobe chez Samanon voulurent aller au café Voltaire prendre du café, jamais ils ne purent faire trente sous en réunissant le billon qui retentissait dans leurs poches. Ils flânèrent au Luxembourg, espérant y rencontrer un libraire, et ils virent en effet un des plus fameux imprimeurs de ce temps auquel Lousteau demanda quarante francs, et qui les donna.

 Lousteau partagea la somme en quatre portions égales, et chacun des écrivains en prit une. La misère avait éteint toute fierté, tout sentiment chez Lucien ; il pleura devant ces trois artistes en leur racontant sa situation ; mais chacun de ses camarades avait un drame tout aussi cruellement horrible à lui dire : quand chacun eut paraphrasé le sien, le poète se trouva le moins malheureux des quatre.

Aussi tous avaient-ils besoin d’oublier et leur malheur et leur pensée qui doublait le malheur.

Lousteau courut au Palais-Royal, y jouer les neuf francs qui lui restèrent sur ses dix francs.

Le grand inconnu, quoiqu’il eût une divine maîtresse, alla dans une vile maison suspecte se plonger dans le bourbier des voluptés dangereuses.

Vignon se rendit au Petit Rocher de Cancale dans l’intention d’y boire deux bouteilles de vin de Bordeaux pour abdiquer sa raison et sa mémoire.

Lucien quitta Claude Vignon sur le seuil du restaurant, en refusant sa part de ce souper. La poignée de main que le grand homme de province donna au seul journaliste qui ne lui avait pas été hostile fut accompagnée d’un horrible serrement de coeur.

— Que faire ? lui demanda-t-il.

— A la guerre, comme à la guerre, lui dit le grand critique. Votre livre est beau, mais il vous a fait des envieux, votre lutte sera longue et difficile. Le génie est une horrible maladie »

et voici le second, Coralie est morte, et Lucien le poète se voit obligé, pour payer les obsèques minimales , de composer des chansons paillardes…car la poésie, cela ne rapporte rien…de nos jours il serait un grand réalisateur méconnu obligé de tourner un porno ..on n’arrête pas le progrès !

page 389 et suivantes :

« Lucien écrivit alors une de ces lettres épouvantables où les malheureux ne ménagent plus rien. Un soir, il avait mis en doute la possibilité de ces abaissements, quand Lousteau lui parlait des demandes faites par de jeunes talents à Finot, et sa plume l’emportait peut-être alors au delà des limites où l’infortune avait jeté ses prédécesseurs. Il revint las, imbécile et fiévreux par les boulevards, sans se douter de l’horrible chef-d’oeuvre que venait de lui dicter le désespoir. Il rencontra Barbet.

— Barbet, cinq cents francs ? lui dit-il en lui tendant la main.

— Non, deux cents, répondit le libraire.

— Ah ! vous avez donc un coeur.

Oui, mais j’ai aussi des affaires. Vous me faites perdre bien de l’argent, ajouta-t-il après lui avoir raconté la faillite de Fendant et de Cavalier, faites-m’en donc gagner ?

Lucien frissonna.

— Vous êtes poète, vous devez savoir faire toutes sortes de vers, dit le libraire en continuant. En ce moment, j’ai besoin de chansons grivoises pour les mêler à quelques chansons prises à différents auteurs, afin de ne pas être poursuivi comme contrefacteur et pouvoir vendre dans les rues un joli recueil de chansons à dix sous. Si vous voulez m’envoyer demain dix bonnes chansons à boire ou croustilleuses… là… vous savez ! je vous donnerai deux cents francs.

Lucien revint chez lui : il y trouva Coralie étendue droit et roide sur un lit de sangle, enveloppée dans un méchant drap de lit que cousait Bérénice en pleurant. La grosse Normande avait allumé quatre chandelles aux quatre coins de ce lit. Sur le visage de Coralie étincelait cette fleur de beauté qui parle si haut aux vivants en leur exprimant un calme absolu, elle ressemblait à ces jeunes filles qui ont la maladie des pâles couleurs : il semblait par moments que ces deux lèvres violettes allaient s’ouvrir et murmurer le nom de Lucien, ce mot qui, mêlé à celui de Dieu, avait précédé son dernier soupir. Lucien dit à Bérénice d’aller commander aux pompes funèbres un convoi qui ne coûtât pas plus de deux cents francs, en y comprenant le service à la chétive église de Bonne-Nouvelle.

Dès que Bérénice fut sortie, le poète se mit à sa table, auprès du corps de sa pauvre amie, et y composa les dix chansons qui voulaient des idées gaies et des airs populaires. Il éprouva des peines inouïes avant de pouvoir travailler ; mais il finit par trouver son intelligence au service de la nécessité, comme s’il n’eût pas souffert. Il exécutait déjà le terrible arrêt de Claude Vignon sur la séparation qui s’accomplit entre le coeur et le cerveau. Quelle nuit que celle où ce pauvre enfant se livrait à la recherche de poésies à offrir aux Goguettes en écrivant à la lueur des cierges, à côté du prêtre qui priait pour Coralie ?…

Le lendemain matin, Lucien, qui avait achevé sa dernière chanson, essayait de la mettre sur un air alors à la mode. Bérénice et le prêtre eurent alors peur que ce pauvre garçon ne fût devenu fou en lui entendant chanter les couplets suivants :

Amis, la morale en chanson
Me fatigue et m’ennuie ;
Doit-on invoquer la raison
Quand on sert la Folie ?
D’ailleurs tous les refrains sont bons
Lorsqu’on trinque avec des lurons :
          Epicure l’atteste.
N’allons pas chercher Apollon ;
Quand Bacchus est notre échanson ;
               Rions ! buvons !
          Et moquons-nous du reste.

 

Hippocrate à tout bon buveur
Promettait la centaine.
Qu’importe, après tout, par malheur,
Si la jambe incertaine
Ne peut plus poursuivre un tendron,
Pourvu qu’à vider un flacon
          La main soit toujours leste ?
Si toujours, en vrais biberons,
Jusqu’à soixante ans nous trinquons,
          Rions ! buvons !
               ;Et moquons-nous du reste.

 

Veut-on savoir d’où nous venons,
La chose est très facile ;
Mais, pour savoir où nous irons,
Il faudrait être habile.
Sans nous inquiéter, enfin,
Usons, ma foi, jusqu’à la fin
          De la bonté céleste !
Il est certain que nous mourrons ;
Mais il est sûr que nous vivons :
          Rions ! buvons !
               Et moquons-nous du reste. »

ne dirait on pas un de ces quatrains « libertins » composés par un de ces vrais libertins, ceux du 17 ème siècle, ceux que Descartes a combattus victorieusement (victoire à la Pyrrhus) :

« le Saint Esprit peut bien descendre en colombe comme une bombe, je m’en fous, pourvu que j’aie du vin »

et Daniel d’Arthez, le noble penseur qu’il a trahi, avec le chirurgien Bianchon, arrivent alors…

voici le sublime pardon chrétien (christianisme des philosophes, car d’Arthez est un penseur de la stature de Louis Lambert, ou presque), aussi sublime que le renoncement d’Henriette dans « Le lys »

« Au moment où le poète chantait cet épouvantable dernier couplet, Bianchon et d’Arthez entrèrent et le trouvèrent dans le paroxisme de l’abattement, il versait un torrent de larmes, et n’avait plus la force de remettre ses chansons au net. Quand, à travers ses sanglots, il eut expliqué sa situation, il vit des larmes dans les yeux de ceux qui l’écoutaient.

Ceci, dit d’Arthez, efface bien des fautes !

— Heureux ceux qui trouvent l’Enfer ici-bas, dit gravement le prêtre.

Le spectacle de cette belle morte souriant à l’éternité, la vue de son amant lui achetant une tombe avec des gravelures, Barbet payant un cercueil, ces quatre chandelles autour de cette actrice dont la basquine et les bas rouges à coins verts faisaient naguère palpiter toute une salle, puis sur la porte le prêtre qui l’avait réconciliée avec Dieu retournant à l’église pour y dire une messe en faveur de celle qui avait tant aimé ! ces grandeurs et ces infamies, ces douleurs écrasées sous la nécessité glacèrent le grand écrivain et le grand médecin qui s’assirent sans pouvoir proférer une parole. Un valet apparut et annonça mademoiselle des Touches. Cette belle et sublime fille comprit tout, elle alla vivement à Lucien, lui serra la main, et y glissa deux billets de mille francs.

— Il n’est plus temps, dit-il en lui jetant un regard de mourant.

D’Arthez, Bianchon et mademoiselle des Touches ne quittèrent Lucien qu’après avoir bercé son désespoir des plus douces paroles, mais tous les ressorts étaient brisés chez lui »

oui, quand je n’ai plus qu’une envie , celle de dire au vent, comme Lamartine :

« et moi je suis semblable à la feuille flétrie

emporte moi comme elle , orageux Aquilon ! »

je sais que j’ai toujours un refuge chez Balzac !

et que je peux faire, selon le mot du Satan de Milton , « un ciel de l’enfer« :

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Paradis_perdu/Livre_I

«  Est-ce ici la région, le sol, le climat, dit alors l’archange perdu, est-ce ici le séjour que nous devons changer contre le Ciel, cette morne obscurité contre cette lumière céleste ? Soit ! puisque celui qui maintenant est souverain peut disposer et décider de ce qui sera justice. Le plus loin de lui est le mieux, de lui qui, égalé en raison, s’est élevé au-dessus de ses égaux par la force.

Adieu, champs fortunés où la joie habite pour toujours !

Salut, horreurs ! salut, monde infernal ! Et toi, profond Enfer, reçois ton nouveau possesseur. Il t’apporte un esprit que ne changeront ni le temps ni le lieu.

L’esprit est à soi-même sa propre demeure ; il peut faire en soi un Ciel de l’Enfer, un Enfer du Ciel.

Qu’importe où je serai, si je suis toujours le même et ce que je dois être, tout, quoique moindre que celui que le tonnerre a fait plus grand ?

Ici du moins nous serons libres. Le Tout-Puissant n’a pas bâti ce lieu pour nous l’envier ; il ne voudra pas nous en chasser. Ici nous pourrons régner en sûreté ; et, à mon avis, régner est digne d’ambition, même en Enfer ; mieux vaut régner dans l’Enfer que servir dans le Ciel. »